CONSTITUTION CIVILE D L' CLERGE
était clairement établi; aussi les ecclésiastiques qui avaient fait le serment n'avaient-ils plus aucun préteste de persévérer dans leur erreur. Il y eut des rétractations nombreuses, éclatantes, et d'autant plus courageuses qu'il y allait de la vie. On le vit bien en septembre 179i.
A la nouvelle de ces brefs, les sectaires poussèrent des cris de fureur. Leur langage envers la cour de Rome avait été jusque-là empreint d'une certaine retenue ; mais dès qu'une condamnation solennelle de leurs principes eut été lancée du haut du Vatican, leur haine contre l'Eglise ne connut plus de bornes, et bientôt ce fut le pouvoir et l'autorité du Saint- Siège lui-même qu'ils mirent en question. Us commencèrent par traiter de calomnies, " car, di>aient-ils, il faut enfin appeler les choses par leur nom ' » , toutes les accusations de Pie YI. Le constitutionnel janséniste Camus prit la plume pour démontrer B à ses concitovens le vice des actes pontificaux, leur nullité absolue, la continuité des entreprises de celte cour ambitieuse qui ne cessa jamais d'être ennemie dune église éclairée et libre » . De sa propre autorité, il déclara les censures prononcées par le Vicaire de Jésus-Christ supprimées et non avenues.
Les ré[)Iiques ne firent pas défaut à Camus, qui, de son côté, trouva des avocats pour défendre sa cause. Le feu des brochures préluda au feu de la guerre civile. Deu.t partis fort inégaux par le nombre se formèrent au sein de l'Eglise de France, et se livrèrent à une polémique enflammée qui retentit brusquement jusque dans les moindres j)resbyteres.
En lirelagne, l'épiscopat fut unanime dans sa répulsion. M(ir de la Marche, évéque de Léon, publia contre la constitution civile une lettre dont le retentissement fut considérable, et contribua pour une grande part à accentuer la résistance contre les assemblées départementales qui, dans toutes les parties de la Bretagne, étaient plus ou moins infestées de l'esprit révolutionnaire et voltairien. Ces administrations
' Libelles de Cainuj.
avaient pour ministère de faire exécuter la loi, cest-à-dire de dissoudre les chapitres, de procéder aux changements des vicaires généraux, d'exiger le serment des évêques et de tout prêtre ayant charge d'âmes. Elles se heurtèrent à une résistance formidable. Au lieu du serment qu'elles attendaient, elles durent se résigner à recevoir les protestations de tous les chapitres de la province contre les sacrilèges entreprises de l'autorité civile.
Le clergé des paroisses suivit, dans leur résistance, ses supérieurs ecclésiastiques.
Quelques exceptions toutefois se produisirent avec éclat.
Le siège épiscopal de Quimper étant devenu vacant par le décès de Mgr de Saint-Luc, mort le 30 septembre 1790, après avoir solennellement protesté contre les décrets de rAssemblée nationale, l'abbé Claude le Coz, principal du collège et littérateur distingué, défendit l'œuvre condamnée par son évéque, dans une brochure passionnée qui fut répandue avec profusion par la direction du Finistère. Réfutée par un savant docteur de Sorbonne, curé de Saint-Mathurin de Quimper, l'abljé Coroller, cette brochure fut suivie de plusieurs mémoires dans lesquels Le Coz s'efforçait de justifier son opinion. Ces mémoires répandus à grands frais ayant attiré sur lui l'attention des électeurs d'Ille-et-Vilaine et du Finistère, Le Coz fut successivement nommé procureur-syndic du district de Quimper et évéque de Rennes, avec le titre de mètrL)|)(>lilain du Nord-Ouest.
L'effet produit par cette polémique, écho ])rolongé des discussions de l'Assemlylée constituante, fut immense dans toute la lîretagne. Le clergé n'y présenta bientôt que deux camps ennemis, derrière lesquels se rangea la population tout entière, d'ailleurs très-inégalenient partagée. D'un côté, tout le peuple dos campagnes, les couvents de femmes, cl dans les villes, les catbnlifpu's éclairés et vraiment attachés h leur foi; de l'autre, les administrations civiles, les directions de disliicl, qucbiues religieux ilcpnis lon(;l(Mnps prévaricat(Hirs et livn's aux «'rilrafncini'nls du siècle, enfin la lMHir(;eiiisie incrédule et