ELLE TUERAIT LA RÉPUBLIQUE
« Ayez donc une activité digne de votre patriotisme. Veil- « k>z, et ne craignez pas de faire des arrestations. Quelques « honnêtes gens arrêtés font peur aux méchants. »
On comprend ce que devait être le sort des anciens insurgés, avec une administratir)n aussi dénuée de scrupules. Il n'y avait sorte de vexations qu'on ne leur fit endurer. C'était, en un mot, le règne du pur arbitraire. Tous les citoyens jugés suspects furent placés en deiiorsdes garanties communes.
Il II faut éloigner ces ennemis naturels, écrivait Sotin à l'ad- II minislraliondesC6tes-du-Nor(l,et pour en feciliter les moyens, «je vous autorise, sous ma responsabilité, à faire des visites Il domiciliaires, même pendant la nuit. » On usa largement de
la permission, Le nommé Bodic, d'Auray, et deux autres royalistes de la même ville, furent arrêtés à leur domicile, et sous prétexte de les conduire à Vannes, on les fusilla dans le hois de Pont-Sal. Un olficier d'artilleiie de la même ville, ayant été aperçu traversant la route de Vannes à Locminé, fut tué par les bleus.
Dans les premiers mois de 1798, Bonfils de Saint-Loup, chef de la division d'Hennebont, et Guillemot Sans-Pouce, major de la division de Vannes, se trouvaient chez une femme nommée la Vallée, qui demeurait au bois Moreau, à Vannes. Vers deux heures de l'après-midi, le nommé Corollaire, chef d'escadron de la gendarmerie, le juge de paix et quelques officiers municipaux, accompagnés d'une force convenable, se rendirent chez la citoyenne la Vallée. Ils y furent accueiillis par des coups de feu, qui n'atteignirent personne. A la riposte de la force armée, Boiifils de Saint-Loup reçut une halle à travers les reins, et Guillemot Sans-Pouce ne fut pas blessé. Déposé à la prison de Vannes, Bonfils y mourut au bout de quelques jours, et Guillemot fut transféré à la prison de Saint-Brieuc'. C'était le condisciple et l'ami de Georges, homme plein de bravoure, d'intelligence et de dévouement. Il fut décidé qu'on ferait toutes les tentatives pour le délivrer. En conséquence on se procura des uniformes de soldats républicains, et, au mois de juin 1708, quarante bonimes partirent du Morbihan pour les Côles-du-Nord, sous les ordres du général la Vendée. Kn arrivant à Saint- Brieuc, la veille de la Saint-Jean, le petit corps de troupes se présenta à l'entrée de la nuit à la |)rison, demandant ù y introduire un prisonnier que, disaient-ils, ils avaient fait dans leurs courses de la journée. Mais l'homme de l'intérieur leur dit à travers le guicliet rpie depuis deux jours il était défendu d'ouvrir la nuil, ce (pic conlirmèrenl les soldats ilu corps de garde, en offrant de garder le |)iisunnier justju'au lendemain. Les chouans s'empi"cssèrcnl nalurcllement de refuser. Dans
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tous les cas le coup' élait manqué. La garnison était nombreuse; aussi les Moibihannais ne se hasardèrent-ils pas à forcer les portes de la prison ; ils descendirent la rue et traversèrent toute la ville.
Le lendemain, vers neuf heures, ils longeaient un hameau appelé la Mirlitantouille. Tout à coup Rohu, apercevimt au bout de la lande trente-deux grenadiers et quatre gendarmes à cheval commandés par un capitaine, en donna avis à la Vendée, qui prit aussitôt ses dispositions de combat. Partageant sa petite troupe en deux parties, il se précipita avec la première au-devant des bleus, tandis que Rohu avec l'autre moitié les prenait par derrière. L'attaque de Mercier et de Rohu fut si brusque et faite avec tant de résolution que la défaite des bleus fut complète, et qu'en un clin d'œil tout ce détachement fut passé au fd de la baïonnette. Le capitaine, blessé de deux coups de cette arme, l'un dans le flanc, l'autre à la main, se réfugia dans un cabaret voisin, qui ne s'ouvrit, sur les sommalions de Rohu, qu'à la menace faite par celui-ci d'y mettre le feu. Mercier eût bien voulu conserver l'officier pour l'échanger contre Sans-Pouce, mais il mourut au bout de deux jours des suites de ses blessures. Dans cette affaire, un seul royaliste, nommé Salomon, charpentier à Saint-Goustan, reçut une blessure, il eut le bras traversé d'une balle. Après s'être ainsi ouvert le passage, le détachement commandé par Mercier marcha sans s'arrêter jusqu'à la forêt de La Nouée, toujours poursuivi par les différentes garnisons qui se trouvaient sur sa route. La poursuite se renouvela le lendemain jusqu'à la paroisse de Saint-Jean Crévelay, où les royalistes perdirent im homme; après quoi ils se dispersèrent pour regagner leur domicile.
Le 2.3 juin de cette même année 17!)8, eurent lieu, dans l'arrondissement de Pontivy, la capture et l'assassinat de Jean Jan et de Claude le Gourriérec, surnommé l'Invincible, les deux valeureux chefs de Raud et de Meirand. II y a pliuieur^ versions au sujet de cette capture et de cette double mort. Voici celle qui esl digne de foi :
184 r.r.OliCFS CADOUDAL.
Depuis la première guerre, il y avait clans la division de Jean Jan un détachement de dix-sept jeunes Parisiens, âgés de quatorze à dix-huit ans, que Jean Jan, venant un jour avec sa colonne du cùlé de Pluvigner, avait rencontrés sur la grande route de Baud à Heniiehont. 11 les arrêta en leur demandant où ils allaient : " Nous allons, lui répondirent-ils, nous emhar- B quer à Lorient pour les colonies françaises. — Eh bien, ré- " pliqua Jean Jan, restez avec nous; je vous donnerai de l'emn ploi, et si le sort vous convient, vous serez placés par nous « dans de bonnes fermes à la campagne, et nous saurons où (1 vous trouver quand nous aurons besoin de vous. »
Il y avait alors dans l'élat-major de Jean Jan plusieurs gentilshommes du pays qui approuvèrent l'idée de leur chef et dirent qu'on pourrait tirer bon parti de ces jeunes gens.
On les plaça effectivement chez des paysans, où ils rendirent de véritables services. Pendant la première guerre, ils furent incorporés dans la division de Jean Jan, et, après la pacification, ils restèrent dans le pays, et continuèrent leur service chez les paysans.
Le jour de la Saint-Jean de l'année 1797, les gendarmes, par ordre du général Michaud, firent une battue dans les paroisses de 13aud, de Quislinic et de Meirand. En passant par le château de la Ville-Neuve Jac(]uelot en (Juistinic, ils trouvèrent un des jeunes Parisiens qui y était vacher. Après l'avoir fait mettre à genoux, ils menacèrent de le fusiller s'il ne déclarait p:is où étaient Jean Jan, l'Invincible et les autres chefs. Ce jeune homme ne répondit pas aux questions des gendarmes, et, malgré les fusils qui le menaçaient, il montra une-grande fermeté et ne dénonça personne. Jean Jan accorda toute sa confiance au jeune Parisien dont la fidélité avait été mise à pareille épreuve ; il lui remit une petite somme d'argent et le lit habiller de neuf. Le 23 juin de l'année suivante (17U8), une battue semblable eut lieu dans les n)ëmcs parages, et les gendarmes rencontrèrent encore les mêmes jeunes Parisiens (|u'ils firent mettre h (;enoux connue précédemment, en les forçant avec menac'cs de leur dire où étaient Jean Jan cl l'Invincible.