CONSTITUTION CIVILE DU CLERGÉ
La constilulion civile du clergé a été la cause déterminanle de tous les troubles qui ont agité la Bretagne à la fai du dernier siècle. Sans cette entreprise tyrannique contre la conscience du clergé et des fidèles, la Bretagne tout entière et le pays de Vannes en particulier seraient selon toute apparence demeurés spectateurs paisibles des événements.
Beaucoup de parties de la province eussent même accepté la Révolution comme une délivrance et comme un bienfait. S'il en a été autrement, si des populations qui n'avaient qu'à gagner aux réformes sociales de 1789 se sont élevées avec fureur contre la Révolution, si elles ont engagé contre elle une lutte dont les sanglantes péripéties se sont prolongées pendant dix ans, il n'en faut accuser que les persécutions dont elles ont été victimes. Aussitôt qu'on a attaqué leurs organes, aussitôt que le schisme et l'hérésie ont porté leurs mains sacrilèges sur les sanctuaires et les ministres de leur Dieu, ces populations se sont détournées d'une révolution qui ne leur n|)porlait certains avantages matériels qu'en échange de leur foi, (pi'au |>rix d'intérêts bien autrement chers à leurs yeux, des intérêts supérieurs de leur conscience et de leur àme.
l'iacé enlie le |)iuli des privilèges et le parti philosophique (|ni ne demandait la réforme des abus que pour arriver plus facilenienl à la destruction de la religion nationale, le peuple breton sacrilia ses antipathies pour sauvegarder sa conscience,
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et ne voulut pas d'une liberté qu'on lui offrait en échange de SI Fui.
Nous l'avons vu prendre une part active aux premiers événements de 1789 : depuis la réunion des états généraux, il i était vivement attaché aux scènes dont rassemblée de Versailles était le théâtre et dont le dimanche, au prone, le clergé paroissial lui exposait les émouvants détails '.
Les premières entreprises de l'Assemblée constituante contre les droits et la liberté de l'Église ne tardèrent pas à refroidir singulièrement l'enthousiasme des premiers jours. Cependant, tant qu'il ne s'agit que de l'abandon des privilèges pécuniaires du clergé, de l'abolition des dimes et du casuel, la réaction, malgré l'iniquité de pareilles mesures, fut très-modérée'. Ces lois spoliatrices qui portaient atteinte à des droits et des fondations bien des fois séculaires, qui frappaient surtout les pauvres et tarissaient une source abondante de charité, passèrent presque inaperçuesdansle pays commedansTassemblée, à la faveur de l'entraînement universel qui avait inspiré les sacrifices de la nuit du i août. La suppression des vœux monastiques eux-mêmes et la disparition des communautés d'hommes furent accueillies assez froidement en Bretagne par les fidèles scandalisés du relâchement qui s'était introduit à cette époque chez beaucoup de religieux. ^lais il était facile de voir que ce n'était qu'un premier pas. Une assemlilée imbue dans sa grande majorité des doctrines des légistes parlementaires unies à tous les préjugés, à toutes les haines des sectes philosophiques, ne pouvait s'arrêter en si beau chemin. Elle devait marcher jusqu'au bout dans une voie qui conduisait nécessairement au bouleversement de la hiérarchie catholique, au schisme, à Thérésie, et finalement h la destruction violente de tout culte et de toute religion positive.
Quand les fidèles des différents diocèses bretons virent
' Lctii'i- de 1.01 icnt au recteur de I'l(f iiiciu'. (Pièces jusliticatives.) ^ Le cleryr lui-ménic accepta avec joie la réduclioii de ses |irivilégC3 pécuniaires. (VuirLALi.ii-:, p. 85 et 187).
Ifi GEOrGES CADOUDAL.
l'Assemblée constituante, après avoir envahi les biens temporels du clergé, usurper le?droits spirituels de lEglise et porter une main sacrilège sur l'arche sainte elle-même, sous prétexte de ramener la discipline ecclésiastique, leur opposition aux entreprises révolutionnaires s'accentua avec énergie, le clergé de second ordre se rapprocha de ses évéques, le peuple des campagnes s'unit à ses pasteurs pour repousser et combattre une loi qui, sous le nom de coiistilution civile du clergé, houleversait de fond en comble la discipline et la hiérarchie religieuses.
Telle fut la véritable, la première, sinon l'unique cause de la guerre civile en Bretagne.
Tout a été dit sur la constitution civile du clergé. OEuvre d'usurpation éclatante du pouvoir civil sur les sociétés ecclésiastiques, cette loi élaborée par des hommes sans mandat religieux et sans mission, pleine de préjugés et de fiel , fut peut-être l'acte le plus significatif, le fait le plus important et le plus fatal de la Révolution française. Apres avoir ravalé le prêtre au niveau d'un simple fonctionnaire salarié comme les autres et préposé aux choses du culte et de la morale, elle refondait toute la constitution de l'I^glise sur le type de l'administration civile. Sans l'assentiment de l'Eglise, elle supprimait le titre d'archevêque, les dignités, canonicats , prébendes, abbayes, remaniait les évèchés en donnant aux diocèses la même étendue et la même limite qu'aux départements : quarante-huit sièges épiscopaux disparaissaient dans (~e remaniemenl. Défense était faite à l'évéque nommé de « s'adresser au Pape |)our en obtenir la confirmation » ; il ne pouvait que lui écriie en témoignage de l'unité de foi. Même défense au métropiilitain ou h l'archevêque d'exiger des évêques ou curé> nouveaux d'autres serments sinon qu'ils font partie de l'Eglise catholique, apostolii^ue et romaine. Ainsi toute hiérarchie élail i)risée, toute subordination cessait dans l'Eglise. La loi émancipait le curé de l'évéque et l'évéque du Pape : la France était ji'tée dans le prc>bytériaiiisme. Couinu- dans les églises prc^llVlt''^i^'nll^^ le peuple choisissait ses ministres, révé(pi(" élail
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nommé par les électeurs du département, le curé par les électeurs du district qui n'étaient pas tenus d'appartenir à la même commune que l'élu. L'assemblée électorale pouvait être composée en grande partie de protestants, calvinistes ou luthériens, comme à Nimes ou à Strasbourg; ou d'une majorité ouvertement hostile à toute religion et fournie par les clubs. C'était là toute une révolution, analogue à plusieurs points de vue à celle qui eut lieu au seizième siècle dans l'Eglise d'Angleterre. Cependant l'Assemblée constituante exigea pour son œuvre une obéissance passive. Tous les ecclésiastiques anciens et nouveaux, archevêques, évéques, curés, prédicateurs, aumôniers, directeurs de séminaires, professeurs de collège et jusqu'aux simples instituteurs de village, durent lui prêter un serment solennel, dans l'église, en présence « du conseil général de la commune et des fidèles» . Ceux qui ne prêtèrent pas purement et simplement le serment requis étaient déclarés Il réfractaires » et destitués de leurs fonctions, poursuivis comme perturbateurs de l'ordre, condamnés comme rebelles à la loi, privés de tous leurs droits de citoyens actifs, déclarés incapables de toute fonction publique. Les simples citoyens eux-mêmes réfractaires au serment furent exclus des administrations et offices publics, des élections, même ecclésiastiques. B Admirable loi, dit M. Taine, qui, sous prétexte de « réformer les abus ecclésiastiques, met tous les fidèles ecclé- " siastiques ou laïques hors la loi ' ! •■
L'Assemblée vota dans sa séance du 12 juillet IT'.iO cette loi néfaste (]ui atteignait au comble de l'insanité. Attirant sur notre j)avs les plus grands malheurs, elle rouvrit l'ère sanglante des persécutions, et porta un coup mortel à la cause de la Révolution française.
Du moins ne ])assa-t-elle pas sans soulever de vives protestations.
Trois prélats seulement, connus pour leur incrédulité et leurs mauvaises mœurs : Talleyraiid, évéïpe d'Antun; Loménie de
' U lU-rolulwn, |);iill. Tai.nk, t. I". p. 237.
IS GKORGES CADOIDAL.
Brienne, archevêque de Sens, et l'évêque d'Orléans, prêtèrent le serment exigé '. Cent trente-quatre archevêques, évêques ou coadjuteurs adhérèrent à VE.iposition des principes dirigée contre l'o'uvre de l'Assemblée constituante par les prélats qui en faisaient partie. Cette exposition, chef-d'œuvre de science ecclésiastique et de discussion lumineuse, ne tarda pas à obtenir l'adhésion d'une multitude de chapitres et la signature de la grande majorité des curés. Elle devint ainsi l'expression manifeste des doctrines de l'Eglise gallicane, qui allait bientôt les sceller de son sang.
Mais une condamnation suprême manquait à la constitution civile du clergé.
Le pape Pie VI, qui avait déjà prémuni le Roi contre un projet si fatal à l'Églii-e, avait cru devoir suspendre ses foudres par esprit de modération et de sagesse. Mais quand il vit que, malgré les réclamations de tout le clergé, la loi était promulguée et exécutée dans toutes les parties du royaume, il lulniina l'anathème sous la forme de deux brefs (10 mars et 13 avril 1791) adressés aux évêques députés à l'Assemblée nationale, à tous les cardinaux, archevêques, évêques, au clergé et au peuple de France.
Dans le bref du 10 mars, le Souverain Pontife comparait ce qui se passait en France avec la persécution religieuse du royaume d'Angleterre sous Henri II et Henri VIII : dans le bref du 1.3 avril il déclarait que la nouvelle loi n'était qu'un impur rainas d'erreurs et (f/ieresies, il suspendait de l'exercice de toutes fonctions ecclésiastiques les cardinaux, évêques, abbé.--, vicaires, chanoines, curés, prêtres réguliers et séculiers qui avaient prêté ou prêteraient le serment civique; il ajoutait que si ses monitions paternelles restaient sans effet, les assermentés seraient séparés comme schismatiques de la communion de ri'glisf universelle.
Cette condamnation solennelle et rtii^olue e(iii|iait court à (onlo éi|iii\ ciciiie. I,e caractère hchl.sniatique <le la nouvelle loi
' (inlii-l, cvi'(|iii< itu l.yilila \ni'l^ i'-|;iili'iii('iil mi iiic-iil , in.iln il ii'il.iil |ins l'rnnriiit, Vuii' li:> Memuiics t\f Nlioi.