‹ Georges Cadoudal et la chouannerieChapitre 9 sur 99 · CONSTITUTION C1\1L[: DU CLERGÉ · texte numérisé non relu

CONSTITUTION C1\1L[: DU CLERGÉ

>e présenta aux assaillants sur le perron de révéché, un large ruban tricolore à sa soutane. Mgr Amelot put en effet sortir (lu palais épiscopal. Mais il fut bientôt découvert et poursuivi dans la rue Notre-Dame, où un officier irlandais dut dégainer jiour le soustraire aux mauvais traitements de la canaille. Il lui ilonna une escorte pour le reconduire à l'évéché, où il demeura )irisonnier pendant plusieurs jours '.

Le dimanche 13 février, une sinistre rumeur circule dans les rangs des patriotes; on apprend que des attroupements considérables, formés dans les campagnes, marchent contre la ville avec l'intention ouvertement exprimée de renverser le département et de délivrer Févéque. Toute la région du sudduest de Vannes est en feu. Des groupes qui ne sont pas évalués à moins de trois mille hommes s'avancent par les routes de Hennés et de Nantes. Le chef-lieu est sur le point d'être forcé. Le département fait arborer le drapeau rouge sur l'Hôtel de Ville, sonner le tocsin et battre la générale. Les gardes nationaux, accompagnés des cent cinquante soldats du régiment de Walsh et des dragons de Beysser, se portent sur la route de Rennes pour altaquer les paysans, armés pour la plupart de simples bâtons. Les gardes nationaux et les soldats au nombre de mille cinq cents hommes tuèrent treize insurgés, firent trente et un prisonniers, au nombre desquels seize blessés'. Le rassemblement fut dissipé sans peine, mais cette première collision laissa derrière elle de longs ressentiments et d'implacables souvenirs.

^lise au courant de ces faits par un rapport de M. Vieillard, l'Assemblée nationale décida qu'elle enverrait dans le Morbihan trois commissaires chargés de pacifier le pays Pt de lui rendre c<imple de la situation. Ces trois commissaires, lîertolio, Diléon et Daniel de Coloe, arrivés à Vannes le 24 février, parcoururent aussitôt les cani|)agncs afin d'éclairer les habitants sur les bienfaits de la nouvelle constitution. Ils eurent conscience des difficultés de leur tache, quand ils se trouvèrent

'Notes de M. .\. 1'. l'.io.

2 Procùs-vcrbaiiv (lu clul.. Séniicc du 19 iV-vrici 1791.

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en contact direct avec un peuple qu'on leur avait représenté comme doux et facile, et dont l'indomptable énergie se révéla bientôt à eux par des traits des plus significatifs. Après avoir suspendu de leurs fonctions les officiers municipaux qui avaient signé la remarquable protestation que nous avons mentionnée, les commissaires se transportèrent à Pluneret, oii ils n'eurent j)as la même peine, la municipalité tout entière ayant donné sa démission. Mais ils eurent la malencontreuse idée de vouloir liaranguer les habitants réunis en grand nombre dans une chapelle voisine du presbytère. Un long murmure accueille leurs paroles, et un orateur improvisé, se rendant l'interprète des sentiments populaires, déclare qu'ils n'entendent pas subir les charges que leur imposent les nouveaux décrets, payer le " tiers de leurs meubles et de leurs bestiaux " ; il s'élève contre les atteintes portées à l'Église, contre le serment imposé aux prêtres, « Mon àme est à Dieu, dit-il, comme mon corps est au Roi ' . "

Un cri d'enthousiasme répondit à ces paroles de l'orateur rustique, qui, sous une forme un peu rude et sauvage, exprimait la double foi qui allait bientôt inspirer tant d'actions héroïques. Au même instant, les femmes sortirent de la chapelle et revinrent les tabliers remplis de pierres. Les hommes brandirent \e\ir fienbas, et un mauvais parti eût été fait aux commissaires, si Beysser, accompagné de vingt-cinq de ses dragons, ne fût arrivé à tenii)s pour dégager les représentants de l'Assemblée nationale. Les paysans sortirent de la chapelle et se retirèrent dans la maison du curé. Des troubles analogues eurent lieu dans plusieurs autres paroisses, et particulièrement à Landaul, où les représentants de l'autorité furent contraints de recourir à la force pour contenir la population et dissiper les attiou- |)ements.

Cependant l'évêqiie de Vannes, reli'nu prisonnier dans son |)alais épiscopal, était parvenu à déjouer la surveil lance dont il i'-t:iit l'objcl. Évadé le l.'S février h la faveur des troubles qui

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coNSTnnio.N (mvilk du cr.i;uGÉ. 27

mnrquèrent celte journée, il s'était réfugié chez un cordonnier (le la ville sous la garde d'une sentinelle dévouée, Le lendemain, il se rendit au village de Kerangoff en Plescop, et de là au presbytère de Plumergat. Son absence laissait les consciences ecclésiastiques livrées sans défense aux sollicitations révolutionnaires, dans un moment où elles avaient plus que jamais besoin d'être dirigées et soutenues. M. le Gai, supérieur du grand séminaire, après plusieurs recherches infructueuses, parvint à découvrir la retraite de Mgr Amelof, et à le rejoindre. Il le décida à rentrer dans sa ville épiscopale, où il revint le 22 février, assez à temps pour arrêter les progrès du schisme et couper court à toute hésitation. En son absence, plusieurs ecclésiastiques, entre autres M. Bodaut, principal du collège et président du département, et M. le Gai lui-même, avaient adhéré à la constitution civile ; mais ils rétractèrent le 22 le serment qu'ils avaient eu la faiblesse de prêter le 15 '.

En décidant l'envoi de commissaires spéciaux dans le Morbihan, l'Assemblée nationale avait mandé à sa barre l'évêque de Vannes, que les autorités locales présentaient comme le principal instigateur des trouble^. Arrêté le 28 février, Mgr Amelot fut conduit immédiatement à Paris. Le sousprincipal du collège demanda l'autorisation d'accompagner son évéque, elle lui fut impitoyablement refusée, et le prélat dut s'acheminer vers la capitale comme un vulgaire criminel, sous la surveillance de deux gardes nationaux de Lorient. Le 5 mars, on annonça son arrivée à Paris, il y séjourna quelques mois sans pouvoir bouger, soumis qu'il était à une étroite surveillance. Au mois d'octoljre il put quitter Paris, et, accompagné de quelques prêtres fidèles de son diocèse, il parvint à sortir de France. Il se réfugia eu Suisse, et de là en Angleterre, où il demeura pendant toute la durée de l'émigration.

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