‹ Georges 3. Léon GozlanChapitre 26 sur 41 · I.e prince continua · texte numérisé non relu

I.e prince continua

OEORKES 111

— Et il «st bien de sa personne?.,.

— Mais oui...

— Aimable?...

— On l’assure.

— Où est-il en ce moment?

— On croit qu’il est en Allemagne.

— On le croit seulement?

— 11 vous serait facile de vous en assurer...

— Qu’est-ce que cela me fait... je vous demande un peu... qu’il soit en Allemagne, en Chine, en Angleterre? Je ne crois pas d’ailleurs qu’il puisse venir en Angleterre sans permission...

Ce fut au tour de la comtesse à sé taire.

— 11 se fait tard, dit ensuite le prince de Galles en tirant un cordon de sonnette.

— Il s’en va et je ne sais rien!... Je veux tout savoir!

La femme de chambre de la comtesse parut.

— Mes ! chevâux ordonna le prince.

La comtesse de Jersey fit un signe d’intelligence à la femme de chambre.

Celle-ci se retira : elle avait compris la parole de l’un et le regard significatif de l’autre.

— Avant que vous ne me quittiez, dit la comtesse, je dois vous prévenir d’une erreur que vous avez peut-être faite.

Le prince s’arrêta.

— Quelle erreur ?

— Vous m’avez parlé du capitaine Manby. Ne l’avezvous pas confondu avec le capitaine Pôle?

— Il y a en effet deux capitaines.

— C’est que le capitaine Pôle, continua posément la comtesse de Jersey, est aussi un officier très-distingué.

— Oui, il vous a plu, je le sais.

GE0FGES III

— J’aime les marins: — n’étes-vous pas marin aussi?

— Pourquoi parlez-vous du capitaine Polo ? demanda le prince avec vivacité. Ce n’est pas seulement par crainte de me voir le confondre...

— C’est qu’il est à Brighton.

— Ah!

— Avec le yacht qui nous a ramenées la princesse et moi en Angleterre. Il en fait les honneurs à tous ceux qui viennent le visiter. 11 parle de la princesse en termes de reconnaissance qui honorent son caractère.

— De quel caractère voulez-vous parler?

— De celui du capitaine Pôle.

— Je veux voir cet officier de marine, dit brusquement le prince. Je veux le voir !

— Oh ! rien n’est plus aisé.

— Vous ai-je dit qu’il était l’ami intime du capitaine Manby ?

— Non...

— C’est son meilleur ami.

— Vous savez tout, chère comtesse.

— Tout ce qu’on me dit. On ne me dit pas tout, appuyat-elle fortement.

Le prince tira une seconde fois le cordon de la sonnette en répétant : 11 se fait tard !

La femme de chambre revint.

— Mes chevaux ?

— Ils ne sont pas encore prêts, répondit la camériste.

— Tout de suite ! dit le prince. Allez !

— Rien n’est plus aisé, vous disais-je, que de voir ce capitaine Pôle ; j’oubliais cependant que vous ne pouvez pas, ainsi que le premier venu, aller à son bord... Vous pourriez l’inviter à déjeuner ici...

— A ma table ? répliqua ironiquement le prince.

— Tant d’officiers de marine sont admis par vous à cet honneur !...

— Non... Je veux le voir, pourtant; et je veux qu’une autre personne... Tous les deux en présence... Oui ! oui!

Un éclair courut dans l’intelligence de la comtesse.

— Voulez-vous mon avis?

• — Je le demande.

— Vous donnerez quelques bals à l’occasion de votre mariage?...

— Oui, de mon heureux mariage.

— A ce bal, il est de toute convenance que vous invitiez le capitaine du yacht qui a conduit la princesse en Angleterre.

— Votre idée...

— Est bien simple.

— La princesse y sera ?

— Naturellement.

— A deux mois mon premier bal ! s’écria le prince.

— Les chevaux de Son Altesse sont attelés, vint dire la femme de chambre.

— Je pars.

— Adieu, prince !

— Adieu ! à demain pour vous, comtesse ; à deux mois pour vous, princesse de Galles !

Le prince quitta le pavillon.

— Il me disait tout autrefois, murmura la comtesse en enfonçant la tête dans le mol oreiller ; et il ne m’a rien dit ! c’est donc plus que lotit ! — Attendre deux mois ! !

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