‹ Georges Cadoudal et la chouannerieChapitre 14 sur 99 · L'INSURRECTION' DE 1703 DANS LK MODBIHAX · texte numérisé non relu

L'INSURRECTION' DE 1703 DANS LK MODBIHAX

bourgeois', membres du district, et réputés profanateurs des choses saintes, que se déchaîna la haine des paysans. « Il a ' crucifié Noire-Seigneur " , criaient-ils, en trouvant une de leurs victimes, « il faut qu'il meure! « Et pour que sa mort rt'>ieniblàt à un supplice expiatoire, ils l'immolèrent au pied du Calvaire mutilé par ses ordres. La femme du sacrist;iin du district crut en vain sauver son mari en lui jetant son enfant dans les bras pour lui servir de bouclier. On lui arracha l'enfant d'abord et la vie ensuite.

Mais il y aurait de l'injustice à oublier que sur huit à dix mille insurgés qui entrèrent ce jour-là à Rochefort, il y en eut à peine une vingtaine qui souillèrent leur victoire par le meurtre et le pillage. C'était surtout pour le rétablissement du culte et la délivrance des prêtres qu'ils s'étaient mis en marche ; an>îi leur premier soin fut-il de purifier les églises et de replacer le Saint des saints sur le tabernacle. On était précisément aux fêtes de Pâques, à l'époque des grandes dévotions populaires, le Saint Sacrement restait tous les jours exposé sur l'autel, et les fidèles, longtemps privés du pain de vie, se portaient en foule aux prédications qui se faisaient dans les églises et sur les places publiques. Jamais expédition n'avait tant ressemblé à une croisade. On avait vu un paysan, doué du même genre d'éloquence (jue Pierre l'Ermite, haranguer un nombreux auditoire, qui portait sur la poitrine une image représentant un cœur couronné d'épines; c'était la marque distinctive de ces nouveaux croisés.

L'orateur agitait avec feu un drapeau blanc sur lequel était tracé une croix, il demandait que s'il y avait dans la foule un liomme décidé à mourir pour la foi de Jésus-Christ, il vînt le prendre. A ces mots, on vit un cordonnier, nommé Jean Thomas, percer la foule en fondant en larmes, et, sans proférer une parole, faire un geste expressif comme pour prendre le ciel à témoin de son serment. Tous ceux qui étaient présents parurent comprendre son langage, et la suite montra

' Voir l.i note ci-d(.'S;>us au siijcl de l'étyinolojjic de Uocliu-dcs-Tiois.

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qu'il sut remplir l'engagement contracté ainsi à la face de tous.

Des mouvements analogues à ceux que nous venons de décrire eurent lieu à la même époque dans le district de Pontivy.

Le 13 mars, l'administration de ce district, prévenue qu'une grande effervescence régnait dans la paroisse de Pluméliau, envoya, pour protéger l'opération du recrutement, cent gardes nationaux, une lirigade de gendarmerie, une pièce de canon, et les hommes nécessaires pour la conduire. Tout à coup, la vigie qu'on avait placée dans la tour paroissiale annonça qu'une multitude considérable de paysans s'avançait vers le bourg de Pluméliau. Après avoir mis en fuite gardes nationaux et gendarmes venus pour assurer le recrutement, cet attroupement se porta vers la ville de Pontivy. Le tocsin sonnait dans toutes les paroisses, et des bandes de paysans parties de Locminé, de Baud, de Melrand, encombraient les grands cliemins et se dirigeaient vers le chef-lieu, qui était défendu par des détachements du 109° et du 77' régiment, ainsi que par la garde nationale de Pontivy, renforcée de gardes nationaux venus de Guémenée, Loudéac et Josselin.

Cette foule, qui n'avait pour armes que des fourches et des bâtons, n'était pas redoutable aux gardes nationaux et à la troupe de ligne armés de canons et de bons fusils. Avant de pénétrer dans Pontivy, elle s'agenouilla au pied d'un Calvaire situé à l'entréede la ville, et se releva, après une prière de quelques secondes, en chantant le Vf.villa Regi.i et le Salve Refjtna, dont les échos répercutés sur les rives du Blavet annonç;iient aux lial)itants de Pontivy plutôt l'iqjproche d'une procession que celle d'une force militaire bien redoutable.

Cepeiidaiil la ville se mit en défense, et bientôt une fusillade générale commença sur trois |>oints, et tua un certain nombre d'insurgés; quarante-quatre prisonniers reslèrenten outre aux mains des vainqueurs et servirent d'alimcntauxexéculions (|ui, dans les jours suivants, ensanglantèrent la ville de Pontivy.

Les cam|)a(;m's de-, enviicnu d'.Vuiay étaient aussi en pleine

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insurrection. Des le 17, un eut, dans celle ville, avis de ces mouvements auxquels Georges n'était pas étranger.

Le lit mars, les cloches de toutes les églises et chapelles furent mises en branle dans les paroisses de Plœmel, Carnac, Mendon, Landaul, Brech, Landévant et Locmariaker. Les paysans affluaient et se [lortaient vers Locmaria-en-Plœmel. Ceux de Locmanaquer rallièrent en passant des habitants de Crach. Trois mille insurgés se massèrent au sommet d'une hauteur, située sur la route de Landévant à Auray et nommée Mané Corhoant. A l'exception des marins de Carnac et de Locmariaker qui étaient armés d'un simple fusil de chasse, toute cette foule ne portait que des fourches, des bâtons et des faux.

Le but de l'insurrection était d'assaillir la ville d'Auray, où se trouvait un détachement du régiment du Cap, trois cents hommes de la garnison de Belle-ile avec deux pièces de canon. Ces forces se portèrent au-devant des insurgés, qui, embusqués derrière les haies de la grand'route, soutinrent courageusement leur approche et ripostèrent à la fusillade dirigée contre eux. L'emploi du canon put seul parvenir à les déloger.

Quels furent les promoteurs de ces mouvements insurrectionnels qui éclatèrent le même jour et presque à la même heure à Vannes, à la lioche-Uernard, à Sarzeau, à Pontivy, au Faouct, à Auray? Y eut-il derrière eux une pensée politique? Les drapeaux blancs f|ui furent partout déployés, les cris de «Vive le Roi! » (jui, de toutes parts, furent opposés aux cris de « Vive la République! » révèlent assez la pensée à laquelle obéissaient les masses insurgées. Quant aux instigateurs de I insurrection, il est à croire qu'il n'y en eut point, bien f|ue l'enquête qui suivit s'efforce d'en rejeter la responsabilité sur les émigrés et les prêtres. L'insurrection de 17'J3fut, dans le Morbihan comme en Vendée, une explosion spontanée de la fureur populaire (|ui se ruait sur la République, à laquelle elle ne reconnaissait |);is le droit de lever des impots, de recruter des soldats, en un nidt iracconiiilir un acte de souveraineté.

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Sans cloute il est à croire que les inemljres tlu clei-gé fidèle qui, plutôt que de s'expatrier, avaient préféré affronter la persécution en restant au milieu de leurs ouailles, ne furent pas 1 étrangers à ces premier» mouvements insurrectionnels qui affichaient un caractère religieux que l'on ne retrouve pas, du moins au même degré, dans les mouvements qui suivirent. Mais, dans cette première insurrection, on cherche en vain l'influence de l'émigration et de la noblesse.

Georges Cadoudal faisait partie de 1 attroupement de Mané Corlioant, et un fait prouve qu'à cette époque il exerçait déjà sur ses compatriotes une influence que les autorités jugeaient redoutable; il fut dénoncé comme ayant pris part à la tentative dirigée sur Auray, et comme il s'était soustrait par la fuite aux poursuites qui le menaçaient, son oncle Denis, l'aîné de la famille, fut saisi à sa place et emmené comme otage à la prison d'Auray. Georges était tout dévoué à son oncle qu'il chérissait comme un second père; aussi, dès la nouvelle de son arrestation, n'eiit-il rien de plus pressé que de se rendre à la prison, malgré les avis de toute sa famille et de son oncle lui-même, afin de réclamer sa place et de faire mettre en liberté le vieux Denis.

Il n'y resta que peu de temps. A cette époque, il entrait dans le plan des autorités départementales d'user d'indulgence et de représenter ces premiers insurgés comme les victimes du fanatisme et de l'aristocratie.

Georges lecouvra dune sa libertéaprès une délention de quelques jours. Il en profita |)Our se mettre en rapport avec quelques-uns de ses camarades du collège de Vannes, aussi indignés que lui du cours que prenait la Uévolulion, de la mort du Itoi, de la persécution religieuse. Ils déplorèrent l'insuccès d'un mouvement qui, mieux dirigé, eût ]>ii ulTrir un point d'appui à lu résistance royaliste et catholique, et, apprenant qu'en Vendée ce mouvement avait plus de succès, ils prirent la résolution d'aller rejoindre les forces qui, sur la rive( gauclie de la Loire, avaient déployé le drapeau blanc. Après' «voir reçu la bénédiclioM de m>ii pcic, il partit, accompagnt' île

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Mathurin le Thieis et de Michel le Goulic, de Guégon; de le Bedesque, Julien Berthelot et Bourhis, d'Auray. Les deux premiers revinrent malades, sans avoir pu atteindre le but de leur voyage.

En s'acheminant vers la Vendée, Georges et ses compagnons s'arrêtèrent un jour dans une auberge dont les h(Jtes se présentèrent à eux fondant en larmes. Leur fille était en ce moment même au pouvoir de quatre soldats lui faisant violence. Fixant aussitôt ses compagnons qu'il engage à le suivre, Cadoudal pénètre dans l'intérieur de la maison armé d'un fusil à deux coups, tire et abat deux des soldats. Les deux autres eurent aussi le même sort, un instant après.

Les quatre volontaires rejoignirent l'armée vendéenne aux environs de Chalonnes. Ils furent incorporés dans une de ces compagnies bretonnes qui devinrent la force la plus solide de l'armée de Bonchamps. Stofflet était alors major général du corps où Georges servait en qualité d'adjudant '. Il admira sa force intrépide et l'élan de son courage : « Si un boulet de a canon n'emporte pas cette grosse léte », disait-il, «elle ira B loin. "

Il fit toute la guerre : il était à Lavai, à Pontorson, à Dol, à toutes ces batailles de géants. A Granville, il fut nommé capitaine dans un corps de cavalerie. Au désastre du Mans, embusqué à Pont-Lieue avec une poignée de Manceaux et Bretons, il défendit longtemps les abords de la ville. Trois fois il revint à la charge, au moment où les Vendéens étaient en déroute, et trois fois il fit reculer l'ennemi. Il coml)attit aussi à la Flèche, à Angers, à Nort et enfin à Savenay '.

Après Savenay, il n'y avait plus d'armée vendéenne.

Georges avait survécu aux désastres de celte journée, ainsi qu'un jeune volontaire avec lequel il s'était lié d'une étroite amitié sur les clianqis de bataille vendéens. Né au Lion d'Angers, le H) juillet 1774, Pierre Mercier appartenait à une de ces famille,', de petite bourgeoisie si communes dans l'Ouest à cette

' Officier J'él.il-iii.i|oi .

' Il avait olilunu le i;i,ule dr coiiiin.uul.uil.

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époque, qui, clans leurs conditions modestes, avaient su rester fidèles au culte des traditions chrétiennes et à la pratique des vertus domestiques. Il était au collège de Baupréau quand Tinsurrection vint interrompre ses études qui s'annonçaient devoir être très-brillantes. Il s'empressa de se joindre à l'armée vendéenne, à son passage dans le pays, et voua dès lors à Georges Cadoudal une affection fraternelle qu'entretinrent, pendant sept années, les ressemblances et les contrastes de leurs deux natures. Mercier était dune constitution délicate, d'une taille moyenne ; il avait la physionomie douce et les formes plutiit élégantes que vigoureuses. Georges, avec sa tête énorme, ses larges épaules, sa carrure extraordinaire pour son âge, ses traits fortement accentués, avait une apparence tout opposée. Mais ces contrastes de la nature physique cachaient la plus parfaite conformité de caractère et de sentiments. C'était, chez les deux amis, la même foi, la même intrépidité dans l'action, la même force d'âme dans les revers, le même don de se faire aimer, le même dévouement aux principes de vertu et d'honneur.

La Vendée, qui av.iit été le tomlieau de tant de vertus héroïques, fut leur berceau. Echappés à l'épouvantable massacre qui sui^.'it la journée de Savcnay, ils |):ii vinrent à regagner à travers landes le village de Kerléano, où les parents de Georges le reçurent avec grande joie. Ils croyaient que leur fils avait perdu la vie dans les champs vendéens. Ce fut comme une résurrection. Georges leur présenta son ami Mercier, qui fut accueilli comme le fils de la maison; il fit dès lors partie de la famille et se naturalisa dans le pays. Le général Georges et le général la Vendée sont restés inséparables dans les souvenirs morbilianais, comme ils le furent pendant lc> (lop courts instants de leur passage sur la terre '.

' Le» icsit?» (Il' .MliiIci ii|himiiI 'i ci'ili' tic cciix lie Georges ,iii iijoiiiiiik'iiI «levé à la iMi'iiKiiii' (If 1 r (Irjiiii'i ,t Ki'ili'aiiu. (Voir Ifs i'liii)>ilri'9 wii i il wii.)

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