‹ Georges Cadoudal et la chouannerieChapitre 70 sur 99 · JN · texte numérisé non relu

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u Messif.ubs et braves camarades,

Il Nous voici parvenus à une époque ou nous devons tous oublier les dégoûls d'une attente louj^ue et pénible. F. es efforts réitérés de la malveillance et du crime ont pu souvent détourner nos yeux de la perspective où devaient nous conduire tant de travaux, mais ils ne l'ont jamais détruit, elle est inépuisable comme la cause sacrée de l'aulel et du trône. Si de fâcbeuses circonstances nous ont quelquefois laissé dans une stagnation douloureuse, il n'en est pas moins resté dans nos cœurs un germe indestructible que nos principes récbauffent, que nos malheurs n'ont fait qu'enraciner et que l'espoir doit faire éclore. Cet espoir (|ui a toujours produit dis merveilles dans nos cœurs généreux doit en élever aujourd'hui les efforts à un degré d'autant plus haut qu'il n'a jamais eu de fondements aussi solides.

Il Une coalition puissante dont les 'premières opérations sont comptées par des succès éclatants, un épuisement total dans les | finances et les armées de la République, un mécontentement général dans toute la France, des insurrections naissantes dans la majeure partie des départements, voilà en gros ce qui fournit de bien beaux résultats, et ce qui prescrit à votre courage de nouveaux élans, en lui assurant de nouveaux triomphes. Voilà ce qui fait un appel à la nation entière. Voilà enfin ce qui frappe la dernière heure du gouvernement atroce qui a creusé l'abîme où notre malheureuse patrie s'engloutit en languissant depuis quelques années. Nous n'invocpierons point couinie lui les furies de l'enfer, la haine et la vengeance; mais nous ferons une levée de boucliers pour rétablir le règne de la justice, pour pro\iver à l'iiurope entière que si nous gémissons sous le joug, nous ne partagions pas ses forfaits; nous nous réunirons pour soulager l'humanité souffrante. Va\ frappant, nous juierons le Dieu de nos pères, le Dieu tutélaire de la France, de no diriger nos coups que sur les plus coupables, les plus incorrigibles... mais loin de nous les haines particulières! loin do nous la soif du sang! contraindre nos ennemis à l'admiration, les forcer ainsi à venir dans nos rangs abjurer leurs erreurs, v.îilà nos vœux; vaincre, détromper et pardouiuM-, voilà notre devise.

<■ llâtez-vous, Messieurs, do vous prépai'er à la {jucrro et d'y disposer vos anciens conqiagrions, ainsi (|iu! des jeunes gens (jui alors ne nianquaiciit que de forces pour grossir le nombre. Mettez la plus grande activité à faire des prosélytes dans vos cantons respectifs, tr.ivaille/, de manière à vous y faire entourer au premier signal lie tous les homuies en état de porter les armes. Tenez-vous

prêts à agir et à former des phalanges pour votre réunion, des phalanges nombreuses et invincibles.

« C'est an nom du Roi que je vous y engage. D'un moment à l'autre il peut donner l'ordre de combattre; et je vous le transmettrai à vous taisant le signal de la réunion. Cachez-vous dès à présent, je vous ferai paivenir des movens d'existence et d'entretien, et vous me ferez facilement parvenir des rapports sur vos besoins et le succès de vos démarches. Jlais méfiez-vous des émissaires qui ne seraient pas porteurs d'un ordre écrit et signé de ma main. Vous savez combien il y a d'espions et de traîtres. Refusez votre confiance à tous les nouveaux visages. C'est aux officiers bien connus dans le pays et qui y sont restés incorruptibles, à soutenir l'honneur de nos colonnes, lorsque nous serons réunis; mais seulement alors, le Prince nous donnera ceux qu'il lui plaira. Rejetez loin de vous les insinuations perfides des intrigants. Ce sont nos plus cruels ennemis, et vous les reconnaîtrez toujours à leur empressement à calomnier et à noircir vos anciens ihefs.

« Je suis d'avance persuadé qu'on élèvera des doutes sur les ordres que vous recevrez de moi, qu'on répandra des soupçons sur mes pouvoirs, qu'on vous fera enfin mille questions indiscrètes sur mon compte, et surtout en général. Mais agissez et n'y répondez pas. Tenez-vous à dire qu'il est des confidences qu'un officier ne peut et ne doit faire à personne. Rejetez les gens indécis : ils ne sont bons à rien. Aous ne devons pas nous abaisser à solliciter des services que chacun doit à la cause que nous servons. Comme nous sommes sûrs de trouver des gens de bonne volonté, nous sommes également assurés de pouvoir punir un jour.

« .le m'attends, Messieurs et braves camarades, à toute votre exactitude et votre confiance, j'en recevrai avec plaisir tous les témoignages, et je rendrai compte de votre zèle avec empressement.

« Snjité : Achille Lebru.v. »

i( Monsieur i.e génlual,

i< Je n'ai point l'honneur d'être connu de vous, j'ai celui de servir sous les ordres de M. de Froilé, et je ne crains point d'invoquer son témoignage. Le zèle que vous avez toujours témoij;iié pour la cause des rois, pour le soutien de ses défenseurs, m'engage à recourir à vous otà voussupplier do venir au secours »lcs royalistesde la divisionde fougères. Vous n'ignorez pas, sansdoutc, Monsieurle général, l'infàmu trahison de .loli-Cneur, et les suites funestes qu'elle aenirainées après elle. Depuis cette malliturcuse époque, le sang le

plus pur n'a cessé et ne cesse de couler, il n'y a bientôt plus d'asile pour les honnêtes gens. La persécution est à son comble, nous avons perdu bien des bras, mais il en reste encore assez pour contenir la rage de nos ennemis, si nous avions la permission et le moyen de les armer. Toujours soumis aux ordres de Sa Majesté, nous sommesbien éloignés de songer à prévenir le temps fixé pour attaquer les républicains.

« Daignez, Monsieur le général, nous envoyer un officier de votre choix et le charger de vos instructions, afin que sous sa direction nous puissions nous rallier, et nous mettre en mesure d'en imposer à nous assassins, en attendant que nous puissions les combattre et les anéantir; il nous reste quelques munitions, peu de fusils, l'argent nous manque absolument.

(I J'ai l'honneur d'être avec un profond respect et une parfaite soumission, Jlonsieur le général... »

Celte lettre a été écrite à Gcorijes, chef des brigands du Morbihan, par Georges et adressée à Achille Lebrun pour la faire tenir à son adresse. Ce qui est constaté par l'interrogatoire de Cochet du dix messidor an VII.

« Monsieur et bien cher camarade,

u Lundi dernier, je fis porter à une lettre de ma part pour

vous avec un nouvel ouvrage que, je crois, vous lirez avec plaisir dans votre retraite.

« Je vous marquais dans cette lettre l'état de ma santé : mais depuis ce jour l'iie est allée en mieux ; et bientôt si les choses continuent, je ne me sentirai plus de mon attaque de goufe, et serai bien portant, tâchez de faire de même et de prendre des forces pour le jour de la nécessité. Je prends bien part A l'indisposition de M. voire frère et je désire bien sincèrement qu'il se rétablisse parfaitement et promplement. Dans ma lettre de lundi, vous verrez comment on dit que les affaires vont en Normand ie dans le Midi. Suivant les dernières nouvelles, les affaires des républicains vont toujours très-mal de part et d'autre. Il n'y a pins de prisonniers, on tue tout le monde. Le général russe a ordonné à ses troupes de ne se battre qu'à la bayonnete et au sabre; et il parait (pie cela n'accomode pas nos l'Vancais républicains.

Il Les uns disent le l'.qie niorl, les autres le disent à Briancon.

Il On a obtenu la gnk-o d'un jeune homme qui délivra M. \\cnaud d'Lrnéo; et néanmoins ou vient de le faiie prendre, ol je crains hicn qu'il ne périsse. J'avais bien recommandé de lui dire ou lui faire dire de ne point compter sur la prétendue grâce qu'on

lui avait accordée. Mais apparemment qu'on n'a pas fait ma commission, qu'on a méprisé mes avis. Après tout ce qu'on a vu, comiiK n( compter sur de pareilles grâces? n'est-ce pas une grande imprudence? Que peut-on attendre de tous gens vendus à l'iniquité?

Il Je crois vous avoir marqué que le premier de mes amis entre les ecclésiastiques était tombé entre les mains des républicains, mais qu'on le disait délivré. IMalheureusement la nouvelle de sa délivrance s'est trouvée fausse. Il est dans la maison du Sabot à Angers, en attendant qu'on le transfère dans l'isle de Rhé.

Il Dimanche dernier nous avons encore perdu M. Coudray, vicaiie de Juvigné, qui fut pris en disant la messe à un quart de lieue do Vitré.

a Le même jour une dame bretonne qu'on croit de la Chapelle eut la charité d'aller me dénoncer à Ernée; mais ayant été mal reçu de celui à qui elle s'adresse, il paroit qu'elle eut restée là, et d'ailleurs elle ne savait pas le lieu de ma retraite; parce qu'elle me disoit dans une paroisse où je ne suis pas. Cette dénonciation n'a eu aucune suite, et l'on n'a fait en conséquence aucune recherche.

11 Ce que j'avais prédit à IM. de la Brieneois pour avoir avivandé des chouans à ce qu'il parait, de la ligue de Joli-Cœur, il est en fuite, on le cherche partout.

<( Je suis on ne peut plus flatté de savoir que vos affaires sont sur un bon pié. Je désire que tout aille à votre avantage, et que bientôt tout soit fini et terminé, mais quoiqu'il arrive ne perdez jamais (le viic Madame Observez-vous tant que vous pourrez; pour

se bien porter en retraite, il faut bannir loin l'ennui, la mélancolie, la tristesse, le chagrin, se consoler et se réjouir dans le Seigneur. Faites cela, et tout ira bien. Tout chrétien soumis et résigné est toujours content. Les choses les jilus obligeantes à toute votre famille. Je vous embrasse tendrement et suis avec un sincère attachement, Jlonsicur et compagnon de bonne fortune,

K Votre très-humble et obéissant serviteur.

M 17 mai l'ilil. »

Il Monsieur,

Il J'ai reçu hier au soir la réponse à ma lettre à M. Achille Le Blond. Il me marque qu'il a enfin reçu des ordres, et en conséquence fait fusiller deux des adjoints à 'M. Grandpierre : voyez quel rhaiigement depuis votre entrevue. Il ajoute qu'il a donné des ordres à ses officiers supérieurs, qu'il attend des instructions des chefs de Bretagne, et qu'il sera charmé de correspondre avec les chefs de !\laiiic, etc. Il ne me dit rien dudit Grandpierre; mais

M. François a dit à la porteuse de ma lettre qu'il l'avait rudement réprimandée, et qu'après l'aveu de ses forfaits et sur la promesse de se comporter en honnête homme on lui avait fait grâce. Il parait que ma lettre à RI. Achille lui a fait beaucoup d'impression, et pour marque de la confiance qu'elle lui a inspirée, il m'a prié d'examiner les ordres qu'il a donnés, pour voir si j'y trouverai quelque chose à y ajouter ou à réformer, etc. Quand on me les aura remis, je voudrais que vous puissiez venir me voir pour les examiner avec moi. Si donc vous vous rapprochez, je vous prie de me le faire savoir, et de vouloir bien vous donner la peine de me venir parler. Alors je vous ferai connaîlre un brave homme de la Chapelle qui a promis au commandant de rougèrc de me trouvei , etc., et nous aviserons aux moyens de lui empêcher de consommer sa perfidie.

11 M. le Vengfeur aujourd'hui nommé Alphonse m'a aussi écrit et me marque que tout va bien, et qu'ils ont reçu des ordres, et que j dans peu ils travailleront. Consolez-vous donc et consolez les autres, et ranimons tout notre courage et notre confiance.

11 Vous savez sans doute les nouvelles, elles sont de plus en plus allarmantes pour les républicains.

(1 Je salue très-humblement tous les vôtres et suis de tout mon cœur, etc., IMonsieur et cher confrère de bonne fortune, votre trèshumble et cher serviteur.

11 Flexit. »

« H prairial.

Il Le C" B. d. G est bien sensible h votre souvenir mon cher St G. il se rappelle de vous avec plaisir et en parle souvent avec votre ami ; il désire beaucoup vous voir en portant la fin de son procès. Il espère que vous lui aiderez à y coopérer, car il compte beaucoup sur vous; il ne sçait pas quand cela pourra l'être, mais il croit que ça ne tardera pas, d'après les nouvelles qu'il a reçues de son père; il faut avoir do la palieru-c et de la persévérance. Il ronroil que dans la circousiaurc où nous sommes actuellement, et (|uanii on souffre on n'écoule pas tout à fait la raison : mais elle est absolument nécessaire plus que jamais. Vous conviendrez qu'un (ils soumis ne doit |ias aller contre la volonté et les ordres de son père. Adieu M. ch. St G. Donnez souvent de vos nouvelles pjr la voie de votre ami, et comptez A jamais sur mon sincère atlachcnient.

Il Iv-rivc/. iMiii loiiiiiMis à la iiiéme all^l•^^^• au C'" I .l'iiioiiis 10 cl l.tisi(;iiaii. N" II.'), rue des N'iiillcs Cluvcl-SairLl-IIoiioré, i\ l'.iiis.

Ne mettez jamais mon nom sur aucune lettre; mettez seulement pour moi au C" Budon, le C'^° qui vous envoyé les lignes ci-dessous a la votre; et il les lit toujours. Ainsi quand vous écrirez qu'il y en ait une pour lui, et un ou deux mois pour moi, mais il les verra aussi. Je ne puis faire autrement. Rien des amitiés à vos citoyennes et à Pierrot, je ne srais encore quand je retournerai au pays. »

Le C" B. D. G. c/csiçjiic le baron Dufjon, ex-chef de division dans l'ancienne choitanerle du de'partcment de la Manche, où il a servi avec Frotté et St Georges, aujourd'hui Si Vallier connu sous le vrai nom de Cochet.

Cl Au nom de Dieu et du Iloi.

« Nous officiers de la division de Fougères, brûlants du vif désir de contribuer à relirer notre commune patrie de l'oppression, et de lui rendre son ancienne splendeur, nous nous sommes assemblés aux fins d'ordre pour aviser aux moyens de parvenir à un but si désirable.

a En conséquence l'un de nous ayant déposé sur le bureau ledit ordre dont il était chargé, a proposé avant qu'on en prit lecture, que tous les officiers composant l'assemblée prélassent le serment de garder une discrétion inviolable sur tous les desseins et les entreprises qui leur pourront être confiées; mais encore de ne mettre bas les armes qu'après avoir anéanti les régicides, rétabli la religion catholique dans toute sa pureté et le trône des Bourbons. Chaque individu ayant fait ce serment et promis de signer ces nobles engagements; on a ouvert et pris lecture de ladite lettre. Comme il v est question de nommer quelqu'un qui [)uisse entretenir la correspondance, et activer les opérations dn général Du Bois Guy, il a été convenu que l'on nommerait pour cet effet SI. de Saint- Val lier, que l'on regarde comme très-capable de remplir avec honneur cette mission. Ledit Saint-Vallier n'ayant voulu accepter que provisoirement par l'organisation et parce qu'il y a urgence, il a été convenu en outre que chaque officier relounierail à son poste pour travailler secrètement et d'une manière décisive l'opinion publique, réorganiser les compagnies et les mettre dans un état respectable.

u II a éié arrêté qu'un extrait de la présente délibération sera envoyé sur le champ à M. le gi'iiéral Achille Le Brun ; clou le

supplie très-humblement d'examiner s'il ne s'y trouve rien à changer.

« Fait et arrêté sur nos seings après lecture, le 24 juin 1799.

« Victoire, capitaine tirailleurs de

la coloiiîic du centtre, u Brin d'Amour, capitaine, « Réchappa, lieutenant, u Bonne INouvelle, « Saint- Vai.lier, commandant provisoire de la division. »

<i Ce jourd'hui 10 messidor an VII.

Il Le nommé Cochet détenu, interroffé sur le contenu d'une lettre du 11 prairial, commençant par ces mots : le C"° 15. D. G. est bien, etc., et finissant par ceux-ci : sincère altaclieiuent.

(I A déclaré présumer que les trois lettres initiales B. D. G., qui suivent le citoyen, signifient baron d'IIugon, chel de division sous les ordres de M. Frotté en INorniandie, dans l'ancienne chouancrie, lequel semble résider actuellement à Paris. Il croit aussi que cette lettre est écrite par ledit baron d'IIagon comme ayant eu occasion de le voir plusieurs fois en Normandie, et se rappelant de lui.

u Interroge du nom, de la qualité et de la demeure de l'écrivain des notes qui se trouvent au piô de la même lettre et commençant « par liazard n et finissant par ceux-ci <( ce à quoi je «.

(1 Répond que ces notes sont du nommé Simon des environs d'Avrancbe ou de Mortain, lequel a figuré dans l'ancienne chouanerie en qualité de chirurgien, et demeure actuellement i\ Paris à l'adresse qui est désignée dans ces notes.

Il Interrogé sur une lettre commençant par ces mots u je n'ai pas Il l'honneur », cl finissant par ceux-ci ii il faut que tout le monde <i fasse des sacrifices ».

Il Répond qu'elle est écrite de sa main et destinée à être envoyée au nommé Vij;rous ca|)ilaine de chouans, rentré à Monlour; mais <|u'ayant été arrêté an moment île sa rédarlioii, il n'a pu l'achever ni l'envoyer à sa destination.

Il Interrogé sur une anlre lettre commençant par ces mots Il M. lu g'énéral » et finissant {)ar ceux-ci ii Soumission, monsieur 0 le génér.il r.

Il Répond que c'est copie de celle qu'il écrivit au géiu''ral Georges, commandant dans le Alorbilian le S juin dernier.

(I Interrogé s'il a connaissance que cette lettre a été remise à son adresse, et s'il en a reçu réponse.

u Répond savoir positivement que cette lettre est demeurée entre les mains d'Achille Lebrun, auquel il l'avait adressée pour la remettre à Georges, et qu'il n'a reçu aucune lettre ni avis particulier de ce dernier.

il Interrogé sur une autre lettre commençant par ces mots u dans la triste position » et finissant par ceux-ci « 8 juin ».

<i Répond que c'est copie d'une de celle écrite par lui à cette époque au général Achille Lebrun pour l'inviter à remettre la lettre à Georges.

M A lui demandé s'il connaît les nommés Gœur-de-Roi, Monfau che, M. Bos, lieutenant, Phalege, lieuten ant.

u Répond ne les connoître ni l'un ni l'autre. Ajoute au surplus avoir été sollicité par Achille Le Blond pour écrire la lettre dont il est parlé ci-dessus, adressée à Georges; lecture à lui faite de cette déclaration, a dit qu'elle contient vérité, il y persiste et a signé.

<i Signe : Cochet.

II Certifié conforme à la vérité par moi chef de bataillon commandant l'arrondissement de Fougères.

Il Sifjnè : Pinoteau.

K Certifié le présent véritable, d'après les différentes pièces qui m'ont été transmises en originaux, par nous général commandant la subdivision d'Ille-et-Vilaine.

Il Signe : Roui.i.anh.

(I Pour copie conforme :

Il Le général commandant la 13' division militaire. 2* de l'armée d'Angleterre.

Il Signé : Michaud. »

(Archives de Kcrléano.)

.N» fift

BRIGANDS QUI ITAIENT A nOCIIE-SAL-Vf.l I» . (C'est la Icgioii .le M izilUc el It-doii n" 4.)

Martin de la Plazette, dit Du Fresite.

PouncFAL- DE MoNDOiiK dc Guéraudc, dit Ditfosse.

LoAisEL, âgé de 16 ans, fils de Loaisel de Sérent, ex-enregistraleur à Baud.

Sol de Grésolle {sic).

Les deux Sécillons, émigrés.

Chaillou du Fresne, chirurgien directeur de la 81».

CoDAssiN DE Kergal de Guérande, âgé de 16 ans; son père n'a pas voulu le recevoir, dit-on.

Gaspard de Roche des Trois, capitaine de chouans.

...Autre Le Nuez, dit Gaspard, frère dudit.

Protin, dit Marquis de Brouille, capitaine commandant l'avantgarde.

• L'ex-domestique de Silz était aussi capitaine.

(Communiqué par M. le docteur A. Mauricel.)

Rapport sur l'affaire de Locminé.

L'attaque de Locminé était commandée par un Flamand déserteur nommé Gommé (Gomez). Guillemot de Bignan y était.

Un nommé Ravaut et un tailleur du IMoustier étaient les plus terribles des brigands.

Le commandant de Locminé a été tué par un chouan qu'il a aussi tué en périssant.

Les gendarmes se sont sauvés, les militaires ont fait une trouée et plusieurs se sont sauvés, les autres ont été emmenés prisonniers.

(Communi(]ué par M. le docteur A. Mauricel.)

. Ediiiburcli, ce III julll.t ITJ'J.

(I J'autorise le général Georges, commandanl pour le Roi dans la partie de la province de Bretagne coumie sous le nom de Morbihan, dans le cas oi'i il se présenterait k lui telles porsouiies qui après avoir servi le parti républicain reviendraient à leur devoir avec la volonté cl les moyens do servir la cause do leur souverain légitime, A les recevoir, traiteret prendre avec eux des cngagemculs selon la iialtirc des services (|u'ils pourraient rendre, l'i conservera ceux <jui sont dans les armées les grades et eiiiploitqiu' comporte-

rait la quantité d'hommes avec lesquels ils arriveraient pour servir dans l'armée royale suivant les bases arrêtées dans les instructions qui lui seront données.

« Charles-Philippe.

« Général Georges Cadoudal. »

(CommuQÎiuée par M. de Cadoudal, ancien officier de cavalerie au service de Sa Majesté Apostolique, fils du colonel Louis d^ Cadoudal.)

rs» 63

Lettre de Monsieur à Georges.

• Londres, le 22 décembre n99.

(I J'ai reçu, mon cher George, votre lettre du 3 décembre, ainsi que les rapports de 51. Le Loureux. J'ai examiné le tout avec la plus sérieuse attention, et j'ai communiqué aux ministres B"""" les détails importants relatifs à votre situation et à celle des autres chefs royalistes.

Il Soyez certains qu'avant la fin du mois j'expédierai des officiers dignes de confiance, qui vous porteront les résolutions définitives du G"°°' B''" et les miennes; mais je m'empresse à vous annoncer que le moment approche où mes vœux, les vôtres, et ceux des Français fidèles comme vous, seront exaucés. Je serai bientôt à la tête de vos braves compafjnons d'armes, et indépendamment des secours en argent, munitions et fusils que les royalistes reçoivent et recevront en abondance, j'espère d'après les très-favorables intentions du ministère anglais arriver au milieu de vous avec des moyens propres à assurer nos succès.

Il Je me réfère pour le reste aux ordres et instructions que j'adresse aujourd'hui au commissaire du Roi ; mais j'ai voulu que le brave et loyal Georges n'apprenne que par moi ce dont son âme jouira autant que la mienne.

Il A nous revoir bientôt, mon cher George, j'éprouverai une grande satisfaction à vous renouveler de vive voix l'assurance de tous les sentiments que vous m'inspirez si justement.

« Chaiiles-Philii'I'i;. »

Il P. S. — Je vous autorise à envoyer copie de cette lettre au brave Mercier et à lui dire qu'il partage la juste affection que je vous porte. »

(Archives de Kcrléano.)

Lettre de Monsimir A Geonjes.

• Londres, ce 25 décembre 1199,

« Aussitôt que j'ai connu, mon cher George, le besoin que vous aviez d'officiers d'artillerie, pour tirer un parti utile des canons et obusiers qui vous sont envoies, je me suis occupé d'en choisir qui réunissent le talent au zèle et à l'activité.

a Je joins ici les noms et grades des quatre officiers qui partent aujourd'hui pour servir dans l'armée à vos ordres. Ils méritent tous ma confiance, et je suis bien sûr que vous tirerez un grand avantage de leurs lumières.

« Le baron des Lyons qui vous remettra ma lettre est le plus ancien et par conséquent le chef de ses camarades. C'est un officier très-distingué dans son corps.

« N'ayant rien à ajouter à ma lettre du 22 de ce mois, je m'y réfère entièrement, et je vous renouvelle de bon cœur, mon cher George, l'assurance de tous mes sentiments.

<l GltAIlLIiS-PHILIPPE. 1)

(Arcliifes de Kerléaaa,)

N" C5 Lettre de Lemercler au i/cnc'nil Ct à Vannes.

. 19 prairhil an VII.

il CiTOKEN Gl.Ni;UA(,,

ce J'ai VU avec phiisir que ma lellro vous élail parvenue et que vous n'aviez |)as uéjfligé d'employer tous les moyens que le gouvernement vous confie ;\ juste titre pour découvrir les projets tlo nos ennemis communs.

(I Le désir de vous donner de nouveaux éclaircissements sur l'état actuel des cam|)agiies me force A vous écrire de reciicf. Je vous ai annoncé (|uc la chouannerie était complclomeut organisée. C'est une vérité, cl j'en suis bien sur, mais je vous préviens que l'ordre vient de lui être donné de ne point arrêter sur les roules, do ne remuer nulle pari, en uu mot de ne point agir jusqu'il nouvel ordre.

<i Le but des chefs en ce moment est de laisser croire que le département est tranquille afin que le gouvernement, satisfait par cette sécurité apparente, appelle les troupes qui sont dans la ci-devant Bretagne pour les porter sur les frontières. Alors l'Anglais doit débarquer sur divers points de nos côtes et principalement sur celles du Jlorbiban des troupes russes qu'il a achetées à cet effet dans ce moment, des émigrés, des prêtres et enfin des Anglais eux-mêmes, tel est le plan combiné, vous pouvez m'en croire, et dans quelque temps il doit être exécuté, si vous ne déconcertez encore une fois leurs projets perfides, ainsi que vous l'avez déjà fait par l'étabJisseiiient et l'activité des colonnes mobiles. Il vous reste un moyen de réussir et de les confondre, c'est de conserver dans ce département le plus de troupes possibles, d'établir une très-grande surveillance sur les côtes, d'exercer partout les colonnes mobiles aux exercices à feu ; de fortifier les lies circonvoisines de la Bretagne, telles que Bel le-Isle. celles du Jlorbihan et surtout celle de Groix, dont la possession rendrait nul le port de Lorient; de surveiller les nobles et Jeurs maisons de campagne. Sovez assuré de tout ce que je viens de vous dire. Le moven d'empêcher le débarquement qui doit avoir lieu est d'avoir toujours en Bretagne beaucoup de troupes de ligne et de la cavalerie, car tant que nos ennemis sauront que vous arez des braves à commander, ils ne se hasarderont pas, et je sais positivement qu'ils ne tenteront d'exécuter leurs projets qu'autant qu'ils verront le département sans troupes réglées. Depuis longtemps les papiers publics nous annoncent que cent bâtiments de transports sont prêts en Angleterre pour exécuter une descente; c'est une très-grande vérité, et vous saurez qu'ils doivent prendre près de Hambourg des troupes étrangères pour les verser pendant la belle saison sur notre patrie, à moins qu'ils ne soient informes (car ils savent tout) des sages mesures prises par vous pour les en empêcher. Gardez le secret sur cette lettre qui ne coniient que des vérités positives, à cette dernière condition, je vous promets de vous ■écrire tout ce qui pourra vous intéresser par la suite, et si vous en parlez, je me tais pour toujours.

Il Pour copif conforme.

a Le général commandant la i;V division militaire, 2 active.

Il Slijné : MiciiAVD. »

(.\rcliivc5 lie Kerlcano.)

Lettres de Wiiidliam au fje'néral Georrjes.

.. Londres, novembre 1" 1:99.

II Monsieur,

u Rien ne sera épargné de la part du gouvernement hrilanni-

que pour seconder vos efforts de la manière la plus efficace... toute l'attention et tous les uioïens du gouvernement ne manqueront pas d'être dirigés vers ce même but... Nous serons bien aise descavolr si vous pensez qu'avec une force très bornée, s'entend avec 10 ou 12,000 hommes, il y a des postes à occuper ou des coups à frapper. Dans le cas où vos propres moiens dans le premier instant ne pourront pas être suffisants, le gouvernement ne se refusera pas à venir à votre secours d'une manière prompte et soutenue. Vous ne douterez pas des sentiments d'intérêts dont je suis pénétré pour votre cause, ni de rempresseiiicnt que je mettrai pour seconder par tous les moïens en mon pouvoir vos nobles et généreux efforts pour le salut de votre pais et de l'Europe entière. Je me félicite de n'être pas seul dans ces sentiments, mais de pouvoir vous les donner comme ceux des personnes qui gouvernent dans la crise actuelle le cabinet de l'Angleterre.

« J'ai l'honneur d'être, Monsieur, avec la plus haute considéralion,

« Votre très-humble et très-obéissant serviteur.

« WiNDHAM. Il

u Mo.NSIEUll,

u Les armées russes et .uiiririiienncs n'ont pas reçu de revers extérieurs qui soient importanls, mais la Suisse doit être entièrement évacuée; et tout parait montrer qu'il y aura pou à attendre <lc leur piirt qui |)uisse favoriser vos entreprises, 'l'ont cela ne rliaii(;i'ra riiii à noire disposition île vous aider el de vous fournir tons les secours (jue le zèle le plus actif el l'inlérêl le plus prononcé pourront vous procurer. .Nous ne croyons pas avoir d'autre

parii à prendre que de vous soutenir de foute notre force. Vous pouvez compter, je le répète, sur nous aussi longtemps que vous jugerez à propos de continuer vos efforts. Qu'ils soient heureux et que les puissances étrangères sacl:ent enfin diriger leurs opérations au seul but qui puisse conduire à leur vrai salut.

" Je vous prie de me croire avec la plus haute estime et considération,

« Monsieur,

(( Votre très-humble et très-obéissant serviteur.

« WiNDHAM. »

• Londres, 30 décembre 1799.

« ÎIOSSIEUR,

u II est fort possible que ma lettre vous soit remise par un de mes proches parents, le capitaine de la frégate la Tamise, que j"ai demandé à voir emploie dans ce service, sachant tout l'intérêt qu'il y mettra tant à cause de moi que de son dévouement pour la cause. On ne vous refusera pas ce qui vous sera nécessaire. Vous recevrez à ce que je crois, en même temps que celle-ci une lettre de Son Altesse Royale, iMonsieur, dont il a daigné me faire part et que je suis bien aise d"avoir vue, parce que je crois que Son Altesse Royale en l'écrivant a plutôt consulté l'ardeur et l'empressement de son âme que la marche lenle et circonspecte qu'exige la conduite des affaires à laquelle il sera nécessairement assujetti. Il est impossible qu'un prince arrive chez vous à moins d'être soutenu d'une force plus ou moins imposante; et celte force, il nous sera presqu'impossible de la lui donner plus tôt que d'ici à quelques mois. Je dis presque parce que je n'aime pas à prononcer de ce que nous pouvons faire s'il s'agissait de sauver le parti roïaliste de n'être pas tout à fait écrasé. Je vous prie instament de différer, le plus longtemps qu'il vous sera possible, l'époque de l'arrivée d'un prince, comptant toujours que plus elle sera éloignée jusqu'à un certain terme, plus nous serons dans le cas de le soutenir d'une manière efficace. Dans tous les cas, vous pouvez compter, vous et vos collègues, sur la continuation que le gouvernement emploie actuellement, de vous faire parvenir tout ce dont vous avez besoin aussi bien que sur les sentiments d'estime et de considération avec lesquels j'ai l'honneur d'être, u Monsieur,

u Votre très-humble et très-obéissant serviteur.

« WiNDHAM. >> (Archives de Rerle'ono.)

Lettre d'Hyde de Neuville au sujet de l'entrevue de Georges et du Premier Consul.

Selon M. Thiers, Georges avait exprimé son regret en s'entretenant avec M. Hyde de Neuville de n'avoir pas étouffé Bonaparte dans ce tête-à-tête. L'auteur de ce récit s'est adressé à M. Hyde de Neuville lui-même pour avoir la vérité sur ce fait; il en a reçu la réponse suivante :

il J'ai reçu, Monsieur, votre lettre, et je vous aurais répondu de II suite, si, le jour même, je n'étais parti pour Bruges, j'allais pré- <( senter mes homnjages au royal exilé, je fus, je serai toujours le il courtisan du malheur.

II Oui, Monsieur, je suis homme de conscience et de vérité, si le II propos rapporté par M. Thiers eût été tenu par votre oncle. Il j'aurais gardé le plus profond silence, mais je ne dirais pas, mais (I je n'affirmerais pas le contraire.

Il Jamais de semblables paroles n'ont été prononcées devant il moi, et si elles eussent été prononcées, j'aurais été plutôt peiné II qu'indigné, car l'intention seule fait naître l'indignation, or je Il n'aurais pu admettre que des paroles portant, comme vous le fai- II tes à juste titre observer, un caractère odieux, fussent le résultat Il de l'intention, j'aurais vu dans ce propos l'un de ces égarements il passagers de l'âme, que parfois la colère, la douleur ou l'indi- II gnation produisent; ce sont surtout les hommes d'énergie et de II conviction profonde qui, dans un moment d'irritation, vont au II delà de leur pensée; mais enfin je le répète, ce propos n'a jamais Il été tenu devant moi.

(I Voici le fait qui, mal rendu, aura pu donner lien au propos II en question. J'ai dû avant et depuis Y Histoire du Consulat en ré- II tablirla vérité. Nous n'étions point en route, mais à Paris; nous <i étions plusieurs, et il s'agissait de savoir quel parti devaient pren- II drc ceux qui ne voulaient point se rallier, car plusieurs royalis- II les faiblissaient; je rajipelais ma première entrevue avec le Pre- II mier Consul (il n'y avait de témoin à cette entrevue que le Il prince de 'lalleyrand); je disais que tout en cherchant à amener Il A lui les partisans des Bourbons, Bonaparte n'avait prononcé au- II cune parole mcnaianle, qu'il m'avait même parlé avec une sorte Il de bienveillance. "Oh! il change de ton, dit Georges, depuis «que tant de Fiers républicains qui voulaient ù tout prix lu liberté

Il OU la mort, viennent se prosterner à ses pieds, depuis que des Il prêtres, des royalistes nous abandonnent pour aller à lui! »

!( Votre oncle était, en nous rendant compte de son entrevue, Il fort animé, fort irrité; il s'emportait contre plusieurs de nos 11 amis et aussi contre le prince de Talleyrand, qui, pourtant, je (1 dois le dire, n'eut aucun tort envers nous dans cette négocia- II tion ; il m'avait présenté à Bonaparte, et j'étais arrivé à lui non Il par un minisire étranger, comme le dit M. Thiers, mais par un Il diplomate français, 51. de Bourgoing, depuis ministre du Pre- II niier Consul et de l'Empereur à Copenhague. M. d'Andigné Il n'était point encore arrivé à Paris, mais ni lui ni moi, nous <i n'eûmes recours à la diplomatie étrangère. Enfin, poursuivant <i son récit, votre oncle répétait :

Il Oui, oui, il change de ton, son pouvoir l'enivre ce petit

<i homme que j'aurais pu étouffer entre mes bras. Oh ! il Il ne m'engageait point à prendre du service, il commandait, il or- 11 donnait, il parlait en maître. — Pacification, amnistie, tout cela Il n'est qu'un leurre. Attendons, et bientôt nous serons sous les ver-

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