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CHAPITRE XIV

Pendant se^ divers séjours à Londres, Georges avait e'ié mis en rapport avec M. le duc de Bourbon, qui, appréciant la rude et franche nature du général hreton, lui avait proposé de le servir de son influence auprès du gouvernement anglais. Georges ne déclina pas cette offre Menveillante. Il s'en souvint, et, à la date du 13 juin 1700, il mandait au prince :

(1 Monseigneur, de grands événements ont eu lieu, depuis « la lettre obligeante dont Votre Allesse Royale a daigné ni'bo- « norer. La circonstance favorable pour reprendre les armes « que Votre Altesse Royale y désignait est passée depuis long- 11 temps.

« Tout a changé autour de nous; les régicides triomphants «sont terrassés; nous seuls sommes toujours dans la même (1 jiosition, il nous est cependant bien facile d'en sortir. Les Il républicains ont, pour ainsi dire, abandonné noire pays; il « ne faut qu'un peu d'énergie pour exterminer le peu qui y 11 reste. Que les Anglais nous donnent des armes et des muni- 11 tiens, que les ofticiers se rendent tous à leurs postes; il en « est temps. Qu'ils aient l'ordre exprès d'agir dès qu'ils seront t rendus; que ceux qui sont ici, particulièrement ceux de la H Vendée, reçoivent aussi un ordre positif de prendre les ar- II mes. Je suis persuadé que si chacun fait son devoir, dans un Il mois après la reprise des armes, il n'y aura pas un républiu cain dans l'Ouest. Pour moi, je ré|)onds, si l'on me fait pas- « ser les armes et les munitions dont j'ai besoin, et un peu « de fonds pour les premiers rassemblements que je supplie

Il Voire Allesse Royale d'obtenir pour moi du gouvernement « britannique ; je réponds, dis-je, qu'avec ces moyens, huit « jours après la reprise des armes je serai maître de mon pays « et prêt à me porter pour soutenir les autres qui n'auraient «pas réussi à s'emparer des leurs; mais il est instant que ces K secours m'arrivent, car ma position n'est pas tenable. «

Cependant les événements marchaient; la Russie venait d'adhérer à la coalition européenne. En présence de ce fait important, Son Altesse Royale Monsieur donna ordre de tout préparer pour !a guerre.

Les membres de l'ancien parlement de Bretagne qui habitaient Londres, voyant ce qui se passait, et pensant qu'aucune levée d'hommes ne devait se faire dans la province sans l'autorisation des États, chargèrent leur ancien procureur général syndic, M. le comte de Botherel, de rappeler à Monsieur « la « constitution particulière de la province de Bretagne, l'éten- (1 due de ses droits et privilèges » . Cependant, Georges, ne tenant aucun compte des communications de M. de Botherel, eut ï inconvenance de passer outre. Sur l'avis de Saint-Régeant, il fut décidé que les divisions prendraient la dénomination de légions. Georges Cadoudal en fit le sujet d'un ordre du jour à la date du 17 août. Toutefois la substitution du nom de légions à celui de divisions ne changea rien à l'organisation de l'armée royale du Morbihan, qui fut ainsi composée :

Première légion, dite de Di(jntin: Guillemot l'ierre, chef de légion; Gomez, lieutenant-colonel ; Mathurin le Goaesbie, major; 1" bataillon, chef, Yves le Thieis; 2', Guillaume; .']", Joseph Bénard; 4", Michel.

Deuxième légion, dite d'Aurciy : Georges Cadoudal, chef ; Jean Rohu, lieutenant-colonel; 1" bataillon, chef, Jacques r.veno; 2% Thuriau le ('Fluhanic; '^', Juachim Kermorvant; A', l'ierre le Carour.

ïioisièine légion, dite de. Viiinirs : Mercier la Veu<lée, chef; Vincent Hervé, lic-utonanl-coldncl ; 1" bataillon, Marc le Guénédal; 2', Guillaume Ganibcrt ; li', Jacques Audran ; l', Jacques Uuclicmin.

CAMPAGNi: DF, 1700. 193

Qualrième légion, dite de Muzillac et de Redon : de Sol de (M'ijolles, chef; de Mouldoré, lieutenant-colonel ; 1" bataillon, chef, Pierre Lecars, dit Pelo de Gaden; 2', de Seciilun; '■]', le chevalier du Bot.

Cinquième légion, dite de la Trinité et de Mohon : de Saintl'iégeant, chef; Le Mintier, lieutenant-colonel; de Troussier, iii;ijor; 1" bataillon, Dujardin; 2'', Gaudin; 3% Bouché.

Sixième légion, dite de Plocrinel et de Giier : César du l'iouays, chef; Louis du Bouays, lieutenant-colonel; elle n'avait qu'un bataillon.

Septième légion, dite de Melrand : Achille Biger, chef; I) iluconrt, lieutenant-colonel ; 1" bataillon, chef, Duv;il ; 2% IIlirir.c ; 3% Pobéguin.

Huilième légio;i, dite de Gourin : Le Peige dit Debar, chef; Le Guesno de Penansler, lieutenant-colonel ; 1" bataillon, clief, du Fou de Kerdaniel ; 2% Even; 3% Carré de Kerenflech ; 4% Périal dit Dudon (de Loyal-EmigranI).

]\L le colonel de Trécesson commandait r;irlillerie.

Mercier la Vendée conçut l'idée de faire un choix parmi les hommes les plus braves de l'armée royale pour en former un corps (le quatre bataillons; Georges Cadoudal en fit alors le sujpt d'un ordre du jour pour toutes les légions, mais il ne fut exécuté que dans la sienne. Aucun chef de légion ne voulut consentir à se séparer de ses meilleurs soldats. De sorte qu'au lieu de quatre bataillons d'élite, on n'en forma qu'un seul, dont le commandement fut confié à M. de la Haie Saint-Hilaire.

Vers le milieu du mois d'août 1799. S. A. R. Monsieur, apprenant l'adhésion de la Russie à la coalition, donna ordre de tout préparer pour la guerre. Cet ordre tant désiré portait la date du 20 août. Mercier la Vendée, qui l'apporta, amenait en même temps avec lui quelques anciens militaires qui voulaient prendre parti la cam[)agne qu'on préparait : MM. Philippcaux, Verrain, de Nou de la Rie dit Bienvenu, Rouxel et Pépin, qui sortaient tous des hussards de Choiseul'.

' Vuii- la Ictirc du dm: de ISoiii lion .m sujet de M. de Goyon. Pièces jusliticalives.

196 GKORGES CADOUDAL.

Le travail préparatoire des cliefs royalistes était fait, et la guerre avait pour auxiliaire la situation générale tle la République, et notamment deux lois que la violence du parti révolutionnaire avait arrachées à la faiblesse du Directoire expirant : la loi des otages et celle de l'emprunt forcé progressif. La loi des otages rendait responsables les parents des Vendéens et des chouans de tous les actes commis dans les provinces insurgées; frappant les uns de détention, les autres de déportation, elle partageait Tanimadversion publique avec la loi de l'emprunt forcé piogressif.

11 fallait avoir, en effet, des passions bien aveugles ou bien violentes pour rendre responsables les parents des insurgés d'actes qu'ils n'avaient pas commis et auxquels ils étaient complètement étrangers. Par cette loi, digne de la Terreur, les administrations départementales étaient autorisées à prendre conmie otages, en cas de troubles, les nobles et les ])arents d'émigrés; les biens des otages éiaient placés sous séquestre; si un meurtre venait à être commis sur un fonctionnaire public, quatre nobles ou [)arents d'émi;;rés étaient déportés. Dans chaque département, les otages étaient solidairement responsables du sang versé; les primes, pour ceux qui || contribuaient ;\ faire arrêter un émigré ou un prêtre passible 1 dn la déportation, variaient entre deux cents et deux mille quatre cents francs.

Une telle loi avait un commentaire digne d'elle, diin^ une circulaire adressée aux adminisir.iteurs des départeiuents île l'Ouest, par un homme de lioiie cl de sang, auquel le pouvoir qui pesait alors sur la France avait confié le mini^lèrl■ de la police, nous voulons parler de Fouché.

Voici ce document qui est lrès-di;;ne de l'ignolile |ilnme qui l'a tracé :

« Vous connaissez. Citoyens adniinislrateurs, les dangers ipii Il entourent la Ré|)ublique ; ils sont grands; mais des ànies « républicaines comme vous ne doivent pas pâlir devant ces Il maux. La consjjiration des rois e^t flagranio, celle de-s hrin garnis l'est encore davantage. Les mis i'eioni la paix avec la

«République, après une rictoire remportée par nos armes ; i< les cliouans ne traiteront jamais. Vous devez donc user de <i toute la puissance que la loi vous confère pour frapper sans " cesse et indistinctement sur toutes les têtes que vous croirez n coupables ; il ne s'agit plus de faire le triage des bons et des n inécbants ; dans ce pays maudit, il n'y a et il ne peut y avoir n que des coupables. Vous aurez à votre disposition rempriint " lorcé, le séquestre, la loi des otages et la force armée; vous « avez votre courage qui n'a jamais faibli : armez-vous de toutes « cescboses; confisquez les biensqui, parmalheur, ne sont pas « devenus propriété nationale; vendez-les, distribuez-les, pre- (1 nez-les, mais arrachez-les de force aux ci-devant qui, à coup « sur, ne peuvent en faire qu'un mauvais usage. Il est bon que la « propriété change de mains pour que l'influence en change B aussi. On crée par là d'irréconciliables ennemis de la ci-de- 1' vaut royauté, et il faut, autant que faire se pourra, répandre Il dans les feuilles révolutionnaires celte prime d'encourage- 11 ment. Le gouvernement compte sur votre activité dans Il une question si pleine de vie ; il espère que vous agirez en Il cela comme en tout, avec célérité, sévérité et discerne-. Il ment.

Il Mais à celle loi conservatrice, il en ajoute une autre qui Il est son complément : c'est celle des otages. Priver les ci- II devant et les chouans de leur patrimoine ne serait qu'une Il mesure à peu près superflue pour le moment, car ils pil- II lent partout et s'engraissent des sueurs du peuple. Vous de- Il vez donc employer sans ménagement la loi des otages; elle Il vous permet d'emprisonner comme otages tous les suspects, Il aïeuls, aïeules, pères, mères, frères ou sreurs des chouans; Il elle autorise même à les fusiller s'ils essayent d'avoir recours Il à la fuite. Cette loi est large, élargissez-la encore selon les Il besoins de la situation ; prenez sur vous, le pouvoir voussou- 11 tiendra dans vos efforts révolutionnaires. Sévissez avec fer- 11 mêlé; il esta ci-aindre que beaucoup de ceux qui seront dé- II clarés otages ne cherchent un refuge dans les bandes; qu'ils » soient, au premier soupçon de fuite, fra]>pés de mort; c'est

198 GEORGES CADOLDAL.

Il la lettre et l'esprit de la loi; un bon républicain doit s'y soun mettre aveuglément.

« Quant à l'emprunt forcé, dont le Directoire s'est réservé Il plus spécialement l'application, où et quand cela convient Il aux nécessités dont il reste le maître; il me semble que les Il deux premières instructions que je vous ai données plus Il liant répondent parfaitement aux demandes que plusieurs " administrations départementales de l'Ouest m'ont soumises. 11 L'emprunt forcé n'est bon que pour les départements timides Il et que l'on contient en les menaçant de l'impôt. En Breta- II gne et dans le reste de la cbouannerie,il n'en peut être ainsi ; 11 ces brigands ont toujours les armes à la main cunlre la pa- II trie commune, ils sont indomptables; le séquestre et la mort Il valent mieux pour eux : cela coupe court à toutes les objec- 11 lions. Travaillez donc civiquement, frappez sans pitié, et ne Il doutez jamais de tout l'intérêt que porte à vos malbeurs le 11 Directoire exécutif. »

Ces abominables mesures avaient pour complément des dispositions dont on jugera par la lettre suivante :

« Par les rapports que je vous envoie. Citoyen ministre, vous K verrez si les ordres du gouvernement sont bien exécutés. Il Mais je dois vous prévenir que tous ceux auxquels vous ac- 11 cordez voire confiance n'en sont j)as dignes au même degré. « Il m'en coûte de dénoncer les agents qui ont pu rendre à la « patrie des services, mais le bien de la llépublique l'e.xige. Il Il y a |)arini les hommes destinés à jouer le rôle d'én>i;;rés, des Il gens sans éducation première, et qui, |iar leurs lialiitudes et Il leur grossièreté de langage, ne peuvent qu'exciter les soup- II çons, même des paysans. Quelques-uns de ces bomnies ont 11 déjù été frappés de mori par les brigands dont ils cher- II cliaient avec trop peu d'ailnsse à surprendre les seoiels; il y H en a d'autres qui nul ]iris trop à la lettre les recommanda- B lions que je leur ai laites de votre part, cl qui, malgré le gi'- II néral Ilédouville, ])Oussent avec trop d'acbiirnement an « meurtre des réfugiés, au pillage de leurs babilations.

« Ce double excès nuit ù la réussite de nus opérations. Je

" crois donc, Citoyen ministre, rendre service au gouvernement « en vous signalant ces divers abus. C'est à vous qu'appartient Il de les faire cesser en donnant des ordres plus rigoureux, ou « en rappelant à Paris les employés qui nous compromettent « ici, et peuvent un jour ou l'autre nous faire faire un mauvais « parti. Le plan adopté par vous est excellent. Il rendra à ja- 11 mais odieux les brigands ; mais il ne faut pas en abuser, dans « notre intérêt.

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