‹ Georges Cadoudal et la chouannerieChapitre 33 sur 99 · I.r 18 BRUMAIRE · texte numérisé non relu

I.r 18 BRUMAIRE

i' donnent. Le moment est venu de vous soumettre; croyez- " moi, renoncez à la guerre. "

A la lecture de cette lettre, Georges fit saisir Lemercier etla femme le Goff ; il les fit sur-le-champ passer par les armes à Lûcmiquel en Grandchamp.

(Jette exéculion fut la réponse de Georges au général Harty et ciiupa court à toute trahison et à tout espoir de rébellion d;ins l'armée royale.

Vers le même temps il y eut dans l'armée une autre exécutif ai que nous devons rapporter avec quelques détails. Nous l'empruntons aux papiers inédits de l'abbé Guillevic, qui, toujouis attaché à Georges en qualité de directeur de la correspuiHlance, ne le quitta jamais, même pendant les mauvais jiinrs, et par là se trouve son témoin le plus accrédité. Voici comment il s'exprime :

« Execution de M. Vandcniach, prieur curé Je Coéihugat en Saint-Malo et depuis curé-jureur de Mohon.

« Dans les premiers jours de 1800, des chouans arrêtèrent sur la route de Josselin à Vannes un Génovéfain jureur, prêtre marié et en outre curé intrus. On l'accusait d'avoir souvent marclié à la tète des détachements contre les royalistes, d'en avoir fait périr plusieurs, prêtres et laïques, sur l'échafaud. Il venait d'être condamné à mori, lorsque je le vis par circonstance; il me pria de lui donner mes soins dans ses derniers moments. Son âge qui était de soixante-dix à soixante-douze ans, son repentir qui me parut sincère, ses infirmités qui le mettaient hors d'état de jamais nuire quand il l'eût voulu faire, sa misère qui était ex'réme, sa résignation qui arrachait les larmes même à ses gardes, me touchaient au point que je résolus de tout tenter pour lui sauver la vie. Je la demandai au général Georges.

« Georges, qui, sous une certaine rudesse extérieure, cachait le cœur le plus compatissant, me l'accorda; il fut même convenu entre nous deux que je ferais conduire à Vannes cet ecclésiastique et l'engagerais ri n'en plus sortir, lui assurant un secours régulier de 10 écus par mois, s'il y restait, Nf)S con-

GKORGES CAnOLlDAL.

ventions ne furent pas plutôt connues que tout le quartier général, qui était en ce moment très-nombreux, se récria unanimement contre autant d'indulgence, et il fut décidé que le jugement serait exécuté. Dans l'espoir de rattraper la victoire que m'arrachait un ressentiment, désormais hors de propos, je fis traîner trois jours la confession de ce pauvre malheureux. Georges ne reparut plus. On craignait sa déférence pour moi. J'eus beau observer au général Mercier qu'il avait été arrêté qu'on commencerait la guerre en renvovant les prisonniers sur parole, après leur avoir fait grâce de la vie ; qu'on venait en conséquence de faire :

« Grâce à toute une garnison républicaine d'environ cent hommes et sur ma prière à deux dénonciateurs dans Locminé ;

« Grâce au commandant de Sarzeau, gentilhomme et officier de l'ancien régime, qui cependant protesta à l'instant même contre le serment qu'on extorquait de lui de ne plus servir contre les royalistes, et qui le lendemain prit effectivement dans Vannes le commandement de l'artillerie des factieux;

Il Grâce à ce jeune homme de Bignan, qui cependant déclarait aussi en la recevant qu'il avait été, qu'il était encore et mourrait réj)ublicain.

Il J'eus beau réclamer pour mon ancien confrère l'exécution de notre arrêté et réclamer avec d'autant plus de confiance qu'il abjurait, lui, liautement ses erreurs, confessait publiquement ses crimes, gémissait bien amèrement sur la conduite passée et était, en tout événement, hors d'état de ne jamais la reprendre; avec d'autant plus de confiance, que le clergé avait ti)Ut droit de compter sur les é{jards qu'on avait eus presque la veille pour le tiers et la noblesse dans la personne du soldai et de loflicier qu'on avait aussi indiscrètement élargi, puisque l'insurrection était en entier l'reuvre du clergé; que le clergé en était toujours l'âme; que l'on devait â l'influence du clergé tant de prodiges «l'intrépidité et de dévouement tous les jours; que c'était la |)reinièrc occasion cpii se présentait de témoigner au clergé cette espèce de reconnaissance; j'eus beau re-

LE 18 EnVMAir.E. -2-21

présenter que mon opposition avait certainement eu quelque éclat et que je craignais un mauvais effet si l'on s obstinait à passer oulre.

.. Observations, réclamations, représentations, tout fut inutile. On me répondit, et M. le comte le Loreux, commissaire du Roi, se joignit à tout notre état-major pour me répondre : qu'on applaudissait au motif de mes iuslances, qu'on sentait la iuice de mes raisons, mais que le bien du service exigeait impéiieuiement qu'un ennemi qui avait tourmenté avec autant (1 acharnement et si longtemps les Français fidèles, payât de sa iL-le autant de forfaits, qu'ainsi l'ordre était donné défaire exécliUt le lendemain, à huit heures du malin, pour tout délai.

. Pourquoi, au lieu de constater aussi gratuitement des égarements de vengeance incontestables, la philanthropie de M. le coinle ne leur donne-t-elle l'affreuse nécessité pour excuse, comme elle la donne pour justification à ces royalistes qui dans l'horrible débâcle de Quiberon coupèrent à coups de sabre les poignets à ces rovalistes accrochés en trop grand nombre à leurs bateaux et les précipitèrent à la mer pour n'v être pas entraînés avec eux?» (Extrait des papiers de l'abbé Guillevic : Second coup d'œil sur les mensonges de Puisaye.)

Page 1