‹ Georges Cadoudal et la chouannerieChapitre 29 sur 99 · APRES FRUCTIDOR · texte numérisé non relu

APRES FRUCTIDOR

à persuader au Roi que Puisaye travaillait plus pour le cabinet anglais que pour la famille des Bourbons. Georges qui, depuis 179C, s'était francbement réconcilié avec son clief, avait trop de bon sens pour partager contre Puisaye, qu'il avait vu à l'œuvre, les préventions du comité de Paris et des émigrés. Il lui écrivait le 16 mars 1797 :

" Désabusez notre mallieureux prince, et que celte clique ■ d'intrigants qui abuse de sa confiance soit enfin disgraciée. « Si par niiillieur on persistait à leur conserver le pouvoir dont I' ils sont si peu dignes, le parti se détruirait par des intrigues " et des cabales, u

Et à la suite du 6 mai il renouvelait encore ses instances auprès de Puisaye : « Fasse le ciel, disait-il, que vous réussissiez « à détruire ces intrigues et que vous parveniez enfin à faire « entendre à notre mallieureux prince la voix de la vérité. « Tels sont nos plus ardents désirs, ainsi que tous ceux des bons " Français. »

Malbeureusement la cabale l'emporta dans l'esprit du Roi et des princes. Puisaye fut disgracié; fatigué, épuisé par ces luttes incessantes, il sembla ne plus demander que le repos. Il reçut du gouvernement anglais une concession de terre au Canada, où il se réfugia avec quelques-uns de ses officiers.

Ainsi se termina la carrière active de ce personnage qui avait reçu de la nature des talents peu communs, que rebaussaient un grand prestige extérieur, la beauté de ses traits et l'élévation de sa taille.

Orateur cl écrivain, il s'exprimait avec une facilité et une éloquence que gâtait malbcureusement une trop grande prolixité.

Dans sa vie privée, peut-être eut-il un défaut qui explique (iuelt]ucs-unes de ses disgrâces; il a été trop fin. u On doit se « défier, dit un moraliste, d'un esprit trop fin, parce que d'or- « dinaire il est faux. »

A peine rentré en Bretagne, Georges apprit que |)our remplacer M. de Puisaye dans le commandement en clief, le con-

' Voir les iiislruclinii'i de Monsieur, ainsi (|m.' rmilre de iccoinpensej du

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seil des princes avnit nommé M. Bernard de Marigny, parent du général vendéen de ce nom, mais étran{;er aux luttes de rOuest. M. de Marigny eut le bon sens de comprendre que pour remplir une pareille mission il fallait être connu du pavs, ou du moins le connaître soi-même; il déclara cette charge intempestive. Le conseil des princes ne comprit pas la leçon, et il désigna M. de Béhague pour remplir le poste vacant par la retraite de M. de Puisaye.

M. de Béhague avait autrefois commandé Belle-Ile, et au commencement de la révolution, il s'était montré dans les colonies chaud partisan des Bourbons. Tels étaient ses seuls titres i'i la qualité de généralissime de la Bretagne.

C'était ce chef impotent et valétudinaire que le conseil des princes entendait imposer comme chef suprême à Georges Cadoudal, à Mercier, à Guillemot, à Boisguy, à tous ces chefs jeunes, énergiques et populaires qui avaient fait leur apprentissage de guerre dans les landes mêmes du Morbihan, et qui avaient vécu avec leurs soldats dans une longue confraternité d'épreuves, de combats et de souffrances'.

S'il eiit paru, cependant, s'il se fût présenté au nom du Hoi, on lui eût obéi; mais il ne fit (ju'niie courte apparition en décemhie 17'.*8, dans le dépai tement d'Ille-et-Vil.iine, et comme il ne rencontra pas sur sa route d'hommes armés, marchant parés de la cocarde blanche, sous les plis du drapeau blanc, il s'empressa d'assurer au comte d'Artois qu'il n'y avait pas plus de symptômes royalistes dans l'Ouest qu'à Edimbourg. Les officiers chouans se moquaient du ridicule commandement de M. de Béhague (|ui fut tout h fait illusoire; ils en faisaient des mascarades. Un jour, Sainl-liégranl arrive an Roc en Bignan, envelo|)pé de la tête aux pieds dans des couvertures et se faisant poiler sur une civière. Les ofliciers venus à sa rencontre cuinnien(;aicnt à s'alarmer, et chacnii lui demandait ce qu'il

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APRÈS FRl'CTIDOn.

ivait : « Je voyajje à la Béliague u, répondit Saint-Régeant. Il n'en fallut pas davantage pour juger le nouveau général de la Bretagne.

Mais Monsieur connaissait trop bien l'état des choses pour croire, avec le général de Béhague, qu'il n'y avait plus de royalistes militants en Bretagne. Cependant Georges voulut lui faire connaître la vérité tout entière, et, dans ce but. Il envoya son ami Mercier en Angleterre. Aux dépêches dont Mercier était porteur, le comte d'Artois répondit le 6 novembre 1708 :

<i J'ai mûrement réfléchi sur tout ce que vous m'avez mar- « que, mon cher Georges, par votre lettre du 3 octobre, que votre digne compagnon d'armes, le brave Mercier, ma remise le 2 de ce mois. J'ai aussi sous les veux la lettre que vous « avez écrite le même jour, 3 octobre, au comte de Béhague, « qui me l'a aussitôt communiquée.

Il Je me propose d'envoyer incessamment au Roi mon frère « ces deux lettres avec une copie de la réponse que je vous ■1 adresse aujourd'hui, afin que Sa Majesté soit aussi bien infor- « mée que je le suis de la persévérance de votre zèle pour son " service, et qu'elle unisse son approbation à celle qu'il m'est • très-satisfaisant de donner à l'aclivité de vos efforts. Je re- « connais avec plaisir que c'est par votre vigilance que l'arron- « dissement que vous commandez a été préservé de la désor- « ganisation qui n'est malheureusement que trop sensible dans « les autres arrondissements en Bretagne.

11 Par les instructions détaillées que j'adresse aujourd'hui au Il comte de Béhague, j'ai pourvu à ce que les meilleures me- « sures soient prises pour que les chefs encore existants de ces « arrondissements se rendent sans plus de retardement à leur 11 |)oste, et pour qu'il soit procédé immédiatement au rempla- « cernent dans les emplois qui sont ou seront vacants. Les in- « structions que les anciens et nouveaux chefs recevront du « comte de Béhague leur prescriront de se tenir entre eux et Il avec vous dans la plus parfaite harmonie, à l'eflel de prépa-

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« rer tous les moyens qu'il sera possible d'obtenir de chaque « arrondissement pour faire la guerre, lorsque les circonstance-, « seront telles que je pourrai ordonner la reprise des armes « dans toutes les provinces de l'Ouest, et me mettre à la tête « de tous les braves et loyaux Français de ces provinces, avec « l'espoir de frapper des coups décisifs et de mettre fin à la (i cruelle tyrannie des criminels usurpateurs de l'autorité pu- K blique en France.

« Ce serait compromettre les plus importants intérêts de la « religion, de l'Etat, de la monarcliie, du monarque, et de tous « les fidèles et intrépides défenseurs d'une si grande et si belle Il cause, que de reprendre les armes prématurément, en ris- « quant de f;iire succomber des bonimes si précieux h conser- II ver, sous la massedes forcesquibientôtseraientréuniescontre 11 eux par les factions rebelles.

Il Nous approchons probablement d'une époque que nous Il pouvons considérer comme très-favorable, pnr la nécessité " oii nos ennemis seront de porter sur les frontières de l'Est et Il du Midi les troupes qu'ils emploient maintenant à compri- « mer nos provinces. Celte époque sera celle où la guerre " recommencera sur le Rhin, en Suisse et en Italie. Ce sera « alors, et seulement alors, que la reprise des armes à l'ouest " de la France sera une Ojiération salutaire dont les effets seci ront aussi glorieux que décisifs.

« J'ai vu avec beaucoup de satisfaction dans cette lettre que " vous avez aperçu toutes les considérations que je viens de " vous développer; aussi c'est avec la plus grande confiance " que j'attends de votre prudence et de la sagacité de votre Il bon jugement que vous vous emploierez pour prévenir et Il empêcher toute action inconsidérée qui serait infaillible- II ment désastreuse. Vous savez maintenant ce que je désire Il aujourd'hui de vous et d'eux. Préparez vos armes, et, pour Il en faire usage, attcnili'z le signal (|uc je suis aussi impatient Il de vous donner que vous l'êtes de le recevoir, l'uissé-je vous Il le porter moi-même !

Il Le général Mercier, que j'ai revu avec l)eaucoupde salis-

APRES FHUCT1D0I

« faction, el dont je suis parfaitement content, vous poilerales « résultats des mesures que j'ai recommandé qui soient prises Il pour que les fonds que vous désirez obtenir vous soient ac- « cordés. C'est une recommandation que je renouvellerai, afin B que vous ayez le plus qu'il sera possible dans la dis- « pensation des secours destinés par le gouvernement bri- « lannique à nos armées de l'Ouest. Je solliciterai également « les armes et les munitions dont les fidèles royalistes feront " un si bon usage.

« Le général Mercier ne m'a pas laissé ignorer les motifs « qui vous ont fait différer de remettre les brevets que vous Il m'avez demandés et que je vous ai accordés. Je ne pense Il pas que ces motifs soient suffisants pour que vous retardiez Il encore la mesure de ces brevet-i, attendu qu'ils sont exacle- « ment dans la forme qui a été déterminée par le Roi. Ceux de Il vos officiers qui les ont obtenus ont certainement droit et « un très-bon titre pour se dire et qualifier colonels au service « du Roi. J'espère bien que ces bons et braves officiers me fe- I-. ront jouir de la satisfaction de les présenter encore au Roi, Il pour d'autres grades militaires qu'ils mériteront par de nou- K veaux et importants services.

Il Assuré comme je le suis que pour les hommes de cœur (i tels que vous, mon cher Georges, 1 honneur acquis e>t un « sûr garant de celui qu'ils pourront acquérir, je compte sur Il vous avec autant de confiance que vous devez en avoir dans 1 la véritable affection et parfaite estime dont je vous renoui< velle avec plaisir l'assurance.

« Charles-Philippe ' . >>

A la réception de cette lettre, Georges se mit en devoir de pai courir ses divisions et de visiter ses principaux otïiciers pour les exhorter à la patience et à l'espérance. Il passa plusieurs semaines au Roc, à Talgouët, à Kerars. Georges et Guillemot firent ensemble plusieurs voyages, tant du coté de

' Le Juriiier pangrajibc dcul e^l écrit de la m.iiii du couUe d'Aitois.

Melrand que dans le pays gallo, pour inspecter les différents cantons. Il leur distribua des fonds en attendant mieux. A celte occasion un débarquement eut lieu sur la côte de Locmariaquer. Pendant qu'il s'opérait survint une patrouille; cbouans et bleus se fusillèrent quelque temps dans les ténèbres. On fut obligé de rembarquer les caisses de piastres et de se contenter provisoirement des caisses de guinées qui étaient peu volumineuses, mais fort lourdes. Les cbouans furent obligés de les porter sur leurs épaules. Ainsi cbargés, ils traversèrent la rivière d'Auray au cbàteau de Kerantrech, et un des porteurs laissa tomber dans une lande voisine une des caisses qui se brisa. Les guinées se répandirent dans les buissons. On fut obligé de les cbercher à tâtons, et quand ensuite on les compta, il se trouva qu'il ne manquait qu'une pièce qui fut rapportée dans la journée. Georges n'était pas étonné de trouver chez ces hommes tant de désintéressement uni à tant de probité.

Conformément aux ordres contenus dans la lettre du comte d'Artois, Georges remit aux officiers désignés par le prince les brevets dont il était porteur. Pierre Guillemot, Hobinault de Saint-Uégeant, de Sol de Grisolles, André Guillemot, Debar, Duplessis de Grenédan, reçurent des brevets de colonels; Kobb, de Botberel, le Tbieis, Rohu, ceux de lieutenants-colonels. En outre, des croix de Saint-Louis furent distribuées en assez grand nombre '.

' Voir le lurvot Je Giiilleii]"! il la leltre île nuiiiln.iuoii il'nii clict de nanloii.

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