‹ Georges Cadoudal et la chouannerieChapitre 58 sur 99 · DERNIERS MOMENTS ET MORT DE GEORGES · texte numérisé non relu

DERNIERS MOMENTS ET MORT DE GEORGES

1 moi-même si l'esprit puhlic e'tait re'ellement tel qu'on l'avait annoncé être.

Je me rendis à Paris avec six autres personnes. Je pris différentes informations. Mes opinions, en débarquant en France, étaient d'examiner s'il n'était pas possible de faire t'iurner cette opinion, fortement prononcée, en faveur de la

■ famille des Bourbons.

' .Si j'avais cru cette opinion favorable à cette famille, j'aurais aussitôt envoyé chercber un prince français; et, à son

■ ^irrivée, on eût calculé les moyens qu'on a jugés nécessaires « pour arriver au résultat désiré. Mais, trompé dans mes espé- .. rauces, je n'avais pas encore envové chercher ce prince « français et n'avais pas réuni six hommes. Voilà la vérité ■• entière, et personne en peut avancer le contraire. Ceux qui <i ont débité qu'un prince français était sur les bâtiments qui

■ imt paru à Biville en ont imposé. Les espions français qui - jif iivent être à Londres ont, je ne doute pas, déjà donné au

"..nvernement français la certitude que cette assertion était i>se. Je vous le répète, voilà la vérité entière. Je ne sais 1^ s'il existait dans celte affaire des caractères d'après lestls on constitue une conspiration. Je ne connais pas les :' lois; ainsi, je ne dis pas s'il y a ou s'il n'y a pas de conspira- (1 tion. Vous les connaissez, messieurs; je laisse à vos con- « sciences d'en décider. » Ces consciences décidèrent, et le 9 juin Is cour rendit son arrêt : Coucherv, l'abbé David, Hervé, le Noble, R;iliin de la (Irimaudière, Noël Ducorps, Dalry, Rven, Troche père, Trocbe fils, Monnier, Verdet, Spin, Dubuisson, Caroii, Gallais, Denand; les dames Monnier, Dubuisson, Gai- Jais, Denand furent acquittés.

Moreau, Jules de Polignac, Louis le Ridant, Rolland et Marie Hizay furent cond imnés à deux ans de pri->oii. Tous les autres furent condamnés à mort. Charles d'IIozier, Husillion, Rochelle, Armand de Polif;nac, de Rivière, Lajolais, Armand (î.iillnid virent leur peine commuée en celle de quatre ans de déportation, traduite par la détention dans une prison d'Etal. Tel fut le verdict et telles

furent les commut.itions de peine. Ces dernières étaient dues surtout au désir de Bonaparte dattirerà lui l'ancienne noblesse. Coster seul, qui appartenait à cette caste, ne fut pas épargné; les sanglantes injures qu'il jetait à la face de Thuriot en sont une des principales causes.

M. le colonel Armand Gaillard, auquel le général Joseph Cadoudal s'adressa jiour avoir des renseignements exacts sur les derniers moments de Georges, lui répondit la lettre suivante :

.. Ile d'Oléron, 24 juillet 1824.

« J'ai rei'u voire lellre, mon cher colonel, et je m'empresse Il de vous adresser, sur les derniers momenls de votre illustre « et infortuné frère, les détails que vous me demandez, quoi- " qu'ils me rappellent de pénibles souvenirs, et que le temps « qui s'est écoulé depuis celte époque fatale en ait effacé plu- " sieurs de ma mémoire.

B Votre frère fut arrêté avant moi. L'ayant été moi-même « quelques jours après, je lui fus confronté au Temple en pré- « sence de Thuriot, qui remplissait les fonctions de juge d'in- II slruction, et qui déjà l'avait fait comparaîlre un grand « nombre de fois. Fatigué des questions interminables que lui Il adressait cet homme, il lui dit : Je n'ai point fait de déclara- II lions, et je n'en veux faire aucune; je désire donc que vous Il me laissiez en repos. Vous avez voté la mort de voire roi; Il et si vous étiez tombé en mes mains, votre procès eût été « bientôt fait : agissez-en de même avec moi

11 Thuriot, avec ce rire sardoniquc, ordonna aux gendarmes Il de le reconduire.

Il L'insti'uclion terminée, nous filmes transférés à la Con- 11 ciergerie, et le pioces conunença. Votre frère mit beaucoup Il de dignité et de njodération dans sa défense, et Bonaparte, 11 qui craignait' apparemment qu'il ne se laissât entraîner l'i des 11 léilcxious olfciisantes jiour lui, lui Ht témoigner, par l'inler- 11 ninliairr île Mural, combien il étiiit louehé de celle reteiuie. Il et l'ullieier >u|)irieni- charge de ce message ajouta que cette

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" conduite avait inspiré tant d'estime à celui qui venait n d usurper l'empire, que, dans les bonnes dispositions où il « était, il ne doutait pas qu'il accordât la grâce à votre frère, « s il la sollicitait. Mais il s'y refusa absolument et me dit en

« particulier : « Ce b voudrait m'avilir avant de m'assas-

.' siner. » L'officier insistait, et lui représenta que s'il ne voun lait rien demander pour lui, il pouvait écrire en faveur de Il ses compagnons d'infortune, auxquels cette démarcbe pour- " rait être utile. Il y consentit quoique avec répugnance, et n me pria d'écrire sous sa dictée.

" Il m'est impossible de me rappeler exactement comme Il cette lettre était conçue; elle portait la substance que, si « Bonaparte était réellement dans l'intention d'user dhu- « nianité envers ceux qui étaient en son pouvoir, il regardait Il comme une faveur ce qu'il ferait pour ses amis et ses offi- 11 ciers; que, quant à lui, personnellement, il ne demandait, « ni ne désirait et n'attendait rien.

Il Nous aimions tant votre frère, mon ami, que nous espé- <i rions que Bonaparte, dans les circonstances oîi il se trouvait, « voudrait peut-être faire parade de générosité; mais le grand a homme prétendu se montra toujours petit, toutes les fois « qu'il était question de pardonner une offense personnelle, et « votre frère le connaissait mieux que nous.

a Ramenés à la Conciergerie pour entendre la lecture de nos «lettres de condamnation, le jour même de l'exécution de K mes malheureux amis, j'osai demander au capitaine Laborde, Il chargé de notre surveillance, des nouvelles de votre frère; il Il me répondit : // a dormi celle nuit plus tran//uilli'ineut que

« moi Sa conscience était pure, mais Laborde ignorait le

(I nom même de conscience.

11 L'on nous fit attendre longtemps : le sang de nos amis « coulait. Nous le savions; les monstres avaient eu soin de ne « pas nous le laisser ignorer. Nous étions plongés dans un « somijre désespoir <

Ainsi voilà un témoin absolument irrécusable qui atteste les démarches faites auprès de Georges [)ar ordre de Bonaparte

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pour l'engager à demander la vie. Celait là toujours le point où Napoléon voulait amener son adversaire, sachant bien qu'il n'y a de véritable victoire que celle qui force l'ennemi à s'avouer vaincu :

« A le bien prendre, dit Montaigne, c'est en ce seul point Il que consiste la vraye victoire. »

Nulla est Victoria major,

Qciam qu.T confesses animo quoque siibjiigat hostes.

Il n'y a de véritable victoire que celle qui force renneuiî à s'avouer vaincu.

(Ci,*i:Dirs.)

n Les Hongres très-belliqueux combattants, ne poursuyvoient « iadis leur pointe ouitre ces termes, d'avoir rendu l'ennemy à il leur mercy : car, en ayant arraché cette confession, ils les Il laissaient aller sans offense, sans rançon; sauf pour le plus Il d'en tirer parole de ne s'armer dès lors en avant contre 11 eulx. »

Georges et Napoléon étaient l'un et l'autre imbus de cette doctrine; aussi ne restait-il au premier qu'à mourir et au second qu'à faire mourir son adversaire. Najioléon exigeait tjue Georges, pour avoir sa grâce, s'inclinât devant son pouvoir, qu'il le recoiuiùt : en un mot, qu'il s'avoiuit vaincu.

Mais le rude Breton comprit que c'était là se rendre à la merci de son vainqueur; c'est là toute l'explication de sa résistance. Il ne voulut pas rendre son épée; au joug il préféra la mort. Gloire à lui!

Même quand, pour lui, l'avenir n'existait plus, Georges y pensait toujours pom- les coinpngnons de ses épreuves. Sachant que d'IIozier devait obtenir une comnnitation de |)('inc, il le |)iil à part et lui dit : « Mon ami, vous verrez peut-élro Il Louis XV'III sur son trône, dites-lui alors que ce (ju'il peut Il bien faire de mieux en souvenir de moi, c'est tie bien recon- II naître les services de mes fidèles camarades. »

lui rentrant dans la prison, Georges dit à M. de lliviérc : « Nous avons terminé avec le Hoi de la terre, maintenant il faut 11 nous nirttre m lègle avec h; l!oi du l'irl; vous avez une .su'iir

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