‹ George SandChapitre 37 sur 41 · LE THÉÂTRE — ALEXANDRE DUMAS FILS - LA VIE A NOHANT · texte numérisé non relu

LE THÉÂTRE — ALEXANDRE DUMAS FILS - LA VIE A NOHANT

Les romanciers ont coutume de parler du théâtre avec quelque dédain, comme d'un genre où il y a trop de conventions, où l'on est l'esclave de trop de servitudes quasiment matérielles, où l'on est obligé de tenir trop de compte du goût de la foule, tandis que le livre s'adresse au lettré qui le savoure au coin du feu, à la mondaine qui rêve entre ses feuillets... A peine un de leurs romans a-t-il obtenu un succès un peu plus retentissant que ses aînés, ils s'empressent de le découper en tranches, suivant les conventions de l'endroit, afin qu'il dépasse le petit cercle des lettrés et

des mondaines et qu il arrive à la foule — la plus nombreuse possible.

George Sand n'a jamais professé, à l'égard du théâtre, ce dédain transcendant des raffinés. Elle a toujours aimé le théâtre. Elle ne lui a pas tenu rancune d'y avoir été abondamment sifflée. (Car on sifflaiten ce temps-là. On ne siffle plus aujourd'hui. Apparemment, c'est qu'on ne fait plus de mauvaises pièces ; ou c'est peutêtre qu'après en avoir tant vu et de si méchantes, le public est devenu philosophe et ne se donne plus la peine de se fâcher.) Une première pièce, Coswta, avait été un « four » mémorable. C'est aux environs de 1850 que George Sand chercha dans le théâtre une forme nouvelle où ranimer sa verve et rajeunir son talent. François le Chanipi fut un grand succès. De Clatidie voici les nouvelles que donne une lettre du 24 janvier 1851 : « Succès de larmes, succès d'argent. Tous les jours salle comble, pas un billet donné, pas même une place pour Maurice. La pièce est admirablement jouée. Bocage est magnifique ; le public pleure, on se mouche comme au sermon. Enfin on dit que jamais,

de mémoire d'homme, on n'a vu une première représentation comme celle qui a eu lieu, et à laquelle je n'ai pas assisté. » Jamais... de mémoire d'homme... il est probable qu'elle exagère. Toutefois, le succès fut réel. On joue encore Claudie et je me souviens d'en avoir vu à rOdéon une reprise où M. Paul Mounet faisait, comme il convient, du père Rémy une ganache épique. Quant au Mariage de Victorine, il ne se passe pas une année sans qu'il figure au programme des concours du Conservatoire. C'est la pièce type pour futures ingénues.

François le Champi, Claudie^ le Mariage de Victorine , telle est la série qui représente exactement ce qu'on peut appeler « le théâtre » de George Sand. Ces pièces-là sont d'elle toute seule, et c'était à son avis leur premier mérite. Vous savez de combien de personnes, généralement étrangères à la littérature, l'auteur dramatique est obligé d'accepter ou de subir la collaboration. Que répondre à un directeur qui vous tient ce propos : « Votre personnage dit blanc. Il a cent fois

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raison. Croyez-en tout de même ma vieille expérience ! Qu'il dise noir ! Ça fera soixante représentations de plus... » Il y avait alors au Gymnase un directeur, resté fameux, homme de théâtre admirable et qui savait comme personne ce qu'il fallait dire pour faire des tas de représentations. C'était Montigny. George Sand se plaint qu'il eût la manie de refaire toutes ses pièces. Et elle ajoute : « Il y a pourtant une observation à faire, c'est que toutes les pièces qu'on ne m'a pas fait changer, le Champi, Claudie, Victorine, le Démon du foyer, le Pressoir, ont eu un vrai succès, tandis que les autres sont tombées ou ont eu un court succès » ^ C'est donc bien ici que George Sand a réalisé l'idée qu'elle se faisait du théâtre.

Quelle est cette idée ?

Elle est toute simple et tient dans ces quelques mots : « J'aime les pièces où je pleure. » C'est toute une esthétique.

George Sand ajoute : « J'aime le drame

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