‹ George Washington d'après ses mémoires et sa correspondance [microforme]Chapitre 32 sur 48 · LL. Lafayette était général dans l’armée de Rhode-Island · texte numérisé non relu

LL. Lafayette était général dans l’armée de Rhode-Island

sens aussi blessé de toutes les réflexions imprudentes et légères qu'on peut avoir faites sur le comte d'Estaing et sur la flotte qu'il commande; enfin je souffre pour mon pays. Permettez-moi donc, mon cher marquis, de vous prier de ne pas vous formaliser d’expressions insignifiantes, qu’on «& peut-être prononcées sans réfléchir ct dans le premier transport d’une espérance déçue. Tout homme qui raisonne reconnaiîtra, monsieur, les avantages que nous avons retirés de la flotte française et du zèle de son chef ; mais, dans un gouvernement libre et républicain, on ne peut réprimer la voix de la multitude. Tout homme veut parler comme il pense, ou plutôt sans penser, et juge des effets sans considérer les causes, Les reproches qu’on a adressés aux officiers de la flotte françcaise seraient tombés probablement avec bien plus de force sur une flotte américaine, si nous en avions eu une dans la même position. Il est dans la nature de l'homme d’être mécontent de tout ce qui trompe une espérance chérie où un projet flatteur, et trop de gens ont la folie de condamner sans examiner les circonstances, Permettez-moi done, mon cher marquis, de vous supplier de travailler à guérir la blessure qui a été faite sans intention. L'Amérique apprécie vos vertus et vos services, et admire les principes qui vous fontagir. Ceux de vos compatriotes qui sont dans notre armée vous regardent comme leur patron. Le comte et ses ofticicrs vous considèrent comme un homme distingué par son rang et par la grande estime dont vous jouissez ici et en l'rance ; et moi, qui suis votre ami, je ne doute pas que vous n'employiez tous vos efforts pour rétablir lPharmonie, afin que l'honneur, la gloire et l’intérèt mutuel des deux nations se développent et s'affermissent solidenient, »

Il adressa en mème temps au comte d'Estaing quelques

lignes pleines de délicatesse pour dissiper les impressions défavorables et calmer son légitime mécontentement : « Les ressources d’un esprit aussi éminent que celui de « votre Excellence, et les qualités d'un grand général se «révèlent bien plus brillamment encore au milieu des « revers que dans la victoire; les éléments conjurés ont «pu vous enlever le succès ; ils ne pourront jamais vous « dépouiller de la gloire qui vous est due. »

Les erreurs du peuple américain ne pouvaient altérer le dévouement des Français engagés au service de sa ause, Pendant l'été de 1779, Lafayette, qui était allé en l'rance pour solliciter l'envoi d'un secours plus efficace que celui de ses vaisseaux, revint en annonçant qu'il avait laissé une armée prête à partir. A cette nouvelle, le ministère anglais ordonna à lord Clinton d’évacuer le thode-Island et de concentrer ses forces à New-York. En effet six mille hommes, sous le commandement du maréchal de Rochambeau, prirent terre à New-Port, dans le Rhode-Island, La ville fut illuminée. L'assemblée générale de l'État alla complimenter le général français, et lui témoigner la gratitude du pays pour ce généreux secours, Toutes les forces furent réunies à celles du maréchal, L'armée française était placée, par les ordres de son gouvernement, sous le commandement suprème du général américain, aussi bien que les troupes des États-Unis. Washington, pour consacrer cette union des deux armées et des deux peuples, fit ajouter à la couleur noire du drapeau américain le blanc, qui était la couleur du drapeau français. Il ampait à ce moment dans le New-Jersey, refusant l’engagement général auquel les Anglaisessayaient de l’entrainer

LE GÉNÉRAL WASHINGTON 159 et les obligeant à regagner leur forte position de New- York, après que le général Greene leur eut, le ?3 juin, iniligé, à Springfield, une sanglante défaite.

Rochambeau et ses 6,000 soldats d'élite étaient sur le continent américain depuis le 10 juillet; Washington ne se rendit à Hartford, dans le Connecticut, qu'en septembre pour conférer avec l'état-major francais et dresser le plan de campagne que suivraient les armées alliées,

C'est à ce moment qu'un odieux complot fut tramé contre la jeune Amérique par un des généraux qui s'étaient le plus couvert de gloire en défendant sa liberté et son indépendance,

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