‹ Georges Cadoudal et la chouannerieChapitre 57 sur 99 · DERNIERS MOMENTS ET MORT DE GEORGES · texte numérisé non relu

DERNIERS MOMENTS ET MORT DE GEORGES

u mais (roji paresseux pour être instruit; il ne lit pas, et de- I' puis qu'il est toujours collé aux jupons de sa femme, ce n'est " pas un homme ; il ne voit plus que par les veux de sa Femme " et de sa belle-mère qui l'auront compromis dans toutes ses « dernières intrigues. Dites donc, Bourrieime, il est assez sin- ;;ulier que ce soit moi qui lui aie conseillé le mariaf;e qu'il a " Lut; on m'avait dit que mademoiselle Hulot était une créole, « et je crus qu'il trouverait en elle une autre Joséphine; je

I me suis furieusement trompé. Ce sont toutes ces tricoteuses " qui l'ont éloigné de moi, et j'en suis fâché, quoiqu'il soit " lieancoup au-dessous de sa réputation. Vous rappelez-vous Cl que je vous dis, il y a plus de deux ans, que Moreau vien- « ih\iit un jour se casser le nez contre la porte des Tuileries?

1 n'y a pas manqué, et c'est sa faute; car, pour moi, vous > avez été témoin de tout ce que j'ai fait pour me l'attacher. . Vous vous souvenez de l'accueil que je lui fis à la Malmaison; « au ]8hrumaire,je lui confiai la garde du Luxembourg, et il '. if'iiiplit bien mes intentions. Depuis, il ne m'a témoigné que « lie l'ingratitude; il a été fourré dans tous les propos de cail- " littes, il a blâmé tous mes actes, tourné en ridicule la Lé- ' ;;ion d'honneur. Des intrigants ne lui ont-ils pas mis en tète . (|ue j'étais jaloux de lui? Vous en savez quelque chose. Vous

II iivez vu tout aussi bien que moi comment sa réputation a été « faite par le Directoire, effrayé de mes succès en Italie, et i< (]ui, à cause de cela, voulut qu'il y eût dans l'armée un gé- « néral qui balançât ma renommée. Je suis sur le trône, et le «voilà en prison. Vous avez vu tous les rapports qui m'ont « été adressés sur les clabauderies continuelles de sa famille « contre moi; ils en ont fait un mécontent, tandis que je l'au- « rais si bien traité s'il se filt attaché à moi. Je lui aurais sans « doute donné le titre de premier maréchal de l'F.mpire; mais Il que pouvais-je faire? Il dépréciait sans cesse mescampagnes « et mon gouvernement. Tous ces rapports ont passé sous vos • veux, etje ne vous ai pas caché l'humeur que cela me causait. « Du mécontentement li la révolte il n'y a souvent qu'un pas. Il surtout lorsqu'un homme d'un caractère mou obéit à l'in-

K fluence des coteries ; ainsi donc, quand on me dit pour la B première fois que Moreau était compromis dans la conspiran tion de Georges, mon premier mouvement fut de le croire; « pourtant j'hésitai à le faire arrêter, je ne m'y déterminai qu'a- « près avoir consulté mon conseil. (Juand les membres en fu- 11 rent réunis, je fis mettre toutes les pièces sous leurs yeux, je «leur demandai de les examiner mûrement; je leur dis qu'il » ne s'agissait pas d'une petite affaire, et j'exigeai d'eux qu'ils î « me dissent franchement s'il y avait contre Moreau dos charges « assez fortes pour une condamnation à mort. Les imhéciles ! 11 Leur réponse fut affirmative, je crois même qu'elle fut una- 11 nime; alors je laissai aller la procédure, car il n'y avait plus 11 à reculer. Je n'ai pas besoin de vous dire, Bourrienne, que Il jamais la tête de Moreau ne serait tombée sur un écliafaud: " bien certainement je lui aurais fait grâce; mais placé sous Il le coup d'une condamnation capitale, il n'eut plus été dange- Il reux, et son nom aurait cessé d'être un drapeau pour les Il grognards de la république, ou pour ces imbéciles de roya- « listes. Si le conseil eût élevé des doutes sur la culpabilité de 11 Moreau, je l'aurais fait venir, je lui aurais dit que le soup- « çon qui [)esait sur lui suffisait pour que nous ne puissions 11 plus vivre ensemble; qu'il ferait bien de voyager en Europe Il pendant trois ans; qu'il pouvait prendre le prétexte de visi- II ter les champs de bataille des dernières guerres; que s'il Il préférait une mission extraordinaire, je la lui donnerais avec Il tout l'argent qu'il voudrait; que pendant ces trois on quatre Il années, le temps, ce grand maître, arrangerailtout. Mais ces Il animaux me déclarent qu'il ne peut se soustraire à une con- II damnation capitale; que sa complicité au premier chef est évi- II dente, et voilà qu'on mêle condamne comme un voleur de mou-' Il choirs. Que voulez-vous que j'en fasse? Le garder? Ce serait « encore un point de ralliement. Qu'il vende ses biens, qu'il Il quitte In France. Qu'en ferai-je auTeinple?J'enaiencoreasscz Il sans lui... lùicore si c'était la seu le granile faute qu'ils m'eussent « fait faire!... — Sire, comme vous avez été trompé! — ()h! Il oui, je l'aiété.niaisje nepuispastoul voiravec niesdcuxyeux."

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« A cet endroit de notre conversation, dont je supprime le plus possible la part que j'y pris, je pensai que dans les derniers mots de Bonaparte il avait voulu faire allusion à la mort du duc d'Enghien, et qu'il allait m'en parler; mais il ne nie dit pas un mot de ce prince, ni rien qui eût plus directement rapport à lui, et revint encore sur le compte de Moreau. « Il s'est bien trompé, reprit l'Empereur, s'il a cru n que j'avais quelque animosité contre lui. Dès qu'il a été ar- . rété, j'ai envoyé Lauriston au Temple, je l'ai choisi parce " qu'il est d'un caractère doux et conciliant; je l'ai cbargé de i> dire à Moreau qu'il avouât seulement qu'il avait vu Pichegru, 1. et que je ferais suspendre toute la procédure à son égard. Au lieu d'accueillir comme il aurait dû le faire cet acte de générosité, il me répondit avec hauteur; il a fait le fier tant '■ que Pichegru n'a pas été arrêté, mais ensuite il lui a bien " fallu baisser le ton. Il m'a écrit sur sa conduite antérieure n une lettre d'excuses que j'ai fait joindre aux pièces de la pro- « cédure. Il s'est perdu par sa faute; e(, d'ailleurs, il faudrait « des hommes autrement trempés que Moreau pour conspirer « contre moi. Tenez, par exemple, il y a parmi les conjurés un « homme que je regrette; c'est Georges. Celui-là est bien «trempé, entre mes mains un pareil homme aurait fait de * grandes choses. Je sais apprécier tout ce que vaut la fermeté K de son caractère, et je lui aurais dornié une bonne direction, n Je lui ai fait dire par Real que s'il voulait s'altaciier à moi, « non-seulement il aurait sa grâce, mais que je lui aurai.* 0 donné un régiment. Que sais-je? je l'aurais peut-être pris i< pour aide de camp. On aurait crié; mais cela m'eût été, « [larbleu, bien égal. Georges a tout refusé, c'est une barre de « fer. Qu'y puis-je? il subira son sort, car c'est un homme « (rop dangereux dans un parti; c'est une nécessité de ma « |)(>sition. Que je ne fasse pas d'exemples, et l'Angleterre va i> me jeter en France tous les vauriens de rémigralion; mais, " patience, jialience! j'ai les Lras longs, et je saurai les attein- « dre, s'ils bougent.

«Moreau n'a vu dans Georges qu'un brutal; moi, j'y vois

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c< autre chose. Vous devez vous rappeler la conversation que «j'eus avec lui aux Tuileries, vous étiez avec Rapp dans la « pièce à côte'. Je n'ai pu parvenir à le remuer. Quelques-uns « de ses camarades furent émus au nom de la patrie et de la « gloire, mais, pour lui, il resta froid. J'eus beau tàler toutes " les fibres, parcourir toutes les cordes; ce fut en vain, je le Il trouvai constamment insensible à tout ce que je lui disais. « Georges ne parut alors à mes yeux que froidement avide du « pouvoir, il en demeurait toujours à vouloir commander les « Vendéens. Ce fut après avoir épuisé tout moyen de concilia- « tion que je pris le langage du premier magistrat. Je le con- " gédiai en lui recommandant surtout d'aller vivre chez lui. Il tranquille et soumis, de ne pas se méprendre sur la nature de " la démarche que j'avais faite vis-à-vis de lui, de ne pas attri- II buer à la faiblesse ce qui n'était que le résultat de ma modéra- " tion et de ma force : Dites-vous bien, ajoutai-je, et répétez Il à tous les vôtres que tant que j'aurai les rênes de l'autorité. Il il n'y aura ni chance ni salut pour quiconque oserait con- II spirer. Je le congédiai alors, et la suite a prouvé si j'avais « raison de lui recommander de se tenir tranquille. Real m'a Il dit que quand Moreau et lui s'étaient trouvés en présence Il avec Pichegru, ils n'avaient pu s'entendre, parce que (leorges Il ne voidait pas agir autrement que pour les Bourbons. Kh Il bien, il avait un |)lan, mais Moreau n'en avait aucun : il voun lait renverser mon pouvoir sans savoir ce qu'il mettrait ;"* ma Il jilace. Cela n'avait pas le sens commun. "

Tel était le langage de Bonaparte dans son intimité, alors qu'aucun motif, qu'aucune passion ne venaient en altérer la sincérité ; mais qui ne sait qu'il en avait toujours, et que ce langage variait, selon qu'il s'adressait au public ou fi ses confidenis, et qu'il était toujours en vue d'un effet à |)roduire? Ainsi, à partir <le 18)4, ses appréciations sur Georges se modifient. Importuné, irrité du bruit qui se fait autour do son nom, des honneurs rendus à sa mémoire, des litres de noblesse donnés ù sa tamillc, il prend un autre ton en jiarlant de lui; il s'efforce d'être injurieux et flétrissant pour son ancien adversaire, dans

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Tempérance que ces injures rejailliront jusque sur le trône des Bourbons.

A Sainte-Hélène, il lisait les Mémoires de Ch. de Fleury, qui jconfirme en ces termes le bruit universellement répandu que Bonaparte avait offert à Georges sa grâce au fond de son cachot : « On m'a assuré que trois fois il fit offrir sa grâce à Georges, s'il promettait de ne plus conspirer, n

En regard de la page on trouve, dans les notes annexées à ce^ Mémoires, cette réponse qui donne un démenti à un fait parfaitement avéré :

" Le fait est faux; Georges était une bête féroce couverte de crimes; il fallait en purger la terre. »

Ce n'est pas la première fois que Bonaparte employait un pareil jugement, qui ne diffère pas de ceux auxquels il avait recnurs dans ses lettres à BernadoUe et à Foucbé. Mais alors, du moins, la calomnie s'adressait à un adversaire actif et vivant qui avait donné maintes fois des preuves de sa pui.ssniice. Ici, elle ne pouvait frapper qu'un tombeau élevé par i; m.iparte lui-même. Et, dans ces circonstances, un tel jugeliiiiit ne juge que celui qui l'emploie.

I ^eorges s'était ouvertement déclaré l'ennemi de César. Or, au fond de tout césarisme se trouve le mépris de l'homme ou du moins le mépris des hommes au profit de l'homme nécessaire, de riiomme-messie, du génie conducteur.

Tout doit céder à cette personnalité envahissante. Malheur à qui se trouve sur son chemin!

Quelle colère! quelles injures contre tout ce qui lui fait obstacle!

Bonaparte trouve devant lui la puissante personnalité de Cadoudal : cela le met en fureur. G'e>t une " béte féroce » , un « malotru » , un « misérable h ; il faut « le tuer » .

Tout doit s'incliner devant César. Tout obstacle doit être renversé. Si c'est un homme, il est digue de mort.

Ausïi, voyez comme tout s'agenouille et s'abaisse! Les jacobins se font sénateurs, et les émigrés sont atteints de la rage d'être « chambellans »...

GEOnGES (.ADOUDAL.

«Bonaparte, disait madame de Staél , voulait faire des hommes une monnaie qui ne reçoit de valeur que de l'empreinte du maître. » Mais Georges était pétri d'une pâte trop peu malléable pour recevoir une pareille empreinte.

Lui et ses Bretons étaient une forêt de chênes qui n'était pas d'humeur à se coucher d'elle-même à terre pour laisser courir la tempête.

Les révolutionnaires n'eurent point ce haut désintéressement et cette fermeté de résistance. Le terrible Santerre, dit Edgar Ouinet, devient le plus doux des hommes, lorsqu'il est rente par le premier consul. A peine Boucher de l'Oise, Ahbit et tant d'autres, tous ces hommes de fer, ont-il senti le joug, que les voilà les plus souples des fonctionnaires de l'Empire, et il en est de même de Drouet, d'Hugonin, etc.

Celte souplesse des républicains devant l'Empire fait encore mieux ressortir l'indomptable énergie de Georges et de ses compagnons, auxquels la force de leurs convictions ne laissait d'autre alternative que de vaincre ou de tomber victimes de leur résistance.

Après les plaidoiries des défenseurs , la parole fut donnée suivant la forme ordinaire à chaque accusé. Après avoir réfuté en quelques mots trois ou qu;ilre points secondaires de l'accusation, Georges ajouta :

« Tous ces accessoires étant écartés, je vais aborder avec « franchise et loyauté le véritable point de la discussion. " Toujours attaché à la France et à la famille de Bourbons, « près de deux années jiassées paisiblement dans les campan gnes de l'Angleterre ne m'avaient pas refroidi. Toutes les 11 nouvelles que je recevais de la France m'annonçaient que 11 l'opinion publique était cxtrêniemcnt |)rononcéc, que le vœu Il le plus ardent des Français était de voir renaître le gouver- 11 nenient d'un seul, et de li; voir se concentrer dans une seule iifamilli'; qu'un n"ain:iil pins à ci ;imuIi r ilr bonlcvcisrnii'nt :

n au m eut ilu Ir.iilii d'AmiiMis je ii'i|;norais pas qu il avait

« été (lur^limi (le piociauier JUinaparle cnq>ereur. D'après ces B nouvelles ji' me (li|<Tnuni' à pasM-r eii l'"r;uu"c, et h voir par

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