CHAPITRE XXVIII
Les salons, les boutiques, la rue, répétaient le lendemain : La princesse est dans tme situation intéressante. — Déjà? disaient les uns. — Pas possible! disaient les autres. Enfin tout le monde en parla, et avec bonheur.
Le respect pour.les tiges royales est encore très-profondément gravé dans le cœur naïf du peuple anglais; et puis, la naissance d’un prince ou d’une princesse est une si belle occasion de vendre de la toile, du drap, des foulards et de la mercerie !
La joie du roi ne fut pas moins large et sincère que celle de son peuple : il allait se survivre comme souverain dans un petit-fils ou dans une petite-fille. Sa pauvre raison se trouva mieux de ce contentement de son cœur. 11 aimait tant sa bonne Caroline! elle le ravissait avec son mauvais accent anglais, qui avait cessé de paraître si agréablement
original à la cour. Pour lui, pas de bonne fête de famille sans elle. De son côté, elle jouait sur la harpe les morceaux favoris du roi Georges, zélé admirateur de la grande et .sévère musique de Handel.
Un chroniqueur anglais raconte, au sujet de ce goût déterminé du roi pour la musique de ce célèbre artiste, l’anecdote suivante : « Après un concert à la cour, auquel Georges III, encore enfant, avait assisté, Handel, posant sa main sur la tète du petit garçon, lui dit : Y ou t oill take care of my music when I am dead. — C’est vous qui aurez soin de ma musique après ma mort. » Cette touchante prière du sublime compositeur, il faut le dire à l’honneur du roi, ne fut jamais oubliée. <r The king , to his honour, ncver forgot. »
; Tableau de famille plein d’enseignements pour ceux qui regardent toujours là-haut avec envie et ne sont jamais contents de leur sort : un grand roi, le plus puissant des rois à cette époque, et la première des princesses, puisqu’elle approchait le plus du trône de Georges III, n’oubliaient, celui-ci sa folie, qu’en jouant de l’orgue, celle-là son abandon conjugal qu’en promenant ses doigts mélancoliques sur les cordes d’une harpe. Ils s’enfermaient tous les deux avec leurs tristesses dans un vaste salon de Windsor, et ils se consolaient en chantant les dolentes inspirations religieuses de Handel.
La nuit, ces admirables cantiques franchissaient les murs épais du vieux manoir pour aller frapper l’oreille surprise des bûcherons qui côtoyaient le bois, et qui se disaient tout bas en se découvrant : « C’est le fou qui fait sa prière. » Et ils passaient.
Le roi seul avait des mots de tendresse pour la princesse, que les autres commençaient à ne plus désigner que sous le nom de « la grosse Allemande, la belle poupée, la
Française germanisée. » Georges III la prenait sur ses genoux et l’appelait « son cher ange, sa chère amie, sa chère fille, » du mot dear, le plus intime, le plus suave de la belle langue anglaise, ce mot que l’amant donne à l’amante, le père à son fils, le roi h ses sujets, le mendiant à celui dont il sollicite l’humanité, l’homme qui souffre à Dieu qui l’entend.
L’Amérique, l’Irlande, son fils, ces trois plaies de Georges III ne saignaient plus, elles se fermaient quand il pressait dans ses mains ridées les belles et jeunes mains de sa dear Caroline, et que ses yeux ternes et près de s’éteindre dans la cécité se posaient sur les yeux si purs et si profonds de sa belle-fille.
La flèche enfoncée dans le cœur du prince de Galles par lady Jersey était empoisonnée. Cet enfant ne peut être de vous. Ces paroles furent l’arrêt de mort dè la princesse Caroline.
Pour tout le monde, son évanouissement au milieu du bal résultait naturellement, d’abord de son état de grossesse, ensuite de l’excessive chaleur de l’appartement, encombré de fleurs, de gens, torréfié par les lumières, asphyxié de parfums. Pour le prince de Galles, c’était la vue, l’impression, la présence inattendue du capitaine qui l’avaient provoqué. 11 ne douta plus de l’intimité de cet officier de marine avec la princesse de Galles ; il marcha rapidement à une certitude qu’il voulait à tout prix, non pas pour aimer, sa femme avec tranquillité, mais afin d’avoir le droit de rompre avec elle sur-le-champ.
Selon la tactique ordinaire, du moment où l’on voulut perdre la princesse, on redoubla d’égards pour elle, de même qu’on parla avec une prédilection marquée du capitaine Pôle, dont la perte était résolue.
Brighton fut choisi comme l’endroit le plus facile pour
la conspiration, celui où avec des moyens simples on obtiendrait une victoire décisive.
La princesse de Galles fut invitée à venir passer quelques jours à Brighton, qu’elle ne connaissait pas encore, et à donner son opinion, toujours si élevée et si juste, sur les constructions et les embellissements ordonnés par le prince.
Hile se rendit sans défiance à l’invitation.
Elle arrive au pavillon ; des honneurs lui sont rendus comme à une souveraine : compliments des employés, adresses des habitants sur le bonheur de la posséder dans leurs murs,— quoiqu’ils n’aient pas de murs, — sur l’autre bonheur qu’elle leur laisse deviner sous sa tunique d’épouse féconde ; les vaisseaux se pavoisent, les maisons sont tendues de rideaux et de riches étoffes ; le ciel, la mer et la terre sont en liesse.
Le second jour de l’arrivée de la princesse au pavillon de Brighton, il fut proposé à l’illustre visiteuse d'aller faire une promenade salutaire au bord de la mer, si belle et si poétique le long de la plage. Elle monte en calèche* plusieurs voitures suivent. Qui aurait vu passer le cortège aurait encore dit en soupirant : Place aux heureux de ce monde ! Ils ont tout, eux! la jeunesse, la beauté, les titres, les grands biens, les loisirs sans fin; que n’ont -ils pas?
Eh bien ! dans cette calèche aux rayons dorés comme ceux du soleil, il y a non pas une princesse qui possède, comme l’envie le croit, toutes les félicités de la terre, mais une femme qu’on mène à l’échafaud, non pas à celui qui tue avec un couteau, mais à celui qui décapite l’honneur; dans ces autres voitures, il y a, non des jeunes femmes et des jeunes gens appelés à partager les plaisirs d’une promenade enchantée, mais des témoins, des accusateurs, des ennemis.
Ou réservait une surprise à la princesse au milieu de tou.es ces jolies surprises.
Au bord du quai tout jonché de matelots, curieux et fiers de saluer leur princesse, on a amarré le yacht royal qui l’a menée à travers tant de mers orageuses sur les côtes d’Angleterre.
A celte vue le cœur de Caroline s’épanouit, bat, s’at- * tendrit;ses yeux s’emplissent de douces larmes; elle prend et presse contre elle la main de son mari qui lui fait cette joie.
— Merci! dit-elle, merci!
— Vous voyez si l’on vous aime, madame.
— Ah ! je n’en doute pas.
— N’en doutez jamais pour notre bonheur.
— Ce vaisseau m’a rappelé les adieux de mon père, ma bonne mère, mon pays, ma chère Allemagne, que je ne reverrai plus !
— Pourquoi ne la reverriez-vous plus?
— Les princesses sont prisonnières.
— Mais les reines?... Vous serez reine un jour.
— Elles sont esclaves. N’importe ! vous me rendez heureuse, excessivement heureuse en me montrant ce fidèle compagnon de ma traversée...
— Venez, dit le prince en mettant pied à terre; venez, madame, nous allons lui faire une visite de reconnaissance.
— Vraiment! vous pousseriez la bonté...
— Nous sommes venus ici exprès pour cela.
— Que vous êtes bon !
Ce fut un ami du prince, lord Cholmondeley, qui prit la princesse dans ses bras, et la porta jusqu’au pied de l’échelle placée le long du bord pour la recevoir. Eile fut
suivie par le prince, par lord Cholmondeley, lady Jersey, et par tous les invités à la fête de Brighton.
Caroline franchit rapidement les marches de l’échelle, elle va fouler le pont du yacht, un offcier de marine se présente pour l’aider à descendre.
— C’est vous! capitaine Pôle?
— Cet honneur, Altesse, m’est bien dû.
— Oh! oui. — Mon cher prince, ajouta la princesse en se tournant vers son mari, c’est le capitaine Pôle ; mon évanouissement m’a empêchée l’autre jour de vous le présenter. Permettez -moi... Mais lady Jersey le connaît, l’apprécie comme moi; oui, c’est le brave, l’excellent capitaine Pôle.
— Madame, dit le prince de Galles en serrant la main du jeune capitaine, nous connaissons aussi le mérite du capitaine Pôle, nous avons souvenir reconnaissant de ses attentions pour vous... Nous les récompenserons...
— Prince, répond le modeste capitaine, je n’ai fait qu’en loyal et dévoué marin mon devoir, un devoir bien sacré et bien cher...
— Voyons, dit le prince de Galles, montrez-nous, capitaine, l’intérieur de votre vaisseau fortuné.
Aussitôt et avec son empressement le capitaine Pôle fît au prince et à sa suite les honneurs du yacht royal, et les éloges les plus délicats lui furent donnés par toutes ces jolies bouches de ladies qui s’extasiaient devant l’admirable élégance de chaque pièce. C’est un salon ! c’est un boudoir ! c’est une coquille de fée !
Comme il y avait peu d’ordre dans cette visite qui n’était pas officielle, la princesse, qui avait passé plus d’un jour sur le yacht, et qui le connaissait dans ses moindres détails, se donna la liberté fort naturelle de remonter sur le pont et de goûter le plaisir isolé de la réflexion.
Elle revint sur ses regrets pendant la traversée, elle se peignit, avec le coloris si tendre du souvenir, ses dernières pensées et ses dernières émotions de jeune fille. Que de mélancoliques heures elle avait laissées couler comme les vagues à cette même place, pendant les nuits étoilées, pendant les récits si intéressants du capitaine Pôle. Par un de ces hasards qui n’ont aucune valeur aux yeux des gens ordinaires, le .capitaine Pôle, en allant à droite et à gauche sur le yacht pour en expliquer la construction et les avantages de solidité et de vitesse, aperçut la princesse qui se reposait sur deà banquettes de l’arrière.
La princesse l’engagea à s’asseoir. Elle lui rappela leur voyage; elle se plut à lui dire tout ce. qu’il lui avait dit lui-même pour la distraire, la consoler, pour abréger l’ennui de la route. Ils oublièrent dans cet épanchement si cher à tous les deux la noble compagnie qui se trouvait à bord du yacht. Pendant un quart d’heure l’oubli se prolongea; qui le remarqua? Personne. — Deux personnes, lady Jersey etde prince de Galles. Ils le firent remarquer en riant, et sans paraître y attacher plus d’importance, à lord Cholmondeley, qui communiqua l’observaticn, et tout aussi innocemment, à d’autres personnages. Tous mirent cette absence sur le compte des usages allemands : les usages anglais sont si irréprochables ! L’Allemande, ainsi qu’on commençait à appeler la princesse, n’était que depuis d«ux mois à Londres. 11 fallait de l’indulgence. •
On eut de l’indulgence.
Le prince désira retourner au pavillon; on se hâta de gagner le pont pour partir ; et c’est alors seulement que la princesse s’aperçut qu’elle était un peu en faute avec l’étiquette. Elle voulut s’excuser.
— Laissez, laissez! l’interrompit le prince. Vous avez retrouvé ici un ami, un compagnon...
— Oh! oui, un.excellent ami, répliqua la princesse dans toute la franchise de ses fraîches lèvres allemandes. Elle salua ensuite le capitaine pour prendre congé de lui.
— Vous ne nous quitterez pas -ainsi, dit le prince. Capitaine Pôle, prenez le bras de la princesse et venez dîner avec nous au pavillon.
— Tant d’honneur! murmura le capitaine Pôle, qui offrit, le bras à la princesse de .Galles, enchantée de sa journée, enchantée d’avoir revu son vaisséau, enchantée de son mari.
— Nous ferons la route à pied, dit le prince, si vous le voulez bien. Nous nous faisons aujourd’hui bourgeois de la Cité en partie de plaisir à Brighton.
— Oui, oui, oui ! répliquèrent tous ces grands seigneurs et toutes ces grandes dames si blasés d’aller toujours en voiture. Oui! oui! à pied.
On se dirigea donc pédestrement vers le pavillon de Brighton en suivant la plage, car les superbes quais qu’on foule aujourd’hui n’existaient pas encore. •
Ici l’étiquette fut, en apparence, aussi détendue qu’à bord du yacht.
Le prince marchait devant avec la comtesse de Jersey; à leur suite venaient lord Cholmondeley, lord Malden, d’autres lords, d’autres dames, et puis d’autres seigneurs, et encore d’autres ladies. C’est dans ce désordre que l’illustrer compagnie alla du yacht au pavillon, où eltè arriva fatiguée, brisée, mais animée et joyeuse. Elle croyait avoir gravi le mont Blanc.
On avait marché assez vite, et la princesse, qui avait le pas un peu lent, était restée en arrière, beaucoup en arrière. On l’attendit dix minutes, un quart d’heure, enfin une demi-heure !
Quel crime ! — Lady Jersey excusa la princesse. La
côte était rude, la plage pleine de sinuosités, le capitaine l’oie causait parfois lentement : elle l’excusa beaucoup, elle l’excusa trop.
Enfin la princesse de Galles et le capitaine Pôle arrivèrent au pavillon, où ils furent accueillis comme de malheureux naufragés par quelques invités qui ne croyaient ni bien ni mal faire en les plaisantant ainsi.
Ils s’écrièrent :
— Vous n’avez donc pas péri corps et bien ?
Ceux-ci.
— Avez -vous sauvé vos papiers ?
Ceux-là :
— Faut-il ouvrir une souscription en faveur de votre infortune ?
Le prince souriait.
Comme toujours, lady Jersey était exquise de politesse et d’attention pour la princesse de Galles.
Il est impossible d’imaginer comment ces particularités pouvaient former un corps de délit contre la princesse. Le roman ne se contenterait pas de pareils moyens, mais l’histoire...
Le lendemain, dit l’histoire à laquelle nous n’ajoutons ni ne retranchons rien; le prince reçut et communiqua à la princesse un billet anonyme ainsi conçu :
« Ne soyez point surpris de la préférence montrée par y> votre femme au capitaine Pôle. Informez-vous auprès » de la comtesse et des autres femmes de la suite, et vous » apprendrez par elles que ce n’est pas la première fois » qu’elle a passé une soirée en tàte-à-tète avec lui. lnfor- » mez-vous! »
Après avoir lu ce billet, la princesse demanda au prince s’il avait pris ses informations ?
— Oui, répondit-il, et le résultat est qu’il faut nous sé parer.
La princesse salua avec dignité et se retira.
Peu de jours après, feignant d’aller lui-même au-devant des désirs et des vœux de la princesse qu’il renvoyait, il lui écrivit la lettre suivante :
« Madame, lord Cholmondeley m’apprend que vous désirez que je définisse, par écrit, les termes auxquels nous devons vivre ensemble ; j’essayerai de m’expliquer à cet égard avec autant de clarté et autant de convenance que la nature du sujet peut l’admettre: as the nature of the subject will admit. Nos inclinations ne sont pas en notre pouvoir, et l’un de nous ne saurait être rendu responsable vis-à-vis de l’autre de ce que la nature ne - nous a pas créés à notre convenance mutuelle.
» Cependant des relations tranquilles et même agréables sont en notre pouvoir ; bornons à de semblables relations notre liaison, et je souscrirai formellement à la condition que vous avez requise par l’intermédiaire de lord Cholmondeley. Je termine ici cette correspondance désagréable, dans l’espoir que, puisque nous nous sommes complètement expliqués, le reste de notre vie se passera dans une tranquillité sans interruption. »
Nous avons traduit mot à mot et en voici la preuve.
« 1 shall now finally close tliis disagreeable correspon- » dence, trusting that, as we bave completely explained » ourselves the each other, the rest of our lives will be t> passed in disturbed tranquillity. »
Le prince ajouta :
« Je suis, madame, en toute vérité et très-sincèrement, » votre
» Georges, P. »
» Château de Windsor, 30 avril 1796. »
Voici ce que répondit la princesse de Galles.
Et l’authencité de sa réponse n’est pas plus contestée que l’authenticité de la lettre que nous venons de transcrire et de traduire pom - l’édification de la génération actuelle, trop portée d’un côté à voir exclusivement dans la monarchie le modèle irréprochable de l’honneur et de la dignité, d’un autre côté, à y voir la dernière expression des contentements et des satisfactions terrestres.
On remarquera que cette réponse de la princesse n’est ni précédée ni coupée par les mots de Prince ou de Monsieur. • .
« L’aveu de ce que vous aviez dit à lord Cholmondeley ne m’a ni surprise ni blessée. 11 y aurait manque de délicatesse, ou plutôt indigne faiblesse de nia part, à me plaindre des conditions par vous proposées.
» Je n’aurais fait aucune réponse à votre lettre, si elle n’eôt pas été conçue de manière à pouvoir faire douter si ' cet arrangement venait de vous ou de moi ; or, vous savez que le mérite en appartient à vous seul. Puisque vous m’annoncez que c’est votre dernière lettre, je suis obligée de communiquer au roi, comme mon souverain et comme mon père, votre aveu et ma réponse. Vous trouverez ici une copie de ma lettre au roi : je vous en instruis afin de ne pas mériter de votre part le moindre reproche de publicité, n’ayant désormais d’autre protecteur que Sa Majesté. Je m’en rapporte à elle seule sur ce sujet. Si ma
conduite reçoit son approbation, je serai au moins consolée jusques à un certain degré. Je conserve tous mes sentiments de reconnaissance de ce que, grâce à vous, je me trouve, comme princesse de Galles, avoir les moyens d’exercer une vertu chère b mon cœur : la charité. Ce sera mon devoir maintenant d’offrir encore un modèle de patience et de résignation dans toutes les épreuves,.
» Rendez-moi la justice de croire que je ne cesserai jamais de prier pour votre bonheur et d’être votre trèsdévouée,
» Caroline.
« 6 mai 1796. b
Le lendemain la princesse allait à Windsor chez le roi, dans les appartements duquel elle avait le droit de pénétrer à toute heure.
Elle avait déjà franchi le seuil; un des médecins du roi — eux aussi avaient le privilège d’entrer à leur gré — l’arrête doucement entre le paravent et la porte et lui dit avec respect.
— Sa Majesté est avec une dame !
— N’importe ! il faut que je lui parle, dit la princesse.
— Mais, Altesse...
— Est-ce la reine ?
Le médecin balbutia :
— Non... mais...
— Alors, je ne vois pas...
La princesse voulut passer... Le médecin la retint encore. Caroline, cachée presque entièrement par un des plis du paravent, avance alors furtivement la tête... Elle la retire, et se retournant vers le médecin du quartier, elle lui dit :
— Quelle est cette jeune femme?
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Le médecin hésite.
— Parlez, monsieur...
— C’est mistress Fitz-Herbert, dit le docteur.
— Qu’est-ce q U e mistress Fitz-Herbert?
Nouvelle indécision du docteur, qui n’imaginait pas que Caroline ignorât le lien mystérieux établi entre le prince de Galles et mistress Fitz-Herbert.
— Mais enfin !... reprit vivement Caroline.
— Mistress Fitz-Herbertest l'Irlandaise qu’on prétend...
Le docteur n’osait pas aller plus loin.
— Qu’on prétend!... que prétend -on?... dit impatiemment la princesse.
— Le docteur acheva :
— Être la femme du prince de Galles !
Heureusement l’épaisseur du tapis assourJit le soubresaut nerveux de Caroline.
— Sa femme!... sa femme! Ah! oui... se reprit Caroline en souriant ironiquement ; et avec cette haute connaissance des ménages doubles et souvent triples des princes et des rois! On ne m’avait pas dit cela. — Eh bien : acheva-t-elle, en acceptant cette nouvelle blessure conjugale, eh bien !... je verrai... je suis curieuse de voir la femme de mon mari.
Elle s’avança hardiment vers le roi. *
Les deux femmes légitimes du prince de Galles se trouvèrent en présence.