‹ Georges Cadoudal et la chouannerieChapitre 37 sur 99 · BATAILLE DU PON T-DL'-LOC · texte numérisé non relu

BATAILLE DU PON T-DL'-LOC

étalilir les affaires des républicains et ramener les chouans sur i> linuteurs. Fendant cette retraite, (jeorges est tombé de lu val; sa monture affolée parcourt le champ de bataille; le >i iiit de la mort du général se répand; ses troupes hésitent lé|j, lorsqu'on l'aperçoit grimpant à pied les pentes et appeinl au combat ses légions. L'espoir renaît, les vivat éclaenl, et alors s'engage ce que l'on a appelé le second combat le la journée.

i -es bleus occupent Locmaria; Georges donne l'ordre à Auliaii et du Chemin de l'en déloger, et à de Sol de Grisolles de ^ .i\aiicer pour les soutenir. Saint-llilaire doit venir à la res- (iiii^se sur la gauche, par la cha[)elle du Burgo, et Rohu, qui (Ioiiih; depuis la matinée, est en réserve.

De Sol de Grisolles et ses officiers supérieurs refusent de maicher. Depuis le matin, spectateurs indifférents des efforts de leurs camarades, ils ont reçu des lettres leur parlant de la nacification et de l'acceptation de d'Autichamp, Suzannet et Cliàtillon ; ils ne veulent plus se battre! En leur appliquant le mot que Napoléon écrivait neuf ans après du général Sahuc, on pouvait dire qu'ils étaient lasses de la guerre. Mais au point de vue de l'honneur, comment excuser une pareille conduite? N est-il pas étonnant qu'avec une telle dilficulté de commandement, Georges ait atteint malgré tout le résultat auquel il est arrivé ?

Audran et du Chemin apprennent le motif de l'inaction de De Sol, et à leur tour reviennent mettre l'arme au pied. En vain Saint-Hilaire fait des prodiges, en vain Georges, à la tète de sa légion d'Auray, charge vingt fois les bleus, ceux-ci, leur cavalerie en tète, suivis de l'artillerie et de l'infanterie en colonne profonde, grimpent à l'assaut des hauteurs et se frayent un passage, grâce à l'obscurité qui commence, à la lassitude des clionans (|ui ont combattu et à la lâcheté de ceux qui ont refusé de marclier.

Cinquante hussards, désertés quelques jours avant d'Hennebont, chargent une dernière fois leurs camarades r.estés dans les rangs républicains. Et en présence des deux armées, ces

cavaliers se sabrent avec rafje, s'appelant par leurs noms et se provoquant les uns les autres.

La bataille était perdue pour Georges, il n'avait pas obtenu le résultat qu'il cherchait. Les chouans avaient marché toute la nuit précédente : « Nos hommes étaient tellement fatigués, « dit Rohu, que nous ne pûmes pas longtemps poursuivre l'en- « nemi. Nous laissâmes quatre cents morts sur le champ de « bataille, et à l'appel, le lendemain, il manquait neuf cents (I hommes aux bleus. »

Georges, resté sur le terrain, renvoya les prisonniers; il donna à chacun « un écu de trois livres et des voitures à ceux qui Il étaient blessés " .

Cette conduite contrastait singulièrement avec celle de l'ennemi, qui ne manquait jamais, en pareil cas, de fusiller ceux qui lui tombaient entre les mains. La politique aussi bien que riiumanilé empêchaient Georges d'user de représailles.

Il n'en fut pas ainsi de tous les autres chefs. Voyant Georges disposé à signer la paix, Guillemot voulut l'en empêcher, et il donna deux jours après la l)Utaille de Pont-du-Loc une preuve de sa terrible persistance à espérer contre toute espérance. Suivant sa coutume en pareil cas, il opéra un triage entre les prisonniers. Il inil en liberté les soldats de la ligne, et ordonna à son lieutenant Gomez de faire fusiller les volontaires et ceux qui apparlenai(Mil aux rnlonncs mobiles. Les condamnés, au nombre de trente-six, furent conduits au lever du jour sur la lande de lîurgo. Trente-six chouans armés de pistolets se placèrent en face doux.

Au moment du sign:il, un des prisonniers s'écria : « — Nestn il pas cruel de fusiller des prisiuniiers de guerre?

(i — Oui, répondit Guillemot, il c>[ bien dur d'en être» réduit Il à celte extrémité ; mais qu'avez-vous fait des seize hommes Il que vous m'dvez pris avaiil-bicr?

Il — C'est VI ai, r('|iiiiiil un aiili c soldat, ils ont été tués! u- — Vous les ;iv(v. nia^^aiiés ! » s'écrie le roi «le lîignan d une voix terrible.

Le signal de inoil lut donné, l'n canon de |)islolet s abaissa

BATAILI.K l)V POM-DU-LOC. 229

lu le front de chaque prisonnier, et quelques instants après, me fosse creusée d'avance recevait les trente-six cadavres aiij^lants et défigurés.

Le roi de Bignan reprit sa douloureuse existence de proscrit, ■rrant d'asile en asile, traqué comme un loup par les limiers le la police, la gendarmerie et lessoldats. 11 donna pour ainsi dire a chaque heure de nouvelles preuves d'audace et d'intrépidité.

l'eu de jours après la bataille de Pont-du-Loc, Georges se trouvait au château de Kerantré, chez M. le comte de Gou- M ll.i. La conversation tomba sur cette bataille, qui, n'avait [i;i- donné les résultats espérés par le chef breton.

0 C'est la faute de mes capitaines de paroisse, disait Georges nu paroxysme de la colère, ils n'ont pas su résister, ils ont [)ii> la fuite, saisis d'une terreur folle; ils méritaient que je il- tisse fusiller. » Et d'un coup de poing, il brisa un guéri- (Imu qui était près de lui.

M. de Gouvello, racontant cette scène quelques mois après, :i|()iitait : " Quel chef! et comme il est malheureux qu il ne « puisse être mieux secondé! On le dit cruel; c'est l'humanité Il et la bonté en personne : quand il y a des rigueurs néces- Il saires dans l'armée, on est obligé de les lui cacher ou de faire « les exécutions en son absence. «

Pendant quelques semaines, M. de Gouvello avait été attaché à l'état-major de Georges, et il apportait à l'appui de son dire des souvenirs personnels.

Avant d'engager l'affaire de Pont-du-Loc, Georges savait que d'autres chefs royalistes venaient de signer la paix. Il n'en persista pas moins à combattre. Vainqueur du général Ilarty, il songeait à marcher, avec une vingtaine de mille hommes, à la rencontre de Brune. S'il parvenait à lui tenir télé, il pensait qu'il n'en faudrait pas davantage pour décider la Vendée à reprendre les armes ; mais l'issue de la journée de Pont-du- Loc ne put permettre l'exécution d'un projet digne de celui qui l'avait conçu. C'eut été alors que, seirouvantsur un champ plus vaste, il eut pu donner l'cssor à ses remarquables facultés guerrières.

N'ayant pu se placer sur ce nouveau théâtre, il sentit qu'a cri de guerre devait succéder le langage de la paix. Seul, il n pouvait lutter contre les forces qui pouvaient être dirigées su la Bretagne. « Si, disait-il, je n'avais à lutter que contre les « trente et quelques mille hommes actuellement dans le Mor Il bihan, je n'hésiterais pas. En leur faisant une guerre de chi K cane, je les réduirais bientôt ; mais ceux-ci seraient rem- t " placés par d'autres, et les plus grands désastres seraient la « suite infaillible d'une prolongation dbostiiilés ! »

En conséquence, il demanda au général Brune une suspension d'armes et une entrevue, ouverture qui fut saisie avec empressement. Brune sortit de Vannes, escorté de quelques cavaliers, pour aller à cette conférence, qui se tint en plein air près de Theix. Brune avait avec lui le général Debel, qui dit l» brusquement à Georges : « Je suis chargé de la part du pre- 11 mier consul de vous offrir le grade de génér^il de division et Il un commandement dans l'armée de Moreau ; en cas de Il refus, de lui envoyer votre télé. — Ma tète! dit Georges, 11 pour cela il faudrait l'avoir, et je ne suis pas disposé à la Il céder! »

Brune désapprouva la sortie de Debel, et les deux généraux s'entretini-ent plus d'une heure au coin d'un fossé, mais sans rien conclure. Brune avait pour mission d'exiger une soumission complète, un désarmement absolu, conditions auxquelles Georges ne pouvait se résoudre. Il fallait pourtant se décider. Ordre était donné de faire du Morbihan ce qu'on avait fait de la Vendée : le fer et le feu devaient tout détiuire. La menace en était faite, et le jour où l'on refuserait de se soumettre devait en voir commencer l'exécution. La grandeur des maux qu'une plus longue résistance allait attirer sur son pays l'emporta sur les répugnances personnelles de Georges. I! signa la p:iix le 2 février 1800, dans une dernière entrevue qu'il eut avi'c Brune au château de lieauregard '.

Brune en donna en ces termes la nouvelle à r:i(lministratiiin

' n'.AiilIcli.ninii, .Sii/nniurI rt Oli/illllon .4i|;nî'i'cnt lii |iiiix Ir 18 j.iiivier. Le 25, M, lie la l'rcv.ijiiyi! conclut un .-irmistice, envoy.i «on aJjnitaiit (jéncral i

Page 1