CF.OKGKS CADOL'DAL
Guégan, une troisième réunion est convoquée pour le 27 mars. Ce soir-là, la majorité électorale se porta sur M. Charles le Masie, recteur d Herbignac, paroisse ilu diocèse de Nantes, assez voisine de celui de Vannes, qui, précédemment, avait été signalé au club des Amis de la Constitution par sa propagande en faveur de la Constitution civile du clergé. Déjà septuagénaire, le Masle cachait sous des dehors édifiants une conduite assez irrégulière qui ne fut révélée qu'après son intrusion. C'était, dans tous les cas, un prêtre d'une vulgarité extrême et d'une instruction des plus médiocres, ainsi que le prouvent ses mandements et lettres épiscopales.
Elu le 27 mars, le Masle, après que son élection eut été confirmée par le Coz, son métropolitain du nord-ouest, fut sacré à Paris, le 8 mai de la même année. Le 21 il était à Vannes, et dès le lendemain, quatrième dimanche après Pâques, la cérémonie de son installation avait lieu avec le concours des soldats et de la garde nationale, mais la présence d'un si petit nombre d'habitants qu'il ne s'en trouva pas deux cents sur une j)()pul;ition de dix mille âmes.
C'est qu'une immense répulsion, que les événements ne devaient faire qu'accentuer, existait déjà au fond de tous les cœurs catholiques contre ces parades sacrilèges, par lesquelle-. la Itévolulion précédait au culte de la déesse Raison. Appuyé sur quclfiues gardes nationaux, le nouvel élu n'avait pour lui que les fonctionnaires, les robins, les habitués du club et quelques membres de la haute bourgeoisie vannetaise, depuis longtemps déshabitués de toute pratique religieuse.
La masse du peuple qui, à défaut de science théologique, avait les lumières que donne le simple bon sens à des âmes raturellement droites, et qui, diiiileurs, était jirofondémenl iillachée aux pasteurs que la Révolution arrachait à leurs fdiictiun^, ne pouvait prendre an sériiuix un évéque sorti (Imiic ((jhue électorale, enlourt' d'im conseil composé pour la |iliis grande |)ailie de |iirlii's iin|)U(li<|ii('s et de religieux ilélio(|nt''>, (|iii lie {levaient |):in larder à lever le masque et à dnnnrr rcxcnqilc de tims les scandales. Les ouvriers appe-
PROSCRIPTION DU (JLKRCÉ. 31
Inieiit le Masie : E71 Escob plouse, l'évéque de paille. Il était cliiinsonné publiquement dans les rues. Les prêtres jureurs célébraient leur messe dans une complète solitude; aussitôt qu'ils montaient à l'autel, les fidèles s'empressaient de quitter l'église.
Les religieuses des liosjiices et de toutes les communautés repoussèrent le prélat que la nouvelle constitution leur imposait, et donnèrent à leur pasteur légitime des témoignages non équivoques de fidélité. Ces témoignages mirent en fureur les lionimes du parti révolutionnaire, et le club des jacobins retentit des menaces les plus violentes pour en entraver l'expression ; mais il est difficile de réj)rimer les manifestations (le kl foi, surtout quand elles émanent de la conscience de tout un peuple.
Le malencontreux décret qui avait ordonné aux autorités locales de remplacer immédiatement les ecclésiastiques qui refuseraient le serment, allait devenir dans le diocèse de Vannes l'occasion d'un magnifique élan religieux. Quand du haut de la chaire les pasteurs commentaient ce texte de l'Ecriture : « // vaut mieux obéir à Dieu r/it 'aux /lomnies " , et annonçaient leur résolution de repousser le serment schismatique imposé à leur conscience, l'effet produit par ces refus motivés était immense, et les sanglots des fidèles interrompaient les adieux de leurs prêtres.
La plus célèbre de ces allocutions, celle dont le souvenir s'est perpétué longtemps dans le pavs, fut prononcée le l(i janvier 1"1>1 par le recteur de Saint- Matthieu au prône de la grand'messe. Nos lecteurs nous sauront gré de leur en offrir le texte.
11 Mes chers paroissien-,
« Français autant par les sentiments de mon cu-ur (]ue par « ma naissance, je déclare que le litre de chrétien, le caractère 11 auguste de ministre de la religion, sont les plus sûrs garants Il de ma soumission, de ma fidélité, de mon patriotisme, mai> " ([ue ces titres m'imposent des devoirs essentiels et l'obliga- 11 tion de refuser le serment à la Constitution dite cirile du
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" clei'qé; que je veux vivre et mourir dans le sein de la reli- 11 gion catholique, apostolique et romaine ; que mon refus est 11 un hommage que je dois aux chrétiens; que ce serment <i serait un scandale aux yeux de tous les catholiques dont les Il regards sont fixés sur leurs pasteurs ; que je refuse le ser- « ment qu'on exige de moi avec d'autant plus de satis- 11 faction, que je le fais, ce refus, en présence d'un peuple 11 vertueux à qui rien n'est plus cher que la religion de ses 11 ancêtres, et qui veut vivre et mourir dans le sein de l'Eglise 11 romaine.
11 Je vous déclare, mes chers paroissiens, que je vous suis « attaché depuis ma jeunesse par les liens les plus sacrés, par Il les sentiments de la reconnaissance et un tendre et respec- 11 tueux attachement que jamais rien u'a pu altérer. Je n'ai « jamais voulu me séparer de vous. J'ai résisté aux sollicita- 11 lions, aux importunités. Les promesses n'ont pu me tenter; Il les offres les plus avantageuses n'ont pu m'éhranler. J'au- 11 rais peut-être été riche ailleurs, mais je ne pouvais élre Il heureux sans vous.
Il Des motifs encore plus impérieux, mon devoir, ma rcli- 11 gion, m'imposent l'ohligalion de résider au milieu de vous, u et je remplirai ce devoir sacré, à moins que la violence ne Il m'arrache à ce que j'ai de plus cher. Vous êtes mes enfants Il dans l'ordre de la grâce, je ne cesserai jamais d'être \olre n père. Je vivrai et mourrai votre pasteur ; je porterai dans le Il tombeau ce titre si cher à mon cœur. Je veux que mes Il cendres reposent dans le lieu saint où vos cendres seront Il déposées; oui, (|ue la mort même ne inc sépare pas des Il cœurs qui m'ont été unis jiar les liens de la charilé. Je por- II tarai les titres d'une juridiction que les hommes ne m'ont Il pas donnée et que les homnies v\v peuvent m'arracher, au Il ]iicd du triliunal oii Jésus, revêtu de gloire et de majesté, Il jugera tou^ Icn liiiinme>; ;iu pied de ce Irihunal redoutahle Il oi'i j'attends ft uù j iippclic les ciinlV<'res dont la roiiduile Il accuse la mienne.
" .le picnds il trmoin le ■.nji'ij qui nous éclaire, li- Uieii qui
PROsc[tlPT^o^ du clergé. 33
K nous voit, que la déclaration que je viens de vous faire est ;< dictée par ma conscience, qu'elle est aussi sincère qu'iri révocable; je voudrais en avoir pour témoins tous les chré- 1 tiens de la France, tous mes confrères dans le sacerdoce, c fous mes supérieurs dans Tordre hiérarchique. Ah! quelle i consolation pour moi d'être uni de cœur et de sentiments à n ces illustres j)rélats de l'Eglise gallicane qui présentent un Cl spectacle d'admiration à la France, à 1 Europe, à l'univers ■ entier! Il est réservé à la vertu seule, à la religion, de proie duire de pareils prodiges et d'élever l'homme au-dessus de li la nature.
« Elle sera à jamais consignée dans les annales de la reli- « gion, cette année mémorable, par la conduite aussi ferme « que »age de tant de pasteurs, pour conserver dans la France « la religion de Clovis.
I' Quoi, mes chers paroissiens, vos cœurs soupirent, vos B sanglots m'interrompent, vous versez des larmes, vous <i pleurez? Ah ! ne pleurez pas sur moi, mais pleurez sur vous u et sur vos enfants. Ne pleurez pas sur moi! Mon âge et mes « chagrins me font entrevoir un terme prochain à mes maux, « la mort est un bienfait quand la vie est uii supplice; mais B pleurez sur nos temples déserts, nos autels abandonnés, " sur cette chaire bientôt muette, sur cette chaire, d'où B je vais descendre et où je ne paraîtrai peut- être jamais B plus à vos yeux ; ne pleurez pas sur moi, mais pleurez B sur tant de pasteurs, sur tant de ministres de la reli- » gion ébranlés par la crainte, éblouis par l'intérêt, séduits u peut-être par les conseils d'une amitié perfide, ou égarés B par l'ignorance et la crédulité. Ah! pleurez, pleurez sans B cesse, l'Église de Jésus-Christ baignée pendant les premiers B siècles dans le sang des chrétiens, est noyée à la fin du dix- « huitième siècle dans les larmes des pasteurs. Ah ! pleurez, « peuple vertueux, vous ne pleurerez jamais assez; toutes les B larmes de la lerre ne suffisent |>as pmir pleurer les maux de » la religion, les malheurs qui désolent l'Eglise de France. K Pleurez! pleure/,! l'Eglise de France est couverte de deuil,
« et la religion ne vous demande que des larmes et des B prières. »
Sans être aussi énergique, le recteur de Plœmeur déclarait aussi publiquement le 20 février son refus de prêter serment; et là le voisinage de Lorient était fort à craindre '; aussi les vexations ne tardaient pas à arriver, en attendant la proscription.
« Mon petit dome>tique « , dit cet homme éminent qui plus tard fut en rapport avec les sommités du parti royaliste, « m'a rapporté qu'on lui avait refusé taxe parce qu'étant chez « le recteur de Plœmeur, il n'avait besoin de rien. Ce i>ersi- « liage serait tout aussi injuste pour le petit malheureux que K cruel pour moi. Quand j'avais, je partageais volontiers mon « petit avoir; aujourd hui qu'on ne me lai.sse qu'à gémir de » n'avoir plus les moyens d'être utile, il est indécent de s'ap- B puyer de mon aisance, pour ne pas payer ce qu'on doit aux B gens à mes gages. "
A Baud, le refus de serment fut éclatant. Le recteur, M. Caradec, monta le premier en chaire, et dans une allocution qui rappelle celle du recteur de Saint-Matthieu, en présence de toute la municipalité venue pour recueillir une soumission, il llétrit énergiquement le schisme. Ses six vicaires, après lui, montèrent à l'autel à tour de rôle, trois prêtèrent le serment et trois le refusèrent. Malgré les menaces de quel(|ut's petits proconsuls de bourgade, se sentant soutenu par sa foi et par rap])ui de sa population rurale, le vieux recteur, versant des larmes de douleur, prononça l'anathème contre les renégats, qui durent s'enfuir devant le mépris public*.
El de même cela se passait partout. On conçoit qu'un ])euple
' Voir aux PièctsJusllJUulivrx s.i l.llic du 20 fcviirr 1701.
* > V0118 .ivvz ('te coiivofiiii'S », ilil rnlilir Cnr.ailec, » poiii venir cnliiiilic •> voiro cure |ii'è(ei' Hernient îk I.1 consliluliuii civile du clerfjé, iii.ii.s j'('S|u'ir u Lion (|<iu p»9 un d'entre vous n'n cru <|n'il le pièterail. >
I.c premier vicilre reprit le« p.Tr(>I(;s de >on curé, de telle sorte rpie personne ne siil Hil .idliér^iil à ti Cunslilulion iiu s'il refusait le sernKnl, Ce n'est <|n',ipiès avilir vu <lein de ses iolli'-(;u<s s'incliner devnnl la loi ipi'il priMa le Herinent rei|iiis, en IléliissanI eiiix (pii ne l'avaient pas lait.
PItOSCIilPTION ni' CLElîr.F..
ainsi préparé n'était guère disposé à faire bon accueil aux intrus qui se présentaient pour remplacer les pasteurs légitimes. Dans un très-petit nombre de paroisses, une quarantaine au plus sur deux cents, ces intrus, appuyés par la lie des gros bourgs, parvinrent à s'introduire dans le saint ministère. C'étaient pour la plupart des prêtres interdits ou des religieux apostats. Parmi eux se trouvaient quelques prêtres irréprochables au point de vue des moeurs, mais contaminés par l'esprit janséniste, qui avait été vivace dans le diocèse.
La persécution contre le clergé et le peuple fidèle n'eut pas d'instruments plus actifs, d'auxiliaires plus implacables que les prêtres jureurs qui se posaient partout en partisans outrés de la Révolution, qui la servaient dans ses vengeances et dans ses fureurs.
L'épreuve du serment était faite. La plupart des prêtres étaient sans fonctions et avaient souvent de lourdes charges à supporter. Une pension de cinq cents francs était le seul traitement que le gouvernement accordait à ceux qu'il prétendait déposséder. Cependant, ni l'aspect de cette misère pour eux et pour leurs proches, ni la persécution que pouvait attirer leur refus, ne put ébranler l'immense majorité des curés et des vicaires de Bretagne.
Ce n'en fut pas moins un moment terrible pour le clergé et les fidèles, que celui du serment. Si, d'un côté, on eut sous les yeux d'admirables exemples de fidélité dans la foi, de l'autre on fut aussi témoin de lâches et honteuses détractions qui scandalisèrent fout un pays; on vit la cause de l'Eglise trahie par des |irêlrcs qui jusqu'à ce moment avaient joui de l'estime publique. Cependant la plupart des esprits judicieux furent peu surpris de la conduite des ecclésiastiques de leur connaissance, dans cette circonstance importante, et il yen eut qui, d'avance, désignèrent dans leurs conversations ou leurs Cf>rres[)(mdances ceux qui bientôt s'inclineraient devant les hontes qu'on voulait leur imposer.
Itaremenl ils se trompèrent dans leurs prédictions. On pouvait en effet classer ceux qui juraient en quatre catégories.
C'étaient, ou des prêtres sans vocation, ou des hommes sans mœurs, ou des ignorants ou des esprils timides. Les premiers avaient montré leur peu de foi en entrant dans le sanctuaire sans y être appelés. Ce même défaut de foi se manifesta encore par leur indifférence pour l'Église et la facilité avec laquelle ils s'en séparèrent. Les hommes de mo'urs suspectes, voyant dans ce serment un moyen de se soustraire à la surveillance de leurs supérieurs, le prêtèrent avec empressement. Les ignorants repoussés des cures dans un pays où elles se donnaient le plus souvent aux anciens, crurent que l'Eglise constitutionnelle leur serait plus favorable, qu'elle leur offrirait les moyens de parvenir, et ils ne se trompèrent pas. Enfin les esprits timides, effrayés par les menaces de leurs parents ou d'autres laïques, furent traînés au serment à peu près malgré eux et ne jurèrent pour ainsi dire pas de leur plein gré.
Un fait bien édifiant est qu'il ne se rencontre presque aucune apostasie dans les premiers rangs du clergé. Tous les vicaires généraux des diocèses bretons refusèrent serment, à l'exception de M. de Darchet, doyen du chapitre de Vannes, Limousin de naissance; et il en fut de même des chanoines des cathédrales et des supérieurs des séminaires. Celui de Vannes, M. le r.al, dont nous avons déjà parlé, rétracta presque aussitôt le serment qu'il avait prêté.
Dans le corps si noml)reux et si respectable des recteurs, le plus grand nombre confessa courageuNomenl sa foi. Vannes n'eut en totalité que vingt prévaricateurs, dont douze du clergé de Lorienl. Partout les autorités (surtout dans les villes) mirent le plus grand empressement à exiger des prêtres qui remplissaient des fonctions publiques, c'est-à-dire des curés, vicaires ou professeurs, le serment ordonné jiar le décret de l'Assemblée nationale.
Ce fut principalement parmi les prêtres d'un rang infi-rieur el ])urmi les religieux que se rencontrèrent les apo-lat>.
La |)ersécution contre les prêtres fidèles devint, sans tarder, violente cl sanglante. Le Iribniial (]ui sie'gcait à l^orieut |)roiioiira de nniubrcusrs scntcnccsde niiii I, p^irmi l('M|ut'lle.s nous
l'P.OSCRIPTlON [)\ CLIÎRGÉ. 37
trouvons J. L. Minier, ainsi que Joseph Maurice el M. Desgrés, chez lequel il se trouvait lors de son arrestation.
Ce tribunal, l'un des plus cruels de cette époque, condamne éfjalement au dernier supplice madame veuve Godard de Malan- ^ac, de la petite ville de Rochefort, comme receleuse de prêtres rëfractaires. Le l't mars 1793, il enveloppa dans là même proscription M. Jean Ollivier, prêtre de Quistinic, près Hennelioiit, et ^larguerite Pascal, de cette paroisse, domestique dont le rrime consistait à avoir aidé M. Ollivier à se soustraire à ses jiersécuteurs. On peut juger par ce fait à quel point le tribunal poussait la barbarie.
Il avait pour président un des êtres les plus vils et les plus méprisables de cet époque; c'était le nommé Hannoyer, (|ui successivement avait été religieux, soldat, déserteur, matelot et officier corsaire. Il était animé d'une haine féroce contre les prêtres fidèles et les bons catholiques qui comparaissaient devant lui. Le 6 mai, il envoya à l'échafaud M. Noël Brient, prêtre de Saint-Maurice, et avec lui Marc Dénouai, simple tisserand de Saint-Yincent-sur-Oust, Jeanne Brient, fdie pieuse de la même paroisse, et le maire de la commime Pierre Giquel. Ces trois derniers étaient coupables d'avoir donné l'hospitalité h des prêtres.
Le 2G du même mois, M. Pierre Mayeux, prêtre du diocèse de Saint-Malo, mais qui avait été saisi à Sérent, dans le diocèse de Vannes, fut condamné il mort par le même tribunal. Deux personnes de la même commune de Sérent, qui l'avaient reçu chez elles, les femmes Clénient et Gusmart, subirent la même peine. Joseph Hio, maire de Landaul, avait aussi péri sur l'échafaud, l'année précédente, mais on ignore si c'était son attachement à la religion ou un motif politique qui le fit Condamner.
^L Bertrand Carel, vicaire deGuégon, du diocèse de Vannes, et Anne Jean, femme Lemaitre, chez laquelle il avait été découvert, fournirent encore bientôt aux juges du tribunal de Lorient l'occasion de manifester leur haine contre la religion, et allèrent grossir la liste des martyrs.
M. ISIatliuriu le Brelon buccéda bientôt à M. Carel. Il était prêtre de Pleucadeuc, le tribunal de Lorient le condamna et le fit exécuter le même jour.
Dom Mathurin Léon, Cbartreux, Angevin de naissance et religieux d'Auray, s'était retiré près de Chàteau-Gontier. Ce pays s'était insurgé. Peut-être crut-il trouver une plus grande sécurité en Bretagne. Toujours est-il que, saisi dans le Morbihan, il fut, le 27 juillet, condamné à mort comme prêtre réfractaire.
Le martyrologe serait long, et la série des exécutions se poursuivit si longtemps que la patience bretonne n'y tint plus. L'insurrection des campagnes, sans clore la liste des victimes, en restreignit le nombre, en fermant aux bourreaux les chemins des hameaux où se réfugiaient les prêtres et les fidèles.
Mais jusque-là la persécution ne put arrêter le généreux élan qui animait les ministres de la religion; tous, au mépris de leur existence, continuèrent à protester, et abandonnant leurs églises, dont ils étaient chassés, ils continuèrent leur saint ministère au fond des canjpagnes, entourés de leurs ouailles à qui ils donnaient le plus bel exemple de l'abnégation et du courage chrétien.