‹ George Washington d'après ses mémoires et sa correspondance [microforme]Chapitre 15 sur 48 · The lowand beauty · texte numérisé non relu

The lowand beauty

2. On n’a jamais connu positivement loljet de cette passion. La

Lord Fairfax se chargea de la guérison, Il tenait chevaux et chiens dans le style anglais, Pour oublier son inconstante duchesse et s’en venger peut-être, il faisuit avec passion la guerre aux fauves et surtout aux renards. Il emmena dans ses chasses son jeune malade, qu'il fut tout étonné de trouver aussi solide en selle que lui-même, aussi ardent sur la piste des chiens. Le remède fut sans doute souverain, car les Mémoires de Washington ne contiennent plus ni élégies, ni plaintes amoureuses,

La bienveillance de lord Fairfax pour Washington eut un autre résultat plus important. Les propriétés du lord au delà de Blue-Ridge n'avaient jamais été régulièrement reconnues ni mesurées, Des aventuriers de toutes sortes s'étaient installés le long des bords des plus belles rivières, au milieu des vallées fertiles, et en avaient pris possession. L’opulent propriétaire désirait que ces terres fussent classées et divisées en lots, avant de chasser ces intrus ou de les amener à traiter à des conditions raisonnables.

Il ne fut point effrayé de la jeunesse de George, déjà habile dans l’arpentage; il lui proposa cette entreprise, qui fut immédiatement acceptée.

La tâche était rude : le jeune géomètre avait à par. courir la vallée de la Shenandoah, large de 25 milles : le Blue-Ridge limite cette vallée d’un côté: le North Mountain, mamelon des Alleghanys, de l’autre côté ; au milieu coule la Shenandoah.

tradition prétend que la beauté de la Plaine s'appelait miss Grimes, du Westmoreland , elle devint plus tard mistress Lee, la mère du général Henry Lee, le favori de Washington, qui joua un si grand rôle dans l'histoire de la révolution,

Pendant l'expédition, George déploya autant de patience que de talent; les privations et les fatigues se multipliaient sur son chemin : nuits en plein air devant un feu d'arbres abattus ou sous des huttes grossièrces, froids rigoureux, rivières enflées par la fonte des neiges, absence de routes frayées, marécages et précipices, rien ne rebuta son courage.

Voici quelques-unes des notes contenues dans le journal de ce voyage que Washington fit à seize ans (au mois de mars 1748).

« Du 14 mars. — Nous avons descendu la rivière pendant l’espace de 16 milles, afin de lever quelques plans du côté de Cate's Manh et Long Marsh. Le pays nous a semblé constamment riche, extrèmement abondant en grains, chanvre et tabac,

€ Du 15. — J'ai travaillé jusqu'à la nuit et m’en suis retourné ensuite. Après souper nous avons passé dans une chambre, Pour moi, qui ne suis pas si bon habitant des bois que les autres, je me suis déshabillé tout à fait et me suis mis dans ce qu'ils appellent un lit; mais, à ma grande surprise, j'ai trouvé que ce n’était qu'une étroite paillasse fort dure, sans draps, ni rien autre chose qu’une couverture qui montrait la corde, avec son double poids de vermine; j'ai été trop heureux de me relever, de remettre mes habits et d'aller reposer auprès de nos compagnons. Si nous n'avions pas été aussi fatigués, je suis certain que nous n’aurions pas beaucoup dormi cette nuit-là, Je me suis promis de ne plus chercher à dormir désormais, préférant bivouaquer près d’un feu,

€ Du 23. — Il a plu jusqu’à deux heures environ, et le temps s'était éclairci, lorsque nous fûmes agréablement surpris à la vue de plus de trente Indiens revenant de la guerre avec une seule chevelure. Nous avions un peu de

liqueur, nous leur en donnâmes une partie, Cette boisson, excitant leurs esprits, les mit en humeur de danser, Ils nous donnèrent alors le spectacle d’une danse guerrière. Après avoir tracé un large cercle, ils allumèrent au milieu un grand feu, autour duquel ils s’assirent ; leur chef prononça alors un long discours pour leur indiquer la manière dont ils devaient danser. Lorsque la haranguc fut finie, le meilleur danseur se mit à sauter comme un homme éveillé en sursaut, à courir et à bondir autour du cercle de la facon la plus comique ; les autres le suivirent; ils commencerent alors leur musique : elle se composait d’un vase à moitié plein d’eau avec un chalumeau percé attaché au-dessus, et d’une courge dans laquelle on avait mis des balles de plomb pour faire du bruit, avec une queue de cheval pour ornement. L’un des Indiens se mit à crier de toute sa force, et un autre à battre la caisse, pendant que le reste dansait,.

€ Du ? avril. — Nuit de vent et de pluie. La paille sur laquelle nous étions couchés à pris feu ; mais j'ai été heureusement préservé de toute atteinte par les soins d’un denos hommes qui se trouvait éveillé lorsque l’événement est arrivé,

« Du 4. — Ce matin, M. Fairfax nous a quittés pour une exploration. Nous avons arpenté deux lots de terrain, et avons été accompagnés d’une grande quantité d'hommes, de femmes et d'enfants qui nous ont suivis à travers les bois, en nous laissant voir leurs anciens usages. Ils semblent aussi étrangers à la civilisation que les Indiens. Ils sont hors d’état de parler anglais, mais, si vous leur adressez la parole en cette langue, ils vous répondent en hollandais.

« Du 12, — M. Fairfax est de retour en bonne santé ; moi je suis rentré chez mon frère, à Mount Vernon, ct ici se termine mon journal. »

C’est dans ce premier voyage qu’on découvrit les sources chaudes de Berkeley, qui devint une station de bains fort à la mode en Virginie.

Le carnet de Washington constate qu'il reçut pour ses services un doublon par jour du travail actif, et quelquefois six pistoles 1,

La manière dont il s'était acquitté de cette entreprise difficile, et ses rapports sur le pays dont il venait de lever les plans, satisfirent grandement lord Fairfax, qui peu de temps après traversa le Bluc-Ridge et s'établit à un endroit qu'il avait choisi pour être ce qu’il appelait « ses quartiers. » Il y traça un domaine contenant dix mille arpents de terres labourables ct de pâturages, de vastes prairies, de belles forêts, et projeta d’y bâtir un grand château; cette vaste propriété reçut le nom de Greenway-Court.

__ L'influence de lord Fairfax valut probablement à Was- ‘hington sa nomination de géomètre public, Ce titre donnait de l'autorité à ses plans, les faisait consulter comme oflicicls, et ils ont été reconnus d’une telle exactitude qu'aujourd'hui encore on y ajoute foi entière,

Il continua pendant trois ans ces travaux, qui furent d'une utilité extrême, en raison de la vaste étendue de territoire à arpenter ct du nombre très-restreint de géomètres publics. Ce fut pour lui l’occasion d'étudier le pays, la nature du sol en différents endroits, et la valeur des localités; connaissances qui lui servirent plus tard dans ses acquisitions : un grand nombre des plus beaux endroits de la vallée de la Shenandoah sont encore possédés par des membres de la famille de Washington.

1. La pistole — 3 dollars 60 cent. Le doublon est le double de cette somme,

Tandis qu'il s’occupait ainsi pendant des mois entiers à lever les plans des territoires au delà du Blue-Ridge, il habitait souvent à Greenway-Court.

Le château projeté par lord Fairfax ne fut jamais commencé, Sur un vert monticule ombragé par les arbres se trouvait une longue construction en pierres, haute d’un étage, avec fenêtres dormantes, deux clochetons en bois, des cheminées peuplées de martinets et d'hirondelles, un toit descendant fort bas, à l’ancienne mode de Virginie, et dont les bords saillants formaient une vaste verandah sur toute la longueur de la façade : c'était probablement la maison occupée à l’origine par l’intendant, mais elle était alors consacrée à l’hospitalité. Quant à Sa Seigneurie, une de ses nombreuses excentricités fut de ne jamais coucher dans le bâtiment principal, mais de loger à part, dans un pavillon en bois qui n'avait guère plus de douze pieds carrés, Une petite construction lui servait de bureau; c'était là qu’on payait les redevances, qu'on dressait les actes et qu’il traitait avec les fermiers.

Un peu plus loin s’élevaient les habitations de ses nombreux serviteurs, blancs et noirs, les écuries pour chevaux de selle et de chasse, et les chenils pour ses chiens ; car lord Fairfax avait conservé son vif penchant pour la chasse, et les alentours étaient remplis de gibier. Des Indiens, des métis, des chasseurs vêtus de peaux, rôdaient aux environs et prenaient part à l’abondance de la cuisine. La table scigneuriale était largement approvisionnée, mais simple et servie à la mode anglaise.

Washington, tout en partageant les plaisirs et les distractions de lord Fairfax, continuait à s’instruire dans le commerce de ce gentilhomme d’un esprit cultivé et d’une conversation pleine d’attrait, C’est ainsi qu'il passa trois ou quatre ans, le plus souvent au delà du Blue-Ridge, mais parfois avec son frère Lawrence à Mount Vernon.

Les rudes et pénibles expéditions dans les montagnes, au milieu d'hommes grossiers, le rompaient aux fatigues ct l'habituaient aux expédients de la vie dans le désert, en même temps que ses relations avec son frère et avec les divers membres de la famille Fairfax avaient pour heureux effet d'adoucir son esprit et ses manières et de réagir contre les habitudes de négligence et le laisseraller de la solitude,

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