‹ Georges Cadoudal et la chouannerieChapitre 28 sur 99 · APRES FRUCTIDOR · texte numérisé non relu

APRES FRUCTIDOR

Un de ces enfants, parai(-il, eut la faiblesse de céder aux menaces des gendarmes et de dire à demi-voix que Jean Jan n'était pas bien loin. Sur cet aveu iri)pruder.t, les gendarmes forcèrent le Parisien à les suivre, le menaçant à tous bouts de chemin de le fusiller s'il ne les conduisait pas au lieu où étaient cachés les deux proscrits. En arrivant au village de Kerlau en Meliand, la fille de Claude Lorcy, les ayant aperçus, se mit en devoir, en courant de toutes ses forces, d'aller prévenir Jean Jan et le Gourriérec.

Les gendarmes, voyant cette course, tirèrent sur cette pauvre fille et l'atteignirent d'un coup de feu qui lui brisa la cuisse. Peu après, ils virent Jean Jan et le Gourriérec sortir du réduit où lisse tenaient cachés; ils les poursuivirent à coups de fusil, et, rendus dans le chemin creu.x entre Kerlau et SaintlUvalain, ils blessèrent le premier d'une balle qui lui pénétra dans le côté. Beaucoup plus loin dans la lande, Claude le Gourriérec fut attaqué par des gendarmes à cheval qui, après avoir essuyé son feu, déchargèrent leurs armes sur lui. Alors eut lieu entre les gendarmes et le Gourriérec un combat dans lequel ce dernier se montra digne de la réputation qui l'avait fait nommer l'Invincible. Atteint par les gendarmes avant qu'il ait pu recharger son fusil, il fut attaqué par eux. à grands coups de sabre et jeté p;ir terre. Le proscrit se releva, prit son fusil par la baïonnette et se défendit avec le courage le plus héroïque. Alors les gendarmes, qui étaient au nombre d'une deihi-douzaine, le hachèrent à coups de sabre. Le soir, à Baud, ils avouèrent leur admiration pour ce dernier combat de l'Invincible : « Jamais, disaient-ils, nous n'avons eu affaire à B un plus brave; aussitôt qu'il recevait une blessure, il se re- « levait et se battait avec une animosité nouvelle, et cela jus- II qu'à la perle de ses forces et de la vie. »

La vue d'une actii)n héroï(|ue porte aux sentiments généreux et fait naître l'humanité au fond du cœur. La blessure de Jean Jan était béante et laissait son sang s'écouler à flots. Les républicains ne voulurent point lui arracher la vie. Ils furent assez compatissanls pour le placer dans une charrette avec

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la fille de Claude Lorcy de Kerlau, qui avait eu la cuisse cassée au premier coup de feu lire par les gendarmes. A Pontivy ils furent tous deux mis en prison dans le château; Jean Jan rendit l'àme une demi-heure après son arrivée. La fille de Claude Lorcy, soigneusement pansée, eut, après sa guérison, la liberté de se rendre chez son père.

Telle fut la dernière heure des valeureux chefs de Baud et de Melrand. Condisciples de Georges au collège de Vannes, ils n'oublièrent jamnis cette fraternité du cliamp de bataille; à la différence de quelques officiers qui jalousaient le grand chef et s'élevaient contre son autorité, obéissant à leur insu à l'esprit de clan, ils lui furent toujours profondément dévoués. Mercier représentait Georges auprèsde Jean Jan, quil'accueillait avec la plus grande déférence. Jean Jan représentait l'esprit plus religieux que politique de la première chouannerie. Il était le 19 mars 1793 à l'attaque de Pontivy, et, depuis lors, il n'a pas cessé de prendre la part la plus active à l'insurrection, donnant à tous l'exemple du courage, des bonnes mœurs et de la bonne foi '.

A Tcpoque de la pacification, le Directoire du Morbihan, sous' prétexte qu'il ne pouvait jirouver légalement sa présence continue sur le sol de la llépublique, le considéra comme émigré, et le fit conduire dans la citadelle de Saint-Malo, en attendant la déportation. Parvenu à s'évader, il reprit son ancienne existence de proscrit.

A son retour de Londres (juin 17!)8), Georges apprit avec une vive douleur les pertes que le parti militant avait faites on son absence. Guillemot, Donfils, Jean Jan et l'Invincible n'étaient plus. Georges pleura ces braves, et, refoulant sa donleur, il avisa sur-le-champ h les remplacer.

Il a[i])ortait de mauvaises nouvelles. L'intrigue avait la victoire dans les conseils du roi Louis XVIII, près duquel le crédit de Piiisaye était complélenienl ruiné. L'agence royali-.te de Londres, (|ui avait succédé i\ celle de Paris, était parveiuie

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