‹ George Washington d'après ses mémoires et sa correspondance [microforme]Chapitre 41 sur 48 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

SITUATION FINANCIÈRE DES ÉTATS-UNIS. — CONGRÈS DE 1790, — DETTE PUBLIQUE, — INSURRECTION DU WISKEY, — GUERRE INDIENNE.

En 1789, la situation financière des États-Unis donnait lieu a de graves inquiétudes.

La dette nationale devait principalement son origine à la révolution. Elle était de deux sortes : la dette étrangere et la dette domestique. La dette étrangère se montait à environ 12? millions de dollars, dus à la France, aux Hollandais, et pour une très-faible portion à l’Espagne. La dette domestique, contractée envers des individus dans les États-Unis pour des prêts faits au gouvernement et pour des subsides fournis aux troupes, était d'à peu pres 4? millions. Ces dettes avaient été contract'es par le congrès, et reconnues comme charges nationales.

Il y avait une autre espèce de dettes qui montaient à environ 2 millions de dollars, et qui différaient d’origine, Les États avaient construit des ouvrages de défense dans leurs limites respectives, avancé la solde et des primes aux troupes continentales et à la milice, et fourni

des provisions, des habillements et des munitions de guerre.

Hamilton proposa que toutes les dettes domestiques, en y comprenant celles des États particuliers, fussent consolidées, et que la nation en devint responsable jusqu’au payement intégral, car ces dettes ctaient « le prix de la liberté, » sans lequel la nation elle-même n'aurait jamais pu conquérir une existence indépendante.

Il ne suflisait pas de concentrer à la charge de l’Union toutes les dettes, étrangères ou domestiques, contractées pour la cause commune, il fallait encore établir des impôts suilisants pour couvrir cette dette publique et l’'amortir. Le secrétaire des finances proposait, en outre, de fonder une banque nationale, qui seconderait le gouvernement dans les opérations financières et soutiendrait le crédit public.

Le système d'Iamilton, a dit M. Guizot, était seul moral, seul sincère, seul capable de consolider l’Union, en unissant les États par les finances, comme ils l’étaient déjà par la politique, et de fortifier le crédit des Américains par un grand exemple de fidélité aux engagements publics et par les garanties assurées à leur exécution. Néanmoins le parti anti-fédéraliste combattitce projet avec une ardeur qui alla quelquefois jusqu’à la violence, prétendant qu’il était inconstitutionnel et injuste; que la concentration des dettes par un acte du congrès était un empiètement sur la souveraineté des États , l’établissement d'un système régulier d'impôts, une illusion économique, et la fondation d’une banque, un moyen de créer une aristocratie d'argent, la plus égoiste et la plus détestable des aristocraties,

Washington, passé maitre en économie domestique, n’était pas très-entendu dans les hautes questions financières, Il puisa son inspiration dans sa seule conscience,

Les sacrifices faits à la cause commune par les divers États, le montant des dettes contractées par eux pendant la guerre, leurs efforts depuis la paix pour les amortir, tout cela était fort inégal. Le Massachusetts, le plus prodigue de ses ressources, était resté le plus obéré. La Virginie, la Pensylvanie, à la fois plus prudentes dans leurs dépenses et plus pressées d’acquitter leurs engagements, s'étaient déjà libérées en grande partie, en s'imposant de lourdes taxes, Cette corcentration des dettes semblait donc être au profit du nord et à la charge du midi. Elle est injuste! s’écriait-on dans cette partie de l'Union, et David Stuart se faisait auprès de Washington l’écho de ces clameurs. « Elle est juste, «répondait Washington, la cause pour laquelle les dé- « penses de la guerre ont été faites, c’est la cause com- « mune, Les États au Congrès l’ont déclaré dès le début, «etils se sont engagés à se soutenir les uns les autres. « Si donc quelques États ont été plus durement pressés « que d’autres, et ont contracté des dettes plus pesantes «par suite de leur position particulière, leur en tenir « compte, lorsque le fait est clairement constaté, cela « n’est que raisonnable. Si les États envahis et pressurés «avaient pu supposer qu'il en dût être autrement, leur « opposition se serait bien vite changée en soumission, « et la guerre aurait eu une autre fin ‘.»

Le projet d'Hamilton ne triompha pas sans une vive résistance. Rejeté d’abord par la chambre des représentants, il ne dut son adoption, à une très-faible majorité, qu'à l'intervention de Jefferson lui-même, entrainé et converti par le secrétaire du trésor.

Le gouvernement général assuma donc les dettes de l’ancienne confédération et celles des États particuliers, La

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