B. OUDARD
A la loi des otages, les royalistes répondirent par des représailles. Comme garantie pour les suspects incarcérés, ils enlevèrent des patriotes qui répondirent sur leur tête de tout ce qui pouvait arriver de mal aux royalistes. Certes, ces représailles étaient bien légitimes ; elles effrayèrent et alarmèrent l-es administrations républicaines. Le 8 octobre 1700, l'administration de la Saribe écrivait au Directoire :
Il Les royalistes paraissent avoir adopté le système des otages. « C'est une arme à deux trancbants à laquelle il eut été pru- II dent de ne pas toucber. »
Dans les Côles-du-Nord, Saint-Régeant, Legris-Duvnl et Carfort préludaient par des opérations particulières h la grande prise d'armes. Malgré la présence d'une garnison de quatre cents bleus, Saint-Iîégeant osa entrer dans Loudéac, et, avec trente ou quarante bommes, il enleva les fonds du receveur des (niances. On n'eut ni le temps ni la présence d'esprit de s'o|)poscr à ce coup de main si bardiet si rapide. Par un coup semblable, Legris-Duval avait enlevé dans la mémo ville les cbevaux d'un détacbement de cavalerie.
A celte même époque, Saint-Régeant eut besoin d'aller à Rennes. Dans la forêt de la Ilunaudaye, il rencontre deux cbarbonniers auxquels il emprunte leurs cbevaux et leurs costumes; plus loin il trouve deux gendarmes sur son cliemin. 11 Rrave bomnie, lui demandent-ils, d'où viens-tu? » Sainllîégeanl, h cbeval, jirenant à merveille le langage et les allures (le son rôle, indique l'endroit d'où il venait. — « Tu dois con-
11 naître Saint-Régeant? reprennent les gendarmes. — Oh! 11 dame, oui ! — Comment est-il? — Un bel homme, comme K moi » , répond Saint-Régeant, qui était de petite taille. Les gendarmes se mettent à rire, et Saint-Régeant reprend sa route; il entre dans Rennes, y passe le temps dont il avait besoin, et regagne son canton.
Entre la Loire et la Vilaine, caché par l'épais rideau de la forêt de Juigné, s'élève le château de la Jonchère. Ce château, qui appartient à M. d'Andigné de Mayneuf, est situé près de Pouancé en Anjou, mais touchant la lisière bretoime. Pendant la Terreur, la forêt qui l'entoure avait offert un asile inaccessible au.\ prêtres réfractaires dans des loges construites dans ces bois touffus. Même aux plus mauvais jours, ils n'avaient pas cessé d'y célébrer la messe, sans avoir à redouter les incursions des patriotes qui n'osaient s'y hasarder. Le château de la Jonchère, protégé par ses bois et par l'opinion des populations environnantes, offrait aux royalistes une pasilion iiie.vpugnable et un lieu de réunion admirablement approprié.
Deux cents officiers de toutes les parties de 1 Ouest s'y trouvaient réunis le 15 septembre, pendant que douze cents paysans bretons et angevins veillaient autour de lui. Les délibérations s'y poursuivirent pendant trois jours sans être troublées par une surprise ennemie.
Doit-on faire la guerre ? Telle fut la première question agitée. Pour la presque unanimité des asiistanls, elle ne pouvait être résolue (|ue par railirmative. D'Autichanip soutint seul l'opinion contraire. S"a|)puvant sur une lettre du Roi qui lui défendait formellement d'ouvrir les hostilités avant d'en avoir reçu l'ordre précis, il déclara ([u'il ne signerait le procès-verbal (pi à la condition que son opinion y serait énoncée. Georges Cadoudal et liourmont démontrèrent qu'aux termes des instructions récentes du comte d'Artois, la prise d'armes était facultative. La discussion allait s'éterniser, (Jeorges se lève :
Il La guerre! La guerre! » s'écrie-t-il d'un ton ipii n'admettait pas de ré|)li(]ue. C'était la voix de tout un peuple ipii parlait par sa bouche.
Alors personne n'hésite plus. La guerre est décide'e. Elle doit éclater du 15 au 20 octobre. Chacun se rend en toute hâte à son poste. Georges arrive au sien, rassemble ses oftîciers supérieurs et leur dicte ses ordres. Tout se dispose avec la rapidité de Féclair. Les ordres du général sont à peine transmis que toutes les campagnes du Morbihan sont couvertes de troupes royalistes. H n'y eut plus de communications assurées jiour les républicains.' La terreur d'un côté, l'espérance de l'autre, tels sont les sentiments que le général Georges sut imprimer dès l'ouverture île la campagne à ses ennemis et à ses amis.
liieiitôt la guerre éclate sur tous les points à la fois.
Dès ses débuts, Georges s'empare de la ville de Sarzeau, qui était défendue par un fort détachement d'infanterie et un parc d'artillerie commandé par un gentilhomme, ofticier de l'ancienne armée, auquel on arracha le serment de ne plus servir contre les royalistes; serment qu'il rétracta aussitôt après l'avoir prêté. IJésolu à ne pas se départir d'un système de modération voulu et calculé. Georges épargna sa vie et celle de tous les prisonniers. L'officier ne tint aucun compte d'un pareil procédé, car, dès le lendemain, il prenait, dans Vannes, le commandement de l'artillerie des bleus. Après cette action, qui lui procura quelques pièces d'artillerie qu'il fit charger sur des charrettes et filer dans l'intérieur, (îeorges occupe personnellement une multitude de bourgs, menace Vannes, détruit plusieurs colonnes républicaines et protège, sur la Cote d'Ambon et de Muzillac, un débarquement considérable d'armes, de munitions et d'argent.
Dès le 0 novembre, une escadre anglaise lui était signalée sous lielle-Ile ; le 25, trois frégates et deux bâtiments de transport, commandés par le commodore Keats, ancien capitaine de la Galatliéc, s'approchèrent du point convenu, à l'embouchure de la Vilaine. Les répidjlicains n'occupaient plus que deux villes dans le Morbihan, Lorient et Vannes. 11 fut possible à (jeorges de faire un rassemblement général qui eut une chance meilleure que celui de IT'.'G. Quinze mille Morbiha-
nais tenaient tout le pays, depuis la Vilaine jusqu'aux jioites de Vannes ' ; ^râce à eux, soixante ou quatre-vingts charrettes furent conduites jusqu'à Anibon et Muziliac, et le 20, à midi, le débarquement s'ope'ra sans contrariété. Trente mille fusils, quatre pièces de campagne, deux olnisiers, une grande quantité de poudre et six caisses pleines de piastres, placées sur des cliarretles, sont dirigés vers l'intérieur.
Le général Ollivier Ilurty, qui, bloqué dan; Vannes, n'avait pu s'opposer au débarquement, sort de la ville avec deux mille cinq cents hommes, cinquante cavaliers et deux pièces d'artillerie, pour tâcher au moins de s'emparer du convoi. Aux environs d'Elven, ses éclaireurs atteignent l'arrière-garde royaliste qui, placée sous les ordres du général IMercier, protégeait^ la queue du convoi. Kous ne saurions mieux faire que del citer la relation olficielle de ce combat, écrite par Mercier luimême :
« Nous fûmes attaqués dans nos positions près d'Elven,] « dit-il ; le combat dura environ deux heures. C'était le pre- K mier, depuis Quiberon, où nos jeunes gens entendaient leJ « canon; une lande séparait les combattants, l'artillerie enne- « mie était servie avec activité. Nos soldats tinrent leur posi- « lion sans se laisser intimider par le sifflement des boulets. « Nous avons d'abord chargé les républicains 5 ils nous char- « gèrent à leur tour et furent repoussés. Après avoir donné] « au convoi le temps de filer, la reiraile fut ordonnée cl se fit' u avec calme et sang-froid. On se reforma .'1 une portée de Il fusil en arrière et l'on reprit l'ordre de l.i marche habituelle. « Les chasseurs restèrent derrière chaque bataillon, et conli- « nuèrent le feu avec les tirailleurs ciuiemis. Les rc|iublicains 11 ne nous poursuivirent pas; ils lir< nt ciilcvcr leurs blessés et «reprirent le chemin de Vaiiiie>. II-. aper(;iirenl en se retirant
> H;i|ii)Oil ail iir|)ailoini'iil... I.cs l)>ij;amls oii( CDiiiln' à Tn'lli'aii el .'i lii/.oloj iU ne Aiint |iiirl<''S sur l.i laiulc des Tniis-l'àtiii'i-<i, ont l>ii et iiiaii|;i'- ru inniii) & KcrlKUilaiil et ont iC|iiiH cîmiitc la ronlc il'l'llvi'n. Il< liairn; an nombre d'cnviion 8U0.
(Noie cuininuni(|ni:L' par le iloilrnr A. .Mauiiicl.)
1' la colonne de Georges qui venait au feu, s'étanftrouvée trop . éloignée pour y prendre pari. Ils n'osèrent sortir de Vannes li les jours suivants, quoiqu'ils fussent au nombre de quatre " mille hommes. Nos soldats étaient tout fiers d'avoir résisté à « deux mille cinq cents hommes et de l'artillerie, quoiqu'ils i: ne fussent pas douze cents combattants. »
Pendant que Georges soutient brillamment sa réputation par des actions d'éclat où l'on admire à la fois le génie du capiiaine el la ténacité du partisan, ses lieutenants étendent l'in- ^mreclion vers les Côles-du-Nord, le Finistère et la Loireliilérienre.
De Sol de Grisolles force Redon à capituler, traverse la Vilaine, tombe comme la foudre sur la Roche-Bernard ' et Guér.inde, et pousse son avant-garde jusqu'à Pont - Gbàteau. l'ibar soulève plusieurs cantons dans les montagnes du Fini-1ère.
Mercier pénètre dans Saint-Brieuc, surprend la ville défendue par une forte garnison sous les ordres du général Casabianca, délivre trois cents prisonniers royalistes et s'empare de soixante clievaux.
Mais ce dernier fait, un des plus curieux de la grande chouannerie, demande à être rapporté d'une façon plus circonstanciée.
Madame de Kerigant, femme d'un des royalistes les plus en vue des Côtes-du-Nord, avait obtenu du général la Vendée, qui commandait en chef dans cette partie de la Bretagne, et dont ce projet servait les vues générales, qu'il ferait une tentative sur Saint-Brieuc afin d'enlever de la jirison sa tante, madame le Frôler, condimnée à mort ainsi que son (ils pour fait d'emiiauchage.
La colonne d'expédition, formée entre Guémcnée et Mur, était composée de quatre cents hommes; deux cent cinquante venaient de la légion de Saint-Régeant ; d'autres, de la légion du Bouays (Plocrmel) ; le reste appartenait à divers cantons
' Noms îles Ijrijnmis <jiii vlnlcnt à Roclic-S.iuveiir. (Voir .lux l'iùces jnslific.ilives.)
204 GEORGES CADIDIDAL.
des Côtes-du-Nord. Mercier commandait en chef, et il avait confié le commandement des diverses subdivisions de sa colonne à Saint-Régeant, Debar, Keranflech, Garfor, des Bois et du Fou de Kerdaniel. La colonne se dirigea vers Saint-Brieuc, marchant la nuit, et le jour se tenant cachée. Sa première étape eut lieu chez un chef de canton de la commune d'Allineuc ; elle fut rejointe en route par deux cents volontaires de la bande de Carfor.
Le 2G octobre 1700, à minuit, six hommes armés se présentèrent sur la plaie-forme d'un manoir situé à un kilomètre de la ville. Un homme mince, fluet, de petite taille, les attendait ; il leur explique à voix basse, dans un langage net et concis, par où chacun d'eux doit entrer dans la ville et ce qu'il y doit faire. Les hommes de l'expédition doivent marcher pieds nus et porter leurs chemises par-dessus leurs habits pour se reconnaître dans l'obscurité qui est profonde. L'attaque devant commencer à deux heures précises du malin, toutes les montres sont réglées sur celle du chef supérieur qui n'est autre que Mercier lui-même. En attendant, rien ne trouble le silence de la nuit, rien qu'un bruissement vague que l'on peut prendre pour l'haleine éloignée du vent; mais, de temps à autre, une arme brille dans le ravin, à travers les arbres. Un détachement est chargé d'enlever le poste de la place et l'hôtel de ville, siège du département; il arrive précédé de deux chouans dont l'un est déguisé en femme et l'autre joue l'homme ivre. La sentinelle surprise tombe morte avant d'avoir pu pousser un cri. La garde de la barrière du (jouèdic est envelopj>ée et désarmée. Les autres détachements pénètrent dans la ville sans résistance. Une troupe parcourt les rues, faisant feu sur les portes et fenêtres qui s'ouvrent; ce qui détermine la plupart des liabitants et des fonctionnaires ])ublics à attendre cliez eux la fin de l'invasion. Le général Casabianca, arrivé de la veille, ne crut |)as devoir s'aventurer dans les rues qu'il ne connaissait pas. il !>'enferma chez lui, ce qui le fit nommer par les patriotes de Saint-Ihicuc le gi-néral Casa/ieiira.
Les chouans s'emparent des |)apiers du département, de la
poudrière, crune pièce de canon, des chevaux de remonte loigés dans l'église Saint-Guillaume ; de plus, ils marchent droit aux prisons dont ils forcent les portes et délivrent les prisonniers au nombre de deux cent quarante-sept. Les ordres de Mercier furent partout exécutés avec la plus grande ponctualité, sauf en un point. Le chef cliargé d'enlever la caisse du trésor public oublia, parait-il, sa mission inter pocula.
Bien que la surprise ait été complète et que l'autorité républicaine eût partout fait défaut dans cette nuit d'épouvante, il se trouva des citoyens counigeux qui firent leur devoir. Un lieutenant de gendarmerie, nommé Chrétien, et le procureur de la commune, Poulain-Corbion, ne voulant pas se rendre complices de l'incurie de Casablanca, réunissent trois cents gardes nationaux à la tète desquels Chrétien se fit tuer. Poulain-Corbion, dès qu'il entendit la fusillade, sortit avec ses deux fils pour se rendre à Ihôtel de ville. Kn arrivant sur la place, il tomlie au milieu d'un groupe de chouans qui lui mirent la baïonnette sur la piiitrineen lui enjoignant décrier : « Vive le Roi! " et de livrer les clefs de la poudrière. " Vive la République ! « s'écria Poulain-Corbion, et il tond)a percé de coups. Un de ses fils fut aussi blessé, mais guérit peu après.
Cependant les gendarmes attendaient des ordres dans la caserne, et, contenus par le jeune du Fou, ils ne bougeaient pas. Ce dernier était parvenu à désarmer sans éclat la sentinelle et la garde de police, et pénétrant dans la chambrée, il tint quelque temps les hommes dans leur lit par la menace de faire feu sur quiconque se lèverait. Mais un maréchal des logis, indigné de voir la troupe paralysée par une poignée de paysans, s'élança sur les armes en appelant ses camarades. Le chef royaliste ne voulut pas laisser tuer ce brave sous-officier; cet acte de générosité faillit devenir fatal aux siens. Les soldats, saisissant leurs fusils que les chouans n'avaient pas songé cà enlever, furent bientôt maîtres de la caserne. Les assaillants se défendirent un moment dans la cour, où ils curent un homme tué et deux blessés; puis ils se postèrent à l'entrée de la rue aux Chèvres d'où, pendant le reste de la nuit, ils échangèrent
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une fusillade assez vive avec la Iroupe, sans que celle-ci tentât,^ sérieusement de sortir.
Vers sept heures du matin, la ville était presque entièrement évacuée. Le jeune du Fou allait être cerné par la gen^ darmerie et quelques citoyens qui s'étaient joints à elle, quand^ il se décida à envoyer demander des ordres ; on l'avait oublié. \ Il forma l'arrière-garde, faisant le coup de feu jusqu'à liau-,^ leur de la A'^ille-Grohan, où les gendarmes et les soldats cessé- J rent la poursuite. Les chouans laissèrent dans la ville cinq ; morts et un blessé. Ils tuèrent neuf habitants et en blessèrent i trente environ, dont plusieurs succombèrent peu après.
Une soixantaine d'Allemands, formant la compagnie dite des Déserteurs, au lieu d'effectuer leur retraite vers la forêt de Lorges, se jetèrent sur les villages et marchèrent jusqu'à Trégomeur; là, se voyant égarés, ils se débandèrent et rega- ,,1 gncrent le Morbihan sans pertes sensibles. Le gros des chouans K | s'égara aussi et arriva vers le soir à Plaintel, où l'on coucha. Le lendemain, après avoir chassé un poste républicain, les royalistes occupèrent le château de Lorges, où l'on distribuait aux hommes du pain et du cidre, quand on fut avisé de l'approche d'une colonne sortie de Saint-Brieuc. Mercier donné l'ordre à Saint-lîégcant de marcher au-devant d'elle, tandis que lui-même court dresser une embuscade à la Croix-Saint- Lambert; mais les chevaux enlevés à Saint-Iîrieuc s'effrayent aux premiers coups de fusil et viennent se jeter à travers l'embuscade, dont l'effet est ainsi manqué. jVprès avoir épuisé leurs munitions, les chouans se sé|)arent et regagnent par petits ' groupes leurs cantonnements.
« Quand tout fut fini, ajoute l'autcuir du récit, les langues 11 se donnèrent carrière. Ce fut à qui en aurait fait le plus 11 contre ces redoutables brigand-;, à qui en avait soiiffeit da- 11 vanlage. La vérité est que, maîtres de la ville |H>ndant la Il moitié de la nuit, ils ne s'y permirent aucun pillage, aucune « vengeance; ils ne pénétrèrent dans aucune propriété privée. Il si ce n'est dans celle d'un chirurgien où l'on n'eut qu'à ■1 se louer de leurs procédés. Ils ne frappèrent que là où
« ils se crurent bravés et menacés ; et il faut bien convenirque «dans celle opération, habilement conduite, audacieusemeiit 0 exécutée, il y eut autant de modération que l'on peut en trou- « ver dans un fait de guerre civile, ir
Le pays de Bignan reste toujours le théâtre des exploits de l'invincible Guillemot.
Le 20 octobre, il se porte sur Locminé, point stratéf^ique important, dont la garde était confiée à des troupes de ligne appuyées de colonnes mobiles. Ses bataillons pénétrèrent dans la ville par les routes de Baud, de Pontivy et de Vannes. Les bleus s'étaient retranchés dans des maisons voisines. Le bataillon de Pluméliau, commandé par Matburin le Sergent, ouvre le feu ; mais aussitôt un militaire de taille gigantesque, portant les galons de .sous-officier, se présente sur la place et porte un défia la baïonnette au plus brave des chouans. A l'instant le feu cesse, le silence règne dans les rangs, et Matburin le Sergent, saisissant un fusil, croise la baïonnette, s'élance au-devant du Goliath provocateur, l'étend mort à ses pieds et s'écrie : « En avant ! » Le combat fut long et acharné. Les hommes de Bignan et de Pluméliau s'emparent du champ de foire et attaquent les halles; la garnison est forcée de plier et de battre en retraite. Elle veut se retirer en bon ordre par la route de Vannes; mais là, elle se heurte à deux nouveaux bataillons de Guillemot. Elle se débande, et les bleus, jetant leurs armes, se sauvent à travers champs dans la direction de Baud. Les chouans étaient maîtres de la ville '.
Une centaine de prisonniers restaient aux mains du vainqueur. Guillemot en (it deux parts. Il renvoya sains et saufs les soldats de la ligne, après leur avoir fait jurer de ne plus servir contre les troupes royales. Il fusilla ceux qui a|ipartenaient aux colonnes mobiles, véritables scélérats qui, pendant la pacification, s'étaient souillés de tous les crimes et avaient porté la terreur jusqu'au fond des campagnes.
A la nouvelle de ce succès, qui assurait aux populations
I Voir aux l'ii'ces jiisliliciUivi-s l'cxtniit du ra|i[)oit ri'jniljliraiii sur la prise (le Locminc.
GEORGES CADOITDAL,
royalistes un centre d'opérations militaires, le colonel Bonté', chef de la quatre-vingt-unième demi-brigade, quitte Lorient '' avec aulant de forces qu'il en peut rassembler; il traverse Baud, où il se renforce de nouvelles troupes, et marcbe sur i , Locminé. Il rencontre Guillemot sur la lande de Yacbejjar, Iv. vaste plaine d'une lieue de longueur, située dans la paroisse de Ikiléon, entre Josselin et Locminé. Ce terrain élait propice à des évolutions régulières. Certain du succès, Bonté range ses troupes et commence un feu de deu\ rangs. Le centre de Guillemot marche droit à l'ennemi et le charge à la baïonnette, pendant qu'un de ses bataillons, détaché en tirailleurs, tourne la position des bleus du côté de Josselin et parvient à couper leur ligne de bataille. Plusieurs compagnies républicaines se précipitent dans une large douve creusée au bord de la route et prennent la fuite. Bonté fut contraint d'opérer sa retraite; il rentra le lendemain à Lorient avec sa troupe diminuée et démoralisée, et après avoir acquis la certitude que les chouans ne redoutaient pas plus de rencontrer l'ennemi en rase campagne que de lutter contre lui abrités derrière le rein|iart de leurs fossés.
Ces événements n'avaient pas ou lieu dans le Morbilian quand M. de la Prévalaye fut investi par le comte d'Artois du commandement insurrectionnel dans l'Ille-et-Vilaine. Sur les contins du Perche, ^L de la Nougarède, dit Achille Lebrun, et M. de Liinoëlan, dit Pour le Boi, avec Cortcz, avaient déjà pris les armes dans les cantons de Vitré et de Fougères. ^L de la Nougarède, avec une cinquantaine d'Iiommes, enlevait un convoi près du pont de Canlache, puis, à l'aide des armes, des munitions et de l'argent dont il s'est emparé, il s'était joint aux deux autres, et avec mille ou douze cents braves avait mis en fuite, près de l'étang du l'ain-Toiirloau, une troujio n-publicaine d'un effectif dcuiMc.
L'organisation était imparfaite ; aussi, dès le retour d'Anijleterre de MNL de Cbàlilldn, de Bourmont et de l''rolté, un conseil, tenu, sous la présidence de (Jctu-ges, par ces messieurs réunis dans le Morbihan, nommait M. de la Nougarède coin-
CAMPAGXr. DE 1790.
mandant en second d'Ille-et-Vilaine, et de Limoëlan major j;énéral. Le 2 octobre, M. de la Prévalaye, le général Mercier, M. le commissaire du Roi le Loreux et cinquante officiers 1' i\alistes environ débarquaient à leur tour sur la cote de Saint- M ilii. Comme nous l'avons vu, la guerre avait été décidée, et il, suus les ordres directs de Georges, on agissait dans le Morbihan , sous l'impulsion de Bourmont, de Frotté et des autres, on ne restait pas inactif dans les départements limitrophes. M. de Plouéro, à la tête de la légion de Saint-Malo, gardait la côte. La Nougarède aidait M. de Cbàtillon à battre l'ennemi dans les landes de Segré. Limoëlan se portait sur Pontorson pour dégager Trotté avec douze cents hommes, et, de là, volant à l'aide de Bourmont, s'emparait de Meslay. La Nougarède, infatigable, attaquait Fougères, puis Saint-.Vubin du Cormier, où il était blessé, ainsi que son major général et M. de Cacqueray, chef de la légion de Vitré. Le chef de la légion de Mordelles, M. Roger, se faisait tuer en s'enijinrant d'un fort et de tous ses approvisionnements. La légion de Rennes venait jusque dans les faubourgs de la ville se ravitailler en armes et en munitions.
Que n'eùt-on pas fait si un prince était venu centr;iliser et donner l'unité d'impulsion à tous ces dévoucmenl-, à tous ces courages !