SA MANIÈRE D'ÉCRIRE
Il possédait la science des détails dans les écrits qu'il dictait mais ne se donnait pas la peine d'y toucher luimême. Cela regardait le secrétaire. Aussi, écrivait-il peu. Quand il dictait, les points de suspension qui indiquent le remplissage, se trouvaient plus nombreux que les mots essentiels ; mais ceux-ci étaient bien posés et formaient la charpente du morceau. Pour mieux dire, sa méthode consistait à composer en style télégraphique et h laisser la phrase courante au soin du secrétaire ; mais, ensuite, il en scrutait toutes les parties minutieusement avant de signer lui-même ou de dire " signez ". Tout ceci est plus facile à faire qu'on ne le croirait. Un secrétaire qui entend le métier entre vite dans la facture ou la forme de langage de celui qui donne la dictée.
Invariablement, sa signature portait : " Geo. Et. Cartier ", lisible pour tout le monde. Une table carrée, fort modeste, lui servait à écrire et déposer les papiers du moment. Ce meuble qui avait été fait à Toronto, par Jacques et Hay, en 1859, suivit M. Cartier à Québec, ensuite, 'à Ottawa. Il est à présent au bureau de la cartoucherie à Québec. En 1872, on fabriqua un très grand pupitre h compartimeint pour remplacer la table en question, mais
Sir George ne l'a jamais vu et, depuis quarante ans, il est au service des ministres de la milice. Ceci répond aux journaux qui viennent de nous dire que le grand pupitre est un souvenir de M. Cartier.
J'ai dit qu'il écrivait rarement. On ne lira pas sans curiosité le billet suivant que lui envoyait un jour M. Chauveau :
*^ Votre calligraphie, qui est cepenidant meilleure que ^^ la mienne, fait que je n'ai pu lire ce qu'il y avait dans " l'envelappe de la lettre que vous m'avez adressée. J'ai " trouvé, toutefois, que ces hiéroglyphes avaient un as- ^^ /pect bienveillant et je vous en remercie. "
Il y mettait de la gaîté, comme cela eut lieu un jour que Sir George parcourait un de ses raipports : " J'ai ^^ trois sortes d'écritures, dit-il : une que chacun com- " prend, une autre que je puis lire seul, et une que Sicotte " et Suite parviennent à déchiffrer. " Louis-Wilfrid Sicotte m'avait précédé dans le bureau : il est mort juge des cessions de la paix à Montréal.
En ce temips-lè le personnel du gouvernement n'était guère plus nombreux que celui d'une grosse municipalité de 1914. Tous les employés se connaissaient et fraternisaient. Le ministre savait l'histoire du moindre d'entre nous et il s'informait de nos familles. Sir George ne partait jamais pour Montréal sans passer de bureau en bureau pour serrer la main à celui-ci et celui-là, les messagers compris. '