‹ Georges Cadoudal et la chouannerieChapitre 63 sur 99 · N« 17 AU XOÎI DU ROY · texte numérisé non relu

N« 17 AU XOÎI DU ROY

le conseil MILrXAIRE d'aNJOU ET DU HAUT-POITOU AUX RÉPUBLICAINS

Français t'j;arés, vous nous annoncez des paroles de paix. Ce vœu est celui de noire cœur; mais de quel droit nous offrez-vous un pardon qu'il n'appartient (lu'à vous de d(Miian<Icr? 'reints du san;j de nos rois, sotiijlrs par le massacre d'un million de viciimes, par l'incendie et la dévasialion de nos propriétés, quels sont vos titres pour inspirer la confiance et la sécurité? Serait-ce lo supplice de Robespierre et de Carrier? mais la nature se soulevait indi(;née contre ces monstres. Le cri de la venj;eance publique les dévouait à la mort, en les proscrivant vous n'avez fait qu'obéir à la nécessité, l'ne faction a remplacé l'antre, et bieniôl, peut-être, le môme sort attend celle (]ui domino aujourd'hui. Serait-ce vos prétendues victoires? mais ne savons-nous pas que le mensonge préside h l.i rédaction de vos (euilles, cl qu'essuyant les plus terribles défaites, vous prenez encore le ton fastueux de vainqueurs

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PlIiCKS JISÏIFICATIVES. 365

de TEurope? Serait-ce la relaxioii de nos frères incarcérés que la ivrannie seule avait pu nous ravir, et quand vous les {jardez au milieu de vous, sans armes et sans défense, n'avons-nous pas à craindie que cette relaxion momentanée ne soit un piège tendu pour nous envelopper tous dans le même malheur?

Serait-ce en vos promesses flatteuses"? Hélas! si nous pouvions y croire, du sein de leurs tombeaux nos parents, nos amis égorgés se soulèveraient pour nous dire : a Défiez-vous du venin caché sous SCS dehors, c'est en nous promenant le salut et la vie, que l'on nous immola, le même sort peut-être vous attend. Le corps qui dominait alors règne encore aujourd'hui, son esprit est le même, il tcHil au même but, il ne fait que changer d'agents et de moyens. " Si néanmoins vos vœux étaient sincères, si vos cœurs changés tenthuent vers la paix, nous vous dirions : (. Rendez à l'héritier du dernier de nos rois son sceptre et sa couronne; à la religion, son culte et ses ministres; à la noblesse, son bien et son état; au royaume entier son anticjue et respectable constitution, dégagé des abus que le malheur de tous les temps y avait introduit. »

Alors, oubliant vos torts, nous volerons dans vos bras, confondant avec les vôtres nos cœurs, nos sentiments et nos désirs; mais sans ces conditions préalablement acceptées, nous méprisons une amitié que le crime ne doit jamais offrir à la vertu. Nous bravons vos efforts et vos menaces, aidés de nos fidèles et généreux soldats nous combattrons jusqu'à la mort et vous ne régnerez que sur la tombe du dernier d'entre nous.

Arrêté unanimement à IMaulcvrier, le 28 janvier 17SI5. L'an .T du règne de Loiiis XVIL

Siyiii' : Stofflet, (jcuér<d en chef, etc.

Le î;énéral, vu l'adresse ci-dessus, a ordonné qu'elle soit imprimée et lue dans toutes les paroisses qui comprennent l'arrondissement du Ihuit-Poitou et de l'Anjou.

Siijnc : Bernieu, curé de Saint-Lô.

(.4rcliivcs ïîe Kerléano.)

Uisloiif (/(• lu Hi'vnliilio)! r/tins les cléparteinrnls île l'ancienne Bret(i(jnc par Du C/iatellier.

Nous apprenons, par une lettre adressée de Vannes à Brue, que peu de iiiiirs après le il thcriiiidor, on comptait déjà, dans la seule ville de Vannes, .%nOémi(;rés ou chouans qui avaient subi la

peine de mort. Longtemps fusillés sur la garenne, on les avait surcessivement dirigés vers l'Ermitage et l'Armor, parce que l'administration mnnicipale se plaignit de ce que le grand nombre de victimes immolées sur la Garenne laissait le sol couvert d'une énorme quantité de sang, que les cliiens ne pouvaient épuiser, malgré qu'ils vinssent tons les jours s'en regorger au milieu des cadavres qui restaient plusieurs heures dépouillés à la vue du peuple, faute de pouvoir les enlever assez promptement pour les transporter au cimetière.

Des scrupules et de l'hésitation ne tardèrent point cependant à se manifester dans les commissions que le général Le Moine avait instituées, et il écrivait le '28 thermidor aux représentants et au général en chef : qu'il ne trouvait plus dans la garnison aucun officier pour remplacer les commissions qu'il avait été forcé de destituer. (Vol. 5, p. 159 et 1G2.)

(.Archives île Kerlffano.)

" Guerande, 26 mai I"rt3, au deuxième de la rcpub. franc, « CiTOVENS ET COLLÈGUES,

Il Je vous fait passer l'arrêté du disirict de ce jour, relatif à rétablissement d'un tribunal révolutionnaire ambulant dans les quatre districts voisins, qui ont le plus souffert de l'invasion des brigands. Je vous prie de le faire tenir, et par voie sûre, le plutôt possible aux commissaires de la Convention près de l'armée des Côtes-de-15rest, (|ui doivent être actuellement à Vannes, et d'y joindre votre adhésion, si vous jugez nos mesures convenables. Il Le suppléant tlii procureur syndic.

Il Païen. »

(Archives de K-rléaiio.)

LeUre au sujet des arrestations faites à Vannes.

Ail PeiilCoiiTeni. 2 nivembre n!)3, r«ii 2 de la népiihli-iiie.

'I Madame de Bellemèhe,

Il Les commissaires envoyés par la Conveniion, qui sont en cette ville depuis une douzaine de jours, onl siispcudu le <Iéparicment

tt ont mis tous les membres en état (rarrestation mercredi dernier. Vous pensez bien qne je n"ai pas été excepté; j'en aurais même ctr facile. Nous sommes ici dix-huit et nous en attendons encore quelques autres qui étaient absents. Nous nons sommes rendus ici •.ans contrainte et comme de bons patriotes amis de l'ordre et de Il loi, devaient faire. Nous ne nous soin mes permis ni plainte, ni murmure, nous emportons dans noire retraite le sentiment de noire innocence et les regrets de toute la ville, même des aristocrates. Les commissaires eux-mêmes nous assurent qu'ils nous croient innocents et qu'ils n'ont reçus que des éloges de noire ad- Diinistration. Jlais ils disent aussi qu'avant pris un arrêté le 2 juin (limier pour envoyer une force armée vers Paris, nous sommes ?(>iis le coup de la loi; on nous reproche aussi de n'avoir pas mis ii^sez de sévérité contre les prêtres et les aristocrates. Voilà noire crime.

" J'espère qu'il ne nous rendra pas odieux à nos concitoyens. N'ayez nulle inquiétude de moi ni de ma fille, je l'ai confiée à mademoiselle Pontville, qui a bien voulu la prendre chez elle, elle y sera môme mieux que chez moi. Elles vinrent me voir hier tontes les deux; nous vivons tons ensemble ici, et nons amusons :i--se7, bien. L'enclos est vaste et beau. Les aristocrates qui étaient i( 1 .ivant nous et ceux qu'on nous envoie tous les jours ne sont pas tiop aises de nous voir si près d'eux. Nous aurons de la peine à les [Mirioliser, mais du moins nons les faisons eudéver. Hier on nous amena tout ce qu'il y avait de nonnes en la ville et aux environs, de sorte que c'est ici la plus )olie ménagerie du monde, el à la vérité il y a de quoy s'amuser à voir toutes ces figures.

«Je vous conseille de mettre la plus g'rande circonspection dans vos lettres, car on fait des fouilles dans toutes les maisons et ou m'effraya hier en meilisant qu'on était descendu chez votre bonne amie. Je crains bien qu'on ait saisi ses lettres, parmi lesquelles on en trouvera sûrement de vous.

Il Pour moi je ne crains rien, j'ai toujours vescu et pensé de manière à ne redouier jamais l'examen de ma conduite. Mon attachement à la Constitution ne souffrira jamais d'altération d'une vexation imméritée, ce ne peut être qu'une mesure de sûreté publique qui ait déterminé notre arrestation, car je n'ai connu parmi nons de fédéralistes ni de conspirateurs, nous sommes tous de vrais patriotes bon républicains. Avec cette assurance on brave l'adversité, notre captivité ne peut être longue sans devenir injuste.

u Adieu, portez-vous bien, mille tendres amitiés à la bonne tante et à la petite Henriette. Quand vous jugerez à propos de m'écrire. adressez vos lettres à mademoiselle Poiilville sur le port, elle me les enverra. Votre fils est à Lorienl depuis saniedi dernier.

868 PIFXES JL'STIFICATIVF.S.

H Je suis, avec un respecliieiix attachemeul, votre très-obéissant serviteur.

Il Poussin. »

(Archives de Kericano.)

COPIE de la Lettre écrite par Drue, représentant cln Peuple, près les armées des côtes de Brest et de Cherbourg, à ses collèguecomposant le Comité de Salut public.

; le 26 pluviôse, l'an 3 de la république française une et indivisible.

Le 24 pluviôse je suis parti de Quiinperlé à onze heures Ju matin pour ine rendre à Ilennebont. Je niarcliois avec vinj^l-un chasseurs à cheval du seizième n''(îiment, soixante-huit grenadiers du huitième rèyinient d'infanterie, cent hommes de divers corps en cjuartier à Ilennebont, commandés par le citoyen Pianelly, capitaine au même huitième régiment; et les citoyens Lucas administrateur du département du Morbihan, Guérin, chef d'escadron de la fjenilarmcrie nationale et chef supérieur de la {farde nationale dudit déparlement du Jlorbihan, et Duporlal {gendarme à la résidence de VaiMies. Ces troupes cscortoient : 1° six prisonniers amenés du Faouot quelques jours auparavant par ordre de mon collè- (juc Guc/no, et arrêtés cojiimc avant fait partie do l'attroupeinent qui avoit allaipié ladite commune du Kaouel. L'un d'eux étoit le nommé Calan, dit Louis de IMumeliau, se faisant nonimei- par sa troupe le général Salomon. Il avoit présidé à cette attaque du Taouet. 11 a tué d'après les déclaralions reçues plus de cinquante patriotes, et a été, il y a huit ans, m'a-t-on assuré, condamné par contumace à être pendu'. 2° Une caisse contenant dix mille car-

' r.i-A homme a élc pris pni d in^(ans apns raliar,UL' du Fami.'! muni d'un fusil il deux coups, au ch/iieau de KiTclreau, commune <le Plouay. appartenant à laci>devant rouilesse de lloldéril. .t'.li les signes dislinclifs, lorilre-rcvidiillonnaires et niy.un df re commandant. Ils consistent : 1. en une épanleite en faux or qu'il avoit pri an ridevnnt curé de Tuf;ilual, ofHcier de (jarde nationale, lue par lui. 2. Lu un chapeau (;ariii d'une cocarile de soie blanche, ayant à cliaque nœud une fleiir-ile lys brodée en argent avec le nom de Jêsilt et de Marie ; une fraude de soie bhinrhe, provenant

de l'echarfie d' (licier municipal de l'onlscoilf, I enimiroil; nue croix de plomh

étoit au milieu de celte cocarde. De l'autre C(^lé du chapeau se (rouvoil un scapiilaire bordé (;drni il'une fran|;e en ar(;etit pioxenanl encore d'une antre cchnrpe. An tour de la cuve de ce chapeau éloient des plumes de pion : il avoit en patiiiche de> plumes noires qu'il avoil enlevées du chapeau d'une citoyenne qu'il avoit turc li Poutic.utï, l.e corpi de cet lioniuie ctuit ceint ilc l'echai-pe de l'olllicier iniiiiicipal de PontscorPf,

foucbes à balle. 3° Trois cents livres de cuir fort. Nous sommes tous arrivés à Hennebont vers les trois lieures et demie sans aucun accident, et sans avoir trouvé de brigands.

A Hennebont, le citoyen Raoul, substitut de l'accusateur public de la section du tribunal criminel militaire de celte armée, s'est joint à nous; nous en sommes partis tous le 25 à neuf beures du matin, après avoir encore pris, en ladite commune d'Hennebont, six prisonniers. Cependant les cent bommes commandés par le citoyen Pianelly avoient été relevés par cent autres de la {;arnison d'Hennebont, commandés par un capitaine du même builième régiment d'infanterie. La troupe marcboit militairement. Vers midi, à une petite lieue de Landévan, vis-à-vis le Trezidy-Keriagun, commune de Landaul, les grenadiers éclaireurs de l'avant-garde ont apperçu en embuscade, derrière le fossé qu'ils monloient, un nombre considérable d'hommes (que nous avons estimé être de 200 au moins) tous armés, très-bien vêtus, et presque généralement en carmagnole et pantalons bleus, dont plusieurs garnis en basane. Ceux-ci leur ont crié : Passez! mais ces grenadiers, n'entendant rien à celte capitulation, et les voyant se lever avec leurs armes, se sont mis en défense; alors les brigands ont fait une décharge qui a blessé quatre d'entr'eux, dont deux très-grièvemenl; on en désespère même. Le pas de charge a été battu sur-le-champ; les grenadiers, les chasseurs, et une partie du détachement de Hennebont, ayant à leur tête le chef d'escadron Guérin, les trois officiers de grenadiers, le citoyen Duhem commandant les chasseurs, et un officier du détachement d'Hennebont, ont avancé sur eux et les ont poursuivis républicaineinent. Malgré la fusillade vive des brigands, qui, forcés de se replier, cliargeoient et tiroient en marchant, ils ont atteint plusieurs de ces scélérats qu'ils ont tués. Beaucoup d'entr'eux ont été réduits à passer à la nage un ruisseau audelà dudit village de Trezidy-Keriajfun qui étoit sur leur derrière. Ce ruisseau, jiar les crues d'eau, avoit plus de 12 pieds de profondeui-. Des chasseurs, des grenadiers et le brave Duhem lui-même, avec son courage ordinaire, les ont suivis aussi à la nage, et en

,t même tué deux de l'autre coté de ce ruisseau. Ces brigans y ont jeté en passant une trentaine de fusils que le commandant d'Auray devoit faire dragu(!r par un détachement. Celte poursuite a duré plus d'une heure. Le nomhre des morts, du Cdlé des rebelles, a été de plus de vingt.

Pendant celle aff.iire, le convoi et les prisonniers étoient restés

ni il avoil eu soin il'cxlrairc Ir bl.anc pour faire îles coearilcs. 11 a cle inicrrogc nluniciirs foi<, taiil par mes collègues Gac/.nc> cl Gicrmcur, que par moi; jamais il n'a voulu donner aucun rC[i»ei|jncmenL II paroissoit ne pas craindre la mon : cependani au niorncnt dVire fusille, il a, m'a-l-on assure, été Iràs-l.lclic. Cet homme avoil tinq pifd» quatre pouces, émit vigoureusement bâti, mais féroce et sans taleru.

sur la grande route, gardés par trente hommes environ, dont plusieurs très-]eunes et non faits au feu.

A l'instant où Calan vit les troupes se diviser pour marcher au pas de charge contre les brigands, et que quatre grenadiers blessés étoient couverts de sang, il se mit à rire; il croyoit que nos soldats étaient repoussés, et qu'il alloit être délivré.

Les mouvements des brigands éloient à-peu-près généraux sur le terrain que nous occupions. Ils se montroieiit cependant de trois côtés plus particulièrement. Le convoi et les prisonniers éloient comme cernés; et pendant la poursuite qui se faisoit contre deux cents au moins qui avoicnt attaqués, nous avions à craindre que ceux qui étoient sur les diverses hauteurs, et du côté de Landaul', n'avançâsent encore davantage subitement et simultanément, comme nous en étions menacés; alors les trente hommes restés auprès du convoi et des prisonniers, ne pouvoient plus les garder; ceux-ci éloient à coup sûr délivrés. Calan, ce chef dont l'audace lui avoit mérité une confiance enlière de la part des habilans des campagnes, étoit un objet très-précieux pour ces brigands : attaqués ouvertement par eux, quoique nous fussions à-peu-près deux cents hommes, nul doute que ces scélérats ne fussent dans ces cantons avec une force encore plus imposante que celle que nous apperçevions. Leurs balles venoicnt même jusqu'à nous autres qui étions restés aux environs du convoi pour le garder soigneusement; et un des soldats qui y étoit aussi, en fut blessé. D'ailleurs les mouveniens, je le répète, qui avoient lieu autour de nous, nous indiquoicnt nue attaque ])!ns vigoureuse, et faite par un bien plus grand noinbie d'Iionnnus. Ce qui rcstoit étoit de mettre cet homme hors d'état iTôtre enlevé par ses soldats (car nous étions attaqués sur le territoire qu'il commandoii), il fut donc fusillé. J'en éiois convenu avec mes collègues Gnezuo et Guermeur à (Jnimperlé, si j'étois attaqué en route : d'ailleius c'est une règle générale en pareil cas.

Au même instant, on m'apprend qu(; cinq hommes prcs<|ue tous de la première réquisition, encor armés (j'ai huirs fusils), pris au milieu (le raltronpement, ayant des munilions dans leurs poches, couverts du sang de nos frères, et déjà uialificiés cux-mêincs, sont arrêtés. .le cours les voir. Les soldais animés par la résistance qu'ils ont faite et par la vue de leurs camarades, dont deux sans voix et sans connoissancc, réclament ù grand cris le juste châtiment Us ces lionniR's pleincuu'ut atteints (<t convaincus. ICn outre notre position ne nous permet pas de nous charger encore de plus de la garde de ces (-in(| hommes; nous formions un jury bien instruit; cl ils furent fusillés à l'ciulroil et sui-lechamp. Ils n'ont voulu

' Doui(j u uiii! irii-iiclilc liiilun. I' ilii liru cir I allniu.-.

parler ni en français ni en brelon. Avant ces fusillades et celle de (lalan, j'en conférai avec mes estimables compagnons de voyage, les citoyens Lucas, Guerin, Raoul et Duportal. Tous reconnurent celle mesure indispensable.

Vingt fusils environ ont été pris dans cette affaire; aucun n'est de calibre, mais presque tous canardicrs ; ils ont une portée étonnante.

Les deux cents et quelques hoinnies qui nous ont attaqués étoient commandés par un homme de 5 pieds 10 pouces, avant de Irèsgrandes moustaches noires, des pistolets à la ceinture, un sabre, et un chapeau à haute cuve. Il poussoit et pressoit ses soldais pour leur donner plus d'assurance au feu. Il avoit, dans sa troupe, àpeu-près cinquante hommes ayant de bonnes gibernes ; quelques autres en avoient en ceinture qui sortoient de l'école de .Mars.

Le lieu oii nous avons été a'taqués est célèbre par les assassinats que ces brigands y ont commis depuis la création de la chouanerie dans ces pavs. Là, trois canonniers ont été tués; des prêtres réfractaires y ont été enlevés à un fort détachement qui les conduisoit; le brigadier de la gendarmerie nationale d'Auray v a été lilessé dangereusement; un chasseur d'ordonnance y a perdu son cheval; j'y ai reçu, le 18 frimaire, quoiqu'avec trente hommes à cheval, onze coups de fusil; Calan y avoit été vu à la tête de plus lie deux cents hommes, etc. Un exemple, et un bon, sur ces scélér.iis, y étoit donc absolument nécessai.e. Ils l'ont seuls provoqué I n venant nous attaquer, et à force ouverte.

• ^'r'S briyands, embusqués tout-à-fait sur le bord du grand chemin, avoient laissé passer une ordonnance composé de deux chasseurs allant à .\urav; une autre de quatre allant à Ilcnnebont; un officier et deux fourriers se rendant à Auray pour le logement de notre troupe; enfin, la diligence qui n'étoit escortée «jue de dix hommes.

Le feu a été vif de part et d'autre. Ces gueux, en sortant de I -iir embuscade, chargoient et tiroicnt en courant. Soixaiite-tlix liiimmes se sont rendus do Landévan vers nous avec une célérité pr< squc inconcevable, si quelque chose pouvoit étonner des répu- Idirains zélés.

I.a retraite des brigands qui nous cntouroienl, cl qui n'étoient ii-li's en observation que pour attendre une occasion favorable, si I' s plus audacieux oblenaient (pielqiies succès, est due en grande l'.iiiie à la marche rapide de ce détachement que, par leur position, ils appcrcevoient sortir de Landévan même.

Tous les prisonniers de raoiiet et d'IIennebont, qui avoient été confiés à noire détachement, ont élé respectés, et viennent d'être conduits aux prisons de cette coiiniiuncdc Vannes, pour y attendre le jiigemciil qu'ils ont mérité, ipiand la compétence du tribunal

qui doit prononcer sur leur sort aura été déleniiinée par la Convention nalionalc ou par le coniiié de Iéj;isIation. Ouelques-uns d'eux sont cependant des chefs; ils ont été pris les armes à la main, et éloient même les aides-de-canip de Calan ; mais ils étoient là passifs et n'avoient pas le même crédit et la même confiance que ce Calan.

Un d'eux n'a pu s'empêcher de dire au Lieutenant des {;renadiers un moment après que ce Calan eut été fusillé, que, si cela avoit eu lieu, il va trois mois, plus de vingt-cinq hommes vivroienl encore.

Il eut été à souhaiter, je le sens bien, que ces expéditions eussent été plus solennelles et plus évidentes; enfin, qu'elles eussent été faites sur les lieux et après un jugement public; mais les circonstances où nous nous sommes trouvés n'ont pu me permettre d'attendre jusqu'à ce tems et m'ont réduit à ces actes, dans la crainte bien fondée de nous voir enlever des hommes bien dangereux, et sur-tout ce Calan, dont la capture avoit déjà été regardée par les brigands comme une vraie calamité. Voilà les faits tels qu'ils se sont passés réellement; aucun n'est dénaturé.

Et moi aussi je respecte les principes; je ne vois pas le sang sans frémir; j'abhorre l'arbitraire; je ne veux pas qu'on se joue de la vie, de la liberté des hommes; le règne de la terreur m'est odieux. Je voudrois, au prix des plus fortes faligues, au prix de tout ce qui m'est le plus cher, substituer au désordre, aux attentats qui se commetlent chaque jour, en trompant notre surveillance, je voudrois, dis-jo, y substituer la paix, l'union et la fraternité. J'ai prouvé d'une manière bien certaine que tels sont mes sentiments; j'ai pris, tant de concert avec |)lusieurs de mes dignes collègues, que seul, des Arrêtés qui ne laissent aucun doute à cet égard. J'ai appelé avec force, quoiqn'avec l'accent de la douleur et de la désolation, ces êtres cruels et ingrats qui ne courent qu'après la destruction; je les ai appelés à se rendre à nous avec confiance; je les ai appelés, au nom sacré de la pairie et de ses enfans ; je leur ai offert avec franchise et loyauté oubli et pardon, s'ils vouloient revenir à eux; je leur ai même garanti proleclion pour leurs personnes, pour leurs lamilles. J'ai concouru à auloriser les adminis- Iralions à donner des congés de deux, trois et même qnalie mois aux jeunes gens de première réquisition des cauipa;pics qui vien- (Iroienl en demander, lorsqu'ils seroient utiles à leurs pères, à l'agriculture. J'ai admis à la délenlion seulement les prêtres réfraclaires, bantiis de la société par une Loi formelle, eu allendanl une iKiiivelle délerminali >n sur leur soit de la piirl de la Convenlion nalionalc. J'ai sigm'- avec mes collègues lîoliel et Hoursaull iimiii^lic I our les rcl)elles av;iiil qui; la (.ilonvenlion l'eût décréiéc. J'ai fait iutllgcr des peini". |iul)li(]Mes, sévères el infamantes aux

soUlats qui osoient, malyré nos soins et noire vigilance, se livrer au plus petit pillage. J'ai fait porter aux rebelles pris les armes à la main et détenus dans les prisons, en attendant un jugement, tous les secours que l'humanité avoit droit de réclamer. Enfin, ]'ai pris sur ma tète des mesures de clémence et de douceur, j'ose le dire, dont la pureié des motifs et le but peuvent seuls m'empôrhor de paroitre coupable. Jlais cependant tous ces principes, aux.iiuelsje serai fidellement attaché, tout le désir que j'ai de n'apporter, même sans le vouloir, aucune entrave aux projets et à l'ospoir d une pacification prochaine et entière dans la Vendée et dans ces départements en proie à la rébellion, ne me feront pas oublier mon devoir. Il m'ordonne de repousser la force par la force. 11 m'ordonne de venger le sang de braves camarades, et toutes les horreurs coniinises contre ceux qui ne voient que la république et ne veulent que son triomphe. Il m'ordonne encore d'infliger une punition méritée au crime opiniâtre, d'empêcher que les cou- [Kiljles arrêtés ne retournent î;rossir et alimenter les rebelles, enfin de prendre les mesures que le salut public exige dans toutes les i iiionstances. De tous côtés je ne reçois, et ma correspondance en lait foi, que nouvelles de pillage, de meurtre ou de mutilation. l»jns un endroit, ces prétendus catholiques, ces vrais brigands t.iiident les officiers municipaux qu'ils rencontrent, lorsqu'ils sont

-(••s fidèles à la patrie. Dans un autie, ils leur coupent les oieil-

. ils les assassinent, etc. Par-tout ils enlèvent les armes qu'ils \ iiinent à bout de découvrir. Il n'y a encore que treize jours que I ,i\ois été attaqué par eux sur la route de Pontivy au Guémené, et i|M ils m'avoient tué deux hommes, dont l'un chasseur de mou t ~, urte, et l'aulre le jeune et brave Clidutrcl, adjoint de ladjudant -'■lierai Chanipeaux, aujourd'hui chef de l'élat-major de cette division, lesquels m'accoiupagnoient.

Certes l'indulgence nationale doit être déployée envers ceux qui n'ont été que séduits ou égarés; mais peut-on aujourd'hui regarder comme tels ceux qui, de sang-froid, de guet-ù-pens restent patiemment embusqués pour attendre leurs victimes, afin de les assassiner et enlever la proie qu'ils se sont promise"? Certes le sang des hommes doit être épargné; mais est-ce celui des scélérats qui se jouent de la bouté nationale, du pardon généreux que la Convention nationale et les représentants du peuple qui y ont été envoyés en mission, leur offrent inutilement depuis quatre mois dans ce pays, et qui ne veulent vivre que de brigandages et d'assassinats?

Ou parle de suspension d'armes : il eut été à désirer qu'elle n'eut pas été ici un vain mol; mais je vois que ceux qui disent l'v avoir ordonnée, ou ne sont pas maiiros de ce cjuils appélenl leur-; soldats, ou que leurs discours, loin d'être sincères, ne cachent que

de nouveaux pièges. Ils veulent jelter dans la sécurité les hommes qu'ils ont désigné pour tomber sous leurs coups, afin de s'organiser coniplèleiiient, de prendre de nouvelles forces, d'inspirer une terreur complète à des âmes pen énergiques, et de se lever ensuite pour porter de grands coups. Pour excuse, d'autres font passer tous ces attentats affreux et sans cesse répétés, sur le compte d'hommes isolés, que l'on a même l'adresse de renier, parce que, dil-on, ils n'appartiennent jias à la vraie masse royale et catholique. Jlais en attendant, le pillage, le meurtre, les atrocités dont la vue et les traces font frémir, se perpétuent, et chaque jour voit des patriotes enlevés à la République.

C'est dans l'intention de servir utilement mon pays; c'est après toutes ces horreurs qui se renouvellent à chaque pas ; c'est après avoir essuyé trois fois le feu de ces brigands, dont la conduite est bien éloignée de répondre aux discours de quelques-uns de leurs chefs; c'est après avoir vu couler le sang des défenseurs de la patrie qui niarchoient avec moi; c'est d'après le danger où nous nous trouvions; c'est d'après tout cela, dis-je, qu'investi par deux décrets de pouvoirs illimités pour terminer la guerre des chouans, et notamment par celui du 27 nivôse dernier, que j'ai agi et que j'ai cru devoir agir de cette manière.

Salut et fraternité.

Siijne : Brue.

P. S. Suivant des détails certains et postérieurs au 2G pluviôse, le nombre des brigands tués à celte affaire s'est trouvé monter à quaranie-dcux.

(Imprimé par ordre du licprésentant du Peuple.)

(Arcliiyes de KerliNino.)

Lettre de Conimlin au comte de Silz.

.. A Nani.s, le 2 fcvrifr 1705.

Il II est à craindre. Monsieur, que malgré toutes les précautions que nous avons prises pour viuis faire passer l'arrêté du Conseil du 15 janvier, qui établit la trêve entre les troupes de l'armée de llretagne et celle de la République et ma mission icy, ne vous soit pas p.irMiui, car j'apprends avec lui di'plaisir extrême qu'on va en venir aux mains dans la pro\inie 'ine vous habitez. Si ix" sont pur des m.drntiMulus (|iu' l'on a rompu celte trêve, rélablissez-ia

sur )e champ et attendez que, de concert avec Charrelle, nous ayons stipulé sur les intérêts généraux du Poitou, de la Vendée et de la Bretagne. Ce chef m'a écrit à ce sujet, il est attendu tous les jours icy, et j'ai lieu d'espérer que, d'ici à très-peu de temps, nous jouirons tous d'un sort plus tranquille.

« Au nom de l'humanité que je vous connais, Jlonsieur, évitons à ce pays le fléau de la guerre, et suspendez les hostilités jusqu'à la conclusion de notre entrevue entre Charrette et moi.

a L'on m'a dit que le Conseil du Morbihan avait proposé une scission d'avec celui de l'armée, je ne puis ajouter aucune crovance à de pareils bruits qui sont trop préjudiciables à la répuialion de ceux qui composent le Conseil et à l'intérêt de la chose publique, je ne vous fais pas l'injure d'ajouter foi à cet excès d'insubordination.

Il J'ai l'honneur d'être très-parfaitement, Monsieur, votre très humble servi leur.

u CoRMATiN, maréchal de camp et major-yéneral. »

(Arrliivcs Ae KcrUano.)

Lettre au sujet de la trêve dans la partie est du Morbihan.

.' La Rochc-BcrnarcI, le 22 germinal, l'an 3 ile notre ère. <; ClTOÏEN,

u Le sieur de Silz, commandant les brigands dans le Jlorbihan «l le Finisler, m'a prié de vous marquer, comme il moiittait en voiture pour se rendre à Rennes, qu'il avait reçu votre lettre, que le peu de temps qu'il avait eu pour remettre l'ordre dans ce district dans la partie droitte de la Vilaine, ne hiy avait pas permis d'y répondre de suille, parce que le congé sur lequel il vo\a{;e n'a plus que deux jours à courir. Il est parti ce matin, il m'a dit de vous assm-er qu'il avait écrit partout et particulièrement à sou frère le chevalier pour faire cesser par sa trouppe toutes hostilités et rasseuiblement, qu'il espérait que lesonlros qu'il avait donné auraient tout le succès qu'on devait en attendre. Je le désire, mais depuis son arrivée ici les choses vont toujours leur train, sans cependant que l'on entende parler de meurtres, mais ils parcourent toujours lescampagnes par ilélachcnienH pinson moins forts, soit pour avoir des armes, soit pour voler on pour vexer les |)atrioles, on mutli- 1er les particuliers qui apportent des subsistances au marché; j'ai

3T6 l'IKCKS JUSl IFICATIVKS.

appuyé vivement sur ce dernier article, il m'a répondu qu'il ne concevait pas la conduite de son frère, (ju'il lui avait recommandé expressément de donner des ordres les plus stricts en ce sens pour que la circulation des denrées soit libre partout. Quatre brigands ont encore arrête ce matin à la pointe du jour sur le grand chemin, au soleil levant devant la croix du cerF un officier municipal de la commune de Billiers, lui ont arraché la cocarde nationale qu'il avait à son chapeau et l'ont déchirée.

« Jeudy dernier ils prirent sur les deux heures del'après-dinéchez le citoyen Pilouais, notaire à IMarzan, une selle en luy demandant aussi des armes, heureusement qu'il n'en avait pas. C'est le nommé Seignard de Requis de la commune de Marzan, du villagede Kersampé, commune de Marzan, qui a fait ce vol.

« Salut et fraternité.

Il PlARD-QuELLENEC.

u Le sieur de Silz le jour de son arrivée ici me dit qu'il devaitse rendreà Vannes pour se concerter avec les représentants et lesautorités constituées, il s'est rendu chez sa sœur et j'y ni envoyé son courrier noinmé le Gallec de Pluherlin , porter cet ordre qui arriva hyer soir. De Silz est arrivé ici de mardy à midy. '>

(Archives de Kerlcauo.)

Le Conseil Je Blijnan à Monsieur Eonet, elief à l'armée cdtliotiqiie

et royale en son poste.

» lli|;nan, ce 12 mars 1795.

Il MoNSIEUn,

« Nous sommes enchantés de votre conduite et de la déposition de vos gens. iNous ne pouvons vous faire passer ni proclam:ilion, ni cachet, en étant absolument dépourvus, ^l'oiis vous faisons passer treize louis, dont vous ferez l'usage que votre sagesse et notre rolligion vous prescriront, ainsi vous lâcherez de vous munir de munitions, surtout de poudre soit à prix d'arj[enl, soit en échange avec du gr'ain. Quant au grain, il faut déf(Mulre aux paysans do vendre rc qui leur serait iiéic,'-.sair<' |)(>ur leur |)ropre subsistance ; lie même que pour la subsislance des brig.nuls du pavs et di- ceux dont ce pays pourrait avoir besoin, 'l'àcliez de les empêcher de faire trop de ]>i<>vi$ions, car ils pourraient n'épargner point l'ar-

PIKCES .irSTIFICATIVKS. 3TI

Igent (dont il faut qu'ils paient toules les denrées qu'ils tire-

, raient).

u >'e commettez aucune espèce d'hostilité pendant la trêve à moins d'y être forcé. Tenez vos gens toujours prêts à agir au preliiier besoin, et quand vous pourrez faire amplette d'armes n'en iii.inquez pas l'occasion (par une voie paisible s'entend). Empêcliez aussi vos soldats d'aller en armes dans les cantonnements ou (i:uisles villes, ou plutôt il vaudrait mieux ne permettre à aucun lie vos soldats d'aller en ville. Ouand vous écrirez dans ce pays-ci I ciur affaires communes, adressez toujours vos lettres au Conseil sans nommer personne en particulier.

■ Nous sommes, Blonsieur, vos très-humbles serviteurs.

u Desloges, « J. Bellec, Il Ken.ald.

a Postscriptum. — Je vous dirai en ami et en particulier que vous feriez bien de tenir état de l'emploi de ce que l'on vous enverra, ce sera le moyen d'avoir plus tôt et plus facilement des fonds.

II Si vous voulez, vous pourrez dire aux JIM. prêtres de ce pavs-là que le clergé do Vannes, dans une conférence assez nombreuse, a décidé qu'il ne fallait point chanter de grand'messes, ni même la dire publiquement. »

(.ircliives île Kerlêaoo.)

Papiers (ht général Mériage.

LETTRES Alix mcmlires du Bureau central, à Vanne

u CiTOÏENS,

u A l'entrevue que nous avons eu avec vous nous avons vu que VOUS êtes décidé à faire l'impossible pour coopérer avec nous au bien général. ISous croyons qu'un des moyens les plus surs pour tranquilliser les campagnes serait de mettre en liberté les déserteurs qui sont actuellement dans les prisons. En conséquence nous vous lirions, au nom de l'hunianité, de remettre ou liberté Thurian le Gloualiec ilo Ploërmel, siddat do la réquisition, en prison à Ponlivv depuis l'affaire ilo Ouémoné, ainsi qu'un nommé -Vntoinc Galladec, âgé de vingt-deux ans, natif de Landaul et pris au

bourg de la même paroisse, le 17 février, sans armes. Citoyens, nous vous ferons savoir tous les moyens que nous jugerons nécessaires pour ramener la paix et la Iranquilité dans ces cantons. " Salut et amitié.

H Cadoudal,

" ÏMeRCIER. Il

^ÎJix membres du Bureau central, à Vannes.

Le I" mai 1195.

Citoyens,

Il J'appris hier, 30 avril, que les chouans de Baden s'étaient emparés d'un chasmarré chargé de blé pour la république. Je me suis aussitôt rendu dans ce pays, je suis venu à bout de le pacifier et j'ai fais déposer dans une maison à Larmore le peu de blé qu'ils avaient enlevé dudit chasmarré.

Il Tous les chefs des chouans font leur possible pour pacifier le pays, pour y parvenir vous devez aussi rien ne négliger. En conséquence vous ne devez pas aller à main armée dans nos campagnes pour piller les grains et en faire trembler les habitants sur leurs subsistances. C'est la réquisition qu'on a fait à Plerin qni a causée ce trouble dans Baden. Agissons tous de concert. Écrivonsnous miittiellement, et nous parviendrons enfin ù faire régner dans ce département une paix solide et durable. Je vous prie de remettre en liberté les deux que l'on a pris à F>arniore chez eux, car leur relenlion serait encore une cause de troubles. Pour ce qui est de réquisitions de blés, l'instant d'en faire n'est jias eiu-ore arrivé, car le pays n'est pas assez pacifié, et les babiiaiis eux-mêmes craignent de n'avoir pas assez de subsistances pour eux-mêmes.

u Je vous le répète, agissonsde concert, écrivons-nous, employez le parti de la douceur, ne brusquez pas, et ce pays.sera bientôt rendu à la pairie, à sa mère, mais point île réquisition à n)ain armée, ou je ne réponds de rien.

Il ('mioiliai., rltvftle rlKtitan-:. n

N» 27 ^tix membres (ht Bureau central.

" Le 1" mai 1795.

(1 Citoyens,

(I Je vous prie de faire remettre en liberté le fils de cette inalbeiireuse. Il tut blessé à l'afraire de Guémené et pris, il est actuellement en prison à Pontivy. Donnez à sa mère un ordre pour le faire sortir, et elle ira elle-même à l'onlivy pour cbercher son fils. Nous sommes tous fort étonnés que vous ne mettiez pas en liberté tous les détenus pour cause de royalisme, c'est un des plus surs moyens pour donner de la confiance à toutes les campagnes. Je vous prie aussi d'élargir un nommé Grand pierre tisserand, pris à Sainte-Anne il y a près de sept ou huit mois, ainsi que tous ceux qui sont dans vos prisons pour le même sujet. Car vous ne devez pas ij;norer que dans les campagnes il se répand des malveillans qui ne cessent de dire aux crédules cultivateurs que nous les trahissons; si nous ne nous enlendons pas et si nous ne prenons pas de concert une conduite sage, nous aurons bien de la peine à venir à bout de pacifier ces contrées, mais entendons-nous, et nous réussirons.

« Cadoudal, chef de canton. "

N» 28 Aii.x membre'! du Bureau central.

Il Citoyens,

Il Nous vous avons déjà écris liois lullrcs pourvousdomander une entrevue, mais inulilumcni; néainiioins décidés à tout faire pour rétablir l'ordre dans notre pays, nous ne nous rebutons p:is. l'n conséquence nous vous écrivons encore la présente pour avoire définitivement avec vous une enirevue. Cela est absoliniient nécessaire; si nous voulons nous entendre, nous viendrons à bout de

pacifier tout, c'est pourquoi il est de la dernière conséquence que nous nous voyons, nous attendons une réponse par le porteur.

(I Le comte de Silz, ijcncral du Morliihan. Salut et amitié. il De Boutol'i.lic, Il Berthelot, officier de l'armée, (I Lemercter, II Cadoudal, Il Le chevalier de Rorinault. h

N° 29 An citoyen Mcriatje. chef du Bureau central.

Il Citoyen.s,

Il L'entrevue que j'eus hier avec vous m'empêcha de me rendre assez tôt dans les paroi.^ses d'Arradon, Plœren, Baden, Ploujjoumelcn; quand j"v arrivai, vos soldais y étaient. Comme la nuit commençait, je ne voulus pas m'cxposer à aller parler à leur commandant. Je trouvai les chouans rassemblés pour aller les attaquer; aussitôt je les dispersai tous. Je ne sais pas où s'est portée la troupe; je crois qu'elle a dirijfé sa marche sur Arradou où l'on m'a dit qu'il y avait déjà un délaclicmenl. Je vous prie au nom de l'union et de l'humanité de faire rappeler les troupes si elles ne sont pas encore rentrées. Je sais que les chouans ont provoqué ce trouble en iiiterceplant la jirande roule, mais je \oiis réponds de les retenir et de les empêcher absolument do s'y porter. Tout ce tapage m'a empêché de vous écrire assez lot pour que vous eussiez eu le tems de faire venir une barque pour prentlre le blé disposé à Larmor. J'aliends une répon.se où vous me marquerez le jour où vous enverrez les prendre. Faites aussi de votre côlé donner des ordres précis pour que vos troupes ne lircul sur personne.

Il Salut et amitié.

N° 30 Aitx membres du Bureau centrât à Mcncon.

u Citoyens,

« La non arrivée de l'exprès que nous vous avons envoyé ce matin et que nous attendions au plus tard pour neuf heures nous a empêché de partir plus tôt : ignorant si vous viendriez ou non, n'ayant reçu aucune réponse de vous ce matin, nous avons pris le parti de rester sur la route. Sous la bonne foi des traités nous venons sans escorte et vous invitons à en faire autant. Ça toujours été notre manière d'agir dans les pourparlers. Le porteur vous conduira où nous sommes.

" Salut et amitié.

<( De Silz l'aîné.

Il Le jMebcieii,

<i La lîOUBDONNAYE, « CaDOUDAL. !1

Au citoyen Mdriaye, chef du Biireuu central, à Vannes.

.. I,e 8 mai nO'..

(i Citoyen,

11 .le fais conduire aux j;renieis de la République dix pairées de blé que j'ai eu bien de bi peine à trouver d.ius la paroisse de Plcerin, je crois qu'il sera pri^sque impossible d'en trouver autant. Enfin je ferai tout ce qui déjiendra de moi pour nous réunir à jamais et nous aider mutuellement de tous nos moyens.

« Salut et amitié.

« Cadol'pal. n

Au citoyen Mériay£, chef du Bureau central.

I' Le 17 mai ITOj.

11 Citoyen,

11 Je vous prie de meltre en liberté le nommé Alexis le Baron, pris à Locmariaker il y a un mois. On m'a dit qu'it est depuis quelque temps à l'hôpital, je vous demanderai aussi la liste de tous les débiteurs à la République dans les paroisses d'Aradon et de Baden, et je ferai mon possible pour tâcher de leur faire payer.

Il Union et amitié.

Il Cadoudal.

«P. S. — Vous ferez passer le paquet à Grandchamps à mon adresse. "

N° 33 Au citoyen Mi'riayc, chcfiltt liureau central.

Il GiroïKN,

Il J'ai reçu la liste de tous les dél)iteurs à la République dans la paroisse d'Aradon. J'ai donné ordre ce matin an capitaine de cette paroisse de commander aux cultivateurs de porter leurs tentes aux (jrciiiers de la République. Ces hommes étaient partis pour remplir leur mission; mais route faisant ils ont été fusillés par nu di'lachement de vos tron|)cs qui s'est porté sur Aradon. Comme j'étais dans la paroisse, on m'en a aussitôt porté la nouvelle. J'ai écrit au commandant de ce détaclicmciil pour lui dire i|Ucll(M''tait la mission do ces gens et lui demander jîourquoi il les faisait fusiller sans leur dire la moindre des choses et sans qu'ils lui en eussent doniu^ l'occasion. Le comiiiandaiit ne m'a point l'ait de réponse, mais un officier d'assez hauti; taille et fort scélérat l'i en jn{;er par ses manières, a donné verb.il(Miu'nl au porteur de ma lettre la réponse suivante : Il Dix-luii/ii'il s'aille faire foutre, et qu'il n'aille jilus sur lex (jrundex rnttlc'i. Il Cette réponse est fort laconique et bien bonne pour un tioiiMne qui l'ainait mérité. IMais après tout ce que j'ai f.iil et tout

ce que je fais tous les jours pour la paix, je crois que ce ne serait pas ainsi que l'on devrait me répondre.

u Citoyen, si vous voulez qu'une paix solide règne dans cette contrée, vous ne devez pas envoyer de tels êtres à la tête des détachements qui vont sur les campagnes.

u Je vous prie de mettre en liberté deux réquisitionnaires pris par ce détachement.

Union et amitié.

« Cadoudal. w

Le Conseil du Morbihan à ses chefs de canton.

Il JIONSIELR,

Il D'après les mesures que nous avons prises avec les républicains et les vérités que nous avons été obligés de leur dire pouifaire cesser toutes les hostilités, nous craignons bien qu'ils ne tentent un dernier effort pour nous abattre. Le moyen de parer ce coup et de semer l'alarme partout est de former dans chaque canton deux ou trois ou quatre cantonnements de cent hommes on plus si le nombre des solilats le permet, et de les multiplier même s'il est besoin, afin de faire voir (\\w. l'on est partout sur la défensive la plus stricte et que nous ne voulons plus que les républicains parcourent les campagnes. Si par hasard ils tentaient de faire quelque désarmement ou de piller ou d'assassiner, il faudrait arrêter les coupables, les désarmer, les renvoyer ensuite avec défense de récidiver sous de plus grandes peines. Placez vos cantornicmeiits et surtout des patrouilles à la proximité des canloinioments et villes occupés par les républicains afin d'être toujours informés de leurs marches. C'est le seul moven de nous mettre tous à l'abri des coups qu'ils veulent nous porter. Nous nous licMidrons toujours sur la défensive sans jamais attaquer, afin de les mettre complètement dans leur tort.

u Correspondez avec nous le plus souvent possible, c'est la seule manière d'agir avec activité et vigueur.

Il Tout cela nécessilera des dépenses considérables, mais elles seront nécessaires dans ce moment, et sons peu nous serons à même d'y faire honneur. Faites voire possible pour vous procurer des emprunts, doiniez des bons provisoires. Retenez une partie pour

les besoins urgenis. Faites passer le reste ici où nous avons un grand déficit, nous vous remettrons des bons définitifs.

Il Nous avons l'honneur d'être, Monsieur, vos affectionnés serviteurs.

:i De Boltouillic,

« Comte DE SiLZ, yénéral

lin Morbilum, a DuGUL.i;i-.rc. »

(.'Vrchives de Kerlcano )

AU i\OM DU ROI

Le Conseil inililaire de l'armée d'Anjou et du Haut-Poitoit aux habitants de son arrondissement.

Braves habitants,

Quand après une suite non interrompue de proscriptions, d'incendies et de massacres, la Convention soi-disant nationale, changeant tout à coup de moyens et de système, vous proposa la paix, nous vous dîmes : a Gardez-vous de prêter une oreille attentive aux propositions séduisantes qui vous sont aiircssées. On veut vous tromi)er ])nr une feinte et hypocrite modération. On veut vous éblouir p.ir des promesses (lalliHises qu'on est dans hi résolution de ne pas accomplii-; et en vous préseuiant dans un avenir lointain un repos et un bonheur imaginaires, désarmer vos bras, envaliir sans danger le territoire conquis par vos armes, ei river A loisir les fers déshonorants qui vous sont préparés. »

Tels étaient les cluiritahles et pnlernels avis que notre tendre sollicitude et noire inviolable attnchomcnl pour vous nous avaient dictés. Ah! faut-il qu'un défaut d'union dans les projets et d'ensemble dans les opérations les aient écartés! Sans cet iiu'ident funeste et désastreux, nous n'eussions pas eu la douleur de voir les panaches du crime et de la rél)ellion ombiager des léles couronnées de lauriers. I,e peu|ile lidèle à Pieu et à sou roi eût suivi ses cliefs, et la llépublic|iu' n'eùl pas triomphé.

Mais un s(>uv(!nir douloureux et criu'l, que nos cœurs voudraient éloigner, nous rappelle encore que dans ces temps maliicureiix on nous reprocha jiisfpi'à riiéroïsmc des seulimenls que nous llllll^ «(((iicidiis (If vous iiispiier-, el ou nous liadnisil à vos veux

comme de vils intrigants, d'infâmes séducteurs, des Itommes ambitieux et pervers.

Abandonnés à nos propres forces, resserrés de près par un en- I nemi nombreux, accablés par la masse entière des armées répu- ■ blicaines qui cernaient la Vendée; fugitifs et dispersés par l'effet ; naturel de l'occupation de tous nos cantonnements et la conclu- I sion générale de la paix, nous n'eûmes ni l'orgueil de nous croire j plus sages et plus éclairés que tous les autres chefs, ni celui de I vouloir faire dépendre de notre opinion le salut de tout un peu- 1 pie. II désirait la paix; nous suivîmes son vœu; nous fîmes à la I nécessité le sacrifice de nos vues personnelles; et pour épargner à ! des contrées déjà trop malheureuses les horreurs d'une nouvelle I guerre révolutionnaire, nous les avons fait jouir de cinq mois de repos. Mais quelles en ont été les funestes suites? L'oubli de tout principe de justice, le inépris des traités, l'envahissement de vos propriétés, l'introduction d'une foule de tyrans subaliernes, de terroristes et de dénonciateurs sur votre territoire, le projet insensé de créer parmi vous un gouvernement républicain, l'obligation pour les ministres du Roi des rois de reconnaître ce même gouvernement et de s'y soumettre; l'enlèvement journalier de vos foins, de vo s grains et comestibles de tout genre, l'incertitude la plus cruelle sur les mesures que l'on adopte à votre égard, ou plutôt le présage assuré des maux affreux qui menacent encore le pays que vous habitez.

Étaient-ce donc là les fruits amers que doivent recueillir les auteurs de la paix, qui nous annonçaient (le 17 février 1798) : « qu'après avoir été nos compagnons d'armes, ils n'ambitionnaient rien tant que de mettre un glorieux terme à leurs travaux , en procurant au peuple le repos et le bonheur » ?

En vain nos réclamations aussi justes que fréquentes ont été portées jusqu'au tribunal de nos oppresseurs, leur âme avilie par le crime n'en a pu sentir le poids et la nécessité. De vaines promesses, des délais insidieux ou des refus formels ont été l'injuste récompense de nos courageux efforts.

Loin de vous accorder les indemnités que solliiitaienl vos malheurs et que la pacification vous garantissait, ils se font un jeu barbare d'insulter à vos maux et d'en conibler la mesure. Egalement pressés par la soif du crime et la faim qui les dévore, leurs regards avides ont fixé comme une proie certaine cette récolte qui vous a coûté tant de sueurs et de travaux.

Déjà la nourriture de ces animaux précieux qui labourent et fécondent vos champs est presque consommée. Vos grains s'enlèvent, vos ressources s'épuisent, vos moyens diininueiil, et bientôt, si vous n'y prenez garde, vous verrez la famine marcher à la suite d'une paix trop longtemps prolongée.

Plusieurs cantonnements occupés par les républicains sont, il est vrai, dans ce moment évacués, mais pourriez-vous douter un seul instant du but qu'ils se proposent? Ils ne savent que trop que pour vaincre il faut vous désunir, et parce qu'une fois ils ont pu sans crainte et sans inquiétude abandonner une partie de la Vendée pour forcer l'autre à condescendre aux conditions de la paix, ils croient pouvoir encore user des mêmes moyens.

Mais pourriez-vous, spectateurs oisifs des combats que le crime prépare à la vertu, acheter lâchement et par l'abandon d'une partie de vos frères, un repos déshonorant! Non, sans doute, et tandis qu'ils luttent avec courage contre la masse presque entière des armées républicaines, votre courage, votre loyauté, votre réputation si fortement acquise, et les sentiments de magnanimité qui caractérisent les défenseurs de l'autel et du trône, vous ont fait un devoir sacré de partager avec eux leurs combats, leurs succès et leur gloire.

Montrez-vous avec cette énergie que la rage révolutionnaire et vos malheurs ont plutôt irritée qu'affaiblie; que la Vendée renaisse de ses cendres; qu'elle apprenne à la France, à l'Europe entière que puisque la paix et l'opinion n'a pu jusqu'à ce jour ramener l'esprit et le cœur des Français à d'autres sentiments, elle s'ensevelira sous les débris du trône, plutôt que de fléchir un instant le genou devant l'affreuse idole de la République.

Pénétrés de ces sentiments qui ne s'éteindront en nous qu'avec la vie, jurons un éternel amour à ce roi malheureux, si chéri et si digne de l'être. Il promet lui-même de ne jamais oublier vos services, votre courage, l'intégrité de vos principes, votre inébranlable fidélité. .Sa parole sacrée vous garantit l'effet de celte promesse et la juste récompense de vos nobles efforts.

Puisse cet élan sublime de vos cnenrs vers lui passer dans ceux de tous les Français, et des rives du Rhin à celles de l'Océan et de la Loire leur faire adopter pour cri de ralliement : Vive le roi Louis XVHI!

(Ar.liives <le Iverli^ano.)

N« 36 AU CIIOl'ANTKn

(l.ES GWENNED/.

Er re (;oli lia|; er merc'hcd hag et botred bihan lia rc pore n'int ket gœst da vonci d'en emgann. A iaro enn ho ziez, abarli mont de gousket Ui- Vtilrr hai; cuiin .tvr euil er chouanled.

Chouanted a zou tud vad, a zou gwir grecheniou, iSauet de zifena bon bro klous el hun beleiou : Mar skoont ar talhou tour, m'ouli ped digouret d'é : Doue else, ne zud vad, digoro d'hoéh, eunn de.

Juliau bleu-ru a lare d'Iie vamm goh ur initia : ■ — Me ia me ged Tinteniak, pe monet a blij d'ein. i — De deu vieur dez nie losket, ha te me loske eue!

Mez mar plig d'id de vonet, ra de renai Doue.

Pe zeic er chouanted ez a bob korn a Vreih De Dreger hag a Génie, hag a Wened ileih, Er re c'hlaz digoueh get-he, e iiianer Koatlogen Ez a gosteen Bro-c'liatI, tri iiiill eiin ur Vandeii.

Chelu enn heur e sonein, chetu enn heur souet Me eiagafemp, eur vech c'hoah, ged er c'hoh zoudardet Bec'har-n-hoéh, potred a vreih, bechar-n-hoéh, ha gwelemp! Mar ui'anu Diol enn-tu get-he, ma Doue enn tu gen-emp!

Ha pe oant doit de grogein, hen darc'he el ur goah; Cet he bop e viizul vad, get en meit he benn-bah, He benn-bah, hag he chaplet et a Zantez-Anna Ha keuied e dosteie, a oa pilet get ha.

Ha toullet ker oa de dok, ha toullet he Jupen

lia loud hag he vleu trochet, ged eunn toi a zabreii,

Aag er gœd a zivei'e deme toull he goste;

lia u'arzaoue e tarc'hout, hag oc'bpeun e kane.

Keiin'hen gweliz ket mui tamin, hag er weliz endro llag hen tenet a goste didan urwenn dero E wilein leih he galon, chouket get han he benii Enn eulru Tinteniak por a-drez ar he varleii.

lia p'achine ena emgann ar dro enn nozcoh

Chouanted a zidoste re ienang ha re goh,

Hag a (leune hou soken, hag ha lare else :

— Chetu ma goueit gen-emp, hag en, houah ! marne. —

(dialecte de vannes)

— Trailiiction. — .

Les vieillards et les jeunes filles, et les petits enfants, et tous ceux qui sont incapables d'aller se battre, diront dans leurs maisons, avant de se coucher, un l'utor et un Ave pour les chouans.

Les chouans sont des hommes de bien, ce sontde vrais chrétiens; ils se sont levés pour défendre notre pays et nos prêtres. S'ils frappent à votre porte, je vous en prie, ouvrez-leur. Dieu de même, lues braves gens, vous ouvrira.

Julien aux cheveux roux disait à sa vieille mère un matin : Je m'en vais, moi, rejoindre Tinténac, car il me plaît d'aller. — Tes deux frères m'ont abandonnée, et toi, tu m'abandonnes aussi ! Mais il te plaît d'aller, va-l'en à la garde de Dieu!

Comme les chouans arrivaient de chaque partie de la Bretagne, de Tréguier, de Cornouailles et surtout de Vannes, les bleus venant du côté de la France les joignirent au manoir de Goëtlogon au nombre de trois mille.

— Voici l'heure qui sonne, voici l'heure sonnée où nous en viendrons encore une fois aux mains avec ces misérables soldats; du courage, enfants de la Bretagne; du courage, et voyons. Si le diable est pour eux, Dieu est pour nous !

Quand ils en vinrent aux prises, il (Julien) frappait comme un homme : chacun d'eux avait un hou fusil; lui, il n'avait que sou bâton, son bâton et son chapelet de Sainte-Anne, et quiconque rapprochait était abattu à ses pieds.

Et tout percé était son chapeau, et percée sa veste, et une partie de sa chevelure avait été coupée d'un coup de sabre, et le saiiy coulait de son flanc ouvert, et il ne cessait de frapper, et de plus il chantait.

Et je cessai de le voir, et puis je le revis, il s'était relire à l'écart sous un chêne, el il pleurait amèrement, la tête inclinée, le pauvre M. de Tinléniac en travers sur ses (jenoux.

Et quand le combat (iuil, vers le soir, les chouans s'approchèrent, jeunes et vieux, et ils ôtaient leurs chapeaux et ils disaient ainsi : — Voilà que nous avons gagné la victoire, et il est mon! hélas !

(Kslraii <lcs Dai-zas llirit do M. ilc la Villcmarqnc )

Les femmes, les vieillards et les petits enfants Qui ne peuvent aller chouanner dans les bruyères Avant de s(! coucher diront dans leurs prières Tous les soirs un ViUcr, un Aur, pour les chouans.

l'oui' les chouans vrais «"liréliens (|ni tiennent l.i campagne, Combattent potu' la loi, les prêtres, le pays. S'ils vieiiiieiit à |)as.ser devant votre logis, Ouvrez-leur votre porte, ô femmes de Bretagne.

Toute g-rande ouvrez-la, c'est moi qui vous le dis, Et sans tarder longtemps mettez sur votre table Du cidre et du pain blanc; soyez-leur secourable, Dieu le sera pour vous dans son saint Paradis.

Julien le Roux disait un matin à sa mère :

« Je vais avec les gens de Plœmel, de Carnac,

De Baden et d'Auray rejoindre Tinténiac,

Car il me plait d'aller pour me battre à la guerre. »

« — Tes deux frères déjà sont loin, bien loin d'ici; Toute seule chez nous faudra-t-il que je meure? Mais s'il te plait d'aller, quitte notre demeure; A la garde de Dieu! Va, Julien, pars aussi. »

Et les chouans arrivaient partout en grandes bandes, De 'V^annes, de Tréguier, de Ouimper, de Léon, Et du pays français et du pavs breton. Remplissant les sentiers, les forêts et les landes.

•Auprès de Coëtlogon, ils rencontrent les bleus

Qui venaient en courant du côté de la ville :

" Voici l'heure, marchons! Ils sont au moins trois mille!

Mais le ciel est pour dous, si l'enfer est pour eux. »

Ils en viennent aux mains. Alors, dans la mêlée, Je vis Julien frappant à grands coups de pen-bas, Et chacun de ses coups jetait trois bleus à bas; Et sous le poids des moris la terre était foulée.

Autour de lui, partout le sang des bleus coulait; Un coup de sabre avait coupé sa chevelure Et dans son flanc ouvert une larj;e blessure... Julien frappait toujours, disant son chapelet.

Et bientôt je le vis assis au pied d'un chêne. Il tenait Tinténiac penché sur ses j;enoux, Et pleurait, regardant d'un œil timide et doux Le front pâle et blessé du pauvre capitaine.

Le soir venu, chez nous tout allait pour le mieux. Et les chouans : « Nous avons, disaient-ils, la victoire; Mais Tinténiac est mort : que Dieu l'ait dans sa gloire! » Puis ils prièrent Ions, les jeunes et les vieux.

.. Rnche des Trois, le 4 fructidor an III.

il Citoyens admimstiiateiirs,

il Nous avons oublié de vous marquer que nous avons su parle chouan que nous avons pris, qu'il y a eu à Grandcliamp, il y a huit jours passé de dimanche, un rassemblement des chefs de canton pour nommer un général divisionnaire et un major général.

Il Celui qui a obtenu le plus de suffrages pour le généralal se fait appeler Georges, l'autre se fait nommer Lavendée. Ces deux nominations ont eu lieu pour réunir les chouans et les joindre au débarquement.

« Nous vous enverrons incessamment l'interrogatoire de notre chouan.

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