CONSTITUTION CIVILE DU CLERGE
révolutionnaire. Tous n'attendaient qu'une occasion d'en venir aux mains, elle se présenta bientôt.
Malgré les réclamations des évécjues, on mettait de toutes |iarts à exécution la constitution civile du clergé. Aux termes (le l'article 30 de cette constitution, les administrations de district devaient pourvoir au remplacement des évéques, curés et autres fonctionnaires ecclésiastiques qui se refuseraient, dans un délai de huitaine, à prêter au nouvel ordre de choses le serment réprouvé publiquement par l'universalilé du clergé, et formellement condamné comme scbismatique par le Souverain Pontife lui-même. Les titulaires de toutes les charges ecclésiastiques qui, après avoir refusé le serment, s'immisceraient dans les fonctions sacerdotales, devaient être poursuivis par les tribunaux du district comme rebelles à la loi et perturbateurs du repos public, punis par la privation de leur traitement, déclarés déchus des droits de citoyens actifs, sans préjudice de pénalités plus grandes suivant la gravité du cas.
Telles étaient les di>po&ition3 du décret. Elles renfermaient les éléments d'une persécution d'autant plus violente que lexécution en était confiée à des agents plus sul)alternes, à des fonctionnaires de bas étage, scribes, robins, procureurs-syndics, bourgeois voltairiens pleins de préjugés, de haine et de fiel, qui, pour faire preuve de zèle, aggravaient la rigueur des décrets par des mesures odieusement brutales.
On comprend l'effet que de pareilles dispositions, ainsi que les mesures vexaloires auxquelles elles aboutissaient nécessairement, durent produire sur un peuple aussi obstinément attaché à sa foi et à ses pasteurs que l'était le peuple breton. L'émotion fut vive et profonde dans toutes les parties de la Bretagne. Dans le pays de Vannes où s était conservée plus que partout ailleurs l'énergie de la race celtique, cette émotion se tradui>it bientôt en scènes tumultueuses, et en violences auxquelles il ne manqua qu'une direction générale pour prendre le caractère d'une véritable guerre religieuse.
Le siège épiscopal de ce diocèse était occupé depui, vingt-cinq ans par Mgr Sébastien-Mi( lui Aineiot , prélat
et langer à la Bretagne, mais d'une orthodoxie irréprochable. Après avoir protesté dès le début contre les entreprises de la Révolution, il fut un des premiers à opposer à la constitution civile un refus de serment, qui fut imité par la presque unanimité des prêtres de son diocèse.
Les simples fidèles suivirent leurs pasteurs dans les voies de la résistance. Ceux de la ville de Vannes etdes paroisses réclamaient hautement contre l'obligation d'uu serment qui devait avoir pour effet de les priver de leurs pasteurs légitimes.
Les maires, adjoints et officiers municipaux étaient à la tête de ce mouvement qui se propagea dans tout le diocèse avec la rapidité de l'éclair. De son côté, l'administration départementale du Morbihan répandait avec profusion une instruction en faveur de la constitution civile, rédigée par un de ses membres, sous le titre : L'administralion du Morbihan aux Français de son ressort. Mal lui en prit, cette instruction souleva de toutes parts les plus énergiques protestations. La municipalité de Theix, paroisse voisine de Vannes, qui, dès le 6 janvier 1791, avait manifesté son inviolable attachement aux pasteurs légitimes, dans une lettre adressée à l'administration du district, retourna cette instruction en l'accompagnant d'une nouvelle manifestation non moins significative que la première :
« Nous adhérons, écrivait-elle, plus fermement que jamais « aux sentiments dont nous vous avons fait déjà part. ...Nous « vous renvoyons le libelle intitulé: Le doparlcmcnt dit Mor- K bihan aux Français de son 7-essorl, que nous regardons « comme contraire il notre foi, à nos mœurs, à notre religion. « ...Nous vous prions de ne jias nous envoyer davantage de « ces sortes d'écrits, parce qu'au lieu de nous attacher à la « constitution, ils ne feraient que nous en dégoûter de plus « en plus. »
Douze municipalités des cnviinii^ di' \'ainies suivirent cet cxiMuple et liront des dét'Iarations analogues. La plus remar- (inablc par sa rédactinn, la furco des raisonnements, la beauté et l'énergie des sentimentsfui celle de Sar/.eau. l'.lle était signée du maire et des nHiciors municipaux, mais il était facile d'y
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reconnaître une inspiration ecclésiastique. La pétition de Plœren conlenait ces deux phrases significatives : KNousdécla- .1 ions que nos prêtres ont toujours été les défenseurs de « l'ordre public et des vertus sociales qu'ils nous ont inculn quées par leurs paroles et leurs exemples. Nous voulons n vivre et mourir sous leur direction, bien décidés à ne pas « souffrir qu'on les inquiète, ou qu'on les remplace. « La paroisse de Pluneret disait aux administrateurs du département : « Quel mal font donc les prêtres? Pourquoi, si nous ce sommes libres, ne pas nous laisser le droit de vivre et de " mourir en chrétiens? On parle de nous enlever nos pasteurs, Il nous ne pouvons le croire. Si cela était, vous n'avez qu'à (I venir, nous vous attendons. »
Ces énergiques déclarations soulevèrent au plus haut degré les colères du district et du parti révolutionnaire, qui accusèrent l'évéque du diocèse, Mgr Amelot, de les avoir provoquées. Ils lui portaient une telle haine et se répandirent contre lui en de telles menaces, que les fidèles en vinrent bientôt à craindre pour sa liberté et pour ses jours. Mais celuici, soutenu par l'affection de son clergé, des habitants des campagnes et de la plus grande partie de la population de sa ville épiscopale, avait dans les élèves du collège de Vannes une force toute prête pour sa défense, en cas de violente agression.
Le 7 février 1701, une réunion composée des écoliers présents à Vannes, de fidèles de la ville et d'environ trois cents paysans des campagnes environnantes, fut convoquée au Bondon, manoir situé dans le voisinage. Un Quiberonnais, nommé Barenger, fut chargé de la présider'.
.\près s'être entretenus de la gravité des événements, des dangers qui menaçaient la sécurité de l'évéque et du ministère paroissial, les membres de la réuni^m rédigèrent une adresse au directeur du département en faveur du m;iintien de l'autorité épiscopale. Cette adresse fut portée à l'Hôlel du département
' M<-iiiolres iii.intiscrils de noliii.
2i GEORGES CADOUDAL.
par quinze laboureurs, accompagnés d'un grand nombre d'écoliers et suivis d'une foule d'habitants, appartenant aux différentes classes de la ville. Après avoir exposé l'objet de leur demande, les pétitionnaires annonçaient que sous peu dejours ils viendraient chercher une réponse.
Sans se rendre suffisamment compte de l'état des e-prits et de l'exaspération des campagnes, le directeur n'était pas sans inquiétude sur les suites de la réunion de Bondon, carie cheflieu n'était défendu que par une garde nationale faiblement organisée et par 150 hommes du régiment de Walsh, la plupart hostiles à la Révolution. Des courriers furent expédiés au général Ganclaux qui commandait à Lorient, pour lui demander du secours. Ganclaux fit partir sous la conduite de l'adjudant général Beysser un escadron de dragons et des gardes nationaux recrutés dans la lie de la population de Lorient et de Port-Louis. C'étaient des espèces de sans-culottes hideux à voir, qui s'augmentèrent de quelques recrues en passant à Hennebont et à Auray. Quand ils firent leur entrée à Vannes, les habitants furent terrifiés à la vue de cette troupe déguenillée, qui, à part les drjgons, donnait plutôt l'idée d'une bande recrutée au bagne que d'une force régulière. Partout sur leur passage, pour les désigner, on les nommait les forçats de Lorient. Leurs allures, leurs paroles et leur» actes pendant leur séjour au chef-lieu, prouvèrent surabondamment qu'ils méritaient une semblable qualification.
Précédés de deux pièces de canon, accom|>agnés d'un aumônier constitutionnel affublé d'une cocarde et d'une ceinture tricolores, ils se rendirent aucolléjje, où ils demandèrent aux professeurs et aux élèves de faire le serment, en poussant des cris féroces et en leur présentant des rubans tricolores à la |)ointe de leurs sabres et de leurs piques. De là ils se rendirent au grand séminaire et à l'évêché, dont ils brisèrent la grille ainsi que l'écusson épiscopal. Ils vociférèrent d'horriblo> menaces contre l'ëvéque, l'un disant (ju ils voulaient lui couper les oreilles, l'autre, faire une tabalii-re avec son crâne.
Pour donner au prélat le temps de s'évailer, son secrétaire