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Les espérances des Américains s'étaient de bonne heure portées vers la France, ct ces espérances n'avaient pas été trompées.
L'indépendance déclarée, le congrès envoya trois commissaires à Paris, chargés de négocier un traité d'alliance, L'un d'eux, Benjamin Franklin, était admirablement choisi pour remplir efficacement cette mission : sa réputation scientifique et littéraire lui ouvrit de suite l'accès de tous les salons; on le rechercha pour la simplicité de ses manières et l'originalité de son esprit, « Sous son air simple, dit M. Laboulaye, le bonhomme, plus malin que le Français le plus rusé, avait su bientôt s'emparer à Paris de l'opinion et du gouvernement, » Mais le succès de ses négociations était subordonné à ceux que les belligérants obtiendraient eux-mêmes,
En attendant, quelques gentilshommes français, amoureux de gloire et de liberté, traversent l'Atlantique pour aller mettre leur épée au servicé de la cause de l'Indé-
pendance. Le marquis de Lafayette, âgé de dix-neuf ans, s’arrache à sa famille, à ses amis, à la jeunc femme qu'il venait d’épouser ; il équipe un vaisseau et vient demander à Washington deux choses seulement : combattre comme volontaire et servir à ses frais. Le congrès, sentant toute l'importance de cet exemple, lui fit un accueil cmpressé ct lui conféra le grade de général. Lafayette avait quitté la France le 26 avril 1777; le 11 septembre il était grièvement blessé à la bataille de Brandywine.
Franklin et ses deux collègues, Silas Deane et Arthur Lee, n'avaient pas encore été reçus officiellement à la cour avant la victoire de Saratoga. Cette brillante campagne produisit en France un immense effet; l’élan de l'opinion entraina le gouvernement : en février 1738, un traité d'alliance, d'amitié et de commerce était signé à Paris,
Quand la nouvelle de cette alliance nouvelle parvint aux soldats de Valley-Force, toutes les souffrances qu'ils avaient endurées pendant le risoureux hiver de 1777-1778 furent oubliées, et, le 7 mai, l'artillerie américaine salua ct l’armée acclama le nom de Louis XVI,
Un mois plus tard, une flotte française, sous les ordres du comte d'Estaing, envoyé pour bloquer la flotte anglaise dans le Delaware, abordait le nouveau continent; mais les vaisseaux ennemis avaient déjà cherché un refuge dans la baie de Raritan,
L’Angleterre alarmée tente alors un effort supréme pour ramener ses anciennes colonies,
Le ministère anglais propose au parlement ce que l’on a appelé les Dills concilialoires de lord North, deux bills
votés le 11 mars 173$, rapportant tous les actes qui avaient excité le soulèvement des Américains : les colonies conserveraient non-seulement leurs gouvernements particuliers, mais leur congrès pour régler leurs affaires intéricures et leurs intérêts communs; aucune force militaire ne pourrait être envoyée chez elles sans le consentement de ce dernier; elles auraient leurs députés au parlement pour concourir au vote des lois qui intéressaient la séncralité de l'empire. Un tel arrangement n'aurait laissé à l'Angleterre qu'une souveraineté nominale, Elle aurait conservé seulement quelques priviléges commerciaux pendant la paix et l'alliance en temps de guerre, Mais le concres rejeta ces bills, par le motif qu'ils ne faisaient aucune allusion à l'indépendance des colonies, et refusa de traiter avec les commissaires, tant que la Grande-Bretaence n'aurait pas retiré ses flottes ct ses armées,
Sir Henri Clinton, le successeur de Iowe dans le commandement de l’armée, crut prudent d’évacuer Philadelphie; le 18 juin, toute son armée, de 11,000 hommes, commença sa marche rétrograde sur New-York, Washington, accompagné d’un nombre à peu près égal de soldats, le poursuivit et lui livra bataille, le 28, dans les plaines de Monmouth, près du village de Frechold (New- Jersey), L'action fut indécise, mais les Américains restirent maîtres du champ de bataille, tandis que les Anglais se retirèrent à New-York, où ils demeurèrent dans linaction jusqu'à la fin de l'été.
En août, une tentative faite de concert avec l4 flotte américaine échoua complétement : d'Estaing, battu par
une violente tempête, avait été obligé d'abandonner ses projets contre Rhode-Island et d'aller réparer ses vaisseaux à Boston, laissant à elle-même l'armée de terre qui comptait sur son concours,
En résumé, à la fin de la campagne de 1778, les troupes britanniques se trouvaient circonscrites dans la même position qu'elles occupaient en 1776; elles ne tenaient que Rhode-Island et l’île de Manhattan, tandis que les Américains avaient acquis une certaine connaissance de l’art de la guerre, et s'étaient assuré l'alliance de la France, ainsi que les sympathies et l'assistance secrète de la cour d’'Espagne.
Ici nous ne pouvons passer sous silence les regrettables dissensions qui s’élevèrent entre les officiers français ct les ofliciers américains apres l’échec de l'expédition combinéce contre Rhode-Island. Les généraux de l’armée de terre lancèrent contre l'amiral français une protestation violente, aussi injuste qu'injurieuse; le peuple de Boston l’accucillit par une émeute;,on prononça le mot de trahison dans le congrès; toutes les défiances contre la France se rallumèrent : l'alliance française était compromise.
Washington déplora cette circonstance comme un malheur pour la cause publique : il s’efforça de calmer l'animosité croissante des partis par des conseils qui font également honneur à ses sentiments de gentleman révolté et à son intelligent patriotisme. « Je sens vivement, écrit-il à Lafayettet, tout ce qui blesse la susceptibilité d'un homme bien élevé (a gentleman), et par conséquent, dans l’occasion actuelle, je suis très-peint pour vous et pour nos bons alliés les Français. Je me