‹ Georges Cadoudal et la chouannerieChapitre 21 sur 99 · I/ARMEE ROUGE · texte numérisé non relu

I/ARMEE ROUGE

. qui, d'ajués Puisaye, furent cause de l'abandon du plan convenu. A l'entrée de la nuit, la colonne partit de Callac pour Elven, où elle arriva au point du jour. La division de Georges entrant au pas de course dans le bourg, surprit un faction-

• naire endormi, qui n'eut pas le temps de donner l'alarme à la garnison, en sorte que les soldats ne purent se mettre en défense. Aussi furent-ils complètement battus et dispersés sans queTinténiac eût perdu un seul bomme.

L'armée ne séjourna pas à Elven, elle prit la direction de Plaudren et s'arrêta à l'Ermitage, oii des jeunes gens delà division de Guillemot vinrent la rejoindre, mais sans leur chef. Celui-ci n'était pasencoreremisdesblessuresquelui avait faites, quelques semaines avant la de^centede Quiberon, l'explosion de plusieurs barils de poudre; blessures qui l'empécbaient de prendre part à cette expédition où, en raison de son courage et de son influence sur les soldats, il eût, sans nul doute, joué un rôle |)répondérant. Quoi qu'il en soit, ces jeunes gens dont la bravoure et les aptitudes militaires étaient coimues, furent considérés, dans l'armée de Tinténiac, comme d'excellentes recrues et un renfort précieux '.

De l'Ermitage, Tinténiac ordonne à ses soldats de se diriger sur Josselin. Ce n'était plus, toujours d'après Puisaye, la route tracée par ses instructions. Georges lui rappelle en vain l'itinéraire qu'il s'est engagé à suivre, il s'oppose à ce cliangement de direction au nom de la discipline militaire; Tniténiac allègue les volontés du Roi que le conn'té de Paris vient de lui transmettre. « Le Roi, répond brusquement Georges, c-'t à 11 Vérone et n'a pas pu, à l'iieme dite, tout prévoir de si loin. " Les émigrés qui accompagnent Tinténiac lui conseillent, au contraire, de se conformer à ses nouveaux ordres.

Tinténiac, qui vient de recevoir de l'abbé de Routouillic un billet où il lui est annoncé qu'au cbàteau de Coëtlogon il est attendu par des dames chargées de lui remettre d'importantes dépêches, se range à l'avis des émigrés et donne l'ordre de

' Mémoires de Bohu (inédits).

marcher sur Josselin. A l'approche de l'Arméerouge, un détachement de la garnison de Josselin, sorti de la ville, se rencontra avec les Morbiliannais près de Saint-Jean-des-Bois. Ce détachement fut repoussé dans la ville, ainsi qu'un second envové pour le soutenir. Les faubourgs furent occupés facilement, mais la garnison, s'étant retirée «i l'intérieur, fit pleuvoir sur les insurgés une grêle de balles qui les fit beaucoup souffrir. Tinténiac somma en vain les républicains de se rendre; en vain le feu fut-il mis à une maison occupée par des gendarmes et qui était à la porte Saint-Martin. Cette porte résista. Contre les tours et les murs, les chouans prodiguent inutilement leur temps et leurs cartouches. Sur la route de Plocrniel, la division de Georges fut assaillie par des troupes sorties de cette dernière ville. Les hommes de cette division gardèrent la contenance de troupes expérimentées. Sautant dans les champs qui bordent la route, ils parvinrent à tenir tète à la garnison de Ploërmel et à la mettre en pleine déroute.

Tinténiac se retira vers cinq ou six heures, emportant une assez grande quantité de blessés; il avait dépensé cinq heures à cette stérile attaque.

A une courte distance de .losselin, l'armée fut rejointe par Saint-lîcgeant qui, prévenu de son passage, lui amenait trois ou quatre cents hommes. L'armée républicaine en recevait autant de son côté, qui lui étaient envoyés de Loudéac. Ainsi renforcée, elle voulut inquiéter l'arrièrc-garde royaliste, mais d'Allègre la repoussa vivement.

Après cette laborieuse journée, l'Armée rouge coucha h Mohon. Le lendemain 17, elle marchait versles Côtes-du-Nord, (|uan(l elle fut rejointe à la Trinilé-Porhoèt, par le général Clianq)eaux qui, à la tête de trois mille hommes, se jeta sur elle. Les forces des deux troupes étaient à peu près égales, l'action fut vive et opiniâtre. A la fin les républicains cédèrent le terrain et lurent poursuivis pendant deux lieues. La colonne reprit ensuite sa marche vers le château de Coètlogon, daus la comnninc de Plumicux.

A quatre lieues de l^oudéac, sur la lisière des Cotcs-du-Nord

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et du Morbihan, Goëtlogon est entouré de bois épais. II était alors habité par des dames, madame et mademoiselle de Guernisac et mademoiselle Quintin de Kercadiou, dit-on. Elles accueillirent avec empressement Tinténiac et son état-major, qui prirent place à un repas, tandis que les chouans bivouaquaient aux alentours. Georges, d'Allègre et Mercier ne quittèrent pas leurs hommes, et cette circonstance fut heureuse, car, au milieu du dîner, le cri : « Aux armes! « se fit entendre, et une colonne de trois mille hommes, aux ordres du général Crublier, vint attaquer les royalistes. Après un léger désordre causé par la surprise, Georges fit les préparatifs de défense : il plaça ses hommes derrière des haies, sauf la compagnie de Rohu qu'il rangea devant l'ennemi, sur une seule ligne, les hommes à deux pas d'intervalle les uns des autres. Au cri de : « En avant! » poussé par Georges, Rohu, suivi de sa compagnie, se précipita sur l'ennemi avec un tel élan, qu'il mit toute l'armée en mouvement. Les bleus furent étonnés, à tel point qu'ils se débandèrent aussitôt et prirent la fuite, laissant sur le terrain des morts, des blessés et des prisonniers.

Aux premiers coups de feu, Tinténiac était accouru. Oubliant les devoirs d'un général, il s'élance impétueusement sur les bleus déjà en pleme déroute, et s'abandonne témérairement à la poursuite.

Derrière une grosse haie, il aperçoit un tirailleur ennemi auquel il crie de mettre bas les armes. Pour toute réponse, le tirailleur le couche en joue, et Tinténiac tombe sans vie dans les bras' de Julien Cadoudal, frère de Georges'. Au même instant, Joseph Madec, capitaine de la compagnie des paysans de Carnac, ajustait le grenadier républicain. .Son coup part, mais une seconde trop tard. En tuant le bleu, il ne peut que venger son général '.

Ainsi périt à la fleur de l'âge le chevalier de Tinténiac; sa perte inspira aux Morbihannais, à la tète desquels il ne parut que quelques jours, les regrets les plus profonds. Modeste,

' Voir aux Pirces jiisliticallvfi l.i i jj.nn^nn itiilmli'c : /et C/ioiiniit. 2 Meinoîfex inédits de liohu.

loyal, généreux et plein dedévouement à la cause qu'il servait, il avait la bouillante intrépidité et la valeur chevaleresque de Henri de Larochejaquelein. A la différence de beaucoup d'émigré», il admirait le courage désintéressé qui avait armé contre la République le bras des insurgés brelons. 11 plaidait leur cause contre d'Hervilly et les hommes de son parti; aussi était-il singulièrement aimé de ses soldats et a-t-il laissé derrière lui un durable souvenir.

Quelles étaient les instructions nouvelles reçues par Tinténiac? Nul ne le sait encore, et nous n'avons pu trouver la source d'intrigues qui aurait fait commettre à cet homme loyal, à ce militaire éprouvé, la faute de manquer à un rendez-vous d'honneur.

Les mémoires de Puisaye sont tellement remplis de contradictions et d'ine.xactitudes qu'il est difficile d'ajouler foi à »on dire, d'autant que Vauban, qui était, d';tprès Puisaye luimême, son meilleur ami, dit dans ses mémoires : « Depuis Il plusieurs jours M. d'Hervilly méditait l'attaque de la posi- « lion de Sainte-Barbe. Il était décidé à la faire le 16. L'arrivée Il du détachement aux ordres de M. le comte de Sombreuil, la Il réjjutation des troupes qui le composaient, détermina M. le ocimte de Puisaye, nui n'était nullement d'avis de foire cette Il uHaque, à renouveler ses instances pour qu'au moins elle fût Il différée jusqu après le débarquement de ce renfort. ^L l'ami- « rai Waren se joignit à RL de Puisaye, dont il partageait les Il opinions; tout fut employé, mais inutilement. M. le comte "d'Hervilly résista avec obstination ^et ne permit pas de dé- « lai. » Si Puisaye avait attendu Tintéiiiac, le J(i, il n'aurait pas tant insisté pour retarder l'attaque des troupes soldées, ou sanscela l'accusatinu qu'il jctti; à la face des autres lui était im|>utable.

Mais quel était donc le but de la diversion? Vauban nous dit: « M. le général chevalier de Tinléniac lut embarqué avec «trois mille royalistes, ayant avec lui M. (leorgos. H reçut • l'ordre de faire la guerre en Bretagne, et de s'altachcr parti- « culiércmcnt à incommoder l'ennemi sur ses derrières, sur-

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«tout de faire l'impossible pour opérer quelque diversion « utile'. »

Il y a loin de là aux dates si positives indiquées par Puisaye.

Ecoulons mainlenant Georges lui-même :

« C'est avec la plus grande répugnance que j'avais vu nous « engouffrer tous le 6 juillet dans Quiberon. Ce fatal engouf- « frement me parut une faute impardonnable, s'il ne me sera- K bla pas quelque cbose de pire encore, peut-être. Il éteignait « l'entbousiasme cbez nous, cbez nos partisans l'espoir, et les « reportait sur un ennemi qui s'enricbissait de nos pertes et (1 saurait s'en prévaloir au besoin. J'en gémissais amèrement, Il mais j'étais loin d'en pressentir le principal objet.

« A peine fûmes-nous ri'nfermés dans cette malbeureuse pé- « ninsule, qu'il me frappa tous les sens à la fois, cet o1)jet in- 11 fernal. Se croyant déjà les maîtres, on (les émigrés) avait « bientôt jeté le masque. 11 fallait compléter les régiments qui « n'étaient pas complets, ajouter à celui qui l'était, en recréer Il un autre; on avait recouru à la faim même pour asservir des Il bras que la générosité avait tendus au malbeur, mais que Il l'indignation retirait à la violence.

if ...Je pris texte des enrôlements arracbés ou surpris à nos Il soldats et signifiai sans plus de détour que je les avais tous 11 déclarés nuls. Nos enrôlcurs sourirent de pitié. .Je m'y atten- « dais. Ce n'est pas tout, ajoutai-je, nos bonnes gens ne nous Il ont pas suivis à Carnac pour s'ensevelir à Quiberon ; impa- II tients de ce qu'ils souffrent, outrés de ce qu'ils entendent, de Il ce qu'ils voient, ils veulent en sortir; je le veux comme eux, Il et nous en sortirons.

11 ...On me représenta que si je retirais ilc Quiberon tout Il ce qui nous y avait suivi, la presqu'île, dégarnie de ce qui Il faisait sa principale force, ne serait plus des lors à l'abri d un (1 coup de main. Je répondis que mon projet était d'empêcber 11 le ni:i! et do n'en pas occasionner, que mon plan parerait à

1 .l/p»;<,/;f< ,/<■ .1/. i/f Vanban, 6ililii)ii ilc tSOf), i..i(j.vs lOt, 11):! et lOV.

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«1 tous les inconvénients el satisferait à tout ce que l'on pouvait Il raisonnablement exiger de nous.

Il Ce plan était de faire sortir de Quiberon : 1° le plus que « l'oa pourrait de bouebes inutiles; 2' un corps cboisi de 11 trois mille cinq cents chouans, ayant à leur tète leurs chefs " immédiats, sous le commandement général du chevalier de .' Tinténiac, qui devaient descendre à la côte de Sarzeau, en 11 culbuter et balayer devant eux tous les petits cantonnements, Il ainsi que la garnison de la ville et toutes les garnisons qui se " trouveraient sur son passage, électriser les courages par leur 11 succès, faire apprêter toutes les armes et disposer tous les Il hommes pour leur retour, rendre aux campagnes la liberté " de rassemblement, se porter vivement aux Côtes-du-Nord, Il pour y recueillir et raviver ces restes presque éteints de la Il brave armée de Boishardy; provoquer dans la baie de Saint- II Brieuc et y protéger le débarquement de munitions, d'armes Il et d'émigrés que Ton y avait promis de Jersey et deGuerne- 11 sey, dès qu'on s'y j)résenterait pour les recevoir; de là, tou- 11 jours se grossissant de tous les hommes armés qu'elle se se- II rait assurés et de ceux qui auraient eu l'ordre de se tenir Il prêts à son p issage, cette armée devait se rabattre sur le Il Morbihan avec toute la rapidité de l'éclair, l'impétuosité de Il la foudre, et y fondre au nombre de vingt mille combattants, Il au moment dont on conviendrait, sur les derrières de Hoche, Il que, de concert avec l'armée de Ouiberon, on écraserait Il dans son camp, on exterminerait dans sa retraite.

Il La colonne des bouches inutiles se composait de trois » mille chouans, en majeure partie des pères de fii mille pres- 11 ses de retourner chez eux. Sous les ordres de Lautivy et Il Jean Jan, ils devaient débarquer au bas de la rivière de Pont- •I Aven, après Tinténiac, de façon que les républicains, sur- 11 pris par le premier débarquement, ne songeassent pas à ■• s'opposer au second. Aussitôt h terre, les |)ères de famille » devaient se disperser, afin de regagner leur logis, el MM. Jean Il Jan c;t Luntivy ne conservaient avec eux qu'une force res- « (reinte, sullisantc pour (jaiantir leur sécurité et les aider à

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