De Tocqueville
PRÉSIDENCE DE WASIHINGTON 197
rité et le bonheur des Américains. Il fallait faire de ces États une nation, ct trouver une forme de gouvernement capable de régir à l'intérieur les intérèts communs et de pourvoir à la défense du pays contre l'étranger,
Depuis leur origine jusqu’à la veille de la révolution, les colonies avaient grandi séparément et vécu complétement indépendantes les unes des autres. Pour rendre plus formidable leur résistance aux prétentions de la CGrañde-Bretagne et lui donner plus de chance de succès, il devint indispensable de créer d'abord l’unité de direction. Voilà pourquoi le Massachusetts, en 1774, avait recommandé la réunion, à Philadelphie, d’un congrès continental composé de délégués choisis dans toutes les colonies, à l'effet de délibérer sur l’intérèt commun ct d’arrèter un plan général de conduite. Conformément à cet avis, des délégués furent choisis dans les différentes colonies, les uns par le corps législatif entier, les autres par la chambre élective seulement, quelques-uns par des conventions populaires, suivant les circonstances ou l’organisation particulière de chaque colonie.
Le premier congrès continental, assemblé le 4 septembre 1774, choisit ses fonctionnaires, et traça les règles fondamentales et les limites de leurs attributions.
Signalons la plus importante de ses décisions, celle en vertu de laquelle chaque colonie ne devait avoir qu’un vote, quel que füt le nombre de ses délégués : on s’y conforma pendant tout le cours de la révolution. Ce premier congrès répondit par d'autres mesures aux exigences de la situation, et proposa un autre congrès qui fut accepté ct fixé au mois de mai 1775. La mème assemblée, après avoir pourvu aux nécessités d’une guerre inévitable, finit, en 1736, par la déclaration d'indépendance, qu’adopta à
unanimité le peuple américain, C’est à sa recomman-
dation que les États reformèrent leurs constitutions, et depuis cette époque les délégués au congrès continental furent tous nommés par les législatures d'État,
Le congrès continental, ainsi organisé par l'association volontaire des États, et renouvelé de temps à autre par les délégués de leurs législatures, constituait en fait le gouvernement national, et conduisit les affaires du pays jusqu'au jour où l’on adopta les articles de confédération.
Quant aux pouvoirs du congrès, ils n'étaient ni définis ni limités, Il s’attribuait le droit de déclarer la guerre ct de faire la paix, de signer des traités ct des alliances avec les nations étrangères, de contracter des emprunts, lever des armées, équiper des navires, de faire en un mot tous les actes de la souveraineté indispensables au salut des colonies unies, Tous les pouvoirs qu'il réclamait semblaient légitimés par la nécessité et n'avoir d’autres bornes que les circonstances ; c'étaient de véritables pouvoirs révolutionnaires qui s'étendaient ou se resserraient en proportion des exigences et des nécessités des affaires publiques : le peuple, par son approbation et son acquiescement, ratifiait les actes de ses délégués, plein de confiance en leur patriotisme, leur intégrité et leur sagesse politique.
Mais il était évident pour les esprits réfléchis qu’une union ainsi formée n’était que temporaire, qu’elle dépendait du consentement de toutes les colonies devenues des litats souverains, et par conséquent pouvait être à tout moment brisée par la retraite de l’un ou de plusieurs d'entre eux. Elle était née des exigences et des dangers des temps, son but ne s’étendait pas au delà du maintien des libertés publiques et de l'indépendance des États durant le conflit avec la Grande-Bretagne; elle devait par conséquent cesser avec le retour de la paix et le triomphe de la révolution.