BATAILLE DU PONT-DC-LOC
Brest une fois pris, le conile d'Artois et le duc de Berry arrivaient dans l'Ouest, où des courriers devaient répandre des proclamations et des journaux annonçant la chute du gouvernement constitué et le débarquement des princes. Dans Paris même, une force organisée devait proclamer les Bourbons.
Ce plan trop étendu et trop compliqué éclioua par suite de la distance qui sépare Brest du Morbihan, qui devait y jouer un rôle déci-if '.
Ce projet d'ailleurs exigeait du temps, et le temps n'appartenait aux royalistes qu'autant que Bonaparte voudrait leur en laisser. Il avait, depuis le 18 brumaire, déployé une activité trlle qu'il élait au couraiit des démarches et des ressources de tous les partis, notamment du parti rovaliste, le plus redoutable de tous, ou pour mieux dire, le seul redoutable à cette é]uique. Il s'était promis de se l'attacher ou de l'écraser.
.S'attacher Georges était chose impossible, on en aura bientôt la preuve; mais, pour l'écraser, le |iremier consul en avait le pouvoir et le désir. L'armée de Brune venait de recevoir l'ordre de se diriger à marches forcées sur le Morbihan, où Georges avait rouvert les hostilités; elle arrivait de Hollande, où elle s'était opposée au débarquement des Anglo-Russes.
Vannes, où commandait le général Harty, était en ce moment presque totalement bloquée par les troupes rovalistes. Les vivres manquaient; il en fallait pour les habitants, la garnison, et aussi en prévision de l'arrivée des nombreux rationnaires de l'armée de Brune.
Le 21 janvier, le général Ilarty sortit de cette ville avec environ cinq ou six mille hommes, savoir : la vingt-deuxième demi-brigade, forte de deux mille cinq cents hommes, des détachements tirés de différents régiments; quelques cavaliers, environ un escadron; vingt-cinq gendarmes et deux pièces de canon. Le but du général était d'approvisionner Vannes en blé et en fourrages. La vallée du Loc, ipii prend sa source en cet endroit, est fertile et abondamment pourvue de céréales; elle
' Ce pl.iii fui s.iisi chci la femme Mercier en mai 1800. Celte fcimiic avait logé Ilyile de Neuville et Saint-Urgcant.
GEORGES C.VDOCUAL.
court à peu près de Test à l'ouest, pour s'infléchir ensuite brusquement au sud, près de l'abbaye Lanvaux, et couper le plateau pour se rendre à la mer au milieu d'une cluse digne des terrains jurassiques.
Si l'on jette les yeux sur une carte de l'état-major, on remarque, à droite delaroute qui conduit de Vannes à Saint-Jean- Brevelay, un mamelon fort bien dessiné au nord-ouest de Plaudren, et dont l'altitude est cotée 148. C'est de ce point que coulent vers l'est l'Arz, et vers l'ouest le Loc ; la route même est le seuil de séparation.
La topographie du pays est formée d'une suite de bourrelets parallèles à la côte, dont le plus important est celui des landes de Lanvaux, le Sillon de Bretagne, et quand on s'éloigne de la mer, il faut franchir cette succession d'énormes vagues solidifiées, dont les sommets sont arides et rocheux, tandis que les vallées, gouttières des pentes, sont fertiles et marécageuses.
Grandchamp, placé sur le point culminant du bourrelet fjui forme la rive gauche du Loc, domine toute la vallée, et garde sur le flanc la route de Vannes à Locminé, qui franchit la rivière à quatre kilomètres de son clocher, non loin du château de Camezon, en un point que l'on a ajipelé Pont-du-Loc. Deux villages, Locmari.» et Locquellas, naguère encore trêves de Grandchamp et de Plaudren, gardent le versant qui vient lentement mourir vers la rivière ; mais la pente est plus roide, partant plus dénudée, lorsque l'on arrive pi es du sommet des plateaux.
Le général llarty, jiour garantir son opération, avait établi ses postes, la droite à Locqueltas, la gauche ù Locmaria, et le centre à Pont-du-Loc. Il formait ses convois et les dirigeait ensuite sous escorte sur la ville.
Vovant toute la garnison de Vannes en campagne, Georges conçut h; projet de rempècher d'y rentrer.
Dans la journée du "J"2, il rassemble ses troupes, et le soir il |)ai t (il' Nou (piarlicr géiu'ral de Itcaucljéne, pour venir les placer dans la nuit, afin de commencer l'action dés le petit jour.