LE COMTE JOSEPH 7)1. PLISAYE
des hommes dévoués sont du dévouement, tandis qu'aux mains des intrigants elles ne sont que de linlrigue.
Le baron de Cormatin avait la parole facile et Lrillante, il savait se pousser, s'insinuer, se rendre nécessaire. Il se présenta auprès de Puisaye, qu'il séduisit. Puisaye vit dans Cormatin un agent utile, pour son système de guerre diplomatique. 11 créa major général de l'armée de Bretagne, pour le représenter en son absence, un homme étranger comme lui à cette province et qui n'avait jamais vu aucun champ de bataille. Il lui adjoignit un conseil particulier où figurait Boishardy, Chantreau et Jarry; il avait adjoint à ce conseil le Deist et Botidoux et le colonel fédéraliste Leroy.
Une fois son chef parti, Cormatin voulut devenir un important personnage. Inlrignnt et vaniteux à l'excès, le nouveau major général ne se sentait pas de vocation pour acquérir la retiommée par les voies guerrières, il la chercha dans le rôle de pacificateur. Son amour-propre fut flatté de se poser en arbitre vis-à-vis de la République, de traiter avec elle comme de puissance à puissance; il abusa de la position que Puisaye, fort imprudemment, lui avait faite. Il supposa même des pouvoirs qu'il n'avait jamais eus. Il sut circonvenir Boishardy, qui, hors du champ de bataille, se laissait facilement dominer par des influences habiles; il le fit consentir à une suspension d'armes qui fut conclue le 3 janvier 1705'.
Grâce aux démarches et aux efforts de Cormatin, une soixantaine d'officiers royalistes se trouvèrent, le 30 mars, réunis à Rennes. Le lendemain, les conférences s'ouvrirent au château de la Prévaiaye. D'autres officiers en grand nombre vinrent successivement grossir la réunion. Les rues, les auberges, les cafés de Rennes étalent remplis de ces hôtes inaccoutumés qui mon Iraient ouvertement la cocarde blanche à leurs chapeaux militaires. Les plus élégants avaient revêtu l'uniforme chouan, consistant en vestes et pantalons gris à revers
' Voir la ieUre de Conn.itln du 2 février suivant (Pièces JHSl.), ainsi que celle ilii 22 {jenninal au sujet de de SWi et celle du conseil de Bi{;iian à \I. lOonet.
et bandes noires, qui avaient été conimantlés aux tailleurs de la capitale bretonne ; les femmes les applaudissaient et les fêtaient à Tenvi. Des cris de « Vive la paix! » « Vive l'union! » retentissaient de toutes parts. Tous les chefs, croyant obéir aux ordres de l'uisaye transmis par son major général, étaient présents : de Frotté, de Scépeaux, Georges Cadoudal, Guillemot, de Chantreau, de Boisliardy, de Soliliiac, de la Vieuville prenaient part aux conférences.
Deux ou trois cents chouans, commandés par un nommé Galiillard, campés près de la Prévalaye, faisaient un service d'honneur et de sûreté, comme une force régulière.
Les représentants du peuple, les généraux républicains, se trouvaient chaque jour dans ces réunions en présence des chefs royalistes. Cormatin trônait au milieu de tout ce monde. Vêtu avec recherche, il menait grande vie et grand train; sa table était toujours luxueusement servie; même pendant la semaine sainte, le bal succédait aux festins. Gormaliii ramenait de Hennés, dans sa propre voiture, des femmes suspectes qui étaient l'ornemeul peu édifiant de ces fêtes.
Une telle vie commença par frapper de discrédit le négociateur, aux yeux des vrais chouans, qui ne sé|)araient pas la morale et la religion de leurs convictions royalistes.
Froissés dans leurs sentiments intimes d'une telle manière d'agir, ils observèrent les allures de Cormatin et se tinrent de plus en plus sur la réserve. Aussi, quand on en vint aux signatures, la plu|)art les refusèrent. Sur cent vingt-cinq chefs royalistes qui s étaient rendus il la Prévalaye, vingt et un seulement signèrent la paix, le I!' avril.
Le traité de la Prévalaye, conune celui de la Jaunaye, contenait cinq articles. La Convention accordait aux Bretons le libre exercice du culte catholi(pie; elle s'engageait à payer L5,0()() francs d'indemnilé; elle consentait à entretenir à ses frais un corps de deux mille chasseurs ù pieds, choisis parmi les Iroupes loyalistes, et levait le sé(]uestre de tous les biens d'émigrés. Mais, en revanche, les chefs bretons recoiniaissaieut la Itépublique, se sonmellaient i^ ses lois et renon(;aien( à porter