CHAPITRE XX
La colère de lady Jersey fut grande lorsqu’elle apprit le mariage du prince avec la fille du duc de Brunswick. La reine mère ne lui en avait pas fait confidence, soit qu’elle eût le pressentiment que cette union déplairait à la comtesse, soit qu’elle voulût faire acte d’autorité absolue en la lui cachant. Elle ne se trompait pas en agissant ainsi. Lady Jersey avait bien consenti à ne pas entraver l’ambition de la reine mère, à ne pas gêner son influence sur son fils tant que le vieux roi vivrait et régnerait; mais elle n’admettait pas au nombre des droits qu’elle lui laissait celui de marier son fils, surtout celui de le marier si jeune, surtout celui de le marier sans son assentiment. La coalition était rompue sur ce point. Lady Jersey dévora l’injure de l’infraction, mais elle arma immédiatement toutes les for-
teresses qu’elle s’était ménagées dans le cas d’une trahison.
Elle ne craignait pas M lle Fitz-Herbert, quoiqu’elle n’ignorât pas la part qu’elle avait prise à ce projet de mariage ; elle ivait pour elle plus de pitié que de haine. Elle la laissa donc, dans sa peu dangereuse influence, peser sur le prince du poids de ses ailes poétiques. Mais pour l’autre ennemie elle eut d’autres armes.
Elle avait su par le vicomte de Malden, toujours amoureux d’elle, l’impression immense causée chez le prince par le portrait qu’avait faitShéridan de mistress Robinson; elle était au courant des difficultés avec lesquelles se trouvait aux prises, pour débuter au théâtre de Drury- Lane, cette femme destinée à être si célèbre un jour. Elle savait même de plus que Shéridan — et elle avait eu connaissance du fait par le pamphlet équivoque sur lequel elle était tombée par hasard le jour où elle attendait si impatiemment le retour du prince — elle savait que mistress Robinson n’était pas si novice au théâtre qu’elle le prétendait. Ce redoutable pamphlet disait dans cette biographie, berceau impur de toutes les biographies, que mistress Robinson, déjà connue sous le nom de Perdita, avait paru sur quelques petits théâtres de Londres.
Après avoir rassemblé avec patience tous ces documents et en avoir composé un plan de conduite, qu’elle se proposait de mettre à exécution, la comtesse écrivit à Garrick, directeur de Drury-Lane, qu’il serait agréable à la cour qu’il engageât une jeuue actrice du nom de mistress Robinson. On avait parlé à Saint-James, disait-elle, de cette jeune femme comme d’une intelligence élevée, particulièrement la duchesse de Devonslnre, à qui mistress Robinson avait dédié des vers ravissants.
Le bon plaisir de la cour avait été un ordre pour Garrick. Il engagea sur-le-champ mistress Robinson.
Lady Jersey attendit ensuite ; elle attendit comme l’artilleur qui vient de pointer sa pièce èt qui, avant d’y mettre le feu, se délecte en idée de la dévastation qu’il va produire.
Cette femme, d’une rare beauté, allait donc faire les délices de Londres, et l’on peut dire de l’Angleterre ; car sa renommée d’actrice était destinée à égaler celle de ses charmes, d’après le témoignage de Shéridan, qui lui rendit des hommages dont ni lui ni elle n’ont cherché à dénaturer le caractère dans leurs écrits. Nous l’avons dit : elle se nommait mistress Robinson. Sa vie fut un enchaînement de prospérités et de souffrances, qu’à son déclin elle s’est plu à raconter elle-même dans des mémoires facilement écrits et empreints de cette couleur rapide, fine et délicate, familière aux femmes, et particulièrement aux femmes de théâtre, à qui la vérité ne coûte rien, pas même la peine de la chercher dans leur souvenir.
Nous n’avons donc rien de mieux à faire que de détacher des Mémoires de mistress Robinson les pages authentiques où elle rappelle avec toute la tendre poésie du regret ses amours avec le prince régent d’Angleterre, amours secrètement allumés par la comtesse de Jersey et si habilement conduits par elle au but qu’elle avait marqué dans son imagination infernale.
C’est mistress I^pbinson qui parle.
« La famille royale, devant laquelle je n’avais pas encore joué, donna l’ordre qu’on représentât devant 'elle pour l’ouverture de la saison, la pièce intitulée : Conlcs d’hiver. Je faisais Perdita. J’avais déjà joué ce rôle; mais je ne fus pas moins effrayée de paraître pour la première fois devant les premières notabilités du royaume.
» Au foyer, on se moquait beaucoup de ma timidité ; M. Smith, surtout, artiste supérieur qui devait jouer avec
moi dans les Contes d'hiver le rôle de Léon ; il ajoutait en riant, et c’était son exclamation favorite : a Par Jupiter, » madame Robinson, vous ferez la conquête du prince, » car vous êtes plus belle que jamais. » Moi, je souriais du compliment, prévoyant peu les événements extraordinaires auxquels cette soirée allait donner naissance. J’étais debout dans les coulisses de gauche, juste à l’opposé de la loge du prince, quand M. Ford, fils d’un des direcrecteurs, aujourd’hui jurisconsulte célèbre, vint à moi et me présenta un de ses amis, le vicomte Malden, le même qui devint plus tard comte d’Essex. Nous entrâmes en conversation pendant quelques minutes : le prince nous regardait très-attentivement, et il semblait adresser ses remarques au colonel Lake et au frère de lord Levisham, qui était de sa suite.
» Alarmée par la trop grande attention dont m’honorait le prince, je précipitai ma scène ; j’étais émue, j’étais ravie, j’étais transportée ; je n’éprouvai qu’un désir, celui de ne plus être sous les yeux du public, afin de m’abandonner tout entière et sans témoins à mon extase. C’est ce qui fit que je jouai trop vite. Ma vive préoccupation ne m’empêcha pas cependant d’entendre très-distinctement les éloges du prince. Il ne les épargna pas plus que les regards, et chacun dans la salle s’en aperçut. A la fin de la pièce, au moment où la famille royal^rendit aux acteurs la révérence d’adieu, mes yeux rencontrèrent ceux du prince, et leur brûlante expression alla jusqu’à mon cœur. Il m’honora de deux signes de tête auxquels je ne pus répondre que par le sentiment de bonheur et de reconnaissance qui vint colorer mes joues.
» Pendant toute la seconde pièce, lord Malden ne cessa de m’entretenir ; lord Malden était jeune, aimable, parfaitement distingué. Il me rappela avec une intention
pleine de délicatesse les applaudissements que le prince m’avait donnés. Notre conversation dura jusqu'à la fin du spectacle.
» Je me disposais à retourner à ma chaise, qui m’attendait, quand je rencontrai la famille royale ; j’eus encore la faveur de recevoir du prince un salut gracieux. Je rentrai chez moi ; j'avais à souper une société nombreuse qui ne s’entretint toute la soirée que de la beauté et des grâces de l’héritier présomptif. La sensation que j’avais produite sur lui ne fut pas oubliée. Tout le monde, disaient mes convives, pouvait attester que le parterre et les loges, pendant tout le spectacle, avaient promené leurs regards du prince à Perdita, de Perdita au prince. Enfin ils parvinrent à me persuader que j’aimais aussi le prince.
» Deux ou trois jours après cet événement, car c’était bien un événement, lord Malden me fit une visite du matin. M. Robinson n’était pas au logis. Je le reçus avec quelque embarras ; je crois que celui du lord surpassait le mien. 11 essaya de parler, s’arrêta, balbutia encore, puis il parvint à me dire :
» — Daignez écouter, madame, le secret que je vais vous confier. La position particulière dans laquelle je me trouve m’a seule déterminé à accepter cette mission délicate, cette démarche extraordinaire. Condamnez-la, maisécoutez-moi, madame.
» Je le priai de s’expliquer.
» Il tira une lettre de sa. poche :
» — Lisez s’il vous plaît, madame, me dit-il.
» Je souris en lisant la suscription; la lettre était adressée à Madame Perdita. Je l’ouvris : peu de mots, mais bien sentis, bien tendres. On signait : Florizel.
» — Que signifie ceci ! dis-je à demi fâchée.
» — Ne devinez-vous pas l’auteur de ce billet ? reprit lord Malden.
» — Peut-être est-ce vous, répondis-je gravement.
» — Non, en vérité, dit-il; je ne l’aurais jamais osé.
» — Dites-moi donc, de grâce, d’où peut venir cette lettre ?
» Lord Malden hésita, parut fâché de s’être chargé de la commission, de peur, murmura-t-il, qu’elle ne diminuât l’estime qu’il désirait que j’eusse pour lui ; mais, continua-t-il, je ne pouvais refuser... non, je ne pouvais refuser de vous remettre ce billet, car le prince qui m’a chargé de l’apporter...
» — Le prince ! — Étonnée à l’excès, agitée, troublée comme je ne l’avais encore été de ma vie, je répondis par un refus absolu à la mission de lord Malden.
» Dès qu’il m’eut quittée, je lus encore, je relus mille fois cette lettre, si courte, mais si dangereuse : je ne pouvais me persuader qu’elle vînt du prince ; je voulais qu’elle m’eût été écrite par lord Malden lui-même. J’y voyais un piège. Amoureux de moi, lord Malden tenait à savoir si je me laisserais jamais éblouir par l’éclat que jette aux yeux d’une femme le nom d’un héritier royal. Une foule d’autres idées se succédaient dans mon esprit pour y laisser celles-ci, le doute, celles-là, la méfiance, toutes de l’obscurité.
» Le jour suivant, nouvelle visite de lord Malden. Cette fois, sa timidité étant moins grande, il parla du prince en termes plus précis. 11 loua ses manières engageantes, son esprit vif et lumineux, sa sensibilité surtout, qui devait un jour faire de lui l’idole de son peuple.
» J’entendis ces louanges avec une satisfaction dont lord Malden dut faire part sans doute à son ami et à son maître. Il revint le lendemain pour me dire que le prince était
GEOKGES III
malheureux de ce que je n’avais pas répondu à sa première lettre; il m’en remit en même temps une seconde où le royal amoureux me conjurait d’aller le soir même au concert spirituel, à moins que sa conduite ne m’eût déplu. Là, par des signes sur lesquels il appelait mon attention, il me confirmerait qu’il était bien l’auteur des deux lettres que je possédais.
» J’allai donc au concert.
» Je venais d’entrer, je m’asseyais à peine au balcon que les regards du prince me cherchaient déjà : ils me trouvèrent vite. Il tenait à demi ouvert devant lui le feuilleton du concert (c’est un petit imprimé qui se distribue dans les salles de spectacle de Londres, et où on lit le nom de chaque acteur à côté du rôle qu’il joue dans la soirée) . Mettant la main à son front, le prince concentra toute son attention sur moi.
» J’étais fort déconcertée; mon mari était avec moi : je craignais qu’il ne s’aperçût de tout ce qui se passait. Cependant le prince continuait à me faire des signes et à figurer des caractères sur le bord de sa loge, comme s’il eût écrit, tout en causant avec le duc d’York (alors évêque d’Osnaburg), qui me regardait aussi avec une attention toute particulière. Un des gentilshommes de la suite du prince lui apporta un verre d’eau.
» 11 me regarda si expressivement avant d’y porter ses lèvres, que toute l’assemblée en fut frappée. Le parterre, à qui rien n’échappe, le remarqua également, et le lendemain un des journaux de Londres disait que la veille au théâtre, quelqu’un avait captivé les regards d’un auguste spectateur.
» J’apportai pendant plusieurs mois une résistance victorieuse à toutes les propositions qui me furent faites d’avoir une entrevue avec le prince. Je pressentais que sa conversation achèverait le trouble de mon cœur. Ce n est
pas le titre de prince qui me flattait en lui ; nul homme, je l’ai su depuis, n’a exercé autant de séduction, n’a eu autant d’empire sur les femmes. 11 est le plus beau des hommes comme il en est le plus persuasif et le plus tendre. 11 écrivait aussi bien qu’il parlait.
» Après avoir entretenu pendant quelques mois avec le jeune prince une correspondance sentimentale, je me sentis de moins en moins résolue à ne le voir jamais qu’en public. Un motif puissant m’avait conseillé ma première sévérité, je vais le dire : c’était la crainte de compromettre le futur souverain auprès du peuple qu’il doit gouverner un jour. Mes compatriotes jugent leurs princes dès le berceau. Leurs premiers pas, leurs premières paroles, leurs premières actions sont des horoscopes où le peuple anglais lit irrévocablement son bonheur ou sa décadence à venir. En sorte que l’esprit public se fonde, s’établit et s’appuie sur l’amour que le prince parvient à obtenir au début de la vie. On le loue, on le chérit déjà, on commence même à lui essayer la couronne. Si, à ce moment, on ne la lui décerne pas intérieurement, on la lui disputera plus tard, fît-il des prodiges pour la justifier.
» Par l’entremise de lord Malden, j’avais reçu le portrait du prince, peint par le fameux Mayer. Jusqu’à ce jour j’ai conservé ce gage précieux qui me rappelle sa tendresse, mais aussi sa légèreté. Je le reçus dans une boîte contenant un cœur fait de papier, découpé de la main même du prince : sur un des côtés étaient tracés, aussi par lui, ces mots perfides, puisqu’ils n’étaient point vrais : Je ne changerai gu’en mourant ! Sur l’autre, on lisait la même phrase, mais en anglais.
» Quoique mon amour fût vif et sincère, j’engageai le prince à se souvenir qu’il était bien jeune, que si j'écoutais ses désirs, je devais renoncer à mon mari, à ma pro-
fession; je lui disais encore que le public, devenu confident de son amour, s’efforcerait de me le ravir en me noircissant dans son esprit. Après avoir été la plus heureuse et la plus glorieuse des femmes, j’en deviendrais la plus à plaindre.
» Les réponses du prince étaient de nouvelles assurances de l’amour le plus pur comme le plus durable.
» À chaque nouvelle visite que je recevais de lord Malden, au nom du prince, j’étais de plus en plus convaincue qu’il regrettait d’avoir accepté le rôle de négociateur. Cependant il était au désespoir chaque fois que je lui proposais de suspendre toute correspondance entre le prince et moi. « Non, madame, me disait-il, régnez sur un cœur fait pour vous; soyez-en la vie, la joie, l’enivrement et le bonheur, b
b 11 s’arrêtait aussitôt ; je voyais qu’il craignait, changeant brusquement de rôle, de parler pour lui; il tremblait d'aller plus loin; l’ombre du maître lui fermait la bouche. Sa délicatesse m’eût toujours laissé ignorer ses sentiments personnels , si j’avais toujours été aimée du prince.
b Lord Malden me dit un jour que le duc de Cumberland était venu de bonne heure chez lui pour lui dire tout le chagrin que ressentait le prince à l’occasion d’une lettre que je lui avais écrite. Employez tout votre crédit, avaitil dit à lord Malden, pour que mistress Robinson soit moins cruelle envers un jeune prince qui l’adore. Mon neveu en perdra la tète si vous n’obtenez d’elle qu’elle soit moins sévère.
b Lord Malden me proposa donc d’aller voir le prince, mais avec tout le mystère possible. Afin de rendre cette visite plus secrète encore, il me proposa de me déguiser en homme (on se rappelle peut-être que j’avais déjà paru
au théâtre dans les travestis). Je repoussai vivement ce moyen, qui ne m’aurait pas déguisée davantage. Bref, je refusai de toutes les manières. Le prince fut désolé : il me l’exprima dans un billet que je reçus par lord Malden le jour suivant.
» Si jamais le public a jugé sévèrement ma conduite avec le prince, c’est qu’il ignore celle de mon mari avec moi ; c’est qu’il ignore aussi que je ne voulus manquer à mon devoir que lorsque je m’en fus affranchie par le divorce.
» Lord Malden proposa sa maison; mais la surveillance d’un tuteur rigide, qui examinait de près toutes les démarches du prince, rendait cette rencontre assez difficile. On pensa qu’il valait mieux qu’elle eût lieu chez le prince; je rejetai encore cette idée.
» Il fut enfin décidé que je me rendrais à Kew, qui est situé sur le bord de la Tamise, à l’opposé d’un palais qui sert de résidence à la famille royale une partie de l’été, et que ce serait l’endroit fortuné où le jeune prince et moi échangerions nos serments.
» Cette entrevue si souvent remise et tant redoutée eut enfin lieu à Kew. Lord Malden et moi dînâmes à une auberge qu’on trouve dans l’ile qui est entre Kew et Brentford. Nous attendîmes le signal convenu pour passer la rivière dans un bateau loué à cet effet.
» Le mouchoir parut sur la rive opposée. L’obscurité de la nuit le rendait presque invisible. Lord Malden me prit par la main, et j’entrai tremblante dans le canot destiné à me conduire à l’autre rive. Au bout de quelques minutes, nous abordâmes aux portes du vieux château ; nous ne demeurâmes là qu’un instant. Le prince et le duc d’York, qui se promenaient dans l’avenue, se hâtèrent de nous joindre. Le prince ne m’avait encore dit que quelques
mots, qu’un bruit qui venait du château nous fit tous tressaillir. La lune commençait à se lever. L’idée qu’on ne découvrît la promenade nocturne du prince, me glaça d’un effroi inconnu; enfin, après avoir entendu de sa bouche l’expression de la plus suave tendresse, nous nous séparâmes. Lord Malden me suivit, et nous retournâmes à l’ile dont nous étions sortis. Le prince ne quitta pas l’avenue tout le temps que je fus avec lui, et le duc d’York fut constamment avec nous; il entendit tout ce que nous dîmes.
» Je n’oublierai jamais les grâces adolescentes du prince, la douceur de son sourire, la tendresse de sa voix, et j’espère m’en souvenir encore lorsque la mort m’aura affranchie de l’esclavage de la terre.
» Depuis cette époque fortunée, j’ai souvent, au même lieu, goûté le même plaisir; la conversation du prince en faisait tout le charme. Nos promenades duraient quelquefois jusqu’à près de minuit.
» Je ne me rendais à ces délicieux rendez-vous qu’habillée en amazone ; ces messieurs, le prince et lord Malden, s’entortillaient dans de grandes redingotes afin de se mieux déguiser. Mais le duc d’York m’alarmait toujours par l’éclat de sou habit, qu’il choisissait souvent jaune, comme s’il eût cherché la couleur la moins faite pour ces sortes d’équipée.
» Le prince chantait avec un goût exquis; le silence de la nuit prêtait un charme inexprimable à sa voix. Oh ! que je regrettais profondément, une fois rentrée chez moi, la distance incommensurable qui séparait nos deux destinées! Lui prince, héritier présomptif de la plus belle couronne du monde ; moi actrice du théâtre deDrury-Lane! »
Ces pages sont délicieuses : les heures que passait le prince avec mistress Robinson ne l’étaient pas moins.
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Tout était admirablement beau dans cette intrigue. Chacun s’y prêtait, on le voit, avec la meilleure grâce du monde : les oncles, les amis, les conseillers du prince, jusqu’aux évêques !
La pièce d’artillerie tirée par la comtesse de Jersey avait frappé le but.
11 semblait n’ètre pas plus question de la princesse Caroline de Brunswick que de la reine Saba.
Un soir, après ces délicieuses promenades au clair de la lune, la lune si douce et si dorée sur les jardins de Kew, un homme tout vêtu de noir s’approcha du prince de Galles, qui venait de quitter au même instant la douce empreinte du bras de mistress Robinson.
Cet homme noir, qui n’était pas un fantôme, mais le chef du cabinet de Georges III, le ministre Pitt, montra 'au prince de Galles un papier sur lequel était écrit ceci : » Je renonce à la couronne du roi Georges III, mon père, » si je n’ai pas épousé dans un mois la princesse Caroline- » Amélie de Brunswick. »
Pitt présenta un crayon au prince de Galles :
— Signez, lui dit-il.