‹ George Washington d'après ses mémoires et sa correspondance [microforme]Chapitre 39 sur 48 · RE EE · texte numérisé non relu

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Il y avait là un danger sérieux, Qu’adviendrait-il de la séparation des États confédérés en communautés indépendantes, ne reconnaissant aucune autorité supérieure, n'agissant pas dans leurs affaires générales d’après un système uniforme ? Rivalités, jalousies, griefs réels ou imaginaires, diversité des intérêts locaux et des institutions, tout contribuerait bien vite à briser les liens d’une amitié récente, à troubler la paix nécessaire à leurs progrès réciproques.

Après les mesures que demandait le salut immédiat du pays, le congrès continental s’occupa donc en première ligne des moyens d'établir une union permanente de toutes les colonies sous un gouvernement général. Les premières délibérations sur ce sujet sont de la mème époque que la déclaration d'indépendance, et, à la suite de longs débats qui revinrent à différentes reprises, le congrès continental finit par adopter, en novembre 1738, une forme de gouvernement définie dans une sorte de constitution qu'on appela les Articles de confédération, Ces Articles, immédiatement envoyés à tous les États et soumis à leur approbation, ne furent adoptés qu’en mars 1781, après l'adhésion du Maryland, qui accepta le dernier.

Différentes objections étaient faites à la nouvelle confédération; on critiquait notamment le mode de répartition des taxes entre les États, le contingent militaire à fournir, le droit d'entretenir une armée permanente en temps de paix, surtout l’oubli qu’on avait fait de réserver pour les besoins nationaux toutes les terres publiques qui avaient appartenu à la couronne dans la limite des frontières des États-Unis. C'était là un sujet de perpétuelles récriminations, et la confédération n’eût jamais abouti si la Virginie et le New-York n'avaient pas fait l'abandon au trésor public de toutes les terres qui se trouvaient à l’ouest de leurs établissements,

La Confédération n'était pas adoptée que les défauts du plan sur lequel avait été construit le gouvernement nationa] se manifestèrent d'eux-mêmes. Du reste l'œuvre n'avait point été accomplie dans des conditions favorables pour mesurer exactement les proportions que devaient avoir les pouvoirs publics. Les États, au temps où ils n’étaient que colonies, avaient vécu sous le contrôle et l’autorité d’un souverain étranger dont les lois restrictives s'étaient fait durement sentir et dont les prérogatives, réelles ou usurpées, avaient été une source perpétuelle d'alarme ct de jalousie. De là, un esprit de résistance à l'autorité du dehors, toujours nourri et entretenu. Comme on ne connaissait pas par expérience tous les inconvénients qui résultent de l'absence d’un gouvernement général pour les affaires et les intérèts communs, les Américains ne faisaient de concession qu’à contre-cœur; à leur sens, réduire à sa plus simple expression pratique la délégation du pouvoir était un sacrifice suffisant pour maintenir l'existence nationale, bien que la confédération eût inscrit sur son frontispice que les articles étaient destinés à consacrer une perpétuelle union,

Le défaut capital des articles consistait à ne pas fixer les points principaux de la législation commune à tout le pays, tels que l’organisation du commerce, la défense générale, le règlement des discussions entre les États, les traités avec les nations étrangères, Il était aisé de voir que ses principaux articles concernant les pouvoirs conférés au gouvernement central ne s’appliquaient qu’au temps de guerre, et qu'ils dormiraient en temps de paix. Même en guerre, c'étaient des ombres de pouvoirs, sans con-

PRÉSIDENCE DE WASHINGTON a

sistance, puisqu'ils étaient privés de toute autorité cocrcitive.

Un éminent homme d’État faisait cette judicieuse remarque: « Le congrès a le droit de conclure des traités; mais il ne peut que recommander leur observance. Il nomme des ambassadeurs; mais il est incapable de défrayer leur dépense de table. Il battra monnaie, empruntera sur la foi de l'Union; mais il ne peut pas payer un dollar, importer une once de billon, Il peut faire la guerre et déterminer le nombre detroupes nécessaires, mais pas lever un simple soldat, En un mot, il peut tout dire, mais ne peut rien faire. » Cela était strictement vrai; le congrès n'avait d'autre pouvoir que de recommander à la bonne volonté des États les mesures qu’il croyait nécessaires au bien de la chose publique.

Les articles de la confédération adoptés en 17358 ne fondaient donc point, pour la nation, une constitution suffisante, On ne tardapas à le reconnaître. Presque aussitôt après sa ratification, les ltats commencèrent à lui refuser une prompte et stricte obéissance. À mesure que s’éloignait le danger, les preuves de négligence devenaient de plus en plus fréquentes, et, avant la conclusion de la paix en 1783, la faiblesse inhérente au gouvernement s'était augmentée d'une manière véritablement inquiétante. Les fautes d’un État devinrent le prétexte ou l'excuse des délits commis par un autre. On dut reconnaître qu'il serait illusoire de compter sur eux pour subvenir aux exigences pécuniaires du pays. Les engagements nationaux semblaient avoir été totalement mcprisés. Les contributions destinées à couvrir les dépenses ordinaires du gouvernement furent presque entièrement supportées par les deux États qui possédaient le plus de ressources domestiques. Le congrès tenta de bonne heure, mais vainement, d'obtenir le droit d'établir

temporairement une taxe générale, exclusivement destinée à l'amortissement de la dette nationale, Il vit tout de suite qu'il y avait impossibilité absolue d'obtenir collectivement aucune provision applicable à la sécurité et à l'honneur de la nation. Les conflits soulevés par des règlements commerciaux et des réclamations de territoires dissolvaient peu à peu les relations amicales et le sentiment d’intérét général qui avaient si puissamment contribué à cimenter et à consolider l'union pendant les rudes épreuves de la lutte révolutionnaire.

Les symptômes de détresse et d’affaissement s’accumulaient avec rapidité, L'indifférence des États était devenue telle qu'on ne pouvait même leur faire comprendre qu'il était de leur intérêt d'envoyer au congrès un nombre suffisant de représentants. Les finances étaient épuisées, L'armée ne comptait plus, en 1784, que quatrevingts personnes, et les États furent instamment requis de fournir quelques miliciens pour tenir garnison dans les places de l’ouest. Bientôt, pour employer l'expression du l'édéraliste, « chaque État, sourd à tout, excepté à la voix « de son intérêt immédiat et de ses convenances particu- « lières, refusa peu à peu toute assistance à la Confédéra- « tion, si bien que le frèle et tremblant édifice fut sur le « point de tomber sur la tête des Américains et de les « ensevelir sous ses ruines. »

C’est à ce moment qu’apparait de nouveau sur la scène politique le héros de l'indépendance; après avoir affranchi son pays, il va se mettre à la tête de ces grands citoyens, de cette pléiade de sages qui fondèrent la République, c’est-à-dire un pouvoir fort et des citoyens libres!

Dès le début de la guerre, Washington avait pu se convaincre, pour en avoir trop souffert, de l'insuffisance

PRÉSIDENCE DE WASHINGTON 203 du congrès pour la défense des intrèts et la conduite des affaires de la Confédération !, bès qu'il apprend la conclusion de paix, il s'occupe immédiatement des mesures qui permettront aux Américains de fonder une nation grande, heureuse et respectable. Mais pour y parvenir il faut, suivant ses propres expressions, « des « moyens autres qu’une politique étroite, des jalousics « sans motifs. Il reste aux États à agir avec prudence, ct € à établir leur indépendance sur la base d’une union « réelle, inviolable, et d’une confédération qui les empè- « che de devenir le jouet de la politique européenne, »

, Ses vues sur le présent et l'avenir des États-Unis sont très-ncttement exprimées dans sa correspondance. Voici d'abord une appréciation des conditions particulièrement favorables dans lesquelles est née la république américaine, C’est une lettre adressée au marquis de Lafayette, datée du quartier général, 5 avril 1783 :

« Nous voilà donc une nation indépendante; mais nous avons à apprendre la tactique politique. Nous voilà au rang des nations sur la terre ; mais nous avons une réputation à acquérir. Le temps montrera comment nous saurons nous acquitter de nos devoirs. Il est probable (je le crois, du moins) que la politique locale, ou de chaque État en particulier, cherche à prévaloir sur les vues plus libérales et plus étendues du gouvernement, beaucoup

1. « Personne, dans les États-Unis, n’est où ne peut être plus profondément pénétré que moi de la nécessité d’une réforme dans notre Confédération actuelle, Personne n’en a peut-être éprouvé d’une manière plus sensible les mauvais effets, car la prolongation de la guerre, et par conséquent les dépenses qu’elle a occasionnées, peuvent êtreavec justice attribuées à ces défauts et au manque de pouvoir dans le congrès. C'est là l’origine de plus de la moitié des embarras qui ont pesé sur moi pendant le cours de mon commandement, et de presque toutes les difficultés et de tous les maux que l’armée à eus à supporter. »

plus que ne l’exigeraient la prévoyance et la sagesse débarrassée de tout préjugé; nous commettrons plus d’une faute en marchant sur ce vaste théitre, avant d'arriver à la perfection de l’art; en un mot, l’expérience, achetée peut-être très-cher, nous convaincra seule que l’honneur, la puissance et le vérible intérêt d’un État sont l’honn 1r, la puissance et l'intérêt du continent tout enticr. C’est donc un devoir pour tout homme qui veut le bien de son pays de resserrer le lien qui nous rattache les uns aux autres, et de fonder une nouvelle constitution qui donne de la stabilité, de la dignité, de la réalité à l'union: j'y contribuerai aussi efficacement que je le pourrai dans la vie privée. »

Les craintes de Washington ne se réalisaient que trop; l'expérience se faisait chaque jour plus douloureuse pour les vrais patriotes, et surtout pour lui. Dès 1783, dans une lettre-circulaire adressée aux gouverneurs de tous tes Litats au moment du licenciement de l’armée, il avait indiqué les choses qui lui semblaient essentielles, non-seulement au bien-être, mais même à l'existence des États-Unis comme puissance indépendante; et il plaçait au premier rang l’indissoluble union des Ftats sous un chef fédéral.

« Les citoyens de l'Amérique, disait-il, placés dans la situation la plus digne d'envie, seuls maîtres et seuls propriétaires d’un vaste territoire comprenant toutes les variétés de sol et de climat répandues dans le monde entier, riche de toutes les productions nécessaires ou seulement agréables à la vie, sont maintenant reconnus, par le traité de paix, entièrement libres et indépendants, Dès ce moment ils sont considérés comme acteurs sur l’un des théitres les plus élevés que la Providence ait désignés à la grandeur et à la félicité humaines,

« La fondation de notre empire ne remonte point à un siècle obscur d’ignorance et de superstition, mais à une époque où les droits du genre humain sont mieux compris et plus clairement définis qu’à aucune époque antéricure, L'esprit humain a poussé jusqu'à ses dernières limites ses recherches sur le bonheur de l’homme; les trésors de science acquis par les travaux des philosophes, des sages et des législateurs pendant une longue suite d'années, sont à notre disposition; et leur sagesse réunic peut être fort heureusement mise à profit dans le choix de notre forme de gouvernement : la libre culture des lettres, l'extension illimitée du commerce, l’amclioration progressive des mœurs, l'élévation croissante des sentiments, et surtout la pure et bienfaisante lumière de la révélation, ont exercé la plus heureuse influence sur le genre humain, ct porté très-haut les biens de la Société : c’est à cet heureux moment que les États-Unis prennent naissance comme nation; et si leurs citoyens ne sont pas complétement libres et heureux, la faute en sera entirement à eux. »

Après ce tableau des brillantes perspectives qui s'ouvraient devant la jeune Amérique, Washington ajoutait :

« Tout tendra très-rapidement à la confusion et à lanarchie, si les États ne permettent pas que le concres exerce les pouvoirs ct les prérogatives dont la constitution l’a certainement investi. Il est indispensable au bonheur particulier des États qw’il existe quelque part un pouvoir supérieur, appelé à régler et à surveiller les intérêts des républiques confédérées, pouvoir sans lequel l'Union ne pourrait être de longue durée, » Et il ajoutait : « On doit considérer comme hostile à la liberté et à l'indépendance de l'Amérique toute mesure qui tendrait à dissoudre l'Union, ou qui contribuerait à affaiblir

ou à méconnaître l'autorité souveraine, et ses auteurs doivent être traités en conséquence. En effect, si, par leur harmor.…, les États ne nous mettent pas en position de jouir des fruits de la Révolution, des bienfaits de la société civile, sous une forme de gouvernement libre, incorruptible, heureusement à l'abri de tout danger d'oppression, on aura à regretter la perte inutile de tant d'hommes et de tant d'argent, tant de souffrances endurées sans compensation, tant de sacrifices sans résultat.

« Les traités passés entre les puissances européennes et les États-Unis d'Amérique n'auront plus aucune valeur après la dissolution de l’Union; nous reviendrons presque à l’état de nature, et nous reconnaîtrons par notre malheureuse expérience qu’il y a de l’extrème anarchie à l’extrème tyrannie une progression naturelle et nécessaire, et qu’il est très-facile d'établir le pouvoir arbitraire sur les ruines de la liberté, quand on en a abusé jusqu'à la licence. »

Les faits dépassèrent les conjectures les plus sombres émises par Washington, mais le remède sortit du mal lui-même. La dissolution de l’Union, ou une réforme prompte et complète, se présentait comme un dilemme inévitable, Le peuple finit par sentir ce que des hommes d'Etat avaient vu depuis longtemps ; une puissante réaction contre l'esprit qui avait dicté les articles de Coniédération se déclara dans tous les États ; les intérèts privés se liguèrent contre les intérèts locaux, et l’on demanda à une convention, comme on l'avait fait en 177, la révision d’une constitution impuissante à garantir la dignité, l'indépendance ct le crédit de la jeune nation américaine. Cefte convention se réunit à Philadelphie le 14 mai 1787.

Le nom de Washington avait été placé en tête de la liste des délégués de la Virginie, et il fut élu à lunanimité, malgré sa répugnance à autoriser une tentative qu'il craignait de voir échouer, D'autre part, les engagements de son adresse d’adieux l'embarrassaient beaucoup. Il avait « pris congé de tous les emplois de la vie publique. » Ne taxerait-on pas sa conduite d'inconséquence, s’il paraissait de nouveau sur la scène politique, après sa déclaation solennelle d’une résolution contraire ? C’est ce qu’il écrivait à Edmond Randolph, gouverneur de la Virginie, en demandant que les électeurs portassent leur choix sur un autre citoyen.

L'opinion publique triompha de tous les scrupules du général Washington, et l'unanimité avec laquelle la partie la plus éclairée de la nation approuva le projet d’une Convention lui fit accepter les fonctions de délégué de la Virginie. Un fait surtout eut sur son esprit une influence décisive.

Le bruit courut sourdement que les gens opposés à la révision de la constitution n'étaient autres que les anciens royalistes de la révolution, Restés monarchistes dans le cœur, ils s’applaudissaient de voir la division, l'émeute, l'anarchie, désoler le pays, et esptraient que le peuple fatigué demanderait un jour la sécurité à un gouvernement monarchique. On disait et l'on croyait, rapporte Sparks, qu’un petit parti avait jeté les yeux sur quelque membre d’une des familles royales de l’Europe, pour en faire un souverain des États-Unis. Washington! avait

1. Les anciens royalistes el ceux qui doutaient de l'efliencité on gouvernement républicain avaient songé, dès 1872, à relever le tronc,

déjà repoussé avec indignation la proposition d’une royauté pour lui-même, au moment où, par l’armée, la nation était comme entre ses mains, Défenseur décidé du système républicain, depuis le commencement de la Révolution jusqu’à la fin de sa vie, devant les rumeurs répandues, il ne crut pas pouvoir décliner la mission de faire à nouveau l’expérience d’une forme de gouvernement qui lui paraissait la meilleure pour le bonheur ct le progrès de son pays.

Washington se rendit donc à Philadelphie à l'époque indiquée. À son arrivée dans cette ville, on lui rendit les honneurs publics, et quand les délégués de tous les États, à l'exception du Rhode-Island, furent réunis, on le désigna à l’unanimité pour occuper le fauteuil présidentiel, Après quatre mois de délibération, la convention adopta la constitution actuelle des États-Unis; elle fut expédiée au congrès, qui la transmit ensuite aux législateurs des États-Unis, pour être en dernier ressort soumise à la ratification du peuple.

C’est le 17 septembre 1787, que les délégués signèrent la constitution. Les lifats la discutèrent avec le plus grand soin pendant trois ans; le Delaware donna le pre-

et leurs vucs se porlèrent sur Washington. Ces idées étaient partagées par l’armée, et le colonel Lewis Nicola osa communiquer au général les vœux et les espérances de ses compagnons d'armes.

Washington lui répondit : — « C'est avec un mélange de surprise « et de douleur que j'ai lu attentivement les pensées que vous m'avez « soumises, Soyez-en bien sûr, monsieur, aucun événement dans le a cours de cette guerre ne m'a autant affligé que d'apprendre, par « vous, que de telles idées circulent dans l’armée. Je dois les regarder a avec horreur, ct les condamner sévèrement. Quant à présent, elles « resteront renfermées dans mon sein, à moins que de nouvelles ma- « nifestalions n’en rendent la révélation nécessaire. Je cherche en « vain ce qui dans ma conduite a pu encourager une proposition qui, a à moi, me semble grosse des plus grands malheurs qui puissent a fondre sur mon pays. Si je ne me fais pas illusion, vous ne pouviez a trouver personne à qui vos plans fussent plus désagréables, »

mier son approbation, le * décembre 1787, et le Rhode- Island, le dernier, le ?7 mai 1790, Washington, qui suivait avec anxiété tous les détails de la lutte, écrivait à Lafayette le 18 juin 187$ :

« Dans une lettre précédente, je vous annonçais l'adhésion du Maryland au gouvernement proposé, et je vous faisais connaitre l’état de la politique à cette époque. Depuis lors, la Convention de la Carolins du Sud a ratifié la Constitution à une grande majorité, Celle de notre État (la Virginie) a siégé près de trois semaines: et les opinions paraissent si balancées, que chaque côté prétend qu’il a l'avantage des votes en sa faveur. Il est donc probable que, de quelque côté que penche la balance, la majorité sera peu considérable. Je suis porté à croire qu’elle sera en faveur de l'adoption. Les conventions du New- York et du New-Hampshire s’assemblent toutes deux cette semaine. Dans la première, on dit qu'une grande partie des membres, le gouvernement à leur tête, sont contraires au gouvernement proposé. On pense que le New-Hampshire l’adoptera sans beaucoup d’hésitation ni de retard. Il est un peu étrange que les hommes du Sud qui ont de grandes propriétés, craignent beaucoup plus de voir la Constitution amener une aristocratie ou une monarchie, que les habitants vraiment démocrates de l'est, Telles sont les espérances actuelles. L'’adhésion d'un seul État de plus complétera le nombre qui, d'après le règlement constitutionnel (les deux tiers), suffira d'abord pour faire mettre le gouvernement en vigueur.

« Et alors j'espère que l'on attribucra à l'influence de notre gouvernement des biens qui paraissent maintenant provenir de l’activité et de la frugalité que la nécessité a imposées au peuple. Je crois réellement qu’on n’a jamais montré parmi nous autant de disposition au travail et à

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l’économie que dans ce moment. Si l'on conserve les habitudes acquises, on en apercevra bientôt les bons effets. Lorsque le peuple se sentira en sûreté sous un gouvernement énergique, lorsque les nations étrangères seront disposées à nous donner des avantages égaux pour le commerce dans la crainte des représailles, lorsque les fardeaux de la guerre auront en quelque sorte disparu par la vente des terres de l’ouest, lorsque les germes du bonheur se développeront, et lorsque chaque habitant, sous sa vigne et son figuier, commencera à goûter les fruits de la liberté, alors tous ces bienfaits (et tous ces bienfaits se réaliseront) seront rapportés à la vertu protectrice du gouvernement, Cependant plusieurs causes se seront combinées pour les produire. Vous voyez que je suis aussi enthousiaste que jamais, si c’est être enthousiaste que de croire que des trésors particuliers de bonheur sont réservés à ce pays. Je ne pense pas, en effet, que la Providence ait fait tant de choses pour rien. Ma croyance a toujours été que nous ne deviendrions pas un monument destiné à prouver que l'espèce humaine, dans les circonstances les plus favorables à la liberté civile et au bonheur, est incapable de se gouverner elle-même, el par conséquent faite pour un maître. »

Aussitôt que la Constitution eut reçu la sanction des deux tiers des Etats, elle devint valide, et le 4 mars 1789, elle commença à être mise à exécution.

La voix du peuple appelait de toutes parts Washington à la présidence. Tous ses amis lui conseillaient de l’accepter. Sans y mettre une invincibl: résistance, il mon-

trait cependant beaucoup d'hésitation, qui tenait à son amour de la retraite, à une certaine lassitude de la vie publique, ct peut-être un peu à la crainte d'échouer dans cette œuvre qui consistait à mettre en train tous les rouages d’un nouveau gouvernement.

Voici quelques fragments d’une lettre que lui écrivit à ce sujet le colonel Hamilton :

« Toutes les considérations publiques et personnelles exigent de vous un acquiescement à ce qui sera certainement le vœu unanime de votre pays.

« La retraite absolue que vous avez méditée à la fin de la dernière guerre était naturelle et convenable. Si le gouvernement produit par la révolution avait marché d'une manière tolérable, il aurait été très à propos de persister dans cette retraite, Mais mon opinion positive est que la crise qui vous a mis de nouveau en évidence ne vous a pas laissé d'autre alternative que celle de céder ; et je vois aussi clairement que vous êtes tenu par cet acte de prendre part au gouvernement...

« On ne peut regarder comme un compliment, de dire que le succès dans les commencements peut dépendre en grande partie de votre acceptation de la charge de président...

« L’estime dont vous jouissez dans le pays et à l’étrangcer établira une différence infinie dans le respect qu’obtiendra le gouvernement en commençant ses opérations, selon que vous serez ou non à la tête de l’administration...

« Un citoyen qui peut tant contribuer que vous au succès et à la prospérité d’un gouvernement nouvellement institué n’a pas la liberté du choix, et doit prêter ses services s’il est appelé, Permettez-moi de dire qu'il serait peu glorieux, dans une telle position de ne pas

hasarder la gloire qu’on peut avoir acquise précédemment, quelque grande qu'elle soit. »

Washington répondait qu’il voudrait bien savoir si en effet son concours serait aussi satisfaisant, aussi efficace que le disaient ses amis, afin de se décider conformément aux principes de la saine raison et aux inspirations d’une conscience éclairée, sans trop considérer les conséquences imprévues qui pourraient affecter sa personne et sa réputation. « Vous croirez mon assertion, ajoutait-il, quand je vous dirai que si je recevais ma nomination ct que l’on me décidät à accepter, ce serait avec plus de défiance et de répugnance que je n’en ai éprouvé jusqu'ici dans tout le cours de ma vie. Je le ferais cependant avec la détermination fixe et unique de travailler de tout mon pouvoir au bien public, dans l'espoir qu’à une époque convenable et rapprochée, on pourrait se passer de mes services et me permettre de me retirer encore une fois, pour passer loin du bruit et dans le sein de la tranquillité domestique le soir d’une journée orageuse, »

Au marquis de Lafayette, il écrit le 29 janvier 1789 :

« Si je connais bien mon propre cœur, le sentiment profond du devoir pourra seul m’engager à prendre une seconde fois une part active dans les affaires publiques ; et, dans ce cas, si je puis former un plan pour ma conduite, j'emploierai constamment tous mes efforts, mème au risque d'exposer mon ancienne réputalion ou ma popularité actuelle, à tirer mon pays des embarras dans lesquels il est plongé par suite du manque de crédit, et à établir un système général de politique, qui, s’il est bien suivi, assurera à la république un bonheur permanent. Je crois voir devant moi un sentier aussi direct et aussi clair qu’un rayon de lumière et qui nous conduira

à ce but. Il ne faut que de l'harmonie, de l'honnéleté, de l’activité et de la frugalité, pour faire de nous un peuple puissant et heureux. »

Le peuple américain, comprenant, comme son libérateur, que ces quatre points étaient essentiels à la félicité publique, choisit à l'unanimité George Washington pour premier président des États-Unis,

Le 14 avril, il reçoit de M. John Langdon, président du Sénat pro tempore, communication officielle de sa nomination, et répond que, pour obéir à l’appel grave et flatteur de sa patrie, il se mettra en route le surlendemain afin d’être auprès du congrès, comme il lui semblait convenable, aussitôt que possible, Puis il se prépare au voyage,comme un condamné qui marcherait au supplice,

« Je vous dis en confidence, écrit-il à Knox (auprès du monde cette assertion obtiendrait peu de crédit), que tous mes pas vers la présidence du gouvernement seront accompagnés de sentiments assez semblables à ceux d’un coupable qui s'approche du lieu de son exécution. Tant je me résous avec peine, vers le soir d’une vie presque entièrement passée dans les soucis publics, à quitter une demeure paisible pour une mer de difficultés, sans avoir assez d’'habileté politique, de talent et d'inclination pour bien manier le gouvernail. Je sens que j'expose avec moi, dans ce voyage, le suffrage du peuple et une bonne renommée ; et que recevrai-je en retour ? Dieu seul peut le prédire. L’intégrité et la fermeté sont tout ce que je puis promettre. Ces qualités, que le voyage soit long ou de courte durée, ne m'abandonneront pas, lors même que tous les hommes m'’abandonneraient : car le monde ne peut me priver des consolations qui viennent de la conscience et du devoir accompli. »

Deux jours après avoir reçu la notification du président Langdon, Washington partit de Mount Vernon pour se rendre à New-York, « Vers dix heures, écrit-il dans son journal, je dis adieu à Mount Vernon, à la vie privée et au bonheur domestique ; et, l'esprit accablé de sensations plus tristes et plus pénibles que je n’ai de paroles pour l’exprimer, je partis pour New-York avec M. Thompson et le colonel Humphreys, disposé à rendre service à mon pays en obéissant à son appel, mais avec peu d’espoir de répondre à son attente. »

Tout le voyage fut une espèce de marche triomphalc ; le 30 avril 1789, Washington jurait, en présence du peuple de New-York, de remplir fidèlement les fonctions de Président, et de faire tout ce qui serait en son pouvoir pour maintenir, protéger et défendre la Constilution des États-Unis.

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