‹ George Washington d'après ses mémoires et sa correspondance [microforme]Chapitre 29 sur 48 · LÉ VIEUX CONGRES CONTINENTAL, — BATAILLE DE LEXINGION · texte numérisé non relu

LÉ VIEUX CONGRES CONTINENTAL, — BATAILLE DE LEXINGION

À cette période de la révolution américaine, deux partis divisent le pays, les whigs, défenseurs des droits du peuple, et les fories ou royalistes, qu’on appelle aussi loyalistes, Malgré le tumulte des meetings où retentit l'éloquence indignée des défenseurs de la liberté, les whigs luttaient énergiquement pour empêcher tout acte qui put donner prise aux autorités anglaises, Voulant conserver à la résistance un caractère pacifique, on résolut de convoquer à Philadelphie un congrès des députés de toutes les colonies.

Chacun sentait la nécessité de ne pas abandonner Boston aux vengeances de la métropole irritée, car les mesures prises contre cette vaillante cité les menaçaient toutes également.

Cinquante-cinq délégués se trouvèrent réunis, le 4 septembre 1774, à l'hôtel de ville de Philadelphie; ils représentaient toutes les colonies, sauf la Géorgie. Parmi eux se trouvaient Washington , Patrick Henry, Richard [Henri Lee, Edward et John Rutledge,' Christophe Gads-

A. JOUAULT. 0

den, Samuel Adams, John Adams, Roger Sherman, Philippe Livingston, John Jay et le docteur Witherspoon, président du collége de Princeton.

Comme orateur, Patrick Henri était sans rival; après lui se distinguait John Rutledge; « mais, s’il s’agit d'instruction solide, de jugement sain, dit Patrick Henri, Washington était, sans contredit, le plus grand de tous. »

Peyton Randolph fut élu président (speaker), et Patrick Henry ouvrit la discussion en ces termes :

« La tyrannie anglaise a effacé les limites qui séparaient l'une de l'autre les colonies; les distinctions entre Viroiniens, Pensylvaniens, New-Yorkais et Néo-Anglais n’existent plus. Je ne suis pas Virginien, je suis Américain. »

On commença par lire une adresse du Massachusetts, qui exposait les dangers dont Boston était menacée ct demandait l'assistance des autres colonies, L'assemblée décreta que la cause de Boston était la cause commune, ct que rien ne serait épargné pour la défense de cette ville généreuse,

Une déclaration fut ensuite votée, établissant le droit des colons, en leur qualité de sujets britanniques, de participer à la rédaction de leurs propres lois; —- le droit de jugement parle jury; — le droit de réunion; — le droit de pétition pour le redressement de leurs gricfs,

Le congrès protestait en même temps contre le maintien d’une armée permanente dans les colonies sans leur assentiment, et contre onze lois promulguées depuis l’avénement de George III, au mépris des droits et priviléges coloniaux.

Trois adresses sont rédigées : l’une au roi, pour demander le redressement de ces gricfs ; l’autre, au peuple anglais, pour invoquer son appui; la troisième, au peuple des colonies, pour l'exciter à faire preuve de perstvérance ct de courage.

Les mesures proposées eurent un caractère tout pacifique, et consistèrent principalement dans la formation d'une « association américaine » dont tous les membres s'engageraient à n’entretenir aucunes relations avec la Grande-Bretagne ct les Indes occidentales, ct à ne se servirni du thé ni des marchandises venant d'Angleterre,

Aveuglés sur leur force, sourds à la voix de la justice, les ministres demandèrent au parlement de 1774 que les mesures prises contre Boston fussent étendues aux autres colonies, et dix mille homimes furent embarqués pour les ramener au devoir.

Voyant que le conflit devenait de plus en plus inévitable, les Américains, de leur côté, se préparaient partout à la guerre : ils organisèrent et arméèrent leurs milices, s'emparèrent de tous les dépôts d'armes et de minutions qui n'étaient point gardés; dans le Massachusetts notamment, presque tous les citoyens valides furent excrcés chaque jour au maniement des armes, et on Ics engagca àse tenir toujours prèts à partir au premier avis : d'ou leur nom de minute men (hommes à la minute).

Il ne fallait plus qu’une occasion pour qu'on en vint aux mains; elle ne tarda pas à se présenter.

Toutes les délibérations avaient eu lieu à huis clos, pour qu'on y apportät plus de calme. Les résolutions adoptées produisirent une immense sensation des deux côtés de l'Océan ; elles arrachèrent à lord Chatam ces paroles devenues célèbres :

« Quant à moi, je dois avouer que dans toutes mes lectures, — et, j'ai lu Thucydide, et j'ai étudié et admiré les grands maitres de toutes les époques et de tous les pays, — je n'ai rien vu qui surpasse les actes du congrès général de Philadelphie, pour la solidité du raisonnement, la vigueur de la discussion ct la sagesse des con-

clusions, eu égard surtout à la complication de si graves circonstances, L'histoire de Grèce et de Rome ne vous offre rien qui les égale, ct ce serait en vain qu'on tenterait d'imposer la servitude à une aussi puissante nation continentale. »

En mai 1774 le général Gage, ancien officier de l'armée de Braddock, avait été nommé gouverneur du Massachusetts, Ses mesures inconsidérées hatèrent l'approche de 1: crise. Il voulut affaiblir la cause de la liberté en essayant d'acheter Samuel Adams au prix d’un haut emploi. Mais cet homme loyal, considéré à juste titre comme le chef du parti patriotique à Boston, et que Jefferson devait un jour représenter comme « sage dans le conseil, fertile «en ressources, et immuable dans ses résolutions, » Adams était aussi incorruptible que brave. « Je crois, » répondit-il au messager de Gage, « avoir depuis lons- « temps fait ma paix avec le Roi des rois, et il n’y pas de « considération personnelle qui puisse m'induire à aban- « donner la cause juste de mon pays. Dites au gouver- « neur Gage que Samuel Adams lui conseille de ne pas insulter plus longtemps aux sentiments d’un peuple « CXASpéré, »

Les enfants de Boston étaient animés du même esprit, Ils avaient coutume, en hiver, de s'amuser à bâtir des maisons de neige, et à patiner sur une mare située dans les terrains communaux, Les soldats se permirent de venir les troubler dans leurs jeux, et leurs plaintes, accueillies avec dédain par les officiers subalternes, furent tournées en ridicule, A la fin, un certain nombre des plus grands se firent admettre près du général Gage, et lui déclarérent qu'ils venaient lui demander satisfaction. « Eh

quoi ! » dit Gage, est-ce que vos parents vous ont enseigné « la rébellion, et vous envoient ici pour faire preuve de « votre savoir? » « Personne ne nous a envoyés, » répondit, l'œil enflammé, celui qui portait la parole, « Nous «n'avons jamais insulté vos soldats; et cependant ils « ont bouleversé nos maisons de neige, et brisé la glace « de l'étang où nous’patinions. Nous nous sommes plaints, «et ils nous ont appelés jeunes rebelles, et nous ont dit « de faire ce que bon nous semblerait, Nous avons parlé «an capilaine, et il nous a ri au net, Hier on à détruit « pour la troisième fois ce que nous faisions, et c’est ce « que nous ne voulons pas supporter plus longtemps, » Le céncral anglais ne put dissimuler son admiration. « Les «enfants eux-mêmes, « dit-il, » respirent ici, avec l'air, « l'amour de la liberté. Allez, mes braves garçons, et, si « mes soldats vous molestent de nouveau, vous pouvez « ctre assurés qu'ils seront punis, »

À quelque temps de là, (rage, instruit que le gouvernement provincial du Massachusetts formait un dépôt d'armes à Worcester et à Concord, envoya un détache ment pour s’en emparer. Celui-ci rencontra un poste de niliciens à Lexington, à mi-chemin entre Boston et Concord, et fit feu sur eux. Plusieurs hommes furent tués. Les Anglais atteignirent Concord et détruisirent quelques dépôts; mais un corps plus nombreux des milices survint et fit battre en retraite les Anglais, qui ne rentrerent pas sans peine à Boston, après avoir perdu cent soixante-treize tués et blessés (18 avril 1775.

La nouvelle de ces batailles fut comme un coup de clairon appelant le peuple aux armes, C'est l'effet qu'elle produisit sur l'esprit de Washington; on le voit dans une lettre qu’il écrivait le 31 mai 1775 à un ami d'Angleterre. Il regrette évidemment que le sang ait été versé, ct surtout qu'il faille en verser davantage; mais il

se réjouit de ce que le peuple n'ait pas reculé devant cette terrible alternative, et son esprit est préparé à coopérer avec lui dans la mesure de son habileté.

€ Le général Gage reconnait, écrit-il, que le détachement commandé par le liecutenant-colonel Smith avait été envoyé pour détruire une propriété privée; ou, en d'autres termes, pour détruire un magasin que les habitants avaient établi dans un but de préservation personnelle. Et il confesse aussi, en cffet, au moins, que ses hommes avaient opéré une retraite tout à fait précipitée de Concord, malgré le renfort arrivé avec lord Precy. Ce dernier aveu peut servir à convaincre lord Sandwich et ceux qui partagent son sentiment que les Américains se battront pour leurs libertés ct leurs propriétés, si pusillanimes qu'ils puissent paraitre à d'autres égards aux yeux de Sa Scigneurie,

« Des meilleurs récits que j'ai été à mème de rassem- Dler sur cette affaire, il résulte que, si la retraite n'avait pas été aussi précipitée qu'elle le fut, les troupes ministérielles auraient été faites prisonnitres ou taillées en pitces, car celles n'étaient pas arrivées à Charlestown (sous le couvert de leurs vaisseaux) depuis une demi-heure, qu'un corps puissant de citoyens de Marblehead et Salem était sur leurs talons, et leur aurait inévitablement coupé la retraite sur Charlestown, s'il était survenu une heure plus tôt. Malheureusement il n’en faut pas moins réfléchir que l'épée d'un frère a été plongée dans la poitrine d'un frère, et que les plaines jusqu'ici heureuses et pacifiques de l'Amérique doivent être aujourd’hui ou arrostes de sang, ou habitées par des esclaves. Déplorable alternative! mais un homme vertueux peut-il hésiter à choisir? »

La gucrre de plume était terminée, le combat de Con-

LE GÉNÉRAL WASHINGTON 135 cord ne laissait plus aucune voie ouverte à la réconciliation.

L'assemblée du Massachusetts, qui avait transporté sa résidence en dehors de Boston, appela tous les Américains aux armes, Trente mille honmes de milices sc trouvèrent bientôt rassemblés autour de la ville.

Boston est situé sur une presqu'ile qui ne tient au continent que par une cCtroite langue de terre ; les Américains se portèrent à l'entrée. Ils occupèrent Charlestown, séparé de Boston par un bras de mer, et d'où leur canon pouvait porter sur la ville. Leur projet était de resserrer de plus en plus la garnison, et par le défaut de vivres de l’obliger à se retirer. Le 17 juin 177, à l'aube du jour, une redoute élevée à la hâte sur les hauteurs de Bunker’s Hill, à Charlestown, frappa les yeux des Anglais, qui ne s'attendaient pas à tant d’audace et se préparèrent immédiatement à l'assaut. Les Américains repoussèrent deux fois les assaillants, et déployèrent un crand courage; mais, attaqués une troisième fois et ayant épuisé toutes leurs munitions, ils furent obligés de se retirer,

La liste des morts ct des blessés attestait la supériorité que les Américains avaient eue sur les troupes anglaises dans la journée de Bunker’s Hill : les Anglais comptaient onze cent cinquante-quatre hommes, tant tués que blessés, dont deux cent quatre-vingt-six étaient restés morts sur le champ de bataille, nombre prodigieux sur un corps de quatre mille hommes : ils avaient eu quatre-vingt-huit ofliciers tués ou blessés, La perte des Américains n’était que de quatre cent quarante-neuf tués, blessés ou prisonnicrs; mais parmi les morts se trouvait le docteur Warren, l’un des plus éloquents et des plus populaires parmi les chefs patriotes de Boston et qui, après avoir servi son pays dans les conseils, avait voulu combattre pour son

indépendance, Le congrès honora sa mémoire par de magnifiques funérailles, à la suite desquelles le ministre Nelson prononça son éloge. ia fin de son discours mérite d’être ici rapportée; elie donnera une juste idée de l'éloquence américaine au début de la révolution :

«€... Approchez aussi, vous pères et mères de famille! Approchez du corps sanglant de Warren; que vos lar- « mes lavent ces blessures honorables et funestes : con- « templez l'ouvrage du pouvoir arbitraire! Mais ne vous «arrètez pas trop longtemps auprès de ces restes inani- « més; retournez aussitôt dans vos demeures raconter à « vos enfants les circonstances de ce douloureux spec- « tacle; retracez-leur la cruauté des tyrans et les suites « affreuses de l'esclavage, Qu'ils s’animent, qu'ils s’agi- « tent à ces peintures sanglantes; que leurs cheveux se « dressent sur leurs têtes, que leurs yeux s’enflamment, « que leurs fronts deviennent menaçants, que leurs bou- « ches s’entrouvrent pour exprimer l’indignation, et « qu'ils ne puissent former qu'un cri de vengeance et « d'horreur : alors, alors, montrez-leur l’ancienne charte « de leurs priviléges, la maison tutélaire où ils ont passé «leurs jours, le champ qui doit être leur héritage: et « soudain donnez-leur des armes et tout l'équipage mili- «taire, Hmbrassez-les, qu'ils partent pour les combats, « et que votre dernier vœu pour eux soit qu'ils reviennent vainqueurs, où qu'ils meurent comme Warren au mi- « lieu de la gloire et pour la liberté, »

La bataille de Bunker’s Hill, le premier conflit séricux de la Révolution, bien qu'elle eût été, en réalité, une dé-

faite, fut universellement considérée par les Américains comme une victoire; de quelque façon qu'on l'apprécie, elle eut cette influence favorable de leur donner la conscience de leur solidité devant les soldats anglais,

D'autresavantages obtenus ailleurs augmentèrent encore leur confiance dans le succès : les milices du Connecticut, sous la conduite du colonel Arnold, homme ardent et aventureux, 8'étaient emparées du fort Ticondéroga, sur la route du lac Champlain et du Canada, Poussant de là jusqu'à Crownpoint, autre fort du New-York, à l'entrée du lac, elles s’en rendirent également maitresses, et mirent ainsi en la possession de l’armée coloniale deux forts importants, et des ressources en armes et en munitions dont elles étaient dépourvues.

Telle était la situation des parties belligérantes, quand le second congrès se réunit à Philadelphie, le f0 mai 1734,

Hancock, qui, avec Samuel Adams, avait été proscrit comme rebelle, fut élu président,

Dans une nouvelle pétition adressée au roi, on repoussait toute idée de se séparer de la mère-patrie, mais on demandait justice pour les griefs dont se plaignaient les colonies.

Toutefois, si la guerre n'avait pas été ouvertement déclarée, elle existait de fait, Le congrès crut donc devoir constituer immédiatement une union fédérale et s'emparer du pouvoir central. Il décréta les mesures nécessaires pour lever une armée, équiper une flotte et acheter des armes et des munitions, Il créa pour plus de dix millions de francs de papier-monnaie dont l'amortissement était garanti sur l'honneur « des colonies unies. » Les forces campées devant Boston devinrent l’armée continentale; il ne restait plus qu'à en confier la direction à un homme eapable de rallier les forces éparses, et d’en tirer le meilleur parti pour le succès de la cause commune.

Sur la proposition des représentants de la Nouvelle- Angleterre, Washington fut, à l’unanimité, nommé gtnéral en chef. Il avait quarante-quatre ans. Lui seul ne se croyait pas à la hauteur de la position à laquelle on l’appelait.

Quand le président de lassemblée proclama son élection, il se leva, pénétré d’une émotion profonde, « Si « j'accepte, dit-il, la mission qui m'est donnée, c’est parce «que des périls y sont attachés, qui pourraient faire « douter de mon courage si je refusais, et parce que, dans « de telles circonstances, c’est le devoir d’un citoyen « d’obéir aveuglément à l'appel de son pays. Mais j'espère « qu'on me tiendra coripte de cette obéissance, pour ne « point juger mes actes avec trop de rigueur, J'entends « aussi ne recueillir d'autre avantage du poste où je suis « appelé, ‘que l'honneur de servir mor. pays ; ma fortune «me permet d’en supporter les dépenses, et je ne veux « pas que mon traitement vienne s'ajouter aux charges « déjà trop pesantes dont mes concitoyens sont grevés. »

Quatre jours après la bataille de Bunker's Hill, Washington, accompagné de Charles Lee, fait major général, quitta Philadelphie pour se rendre au camp sous Boston, où il trouva quatorze mille hommes rassemblés, mais sans organisation et sans discipline. Chacun partait et revenait à son gré; le service était mal distribué et les postes à peine gardés, L'égalité civique nuisait à l’obéissance, et la principale faiblesse de l’armée consistait dans le corps des ofliciers, Washington l’épura ; il réprima la familiarité excessive qui existait entre les soldats et leurs chefs, et rétablit la hiérarchie des rapports et des grades.

Après avoir imposé une discipline sévère, il répartit l'armée en trois corps, à chacun desquels il attribua une partie de la ligne à défendre, et fit construire de nouvelles redoutes sur les points où elle pouvait être forcée.

En mème temps, il informait le congrès de sa situation militaire : des régiments sans consistance, pas d'enrôlements permanents, des engagerents d’une année, ce qui menacçait l’armée d'une dissolution à peu près totale vers le mois de décembre; une artillerie insuflisante ; ni tentes, ni ambulances ; pas mème de poudre : il n’en restait qu'un seul tonneau, et le général en chef dut luimème s'en procurer en recourant aux comités de résistance.

Trois membres du congrès, Franklin, Thomas Linch et Benjamin Harrison, avec un délécué de chacun des gouvernements de la Nouvelle-Angleterre, se rendirent au camp pour concerter avec le général en chef les moyens de lever une armée de 33,000 hommes. En attendant, le blocus de Ia place était de plus en plus resserré, et toutes les communications coupées.

Le 17 mars 1776, les Anglais évacuèrent la ville et se retircrent à Halifax, en emmenant avec eux un certain nombre de citoyens fidèles à la couronne (loyalistes).

Washington déconseilla d'attaquer la Nouvelle-Fcosse, mais il traca le plan dune invasion du Canada, dont on disait les habitants impatients du joug britannique. Le général Montgommery commença lentreprise avec des forces insuffisantes. Il prit Montréal, et, le 31 décembre 1775, attaqua Québec en tète, avec une partie de son armée, tandis que l'autre partie, sous les ordres d’Arnold, montait par la basse ville. Malgré leur courage et leur opiniatreté, les soldats américains furent repoussés ct le brave Montgommery mortellement frappé.

Arnold reçut dans cette affaire, une balle à la jambe,

Après que l'attaque contre Québec eut échoué, il rassembla les débris de sa petite armée, et vint prendre position à trois milles au-dessus de la ville, sans que les Anglais, qui avaient également beaucoup souffert, osassent le poursuivre, Les Américains durent se retirer du Canada, en juin 1776, devant les puissants renforts amenés à leurs adversaires,

La guerre civile entre l'Angleterre et ses colonies durait depuis plus d’une année, et cependant celles-ci continuaient de protester de leur fidélité, et déclaraient ètre prêtes à rentrer dans l'obéissance aussitôt qu’on respecterait leurs priviléges en révoquant le bill dont elles se plaignaient. La justice se rendait, comme par le passé, au nom du roi, et tous les actes entre particuliers étaient revètus du sceau de ses armes, Le congrès pensa qu'il était temps de sortir de cette situation fausse, et d’abdiquer une sujétion qui n’était plus que norainale. Il n’y avait désormais aucun espoir de conciliation; le sang versé de part et d'autre avait creusé entre les deux pays un abime plus profond que la mer qui les séparait. Cette dépendance fictive ne servait qu'à entretenir en Angleterre de fausses espérances, et à soutenir en Amérique le zèle de ses partisans. Elle empêchait les puissances étrangères, rivales de l'Angleterre, de prèter leur appui aux colonies, soit parce qu'elles auraient à regretter de s'être compromises inutilement si celles-ci venaient à se réconcilier avec leur métropole, soit parce qu'il devait leur répugner davantage de soutenir des rebelles contre leur gouvernement que de s’allier à une nation qui aurait franchement déclaré son indépendance.

LE GÉNÉRAL WASHINGTON 141 Trois millions d'habitants, ayant un territoire aussi riche qu'étendu, de beaux ports et des fleuves magniliques, étaient en état de former une nation, et avaient plus d'avantage à se régir eux-mêmes qu’à obéir à un gouvernement dont ils étaient séparés par toute la largeur de l'Atlantique.

De nombreux écrits avaient été publiés dans ce sens, la cause était gagnée dans le sentiment public ; le 7 juin, Richard-Ilenri Lee proposa au congrès une résolution, déclarant que les colonies unies sont et doivent ètre des Élals Libres et indépendants, sous le nom d'Érars- Unis D'AénQce, el que tout lien avec la Grande-Drelagne est et doit être brisé.

Dans cette déclaration se remarquaient les grands principes suivants :

«Tous les hommes sont créés égaux ; — ils ont été douës par le Créateur de certains droits inaliénables ; — pour s'assurer la jouissance de ces droits, les hommes ont établi parmi eux des gouvernements dont la juste autorité émane du consentement des gouvernés ; — toutes les fois qu'une forme de gouvernement quelconque devient destructive des fins pour lesquelles elle a été établie, le peuple a le droit de la changer et de Fabolir, »

Après des débats animés, la résolution de Lee fut votée par neuf colonies, et la déclaration d'indépendance, rédigée par Jefferson, adoptée à l'unanimité, le 14 juillet

« Cette déclaration, dit Bancroît, ne fut pas seulement l'annonce de la naissance d'un peuple, mais l’établissement d'un gouvernement national: gouvernement imparfait, il est vrai, mais enfin gouvernement réel, en rapport avec les pouvoirs constituants limités que la colonie avait conférés à ses délégués au congrès, Dès lors la guerre nc

fut plus une guerre civile ; la Grande-Bretagne était devenue pour les États-Unis une nation étrangère, Chacun des anciens sujets du roi d'Angleterre dans les treize colonies devait maintenant son serment de fidélité à la dynastie du peupleet devenait citoyen de la nouvelle république; à cette exception près, toute chose demeura dans le même état que devant; chaque individu garda ses droits; la dissolution des colonies n’eut pas pour objet le retour à l’état de nature, ct le peuple nouveau n’accomplit pas une révolution sociale. Les affaires conccrnantla police et le gouvernement intérieurf urent soigneusement retenues par chaque État, qui pouvait individuellement entrer dans la carrière des réformes domestiques. Mais les États désormais affranchis de la souveraineté de la Grande-Bretagne ne devenaient pas, par ce fait, indépendants l’un de l’autre; les États- Unis d'Amérique s'attribuèrent les pouvoirs relatifs à la cucrre, à la paix, aux alliances étrangères et au commerce, »

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