‹ Georges Cadoudal et la chouannerieChapitre 25 sur 99 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Pour achever ce qui nous res(e à dire sur la campagne de 1796 dans le Morbihan, il nous fallait raconter les affaires auxquelles a été mêlée la division de Sol de Grisolles. Les documents nous faisaient défaut, nous étions résigné à accepter une lacune sur ce point, comme sur tant d'autres, quand le récit suivant, émané d'un officier émigré de cette division, nous est tombé entre les mains et est venu nous offrir le moyen lie combler, autant que possible, une lacune que nous déplorions :

« ...Après tant de temps perdu, on nous amena à l'île « d'Yeu, mauvais îlot habité par des pécheurs dont on n'avait (1 pas eu de peine à s'emparer, ainsi que des quatre-vingts « hommes qui la gardaient. On y débarqua la petite armie, « qui était d'environ six mille hommes, dont nos cadres, et 11 quatre régiments anglais et écossais, sous le commandei. ment du général Uoyie.

Il Ayant a|)pri-. que le commandant en second des royalistes Il du Morbihan, Mercier, et cinq autres, venaient d'arriver, <i j'allai les voir. J'avais toujours eu le désir de me réunir aux o royalistes. Plusieurs des nôtres vinrent aussi, et, pour excuser 11 leur inaction, ils cherchaient à rabaisser les services de ces Il bons et réels serviteurs du Roi. Leur mise chouanne né- •' gligée, leurs vestes courtes et râpées et rapetassées, ne Il devaient pas donner une liante idée du parti ; mais ils étaient Il venus pour demander, et ou leur accorda trente-six mille ■ francs et deux cents fusils, quelques barils de poudre dont

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K ils chargèrent le chasse-marée qui les avait amenés, et oîi « je m'embarquai avec eux et cinq ou six autres. Nous des- « cendinies à lile d'Houat, oij nous trouvâmes une trentaine « d'autres émigrés qui attendaient une occasion de renirer en Il France. Il v avait parmi eux beaucoup d'anciens officiers 11 supérieurs, des colonels; Mercier, qui avait autant de mo- II destie que de mérite et de bravoure, offrit à un de ces mesa sieurs de prendre le commandement, disant qu'il ne lui Il appartenait pas de commander des officiers aussi distingués « par leurs services et leur expérience. Ces messieurs insis- « tèrent, et ce jeune homme, pavant peu de mine et de mise, u fils d'un aubergiste, nous passa tous en revue.

« Les Anglais avaient promis de débarquer des armes et des « munitions. Il fallait pour cela nous présenter en forces à la « côte; en conséquence, le 5 décembre 1705, nous nous y « transporlâmes avec environ douze mille hommes, dont six « mille armés tant bien que mal. Le mauvais temps et le vent Il violent et contraire firent manquer cette opération. Nous Il avions plus de cent charrettes, mais il v avait impossibilité « de mettre une embarcation à la mer; nous nous retirâmes « chacun dans sa division et par délachemenis sans être in- « quiélés.

« Le 8 janvier suivant (17'J()), un autre rassemblement de (i six mille hommes, après avoir défilé par le bourg de I5erric, Il se porta encore sur la même côte de Muzillac; il faisait un Il froid si vif, que dans cette nuit que nous passâmes presque « tous an bivouac, trois soldats furent gelés. Nous marchâmes «I au nombre de douze cents hommes jusqu'au bord de la mer. « Noi's voyions l'escadre anglaise qui s'était ra|)prochée autant ■I que possible; il n'y avait pas de sa haute, mais un vent du nord, « contraire comnie la première fois, rendait tout débarque- « ment impos>ible et ne permettait aucune communication, « ce qui était d'anfant plus malheureux que nous manquions « de tout, excepté d'bonimes. Un débarquement î'i cette « époque nous ei^t rendus maîtres du pays. Un détachement * de trois cents grenadiers, ignorant nuire arrivée, se rendait

(i à Vannes. Après avoir dispersé quelques chouans qui, pour se mettre à l'abri du vent, s'étaient couchés dans les joncs, il trouva en bataille, sur la grande route, le gros de l'armée qui était resté en observation. Assailli par une vive fusillade, il se replia en désordre sur Muzillac, après avoir perdu une vingtaine d'hommes. La division de Silz, jadis une des meilleures de l'armée, ne se rassemblait plus; l'ennemi, de son côlé, n'y commettait plus d'hostilités. Pour la faire sortir de cet état de stupeur et lui redonner de l'activité, le gêné' rai Georges ordonna à une autre division de s'y porter et de la parcourir; plusieurs petits détacliements républicains, qui marchaient avec sécurité dans un pays qu'ils croyaient tranquille, furent surpris et égorgés.

■1 Je commandais un petit détachement de quatre-vingts hommes, qui n'étaient, à l'exception de cinq ou six, que des paysans très-mal armés et prêts à fuir, quand il m'arriva sur une grande route une dizaine de soldats républicains sortant des hôpitaux et n'ayant que leurs sal)res. J'eus beaucoup de peine à empêcher mes hommes de tirer dessus et de les massacrer. Nous étions embusqués, je sautai dans la grande route et je fus enfin suivi de quelques autres. Je leur dis de se rendre, et ils le firent sans aucune résistance. Je n'étais pas accoutumé à une guerre impitoyable et de massacres; pendant que j'étais occupé ailleurs, le général les fit fusiller dans le cimetière de Rerric et me blâma de les avoir faits prisonniers, me reprochant mou indulgence en ces occasions.

u Je défendis, sous peine de mort, de piller et de tuer sans forme de procès et arbitrairement l'homme sou|)çonné d'iulelligence avec l'ennemi. Je fis punir et charrger quelques officiers subalternes, et je mis un frein au libertinage et réprimai l'ivrognerie autant que possible. Ma troupe était peu aguerrie et dépourvue de tout.

Il Je retournai dans mon (janton, me trouvant plus fort de la moitié, et coniptaiil sur le nombre, je voulus combattre quatre-vingts grenadiers de Fenthièvre ; mais au premier

150 GEOIiGKS (^AnOII)AL.

« feu je restai seul avec cinq ou six hommes, et tous les autres « s'enfuirent. M. Grignon, mon frère et moi, avec deux cent 11 cinquante hommes, dont la brave compagnie de Loyal- 11 Emigrant (cinquante hommes) faisait partie, nous nous por- « lames vers Maleslroit.

« En mars 1796, AI. de Sol, à qui l'on avait promis des armes 11 et des munitions, nous réunit sept à huit cents hommes, et Il nous marchâmes sur la cô!e par Plaudren. Arrivés le lentt demain près de la chapelle de la Miséricorde, oîi nous avions Il fait halte pour dîner, nous apprîmes qu'une colonne partie Il de Granchamp s'avançait vers nous; elle était de huit cents Il hommes et commandée par le chef de brigade Mermet, aide » de camp du général en chef répuliiicain Hoche.

Il Nous envoyâmes une compagnie s'emparer d'un moulin * et du seul pont de communication sur la rivière; il en 11 était temps,- car l'ennemi s'y présenta immédiatement; ce Il fut là le point principal du combat. Bientôt le général Mer- II cier la Vendée, qui, avec deux cents hommes armés de II fusils anglais neufs, ariivait en courant de la côte, prit part « à la fusillade, qui s'engagea vivement sur les deux rives.

II Mermet fut légèrement atteint et emporta une cinquan- 11 taine de ses blessés sur des charrettes; nous jierdimes dix Il hommes, dont un officier, et eûmes vingt-deux blessés; Il deux dragonsenneniis, ivres, s'engagèrent dans ht campagne » et furenlassommés pnrdes paysans ; le général Mercier nous Il quitta, et nous rentrâmes dans notre division, n'ayai\t pu Il recevoir ni armes ni munitions.

II Mon frère, souffrant de sa blessure, se retira au château Il de Villeneuve, où il trouva mon père qui s'y était rendu m avec un sauf-conduit du général Quentin, qui commandait u h Vannes. Un détacheuienl de llochefort se présenta la nuit « à Villeneuve; surpri>, mon frère ne |)ut s'évader, et, d'ail- II leurs, mon père, qui ne inanipiait |)as de ruse et d'adresse, Il demanda qu'il fitl coiifluil à Vannes, où il avait, disait-il, des " cliDsi's inquirliiiites à dire; je fus affligé rie cet événement, " d'autant que, in;ilj,'ré mes r«'|)ri''S("nlalions, M. de Sol s'obs-

FIN DE LA CAMPAGNK DE nOC. loi

«' lina à vouloir attaquer le détachement qui conduisait mon " père et mon frère à Vannes, ce qui leur eut sans doute " coûté la vie. J avais réuni mes plus braves, résolu de courir " ilroit à eux au premier feu. Heureusement qu'un autre déta- " chement de Rochefort nous tira de celte embuscade, et de « cette lutte si cruelle et si dangereuse pour eux et pour moi. « Cette troupe, ayant trouvé au château de Saré quelques " barriques de vin, s'enivra; j'ignorais ce désordre, quand je « m'avançai avec quelques tirailleurs pour commencer le « combat, un peu malgré le chef de division qui m'avait '■ ordonné de faire halte. Le chef de canton, Gaspard, me n suivit; nous eûmes un moment critique; malgré notre (eu, • une compagnie de grenadiers, l'arme au brds, marchait à « nous sans tirer. Mais bientôt nous nous aperçûmes de leur « ivresse; ils ne tenaient pas debout, nous fonçâmes sur eux. « Un sous-lieutenant et vingt-sept grenadiers furent tués; pro- « tégé par un quinzaine de chasseurs à cheval, qui le Hrent « avec un grand courage, le reste de la troupe se mit en « retraite avec assez d'ordre ; nous la harcelâmes et lui tuâmes » encore trente-huit hommes, dont deux de ces braves chas- « seurs. Une partie de la division nous suivit et ne prit pas de " part à l'affaire; nous n'eûmes que quelques blessés et un « cheval tué. Mes tirailleurs, embusqués, tiraient sur l'ennemi « à découvert et engagé dans des ravins. Ce détachement de ■ cent vingt grenadiers, tous hommes d'élite, fut écrasé : »ans « leur état d'ivresse, nous ne les aurions pas forcés à la retraite. « Leur lieutenant, jeune et très-bel homme, était tombé blessé « auprès d'un arbre d'une halle dans la poitrine. Il me remit « son portefeuille et sa montre, en me priant de les faire tenir 41 à sa famille, ce que je fis en les adressant à Rochefort au « commandant; il avait les larmes aux yeux et me dit : «Je « ne pleure pas pour moi, mais pour le-- braves soldats (|iie 1' nous avons 'perdus. " .le le quittai moi-même, j étais alten- " dri, j'aiprais voulu le sauver.

« Le général Le Moine, rjui commandait alors le Morbi- «1 ban, se servait de tous les moyens, de toutes les ruses pour

152 CF.OliGES CADOl'DAL.

« lâcher de nous surprendre et détruire. Nous marcliàmes « avec cent hommes d'élite pour nous réunir aux quatre cents « hommes qui devaient entrer à Vannes, où toutes les dispo- « silions étaient prises pour les écraser. Un capitaine et un 11 sous-lieutenant étaient les ajjents de cette intrigue. Pour Il mieux tromper les royalistes trop confiants, on leur avait Il envoyé trois cents bonnes cartouches. Le piège fut éventé Il à temps; on fusilla les coupables, et Le Moine perdit son or « et ses munitions.

11 Pendant ce temps, un capitaine. Le Cerf, d'un bâtiment « armé sur la Vilaine, essayait aussi de nous tromper par ses Il belles lettres et paroles, en venant lui-même nous trouver; Il il y avait réussi. M. Grignon et mon frère se rendirent en Il conséquence sur les bords de la Vilaine, avec une centaine « d'hommes. On était convenu qu'après avoir débarqué les Il armes, munitions, canons, Le Cerf viendrait nous rejoindre « avec une partie de son équi[)age. 11 arriva sur la côte vers Il le soir, et M. (îrignon ayant allumé une poignée de chan- II délies pour éclairer la scène, on lui demanda si tout était Il prêt et s'il voulait qu'on débarquât d'abord la poudre ou les Il canons. Sur sa réponse, il partit du bâtiment une grêle de Il balles, de boulets et de mitraille; mon Frère et M. (Jrignon Il se mirent venli'e à terre, ainsi que trois autres, et, favorisés Il par un talus, ils ne reçurent que de légères contusions ; le Il 1 este de la tioupe était heureusement à couvert.

Il Depuis la |)rise de mon frère, je commandais les deux Il cantons. Un jour, je me rendis au bourg de Caden, où je « trouvai M. de Sol avec le général Mercier la A'endée et Il douze cents hommes. Au |)oinl du jour, nous sortîmes pour Il attaquer un détachement; mais il faisait un brouillard si « épais (|ue nous niarchùmes tous ensemble sur Mu/.illac Il sans pouvoir le reconnaitre, et il rentra sans jierte. Nous « attaquâmes la ville par deux côtés, et déjà nous avions fait Il des progrès du côté «le Noyai; l'ennemi se détendait avec Il (ipiniiilreté. La Vendée, vnyant que nous perdions inutile- • iiii'iit ilii iiionile cl qui- la |)rise de celle bicoque ne nous

FIN DK I.A CAMPAGNE DE ITOB. 153

' •serait d'aucun avaninge, ordonna de se retirer, ce que nous

finnes en bon ordre. Nous rentrâmes à Fëaule avant cinq ou

~ix morts et des blessés. Dans ce combnt, quarante pères de

famille d'Ambon el de Billiers, qu'on avait forcés de mar-

1' cher, tombèrent entre nos mains, et nous les renvoyâmes

« après les avoir seulement désarmés.

" Un mois auparavant, étant avec la division, forte de 11 douze cents hommes, auprès de Plaudren, nous entendîmes « sur les huit lieures une vive fusillade; c'étaient trois de K nos divisions, commandées par Guillemot, Saint-Régeant, « Troussier et Lantivy, qui s'étaient engagées avec un corps u il<' quinze cents liommes, sortis de Locminé. Ce combat se « prolongeait, et un oFficier blessé nous dit qu'à midi qua- B rante-quatre officiers de ces divisions étaient hors de com- « bat, et que l'affaire était indécise. A trois heures, le feu II. cessa, et l'ennemi fut poursuivi jusqu'à Locminé, avec une « perte de deux cent cinquante hommes; la nôtre fut d'en- « viron deux cents tués ou blessés. Vers une heure après « midi, nous entendîmes dans le lointain une autre fusillade; Il c'était Mercier la Vendée qui, avec six cents marins, s'em- « parait d'un convoi ennemi. Enfin notre tour arriva. Le « général en chef, Hoche, avec sept cents grenadiers d'élite « et quelques cavaliers, se rendait à Pontivy; nous étions Il embataillés et bien formés près de la grande route, voulant Il disputer le passage. Mais les républicains, sans s'inquiéter Il des coups de fusil, se déjilovérent et marchèrent sur nous Il dans le meilleur ordre, l'arme au bras; voyant que notre Il centre commençait à plier, j'en prévins M. de Sol, en l'en- « gageant h faire rompre de suite par pelotons et à se mettre Il en retraite, s'il voulait éviter une défaite complète. Ce Il mouvement fut assez bien exécuté, et nous nous retirâmes à n temps; on se fusilla. Hoche, qui avait eu un cheval tué Il devant lui, ne jugea pas à propos de nous poursuivre. Nou> Il rejoignîmes la division (luillemot, et nous marchànios le Il lendemain, réunis, sur un bataillon réjiublicain à Saint-Jean- II Brévelav; mais il ne nous attendit pas. Un vieillard ayant été

151 CEOUGES cadoupal.

« tué, son petit-fils, àgë de quatorze ans, s'empara dans le caba- K ret du fu^il d'un des meurtriers, le tua et réussit à se sauver.

« MAI. de Sol, (Jrignon et autres ayant projeté une partie qui « devait être toute de plaisir, ni'engngèrent Fortement à les « accompagner au château de Dréneuc, près de Redon, où Il étaient MM. Dumontier, officiers aussi braves qu'intelligents. « Je ne sais trop pourquoi je n'y allai pas; mais je fus bien <c inspiré : ces messieurs furent surpris par un détachement « républicain. Deux des trois frères'Dumonlier perdirent la « vie, ainsi que le jeune Lanouan, seul espoir d'une famille « aisée, qui, s'étant habillé en femme, fut reconnu. MM. de " Sol, (jrignon et autres se sauvèrent péniblement par une « fenêtre basse et se firent jour. M. de Sol fut légèrement « blessé; mesdames Dumontier, qui avaient montré dans « cette occasion si malheureuse autant de sang-froid que de « courage, furent conduites en prison.

(1 Cette décade, que les républicains appelèrent avec raison " leur l)onne décade, fut marquée par la prise de Sloftlet 11 et par celle de beaucoup de chefs royalistes, par des mal- 11 heurs, et, comme ils le disaient bien, elle ne fut jias finie, « car tout alla pour le parti de mal eu pis. Le portefeuille de 11 M. de Sol ayant été pris, ils racontèrent dans leurs gazetttes " que ce chef et quinze cents autres, qui étaient i» riboter au « château de Dréneuc, avaient tous été pris. La Vendée ne (1 leur doniiîint ])lus de crainte, les républicains se portèrent « en forces sur le Morbihan.

Il J'avais appris un des premiers la mort de Charette et <i l'état des choses, que j'eus soin de cachera mes soldats; " Hoche se servait de tous les moyens de nous séduire, nous Il étions entourés de traîtres, d'espions, et nos tètes étaient à 11 prix. Tous les moyens do séduction furent em|)loyés auprès Il de nos soldats, (pii imus reslèrent fidèles jusqu'à la lin et « alors (pi'il n'y avait |)bis d'espérance.

11 Mou (liinieslique, âgé do dix-sept ans, couchait avec mes « chevaux dans une leinii", il v fut pri^; ou lui piomil la vie a s'il viiiilait nie (au<' prendre; ce bi ave jeune Imninic savait

B que j't'tais dans le bois voisin, il tut indignement sabré par « des bussards; je lui donnai des larmes bien sincères et bien « méritées.

« Dans ce malbeureuxmois, MM. Grignon, lieuteuant-colo- 1 nel, d'une famille riche et noble de Vannes, et Deridel, fils I d'un médecin, jeunes gens de la plus belle espérance, tom-

I bèrent enlre les mains des républicains. Les membres du a département voulaient les sauver; ils furent conduits à la a Roche-Bernard; il s'éleva un conflit de juridiction entre les

autorités civiles tt militaires; ceux-ci les firent juger par Cl un conseil de guerre, et ils furent fusillés.

a Grignon était mon supérieur et mon ami, aussi brave que » doux et modeste ; c'était un excellent officier.

«Hoche nous fit part des conditions de la paix. Les habi-

II tanis re>teraient dans leurs foyers; le culte serait rétabli, les Il prêtres protégés; nul ne serait inquiété pour les faits passés; 11 les armes et munitions seraient rendues; les chefs émigrés « seraient conduits aux frais de 1 Etat hors de la France, dans Il les pays à leur choix; nous étions environ vingt, tous à che- « val, et nous allâmes nous rendre à Questembert.

11 Quand je relournai ilans mon canton, je courus des dan- «gers; des hommes qui n'avaient d'autres ressources que la " guerre avaient entraîné les autres en leur disant que nous 11 les avions trahis en nous rendant lâchement. Je fus couché 11 en joue et méconnu; mais enfin, par de bonnes raisons, je Il ramenai la majorité.

11 J'aviiis rassemblé environ quatre cents hommes qui s'ei i- II vrèrent, brûlèrent leurs munitions, brisèrent en i)artie leurs Il armes, et le lendemain se rendirent à Questembert, où je (is Il part de tout ce que je n'aviiis pu em|)écber. "

lievenons à liohu, c'est-à-dire à Georges,' dont Uoliu était le témoin le plus accrédité.

Il S'il n'avait été question que de détruire des hommes, et « c-t qu'on nous eût donné carte blanche, nous aurions pu tuer, n comme (îeorges le disait lui-même, au moins dix mille liom- II mes par mois à la Hépublique, sans perdre cent des nùlres,

156 GEORGES CAOOI DAL.

<i tant le pays et les habitants nous offraient d'avantage-, et tant " nous étions perfectionnés dans les différentes manières de « surprendre notre ennemi et d'échapper à ses poursuites, " quand nous n'étions pas les plus forts. Il n'y avait pas de ville « dans le département, pas même celle de Port-Louis et de " Lorient, où nous n'aurions pu entrer de nuit quand nous Il l'eussions voulu, à l'insu de la garnison, et; nous emparer des (i caisses publiques et d'une grande partie des officiers, sans Il courir presque aucun risque. Mais, à chaque lettre que le " général recevait d'Angleterre, il lui était presque toujours re- « commandé de ménager les sujets de Sa Majesté, et c'est Il pour se conformer à ces prescriptions qu'il refusa d'obtemn pérer à la décision du conseil, qui voulait qu'on s'opposât 11 au transport de toute espèce de denrées dans les villes occu- 11 pées par les troupes de la République'. «

C'est à cette époque, c"e>t-à-dire vers la fin de la campagne de 179G, que Georges promulgua la loi qui défendait le mariage à la jeunesse bretonne, appelée, selon lui, à des devoirs plus pressants et plus sacrés que celui-là. Il engagea les prêtres fidèles à s'entendre avec les chefs de division pour ne mariei' que ceux des jeunes gens qui se trouvaient dans des nécessités urgentes, tels que les aînés d'orphelins et les fils aînés de veuve. Cette loi, à vrai dire, n'était pas plus sévère que celle qui régit aujourd'hui la jeunesse française, mais elle pouvait passer alors pour le comble de la tyrannie. Cependant, tout le monde comprit les intentions de Georges et s'y conforma avec une telle exaclitude et un tel em|)ressement, qu'il n'y eut ni plaintes, ni murmures à ce sujet, et que la pureté des mœurs ne subit aucime atteinte d'une disposition qui, partout ailleurs, eût été la cause des plus grands désordres. Il e>t vrai dédire que, dan;! cette défense, Georges avait pour auxiliaire le clergé des paroisses et l'épiscopat lui-même.

Au mois de novenil)re IHOO, M. l'abbé (!nillo avait cru devoir consulter Mgr Amelol au sujet de cette défense. Voici

FIN DK LA CAMPAGNE DE HOe. 157

un extrnit de la réponse de ce prélat : « Quant au ma-

« riage de jeunes gens, la mesure dont vous me parlez sera «probablement bornée à un temps assez limité; et, dans l'exé- « cution, les officiers sentent bien qu'il est nécessaire d'ad- H mettre des exceptions; mais il v aurait des inconvénients à « l'abandonner pour le présent, et je pense qu'il faut encore « y tenir pour quelque temps. Si des officiers en particulier ne « se prêtent pas aux exceptions qui paraîtront néceisaires, on Il pourra recourir au général en chef, afin que tout se fasse "1 avec le concert que le bien exige.

Il (',. B. Michel, évêqiiede Vannes.

. Londres, le 26 novembre 1800. »

.M. labbé Guillo avant cru devoir écrire sur le même sujet à Mgr le Mintier, évéque de Tréguier, eu reçut la réponse suivante :

Il On a eu certainement de bonnes et même de fortes rai- « sons pour défendre le mariage aux jeunes gens; elles me Il paraissent subsister encore, au point qu'à mon avis on fer.i " bien d'y tenir jusqu'au mois de mai prochain ; mais aussi, " [)our cette époque, il sera bon de le permettre plus facile- 11 ment.

11 II y aura alors prés de trois ans i|u'on éprouve de la gène Il à ce snjel, je crois qu'il y aurait des inconvénients à la pro- 11 longer.

Il Les lois de la nature, à la longue, l'emporteront toujours Il sur les autres.

M Les officiers, comme les prêtres, doivent le sentir et en Il conclure (ju'il faut entre eux un accord sincère et bien con- II venu sur cet important article.

Il Les prêtres n'ont et ne peuvent avoir pour l'exécution de Il cette défense que la voie de lexborlntion. Les officiers, de u leur Cote, doivent voir le danger qu'il v aurait pour l'armée

158 GEORGES GADOL'DAL.

Il même à user de contrainte. Il est surtout de l'intérêt coni- " mun que le public ne soupçonne même pas de division entre n le clergé et l'épée ; il faut que chacun s aide, de manière à « maintenir rintelligence, sans laquelle ni l'un ni l'autre ne « feront aucun bien. Oremus pro inviccni.

Il Auguste, évc<ftie de Tréquier.

I Londres, 26 novembre 1800. "

La distinction établie par Mgr l'évêque de Vannes entre les officiers subalternes et le général en chef prouve la confiance que le prélat avait dès lors dans le bon sens et la modération de Georges Cadoudal, dont certains officiers, interprétant souvent les volontés dans le sens le plus rigoureux, n'ont pas peu contribué à la réputation de chef impitoyable et cruel que plusieurs historiens lui ont faite.

On a été jusqu'à dire que cette interdiction du mariage avait la peine de mort pour sanction, et l'on a même b:Ui de fort jolis ro- ! mans sur ce sujet, qui, ainsi interprété, avait son côté dramatique. ■ La vérité est que l'on se bornait à tondre l'un des côtés de la che- I velure du délinquant, et (jue le châtiment avait ainsi un but purement moral, les jeunes Hrelon-; a'tachanl une espèce de point d'honneur .à porter de longs cheveux. Un écrivain d'une valeur incontestable, M. A. F. Hio, a mis en scène sur ce sujet un drame qui aurait eu lieu dans sa propre famille, et sur lequel s'est appuyé un historien de Georges, M. le Jean, pour affirmer Il qne jamais le Comité de salut public ne disposa en France d'un « terrorisme aussi absolu que Georges lui-même « . M. Rio s'est donné la peine de répondre à l'assertion de M. le Jean dans une lettre que l'on trouvera au cha|nlre XVIII de ce livre, qui ramène aux proportions de la vérité le caractère de CJeorge» Cadoudal, si singulièreuRMit idtéré par son biographe.

Du resie, le récit de M. lUo a besoin lui-même d'êtie reclilié, et il l'a été par le géni'ral de la Hocssière, dans une brochure publii'e à l'occasiion du livre inlilulé : la Petite Chouninierie. On lil :i la page 10 de cetle biocliure :

FIN DK LA CAMPAGNK D li nsiG. 159

« La page 151 prête au général Georges Cadoudal des mesures « de sévérité quin'ont janiaiseu lieu. Lorsqu'en 1795,jepassaide K l'ile d'Yeu dans le ^[orbihan, j'y trouvai de vigueur la défense Il de se marier pour les jeunes gens sujets aux appels. Ils s'y con- « formaient plutôt par point d'honneur que par crainte; c'est « ainsi qu'ils m'en parlaient. Cette défense, qui n'était que ce qui B existe encore pour les jeunes soldats qui attendent l'appel, fut n levée d'après les réclamations que les évéques qui étaient en B Angleterre firent à son sujet dans l'intérêt des mœurs. Si des B rigueurs aussi acerbes que celles mentionnées dans cette page B avaient été exercées au milieu d'une population qui marchait a volontairement, elle n'aurait pas entouré le général qui H s'en serait rendu coupable d'une affection dont rimpre>sion B encore profonde parmi elle ne s'allierait pas avec le souvenir 0 de pareils actes '. »

Dans l'été de cette même année 171)G, un débarquement d'armes et de munitions eut lieu dans l'anse dite Porz er Liennen, en Erdeven. En s'y rendant, Georges chargea Rohu de porter une lettre au commandant républicain du poste établi au village de Sainte-Barbe, commune de Plouharnel. Ce commandant était un des nombreux affidés que le général avait dans l'armée ennemie. Apres avoir pris connaissance de la lettre, il dit à Roliu que (reorges pouvait être tranquille ; qu'il fatiguelait tellement sa troupe dans la nuit qu'elle n'aurait pas envie de courir le lendemain. En effet, Uobu entendit bientôt battre la générale.

Dans la nuit, le capitaine anglais vint à terre pour voir Georges; il le trouva dans l'eau jns(pi'à la hanche, l'épaule sous le bord d'un bateau échoué, qu'il voulait remettre a tlol. Le capitaine fut bien surjiris de trouver d ins celte occupation un chef auquel son gouvernement accordait tant de crédit, et dont la

' Ce n'est pas en 1795 qnc le général Georges Ht connaître aux ecclésiasti(|iies <lii pays son désir de voir diFFérer autant que possible le niariagi! dus ji-iincs gins di; dix-liiiit à vingt-cinq ans, mais bien à la lin de la rani|)agnc de 179fi. Il n'y a j.iinais eu de défense de se marier, on les engageait seulement .T aitcndre si cela se pouvait faire sans nuire à leurs intérêts. (xYo/f de Ruhu.)

IGO GEORGES CADOLDAL.

réputation était déjà grande en Angleterre. Après l'avoir pris à l'écart et s'être quelques instants entretenu avec lui, il promit à ses compagnons de les servir de tous ses moyens.

Le débarquement fut heureusement exécuté. Le convoi se dirigea tranquillement jusqu'à la roule d'Auray à Landévant, où une colonne sortie d'Auray vint altaquer l'escorte, tandis qu'une autre venant de Carnac la rejoignit au moulin du Roseau, en Mendon. Mais ces deu,x colonnes furent repoussées l'une et l'autre avec avantage. Les chouans n'eurent à regretter que Louis le Tellier, capitaine de la paroisse de Pluméliau, qui fut tué près de l'étang du Cranic. M. de Sol de Grisolles, chef de division de Redon, venant prendre sa part des armes et des munitions débarquées, fut attaqué au moulin de Beauput par une colonne venant de Vannes, qu'il repoussa avec sa vigueur et son sang-froid ordinaires.

Pourvu de tout ce qui lui était nécessaire en fait d'armes et de munitions, Georges prenait une attitude iivq)0>anle et arrivait au point de pouvoir grandir ses opérations, quand la nouvelle de la mort de SlofHet et de Charelle, et la reddition d'armes de Scépeanx et des autres chefs vendéens, vinrent tout remettre en question en le surprenant douloureusement. Au point de vue stratégique, le Morbihan était une sorte de réserve des forces royalistes appuyant la Vendée et l'Anjou, debout et en armes. Ceux-ci disparus, les ressources étaient trop faibles contre les forces opposantes : un désarmement livrait donc Georges à toutes les entreprises de la révolution triomphante. Déjà réconcilié avec Puisaye, à la suite de l'abandon de l'fle d'Yeu |)ar le comte d'.\rtois, lors de la démarche faite par d'Allègie au|>rès du conseil général des armées de Bretagne, il crut devoir lui écrire en son nom et au nom du conseil du Morbihan, pour le prévenir f|ue la loi du plus fort, qui déjà prévalait en Vendée, allait aus^i atteindre le pays breton. Puisaye leur répondit, à la date du 7 mai: «Je reçois, Messieurs, «avec bien de l'inlérél, la iellre que vous m'avez fait l'hon- « nenr de m'écriro par M. (niilio. Toujours jaloux d'obtenir • l'estime et rattachement de ceux doni j'ai |)aita(;é et dont je

FIN DE LA CAMPAGNE DE n9G. 161

« pnrtagerai les dangers et les travaux, rien ne satisfait plus . mon cœur que les témoignages'qu'ils veulent bien m'en don- « lier. La position actuelle, dans laquelle se trouve l'armée de ' I arrondissement de Vannes serait bien faite pour alarmer, si ■ i • ne connaissais pas le courage et la constance dont vous « avez fait tant de fois preuve.

« I^a position de M. de Sce'peaux est pire encore; il m'en a Il fait part, et je lui ai répondu qu'il fallait gagner du temps, « mais n'accéder à aucun de ces accommodements dont la li proposilion seule décèle la faiblesse prochaine des hommes Il sans foi qui osent encore espérer nous faire tomber dans le « piège honteuxqui pensa, l'an dernier, ruiner nos espérances.

« Le nombre d'ennemis que j'ai plus particulièrement sur « les bras est très-considérable; mais j'y résisterai ou j'y " périrai.

« Je m'occupe des troupes de l'insurrection; déjà de fortes « divisions, organisées dans le Maine et marchant en colonnes Il mobiles toujours rassemblées, forment des divisions impor- Il tantes.

« La Normandie a suivi cet exemple, et nous avons d'un Il côté gagné plus de pays et d'hommes au Roi, que la Vendée ei nous en a fait perdre de l'autre.

« Je reçois dans l'instant une lettre de M. labbé Dernier, Il qui m'assure que dans son pays tout s'anime et prend un Il nouvel essor.

Il II n'y a donc, je le répète, qu'à gagner du temps, et dans Il peu notre ennemi sera terrassé à tout jamais... "

Celle lettre, dont les expressions étaient habilement calculées, pour plaire à ceux auxquels elle s'adressait, témoignait d'illusions ou de dissimulations telles qu'un chef peul bien s'en permettre pour agir sur des soldats ou des intelligences de second ordre, mais qui n'étaient pas de mise avec Georges Gadoudal'. Ce dernier savait à quoi s'en tenir sur les

* Puisaye écrivit encori; le 30 m.ii <lo la même .Tiinée a Georjjrs pour lui annoncer la nomination au grade de maréchal de camp. (Voir aux Pièces justificatives.)

ressources dont M. l'abbé Bernier pouvait disposer, sur rimporlance du Maine et de la îsormandie, et les belles promesses de Puisaye n'étaient pas faites pour le détourner de sa résolution de faire la paix. Bien décidé à garder toute sa liberté personnelle et à ne jamais pactiser avec la République, il ne voulut pas toutefois faire écraser le Morbihan, qu'il aimait mieux réserver pour des circonstances meilleures. Il entra donc en pourpai'lers avec les généraux Quentin et Mermet. Le général Quentin, qui commandait pour la République dans le Morbiban, lui adressa les conditions de la pacification.

Les réfractaires étaient amnistiés, et les jeunes gens de la réquisition devaient rester chez eux pour la culture des terres.

En outre, la pleine liberté du culte était accordée pour tous les prêtres qui n'auraient pas quitté le territoire de la République.

Ce dernier article était de nature à rassurer le conseil, composé surtout de prêtres des environs d'Auray, et Georges Cadoudal fut prié de se mettre en rapport avec le général Hoche, auquel il écrivit'.

Hoclie était à Rennes; mais il savait que le pays de Vannes et du Morbihan était encore en guerre; il part aussitôt de Rennes pour les points menacés. Arrivé à Vannes, il s'adresse au Directoire :

« Je fais faire en ce moment une fouille générale dans le 0 Morbiban, où de gros rassemblements ont eu lieu et sur les « côtes duquel les Anglais ont fait des versements d'armes et Il de munitions... Je disais dernièrement au ministre de la " guerre : On ne peut se dissimuler que la guerre des chouans Il prend dans le Morbihan im caractère très-inquiétant. Nous

I llucliu à 1111 fiiuiiicnl avait ctc Cf]atciiieiU pi'c.';seiiti |Kir r;il>l)é Pernirr. nui se plai»ail tléj.'i dans suii ri'>le du >li|iluiii.iii' .iiiiliiiieux. Il til iiumiio un r.ippoii an conilc d'Arlois ;i ci; suji-l et en reçut niission il'nlfi'ir an (;énéial i'é|inlilieain ei aux .inti-i'H DfHeiers el suldatH r|ui auraient vnitln revenir .sons rétendard niyal et ali.iiidunnur la furtune de l.i lti''|inl>liijn<', d( s (;rados ut réi'i>in|)enses en ri|i|i<nl avre \ii .si-rviecs rendus.

(Voir ani l'iéres jn^liKealivo» la leltie du eonile d'Arlois .'i l'aMie lieinicr, m dnte du .'5 février I7U0.)

la ferons-, je ne puis dire, nous la finirons; cela cependant serait si facile!... Vous vous rappellerez un jour ce que j'ai eu l'honneur de vous écrire si souvent : F'ailes punir les rebelles aux lois; mais, je vous en conjure, ne vous mêlez pas de ce qui a rapport au culte, si vous ne voulez pas rendre la guerre interminable... On guillotine des prêtres à Vannes tous les jours! Tous les jours aussi, de vieilles Femmes et déjeunes paysans viennent tremper leurs mouchoirs dans le sang de ces malheureux, qui sont transformés en martyrs de ia religion ; bientôt ces monuments d'horreur servent de drapeaux aux fanatiques Kabitants des campagnes, qui se font égorger afin d'aller plus vite en paradis.

. 17 avril 1796. .

A la date du 5 juin, Hoche répondit en ces termes au général Georges Cadoudal :

Cl Vous voulez la paix, dites-vous? et moi aussi, Monsieur, Il je la veux et l'obtiendrai. Je vous le répète, il me sera doux 11 d'épargner le sang; mais s'il faut qu'il coule encore, je dirai. Il l'àme 0[)primée par la douleur : Salus populi, suprema lex.

« Les articles que je vous ai fait remettre sont clairs; u aucun, je crois, n'a besoin d'explication : il n'existera sur II eux aucune discussion entre vous et moi; je désire qu'ils Il vous conviennent.

11 La suspension d'armes que vous demandez comme prélii< minaires ne peut être accordée. Lorsqu'il s'agit de former Il un rassemblement, vous correspondez facilement; pour- 11 quoi ne pourriez-vous pas rassembler vos chefs au milieu » des hostilités mêmes? Réunissez-les dans la commune que Il vous désignera l'officier |)orteur de la présente. Je vous « réponds de sa loyauté, et qu'aucune troupe n'y entrera le « jour de votre réunion. P^aites rendre les armes, faites votre • soumission aux lois de la République, et, au même moment, » ies marches cesseront.

" Croyez-moi, Monsieur, finissons-en; que les propriétaires 11 rentrent chez eux, que ceux qui doivent sortir de France « aillent à Jersey, où coucheront demain les frères de Lahour- 11 donnaye-Montluc et cinq de leurs compagnons, auxquels « j'ai délivré hier des passe-ports'. »

Les conditions stipulées par Hoche étaient avantageuses sans doute; elles n'étaient pas suffisantes, puisque le Roi, qui avait reçu le serment des insurgés, ne devait pas remonter sur son trône; aussi la soumission ne pouvait être hien sincère, la paix fut mal assise, et la feinte dans tous les cœurs*.

Pour sauver les apparences, le général Georges fit livrer quelques pièces de canon dont on ne pouvait se servir, des fusils de chasse en mauvais état, une certaine quantité de cartouches et des barils dont la poudre était avariée.

L'artillerie, les munitions et les armes propres au service, soigneusement enfouies dans des souterrains, dans des granges, dans des amas de fagots et de joncs, restaient à la disposition des insurgés. En attendant le signal de nouveaux combats, ceux-ci retournèrent à leurs champs, mais avec armes et bagages. Les c;unpagnes du Morbihan eurent bientôt l'aspect d'une véritable colonie militaire peuplée de soldats laboureurs, qui, dans l'intervalle de leurs travaux, se livraient à l'exercice et prenaient soin de leurs fusils.

Hoche ne fut pas dupe de la feinte soumission des chouans. Sur son avis, l'administration départementale, espérant obtenir par l'appât du gain ce que la force des armes n'avait pu réaliser, annonç;i qu'on donnerait trente francs par fusil à ceux qui en remettraient entre les mains des autorités républicaines. Les chouans étaient bien |)auvres, ce nioven corrupteur ne fit pas perdre une seule arme à rinsuirection. (-clle-ci couvait connue un feu caché sous la cendre. Partout

■ lloche a écrit à la iiièino il.ite du 5 juin uni- IcUvc un peu dans les mêmes idées au (jénéial Mercier; ou l.i (rouvir.i au\ Pièce* juslitiiatives.

' Témiiin les deui ordre» oénéraux si(;nés du rlief d'él.u-in.ijor de Hoche, le |;énér.il llédi)uviilp, i|uc l'on (louvern aux Pièces justilicativcs.

épublicains et royalistes se mesuraient du regard. Sur les laces publiques on répétait hautement ce refrain d'une chanon populaire :

Les vaincus reviennent encore.

Les morts seuls ne reviennent plus!

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