GEORGES PRISONNIER A BREST
Georges n'était pas rentré au logis paternel pour se livrer an repos. Loin de l'avoir découragé, les catastrophes de l'armée vendéenne n'avaient fait que donner une impulsion aux sentiments fjui remplissaient son àme. Témoin des prodiges de linsurreclion vendéenne, il voulait les renouveler dans le Morbihan en modifiant ses plans d'après la caractère local. A peine arrivé, il se mit à parcourir les campagnes des environs d'Aurav en appelant aux armes tous les hommes valides.
Les autorités du district ' eurent bientôt connaissance de son retour et soupçonnèrent son projet. Une nuit ', un détachement de soixante hommes armés se présente chez son père pour faire une perquisition. On y découvrit des moules à balles, des munitions et des armes. Celait plus qu'il n'en fallait pour amener l'arrestation de toute la famille. Georges, son père et sa mère, son oncle Denis, son frère Julien, son ami Mercier, fuient saisis, garrottés et conduits dans les prisons d'Auray. Plusieurs jeunes gens réfractaires, couchés dans une grange, durent leur salut à l'humanité d'un cavalier qui, chargé de visiter le lieu où ils s'étaient retirés, les aperçut et déclara au péril de ses jours n'avoir vu personne. Au moment de partir, la mère de Georges, souffrante et grosse de plusieurs mois, se rappela la prédiction du mendiant qui, un soir qu'elle emmaillottait son fils sur le seuil de sa porte, lui avait dit que l'enfant auquel elle donnait ses soins serait cause de grands niallieurs
I L'adinilliitrateiir du distiirt d'Auray iinl les lit arr.Hor se nommait l.aity. « Le IS messidor an II, 30 juin 179'*.
5* r,r.oR(;F,s cadoi'iial.
pour sa famille. " Ah! s'écria-t-elle, je vois bien que le pauvre disait vrai ! » Georges réconforta de son mieux la pauvre femme dont les angoisses étaient bien légitimes, car, en ce moment même, on pillait son ménage, et elle laissait aux mains des bourreaux trois jeunes enfants, deux fils et une fille, qui, plus âgés, eussent certainement partagé le sort de leur famille. Ils furent rationnés et confiés aux soins d'une servante. Tout ce qu'il y avait de bon ou d'utile dans la maison fut enlevé, brisé ou jeté aux flammes, la propriété de Kerléano mise sous séquestre. Lesbestiauxconfisqués furent placés à la maison commune, où les enfants allaient chaque jour les voir, les caresser et leur porter de l'herbe fraîche. Quand elles voyaient s'approcher les enfants de leurs miitres, les intelligentes bétes tournaient vers eux leurs regards attristés et semljlaient, par leurs beuglements, compatir à leurs peines.
Aussitôt que l'on sut que la famille Cadoudal était prisonnière et conduite à Brest', on forma le projet de la délivrer. Du fond de son cachot, Georges donna même des ordres à ce sujet. Mais un malentendu dans l'exécution de ces ordres ne permit pas de faire cette tentative, qui eût été le signal d'une levée de boucliers. Il fut surpris et douloureusement affecté de ne pas rencontrer, sur le point de la route désigné par lui, les libérateurs sur lesquels il était en droit de compter. Plus d'espoir de s'échapper désormais des mains de ses gardiens! La mort était son sort probable, ainsi que celui de tons les siens, et ils l'eussent subie en arrivant à Brest si la mort de Robespierre ne fût venue suspendre les exécutions (\u\ jusqu'alors avaient ensanglanté le sol <le la France.
Dans les prisons de IJresl, (îeorges et Mercier eurent la consolation d'occuper le même cachot. Ils y trouvèrent, au milieu d'une foule de prosciits de l'un et de l'autre sexe, un homme (pii devait puissamment seconder leurs travaux dans
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