LA VALEUR SUPERFICIELLE
Parlons d'abord de la valeur superficielle et de la manière de l'estimer en tant que cela regarde la Géologie. Après avoir déterminé la nature du climat, la provision d'eau, l'état des chemins, le voisinage des marchés, et autres conditions accessoires, il faudrait faire une inspection minutieuse des sols, et examiner jusqu'à quel point ils sont susceptibles d'être améliorés par le drainage ou corrigés par des mélanges. Ainsi que nous l'avons dit dans le précédent chapitre, il sera avantageux de consulter une carte géologique du district, mais cela ne saurait remplacer une étude détaillée des sols et des sous-sols de la propriété. Une portion de la terre se compose peut-être de sables, une autre de tourbe reposant sur de l'argile, une troisième de terre limoneuse, une quatrième de sol sec et caillouteux reposant sur le rocher sous-jacent. Les sables sont-ils calcaires ou simplement siliceux? Le limon épais peut-il être rendu plus sec et plus léger en le drainant et en le mélangeant avec le sable? Peut-on améliorer la quaUté et la texture de la tourbe par un mélange d'argile, ou serait-il possible d'enlever com-
modément la surface de tourbe comme cela s'est vu, afin d'exposer l'argile comme surface agricole? — Et encore : certains sols conviennent le mieux pour de certaines récoltes, — les uns pour les grains, et les autres pour le fourrage, — ceux-ci pour les pâturages, ceux-là pour les bois. Une connaissance de ces faits peut permettre à tel acheteur d'offrir en toute sécurité un prix qui ferait reculer d'effroi tel autre qui n'est pas capable de tant de discernement. — Ces considérations et d'autres semblables doivent être pesées avec soin avant qu'on puisse déterminer exactement la valeur d'une propriété quelconque, et, à cet effet, il faudrait faire de nombreuses fouilles dans les sols et les sous-sols, afin d'en reconnaître méthodiquement la nature. Il suffit de retirer quelques pelletées de terre dans chaque point, et quand on considère la certitude qu'on obtient ainsi avec tant de facilité on s'étonne que ce mode de détermination ne soit pas plus généralement adopté.
La propriété, comme elle est au moment de l'achat, a une certaine valeur qui dépend du loyer reçu ; et cette question peut suffire à certain acheteur pour en déterminer le prix, tandis qu'un autre, qui sait à quel point elle est susceptible d'amélioration, peut en donner une somme beaucoup plus grande et se trouver cependant à la longue avoir fait un achat des plus avantageux. Le fermier, en traitant pour une nouvelle ferme, ne se laisse jamais guider uniquement par son état actuel; il
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songe ù toutes les améliorations qu'il pourra y apporter pendant le cours de son bail, en drainant, en remuant le sous-sol, en ôtant les pierres de la surface, etc.; sachant bien que par ces moyens, non-seulement il augmentera la quantité et la qualité de ses produits, mais diminuera considérablement les frais de la culture. — Et de môme l'acheteur d'une propriété ne devrait pas se laisser guider seulement par les circonstances existantes, mais bien se demander jusqu'à quel point la terre contient en elle-même, ou possède dans son voisinage immédiat, les moyens faciles d'une amélioration permanente.
Le paysage. — Agréments de la surface. — L'art d'embellir la terre, de dessiner des parcs, de créer des sites agréables en rehausse encore la valeur. Peu d'arts exigent plus d'habileté et plus d'observation des divers aspects de la nature que celui du jardinier paysagiste , non-seulement en améliorant des traits que la terre peut déjà posséder, mais en faisant saillir de nouveaux traits à l'aide de plantations bien ordonnées. Un domaine naturellement plat, régulier et monotone peut être rendu plus attrayant par la disposition de ses bois et les lignes ondulantes de ses clôtures. Quelques groupes d'arbres pour varier la monotonie d'unelande, une masse de lierre s'étala-nt sur un rocher nu, des plantes grimpantes qui masquent la face d'une ancienne carrière, ou un semé d'arbustes pour égayer les talus d'une route ordinaire, produi-
ront souvent des effets qui vaudront dix fois les sommes qu'ils auront coûtées. Ainsi le domaine le plus plat, le plus dénué de pittoresque naturel peut être amélioré par des soins intelligents. Sans doute, ces dispositions dépendent principalement des goûts artistiques de celui qui les entreprend; mais il existe certaines relations géologiques entre les arbres et le sol, les bois et les rochers, les rochers et les chutes d'eau dont la connaissance ne peut manquer d'être utile au jardinier paysagiste. La nature ne plante pas au hasard les bois et les forets, elle ne dresse point des rochers et des falaises là où ne s'est trouvée aucune cause pour leur production; et c'est l'étude de ces causes et de ces associations qui gît au fond de toute imitation artistique réussie. Chaque roche — granité, ardoise, calcaire, trap, grès, craie — subit à sa façon l'action de l'air, et présente ses propres aspects distinctifs ; chaque sol porte sa végétation particulière, et le succès de toutes les dispositions paysagères dépend d'une connaissance approfondie de ces particularités. Mais bien avant le simple embellissement de la surface, dans un climat froid et capricieux comme celui des Iles-Britanniques, l'abri est indispensable, et partout où il est possible de planter des bois disposés de manière à assurer une agréable protection contre les vents nuisibles, la valeur d'un domaine se trouvera considérablement accrue.