‹ George SandChapitre 16 sur 41 · I. Histoire de ma vie · texte numérisé non relu

I. Histoire de ma vie

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la quitter, comme elle lui en demandait le motif, cet homme simple lui répondit : « C'est que madame a une tête si laide, que ma femme étant enceinte pourrait mourir de peur. » Il s'agissait d'une tète de mort que George Sand avait sur sa table, une pièce anatomique avec des compartiments, légendes et numéros tracés à l'encre d'après le système de Gall et Spurzheim. En 1837, on était féru de phrénologie. En 1909, l'hypnotisme est à la mode. Avons-nous bien le droit d'être sévères à l'engouement d'hier ?

Le crâne — ou les crânes — de Michel était chauve. Petit, grêle, voûté (c'est à George Sand que j'emprunte tous les détails de ce portrait), il était myope et portait lunettes. Né paysan et féru de simplicité jacobine, il arborait une épaisse houppelande informe et de gros sabots. Très frileux, il demandait dans les appartements la permission de mettre un mouchoir et il tirait de sa poche trois ou quatre foulards qu'il nouait au hasard les uns sur les autres... Dans la Lettre d'un Voyageur il est parlé de cette couronne qui surmonte le chef

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d'Éverard. Telles sont les illusions de l'amour.

La première fois que George Sand rencontra Michel, c'était à Bourges. Elle l'était allée voir à l'hôtel avec ses deux amis, Papet et Fleury. De sept heures du soir à minuit, il ne déparla pas ; à minuit, comme il faisait une nuit magnifique, il leur proposa une promenade dans la ville ; arrivé devant sa porte, il voulut les reconduire et ainsi de suite jusqu a quatre heures du matin. C'est le bavard intarissable, pour qui trois personnes sont un public qu'il ne lâche plus, tandis que dans la cité aux grands édifices blanchis par la lune tout rappelle la majesté du silence. A ceux qui s'étonnaient de cet incoercible verbiage, Michel répondait ingénument : « Parler, c'est penser tout 'haut. En pensant ainsi tout haut, je vas plus vite qu'en pensant tout bas et tout seul. » C'est le mot de Numa Roumestan : « Moi, quand je ne parle pas, je ne pense pas. » Le fait est que Michel (de Bourges), comme Numa, est natif de notre Provence. A Paris, répétition de la même scène nocturne et déam-

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bulatoire. Du pont des Saints-Pères, où Michel et ses amis étaient arrêtés, ils apercevaient les Tuileries éclairées pour un bal : Michel s'emporte et, jfrappant de la canne le pont et ses balustrades innocentes : « Moi je vous dis que, pour rajeunir et renouveler votre société corrompue, il faut que ce beau fleuve soit rouge de sang, que ce palais maudit soit réduit en cendres, et que cette vaste cité où plongent vos regards soit une grève nue, où la famille du pauvre promènera la charrue et dressera sa chaumière. » Belle période pour une réunion publique ! trop belle, à mon gré, pour une causerie entre amis, le soir, sur le pont des Saints-Pères...

Nous sommes, en 1835, au moment le plus brillant de la carrière de Michel. C'est sa participation au procès des accusés d'avril. A la suite des insurrections qui, l'année précédente, avaient éclaté à Lyon et à Paris, un immense procès s'ouvrait devant la Chambre des pairs. « Le parti républicain résolut de transformer la sellette des prévenus en tribune, d'y accuser le gouvernement, d'y

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prêcher la république et le socialisme. . . On eut alors l'idée de convoquer à Paris, de tous les points de la France, cent cinquante républicains notables qui, sous le titre de défenseurs, devaient être les orateurs de cette grande manifestation. » Il y avait là Barbés, Blanqui, Flocon, Marie, Raspail, Trélat, JVlichel (de Bourges). « Le 1 1 mai, les journaux révolutionnaires publièrent un manifeste par lequel le comité de défense félicitait et encourageait les accusés... Suivaient les signatures des défenseurs au nombre de cent dix. Cette pièce était un faux... Elle avait été rédigée par quelquesuns des défenseurs qui, pour la rendre plus imposante, avaient, sans aucune autorisation, disposé des noms de leurs collègues. Ceux-ci prirent peur... Bientôt ce fut à qui se dégagerait, par un désaveu public, d'une aventure devenue périlleuse ; si bien que, pour mettre fin à ce sauve-qui-peut, deux des coupables, Trélat et Michel (de Bourges), déclarèrent assumer seuls la rédaction du manifeste et de l'apposition des signatures. Ils furent condamnés par la Cour des pairs, Trélat à quatre ans de

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prison, Michel à un mois » *. Choquante inégalité ! Michel ne pardonna jamais à son compère Trélat d'avoir décroché une si belle condamnation !

Qu'est-ce que vous voulez qu'on fasse avec un mois de prison ? Nous voyons en effet que Michel fournit une carrière des plus médiocres. Il tâtonna, louvoya. C'était le politicien, et c'est tout dire. George Sand nous apprend qu'il « acceptait en théorie ce qu'il appelait les nécessités de la politique pure, les ruses, le charlatanisme, le mensonge même, les concessions sans sincérité, les alliances sans foi, les promesses vaines. » Nous dirions qu'il fut un radical opportuniste. Mais il ne suffit pas d'être opportuniste pour réussir : il y a la manière. Élu député, Michel (de Bourges) ne joua aucun rôle. En 48, il ne sut égaler ni le lustre de Raspail, ni le prestige de Flocon. Au coup d'État, il rentra définitivement dans l'ombre. Depuis longtemps, d'ailleurs, il préférait à la politique les affaires. On est bien obligé de

I. Thcreau-Daxgin, Histoire de la Monarchie de 'uillet, II, 297 sq.

choisir, quand on n'est pas du gouvernement.

Il est aisé de voir par où Michel séduisit George Sand. C'était un sectaire, elle le prit pour un apôtre. Il était brutal, elle le crut énergique. Mal élevé, elle l'imagina austère. Tyran, elle salua en lui un maître. Il lui avait promis de la faire guillotiner à la première occasion. Preuve incontestable de supériorité! Sincère, elle n'était pas en garde contre la hâblerie. Il lui avait fait peur. Elle l'en admira et s'empressa d'incarner en lui cet idéal stoïcien qu'elle avait en tête depuis tant d'années et qui était toujours resté en disponibilité.

C'est bien ainsi qu'elle-même explique à Michel les raisons de son amour. « Je t'aime parce que, quand je me représente la grandeur, la sagesse, la force et la beauté, c'est ton image qui se présente devant moi... Nul autre homme n'avait exercé sur moi une influence morale ; mon esprit toujours libre et sauvage n'avait accepté aucune direction... Tu es venu et tu m'as enseigné. » Et encore : « C'est toi que j'aime, depuis le jour où je suis née et à travers tous les fantômes où j'ai cru

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un instant te trouver et te posséder. » Quoi ! A travers Musset, celui qu'elle aimait, c'était Michel ! J'espère qu'elle s'abuse.

Il existe toute une correspondance de George Sand avec Michel (de Bourges) . Une partie en a été publiée naguère dans la Revue illustrée, sous le titre de Lettres de femme. Aucunes lettres de George Sand ne surpassent ces lettres à Michel (de Bourges) pour l'ardeur de la passion, pour la beauté de 'la forme et pour je ne sais quelle magnifique impudeur.

Écoutez cet appel au bien-aimé. George Sand, après une nuit de travail, se plaint de la fatigue, de la faim et du froid : « Eh bien ! parais, mon amant, et, ranimée comme la terre au retour du soleil de mai, je jetterai mon suaire de glace et je tressaillerai d'amour, et les plis de la souffrance s'effaceront de mon front, et je te semblerai belle et jeune parce que je bondirai de joie dans tes bras de fer. Viens, viens, et j'aurai de la force, de la santé, de la jeunesse, de la gaieté, de l'espérance... Tirai à ta rencontre, comme l'épouse

du Cantique au-deyant du Bien-aimé. » Le bien-aimé, au-devant duquel court cette Sulamite, est un avocat de province, chauve, avec des lunettes et trois foulards. Mais il paraît que sa « beauté voilée et inintelligible au vulgaire se révélait, comme jadis celle de Jupiter cachée sous des formes humaines éclatait tout à coup aux yeux de ses amantes. » Ne souriez pas de ces comparaisons mythologiques ! George Sand a comme restitué en elle l'état d'âme d'où sont nés les mythes anciens. Un grand courant de poésie naturaliste circule à travers ces pages. Rappelez- vous certains morceaux descriptifs de Théocrite ou de Ronsard. Vous en pourriez rapprocher ce portrait du cheval qui chaque jour emporte George Sand au vent impétueux de sa course. « A peine il me voit, qu'il frappe du pied et rue d'impatience... Je l'ai dressé à franchir cent toises par seconde ; le ciel et la terre disparaissent quand il m'emporte sous ces longs berceaux de pommiers en fleurs... Le moindre son de ma voix le fait bondir comme une balle; le moindre oiseau qui passe le fait frémir et

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fuir comme un enfant sans expérience. Il a à peine cinq ans. Il est craintif et mutin. Sa croupe noire luit au soleil, comme l'aile du corbeau... » N'est-ce pas le relief précis d'une figurine antique ? Une fois, George Sand raconte comment elle a vu Phœbé dépouiller sa robe de nuées et s'élancer radieuse dans un ciel pur. Et le lendemain elle écrit : « Elle a été mangée par les méchants esprits. Les noirs génies de l'Érèbe montés sur des nuées sombres sont venus se jeter sur elle et elle a en vain lutté. » Rapprochez de ces passages une lettre du 10 juillet 1836, où elle conte comment elle se jette tout habillée dans l'Indre, pour reprendre ensuite sa course dans les prés au soleil, et avec quelle volupté elle goûte les joies de la vie primitive et se figure être aux beaux temps de la Grèce. Il y a des jours et des pages où George Sand, sous l'afflux de la vie physique, se découvre païenne : son génie est alors celui des divinités bocagères qu'enivraient, à certaines époques de l'année, l'odeur des prés et la sève des bois.

Si quelque jour on nous donne cette corres-

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pondance dans son entier, je ne serais pas étonné qu'il se trouvât d'honnêtes gens pour la préférer aux lettres à Musset. D'abord elle n'est pas gâtée par cette préoccupation qu'avaient les amants de Venise de faire de la littérature. On n'y trouve pas mêlées aux accents de la passion sincère les conceptions quintessenciées d'une métaphysique paradoxale. C'est ici la nature qui parle. Aussi bien ces lettres ne sont guère moins douloureuses. Elles aussi nous disent un dur martyre. On y devine un Michel grossier, despote, infidèle et jaloux. Nous savons par ailleurs que , plus d'une fois , George Sand fut près de perdre patience. Et nous la croyons sur parole quand elle écrit à M""' d'Agoult, le lo juillet 1836: « J'ai des grands hommes plein le dos (passez moi l'expression). Je voudrais les voir tous dans Plutarque. Là ils ne me font pas souffrir du côté humain. Qu'on les taille en marbre, qu'on les coule en bronze et qu'on n'en parle plus! » Amen.

Ce qui dégoûta George Sand de son Michef, ce fut la vanité de celui-ci et ce besoin

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qu'il avait d'être adulé. En juillet 1837, ^lle était à bout, comme elle l'écrit à Girerd. (Remarquez cette habitude de mettre toujours un tiers dans la confidence. A l'époque de Sandeau, c'était Emile Regnault; à l'époque de Musset, Sainte-Beuve; maintenant Girerd.) George Sand lui écrit : « Lasse de dévouement, ayant combattu ma fierté avec toutes les forces de l'amour, et ne trouvant qu'ingratitude et dureté pour récompense, j'ai senti mon âme se briser et mon amour s'éteindre. Je suis guérie... » Si encore elle eût, cette fois, souffert par un grand homme ! Mais ce n'était, celui-là, qu'un faux grand homme.

Pourtant l'influence qu'il eut sur sa pensée a été réelle, et, d'une certaine manière, bienfaisante.

Au début, elle était fort éloignée de l'état d'esprit de Michel , et elle éprouvait pour quelques - unes de ses idées une aversion qui ressemblait à de l'horreur. Le dogme de l'égalité absolue lui paraissait une absurdité. La République — ou les diverses républiques alors en gestation — lui faisait l'effet

d'une utopie ; et, voyant chacun de ses amis se faire « son petit République », elle ne croyait guère à la vertu de cette forme de gouvernement pour réaliser l'union de tous les Français. Un point la choquait particulièrement dans les théories de Michel. Ce politicien n'aimait pas les artistes : de même que la Révolution n'avait pas besoin de chimistes, il estimait que la République n'aurait besoin ni d'écrivains, ni de peintres, ni de musiciens, tous gens inutiles et auxquels on jouerait ce bon tour de leur mettre entre les mains une bêche de laboureur ou une alêne de cordonnier. George Sand trouvait cela barbare, mais surtout bête.

Laissez faire le temps ! Nous avons un témoignage irrécusable des opinions qui sont bientôt devenues les siennes, c'est le catéchisme républicain que, dans ses lettres, elle rédige à l'usage de son fils Maurice, qui avait alors douze ans, l'âge de la première communion. Il était au lycée Henri IV, dans la même classe que les princes d'Orléans. Voulez- vous voir comment sa mère le renseigne sur le papa de ses camarades ? Savourez cette petite phrase

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d'une lettre du 15 décembre 1835 : « Il est bien vrai que Louis-Philippe est l'ennemi de l'humanité... » Rien que cela ! L'ennemi de l'humanité, au carnaval, invite au château les camarades de son fils Montpensier. Que Maurice accepte l'invitation, puisque cela l'amuse; mais qu'il évite d'en avoir cette gratitude qui nuit à l'indépendance. « Les amusements que Montpensier t'offre sont déjà des faveurs », écrit gravement cette mère des Gracques. Si on lui demande ses opinions , l'enfant devra répondre qu'il est un peu trop jeune pour avoir déjà des opinions, mais non pour savoir celles qu'il aura quand il se les sera librement données : « tu répondrais que tu es républicain de race et de nature ». Elle ajoute quelques aphorismes : les princes sont « nos ennemis naturels », et « quelque bon que puisse être l'enfant d'un roi, il est destiné à être tyran ». Voilà bien de l'émoi pour un verre de sirop et trois petits fours ! Mais c'est qu'alors George Sand était sous la domination de « Robespierre en personne ».

Donc Michel avait amené George Sand à la

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République. Sans vouloir exagérer le service qu'il lui rendait ainsi, je le crois incontestable, à condition qu'on l'explique d'une certaine manière. A tort ou à raison, George Sand avait vu en Michel l'homme qui s'est consacré tout entier à une cause d'intérêt général. Elle avait appris à son école — et peut-être doublement à son école — que l'amour, quoi qu'on fasse, est une passion égoïste ; aux puissances de sympathie d'un cœur généreux il faut assigner un autre but : le service de l'humanité, le dévouement à une idée.

C'est un acheminement dans la voie qui va faire passer l'écrivain du mode personnel au mode impersonnel.

• N'oublions pas, enfin, un autre genre de service que Michel avait rendu à George Sand : il avait plaidé pour elle et gagné son procès en séparation.

Depuis que George Sand avait, en janvier 1831, repris son indépendance, ses rapports avec Dudevant avaient été fort supportables. Les deux époux échangeaient des lettres cor-

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diales. Quand Dudevant vient à Paris, il a soin de ne pas descendre chez sa femme, crainte de la gêner. « Je descendrai chez Hippolyte, parce que je ne veux te gêner nullement, ni par conséquent être gêné, ce qui est bien juste. » C'est un mari discret. Quand elle part pour l'Italie, il l'exhorte à profiter d'une si bonne occasion qu'elle a de voir un beau pays. C'est un mari de bon conseil. Et il invite Pagello à faire un séjour à Nohant. — Avouez que ce trait eût manqué à l'histoire ! — Mais pendant les mois où les deux époux se retrouvaient ensemble à Nohant, les scènes recommençaient. L'irritation de Dudevant était entretenue par ses besoins d'argent et la conscience qu'il avait d'être un déplorable administrateur. Il avait fait de mauvaises spéculations. Crédule, comme beaucoup de gens méfiants, il s'était laissé duper par un escroc dans une affaire d'armement maritime, à laquelle il avait d'autant plus ajouté foi qu'on lui avait montré sur le papier le portrait du bateau. Il avait mangé quatre-vingt-dix mille francs sur cent mille qu'il possédait, et vivait sur les

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revenus de sa femme. Il fallait aviser. George Sand lui paya d'abord ses dettes ; puis les deux époux signèrent une convention équivalant à une séparation de biens , convention que regretta Dudevant et qui fut déchirée, lorsqu'éclata, le 19 octobre 1835, devant témoins, à la suite d'un ordre donné à Maurice, une scène de violence... Mais c'est George Sand elle-même qui va nous la conter, dans une série de lettres inédites dont je vous lirai les passages décisifs. Voici le début d'une lettre à son demi-frère, Hippolyte, celui-là même qui se grisait avec Casimir :

A Hippolyte Chatiron.

« Mon ami, je dois t'apprendre une nouvelle qui t'arriverait indirectement et que tu dois tenir de moi la première. Casimir, au lieu d'arriver de bonne grâce et de bonne foi à l'exécution du traité, s'est livré contre moi à une animosité qui tient de la folie. Sans aucun motif de ma part, soit dans ma conduite présente, soit dans mes manières avec lui, il s'est jeté sur moi pour me frapper et, empêché de

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le faire par cinq personnes, dont était Dutheil, il a été chercher son fusil pour me tuer. Tu penses bien qu'on ne l'a pas laissé faire.

« En raison de pareils traitements et d'une haine qui va jusqu'à la démence, ne pouvant avoir de sécurité dans une maison où il aurait toujours le droit de revenir, n'ayant d'autre garantie de son traité que son bon plaisir, enfin ne pouvant rester à la merci d'un homme qui, à mon égard, ne se conduit ni avec délicatesse ni avec raison, j'ai pris le parti de demander une séparation judiciaire et je l'obtiendrai sans aucun doute. Casimir, qui m'avait fait cette affreuse algarade la veille de son départ pour Paris, a retrouvé, en revenant ici, la maison vide, moi fixée par autorisation du président à la Châtre, chez Dutheil, et une assignation sur sa cheminée. Il a pris son parti, en comprenant qu'il ne pouvait lutter contre ses propres fautes et que le scandale qu'il pourrait faire, en se débattant, lui retomberait sur le nez. Il a posé et accepté les stipulations suivantes, auxquelles Dutheil a servi d'intermédiaire. Je lui assurerai une pension de

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3.800 francs qui, jointe à 1.200 francs de rente qui lui restent, lui constitueront 5.000 francs de rente. Je crois que c'est bien honnête, moi payant l'éducation des deux enfants. Ma fille restera à ma gouverne, comme je l'entendrai. Mon fils restera au collège où il est, jusqu'à ce qu'il ait fini ses études et, durant les vacances, il passera un mois chez son père et un mois chez moi. De cette manière, il n'y aura plus de contestation et Dudevant retournera à Paris prochainement sans faire de résistance, tandis que les tribunaux prononceront la séparation par défaut ^ »

Et voici, sur le même sujet, une amusante lettre berrichonne à Adolphe Duplomb :

« Cher Hydrogène,

« Tu es mal informé de ce qui se passe à la Châtre. Dutheil n'a jamais été brouillé avec le baron de Nohant-Vic. Mais voici la véritable histoire. Le baron s'est pris comme d'une idée de me battre. Dutheil a pas voulu. Fleury

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