DE PAR LE ROI
Charles-Philippe de France, Fils de France, frère du Roi, lieutenant général du royaume au nom de Louis XVIII, par la grâce . de Dieu roi de France et de Navarre, et en vertu des pouvoirs généraux spéciaux que nous avons reçus de Sa Majesté
Connaissant les talents, expérience, vigilance et bonne conduite à la guerre du sieur Pierre Guillemot, et voulant récompenser son courageux dévouement à la cause de la Religion et à celle de la Monarchie, nous l'avons commis et établi, commettons et établissons colonel chef de division dans l'armée catholique et royale de la province de Bretagne et Bas-Maine pour prendre rang en ladite qualité du quinze juin mil sept cent quatre-vingt-quinze parmi les autres colonels chefs de division de ladite armée : Et en jouir aux mêmes titres, honneurs, droits, prérogatives et appointements, dont jouissent lesdits colonels chefs de division : Voulons qu'il soit reçu et reconnu en ladite qualité et qu'à lui soit obéi, en tout ce qui concerne le service du Roi en vertu de ce présent brevet que nous lui avons fait expédier, signé de notre main et fait contresigner par le sieur chevalier de la Pelouze, colonel d'infanterie, que nous avons commis à cet effet
Fait à Edimbourg le onze juin de l'an de grâce mil sept cent quatre-vingt-dix-huit.
Cachets
Chaules-Philippe.
Par Monsieur :
Le chevalier de la Pelooze.
(Archives de RcrUano.)
riÈCES JUSTIFICATIVES.
Le duc de Bourbon à Georges Cadondal.
.. Londres, le 29 novembre 1799.
« L'intérêt particulier, Monsieur, que je prends à M. de Goyon qui sert avec vous me fait réclamer vos bontés pour lui : et vous m'obligeriez en saisissant les occasions de l'employer utilement. Je ne doute pas qu'il réponde à la confiance que vous aurez en lui. M. de Goyon a été blessé à Quibcron. Toujours en activité depuis pour la cause de la Religion et de son Roi, il n'a pas cessé de partager les nobles sentiments qui vous animent et ceux des braves gens qui vous entourent. J'aime ù croire qu'il vous suivra toujours dans les sentiers de Tbonneur. Je vous le recommande, Monsieur, et vous prie de faire ce qui dépendra de vous pour le mettre à même de montrer son zèle et sa bonne volonté. C'est avec un plaisir bien vrai que je profite aussi de cette circonstance pour vous renouveler tous les sentiments d'estime et d'amitié que j'aurai toujours pour vous.
« L. H. S. DF. Bourbon.
(i Le général George, eu France.
« Adresse : Madame la comtesse de Goyon Beaucorps, à Jersey.»
(Archives île Kerleano.)
Pièces saisies sur un coiirriir «o/ji/iic' Coclt('t, dil Suint-Grorycs de Noinlaiiibaiii , dit Bonne-nouvelle '.
INTEnnOGATOIRE DU NOMMK COCHET
Le 7 m.s»i,lor on VU.
"I Je reçois <in un mémo [yaquct vos doux lotircs, dont un du 8 contient celles que vous adressez i\ (Georges. Je dois avant tout
'Cru piireii mnl eilrollci «riinc copie du regisrre ii» I de rurnii'e de l'Ûiiesl, ccrlifiiie coiifonne pur le (jénifral Micliaud, i]ni coninuindiiil nlcir» la 1.1" diviiinn.
Le 19 juin 1199.
VOUS exprimer la vive satisfaction que j'éprouve en vous retrouvant. Elle est vivement sentie, je vous assure, car je craignais comme le fou que vous ne fussiez en Normandie. Vous devez vous souvenir d'une conversation particulière dans laquelle un beau matin en plein air vous me fîtes un petit récit de vos travaux dans ce payslà ; il nie fut suffisant pour distinguer et vos nobles sentiments et votre capacité. Dès lors en cherchant à pénétrer dans l'avenir, je sentis que j'avais fait la découverte heureuse d'un jeune homme tel que je les aime, et dans le moment présent, je me félicite de vous avoir moi-même donné l'occasion de me laisser appercevoir tout ce que vous valez. Revenons à votre lettre. En premier lieu je vois qu'ignorant que je me fusse chargé de la direction de votre pays, vous désireriez que Georges soit instruit de sa situation. C'est une chose que j'ai faite de vive voix, et dont le rapport bien détaillé est parvenu aux pieds de Son Altesse Royale.
<i Voilà donc l'objet de votre première rempli.
u Le corps d'armée que nous pourrons lever dans ce pays sera étroitement uni avec celui de Georges. Il existe entre les deux chefs un système inextinguible d'assistance mutuelle, et les officiers peuvent compter sur ceux du Jlorbihan jusqu'à la mort. Voilà leur expression, faisons le même serment. J'ai le projet de m'unir aussi étroitement avec le chef qui commande en Normandie, et JI. de Scepeau qui est à notre aile droite ; celui-ci a déjà battu les ennemis en différentes rencontres. Voilà pour l'ensemble général, passons à celui des détails. 11 ne peut consister que dans l'union indissoluble des officiers. Tous hommes prépondérants forment avec moi une société d'amis qui réunissent leurs efforts pour faire une levée, comme si c'était une quantité de négociants qui auraient réuni leurs moyens en tout genre, en une seule branche de commerce pour étendre leurs vues et leurs profits.
« Tous ces canaux productifs une fois réunis conduiront à une vaste mer de richesses. Pour revenir à nous, ce ne sera donc point une affiliation de chefs et subordonnés. Tout n'est que provisoirement. Moi-même, malgré l'aveu flatteur de Son Allesse Royale, je ne me regarde que comme un homme placé au hasard à la tête des affaires; mais par le fait je ne serai rien, je ne veux être que lorsque l'armée une fois réunie aura versé tous ses suffrages sur ma tête. Heureux, mille fois trop heureux, si mes veilles, mes peines et mes travaux trop pressés pour être efficaces, peuvent être utiles au Roi, et fournir à un autre des moyens d'amélioration ! Je rentrerais avec plaisir dans la classe dont je sors. Mais puisque nous pouvons espérer qu'une fois en armée, noire prince se trouvera à notre tête, nous devons être tranquilles et aller noire train. Ce sera à lui à tout ratifier ou à faire les changemenls qu'il
lui plaira. Levons des lioinmes, faisons des soldats au Roi, nous ne pouvons qu'être louùs, et voilà l'essentiel. Je ne combats les principes de personne; je fais seulement un appel à tous les mécontents du régime actuel, et ce sentiment doit leur suffire pour les engager à se réunir aveuglément à ceux qui entreprennent de porter le dernier coup à ce gouvernement atroce. g^H Je réponds maintenant aux différents articles essentiels de votre seconde lettre pour tout ce qui regarde la division de Fougères. Je sens peut-être de l'inconvénient en raison d'une infinité d'intrigants ambitieux qui la regardent comme un apanage et auxquels la concurrence engagerait de faire et par conséquent de nuire : pour le moment ils n'y font rien, et y voir travailler leur en donnerait sûrement l'envie. Je sens, dis-je, qu'à cette considération seulement il v aurait peut-être de l'inconvénient à vous en déclarer le chef d'une manière évidente, ou donc, que la chose existe entre nous, et agissez en conséquence, mettez en usage le plus que vous pourrez les moyens conciliatoires; mais aussi usez de vigueur, quand la chose sera absolument nécessaire. Servez-vous de mon nom tant que vous le jugerez à propos. Je me mets au-dessus des méchants, et la pureté de mes intentions me servira d'égide contre leurs dards. Placez dans différents cantons des officiers bien choisis qui nous seront tous dévoués, et qu'ils se mettent dans la plus grande activité préparatoire, et vous assurezvous de pouvoir au premier signal ne l'aire qu'un seul torrent de tous ces petits ruisseaux. Que les officiers les plus énergiques et les plus connus parcourent le pays et ])érorent les jeunes gens, que pour ainsi dire un coup de sifflet devra réunir. Ayez un commissaire ecclésiastique, si possible est, fiiles faire des caches qui puissent .servir de magasins et d'asiles. Faites rassembler tout le plomb et la poudre dans l'une d'elles, où quelques braves ne s'occuperont qu'à faire des cartouches. Prêchez le désinterressement, et que chaque homme aisé se procure son arme et son équipement de guerre. Assurez la correspondance qui pour le général n'aura lieu que de vous à moi, par la route que vous indiquez. Knlin donnez un libre essor à votre imagination cl mettez tout sur le pied de guerre. A.ssnrez Ions les officiers d(! mon estime, de mon atlaclioment; mais faites bien connaître que je ne veux point m'abaisser à faire ma cour à personne pour solliciter des services que chacun doit à la cause sacn^e que nous servons, sûr d'être secondé par un assez grand nombre. Je suis également sûr de pouvoir punir un jour... et je jitg'erai les individus d'après les services (ju'ils auront pu rendre et qu'ils n'auront |)as rendus, amis ou ennemis.
" Point de rentrée!... L'insurrcclion est sure et lrès-|)rochaine, ainsi plus de ménag'cmcnts. iNous n'aurons jias longtemps à gémir sans nous défendre. Oti'on enchaîne autant que possible i)ar 1.»
terreur le bavardage et les dénonciations, mais s'il le faut, qu'on fasse de temps en temps un exemple sévère sur les plus incorrigibles et les plus gênants. Je donne des ordres pour qu'avec cette lettre vous touchiez 600 francs pour vos premiers frais. Je vous recommande de n'en faire qu'un usage bien raisonné et absolument au profit de la cause. Cependant ne laissez manquer du nécessaire votre famille aussi respectable qu'elle est infortunée; ils sont devenus enfants de l'armée.
« Je me rappelle à son souvenir avec bien de l'empressement et du plaisir. La mienne est également sensible au sien et au vôtre; elle use de réciprocité envers vous et envers elle, et elle prend une part bien sensible à tout ce qui vous regarde. J'embrasse M. votre frère; mais tout cela va sans dire. Que ce soit donc une fois pour toutes, que tous vos rapports soient succints et cotés par ordre de date; dictés par la franchise militaire et sans rechercher d'érudiction. Simples enfin comme la pensée d'un militaire et non d'un homme de lettres. Point d'épisodes ni de prélude. Que tout roule uniquement sur les affaires du pays Fougerain relatives à l'insurrection.
« Salut et amitié.
« Si(jnc : Achille Lebrin. « » 22 juin.
« N» Ai
u J'ai reçu hier, mon très-cher ^Monsieur, votre lettre du 20, d'après laquelle je vois que vous n'aviez pas reçu ma réponse détaillée à vos deux premières. Je vous Tai adressée par Costez qui y joindra 600 francs, je me rappelle avoir oublié de vous marquer que lorsque vous solliciterez de nouveaux fonds vous devez m'envoyer un état détaillé et circonstancié de l'emploi des vôtres, afin que je puisse le faire ajouter à mes mémoires qui ne sont qu'en grosse.
u D'après ma lettre, vous verrez qu'il faut prendre sur vous tout ce que vous jugerez devoir concourir à l'intérêt de la cause. Il faut agir en chef de division. Je trouve votre projet fort sage, mettez-le à exécution; faites tout pour être bientôt un mesure.
o Le petit commissaire vous dira ce que c'est que le citoyen Pierrot. Je n'ai pas d'autre maison d'entrepôt, il en faudrait une bien dévouée et point peureuse. Tant que je serai ici, il faut ni'écrire parle postillon, la correspondance en sera plus sûre et moins chère.
» Saint et amitié.
Il Si'jnr : Achille I-F.DnuN. »