MORT DE MERCIER LA VENDEE
Avec Julien, son frère par le sanfj, Georges perdit, h la même époque. Mercier, son frère d'adoption, celui que M. Rio a si bien nommé le " Patrocle de l'Achille breton» .
Mercier, revenant de Londres, où il était allé exposer la situation des rovalistes au comte d'Artois, traversait le département de-i Côtes-du-Nord, où se trouvait la tète de ligne de la correspondance avec Londres, chez les dames Savages, près de Saint-Quay, sur les bords de la mer. Accompagné de quelques hommes à cheval comme lui, il avait traversé la forêt de Lorges, la maison des demoiselles Mascle à Launay, qui était aussi un des points de repère de la correspondance royaliste. Il ne lui restait plus qu'à passer le bois de Loudéac pour rentrer dans le Morbihan, quand la fatigue l'obligea de s'arrêter au hameau de la Fontaine-aux-Anges, commune de la Motte.
Mercier se crut, dans ce lieu fort retiré, à l'abri de toute surprise ; mais le propriétaire de la maison qui l'avait recueilli, avertit le commandant de Loudéac de la présence du proscrit dans ce lieu qui fut bientôt cerné par un détachement de soldats et de gendarmes.
Au premier bruit. Mercier, qui ne dormait toujours que d'un œil, se lève et franchit la ligne ennemie, pendant f]ueses compagnons s'échappaient ; mais comme il sautait une haie, la blancheur de sa chemise servit de point de mire aux ennemis. Mercier tomba mort, percé d'une balle au cœur. Le lendemain son cadavre fut transporté à Loudéac et déposé sur les marches de Péglise, en attendant l'inhumation.
Quand Georges apprit la mort de Mercier, l'éclat de sa don-
leur fut sans bornes. Il donna, puis il rétracta l'ordre de mettre le feu au village où il avait été livré. Il interdit sa présence à ceux qui l'avaient abandonné, et ce fut longtemps après qu'on put le faire revenir sur cette décision. Puis vinrent les larmes et les cris de douleur qui se prolongèrent fort avant dans la nuit.
Le lendemain, il n'eut qu'un désir, voir immédiatement Lucrèce. Elle seule pouvait, en effet, apporter quelque consolation à l'immensité d'une telle douleur.
Voici le texte même de la lettre qu'il écrivit à la famille de Mercier, sous le coup de cette première impression :
« Ma chère tantine,
Il Je vous écris l'âme oppressée de douleur. Jonatbas, le « seul ami que j'avais sur la terre, n'est plus... Il est mort en 11 servant sa religion, son roi et son pays., plein de gloire et H de vertu ; c'est toute la consolation qui me reste .
« Tout ce que vous auriez pu attendre de votre trop heu- « reux neveu, attendez-le de moi. Je le nomme trop heureux... « hélas! il est maintenant au ciel, et nous restons sur cette terre, « malheureux, chargés de sauver tous nos amis.
« J'ai le plus grand besoin de parler à Lucrèce (elle mecon- « nait), qu'elle amène avec elle la petite fille de Jean-Marie. « Je regaide comme impossible l'arrivée du jeune Jonatlias ici ; a ainsi, qu'il reste che/. lui jusqu'à nouvel ordre, mais que Lu- II crèce arrive... Kncore une fois, elle me connaît, et le voyage ei ne peut l'inquiéter.
■I Si, à son arrivée, je suis encore de ce monde, le porteur Il la fera conduire au lieu où j'habite, quoique la conduite or- « dinaire puisse trouver quelque chose d'étrange h l'arrivée Il de Lucrèce ici, qu'elle y vienne- ! Llle me connaît; peut-être Il est'ce là la dernière volonté d'un frère qui mérite tant d'être « obéi.
« Kiicore une lois, niallienriMi>c iamilli', n'alttMidrz pas de Il moi la consolation ; je perds le seul ami que j'avais sur la • terre; j'attends Lucrèce... immédiatement.