‹ Georges de PodiébradChapitre 116 sur 183 · I.l'; SKRVAGK · texte numérisé non relu

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tarif sont passibles d'une amende '. Ces règlements s'expliquent sans doute en grande partie par les théories scientifiques alors universellement acceptées 2, mais la situation des pa}'sans n'en est pas moins aggravée.

Ils subissent les détestables conditions d'un régime économique déplorable qui repose tout entier sur les privilèges et les monopoles; condamnés à acheter à la ville les objets dont ils ont besoin, à ne vendre leurs produits que sur le marché que leur désigne le maître, à ne boire que la bière qu'il fabrique et au prix qu'il fixe -^ à moudre le blé à son moulin, dérangés dans leurs travaux par les chasses et les corvées +, obligés de subir les dévastations dugibierquiruine leurs récoltes, ils végètent dans une demi-misère; les règlements semblent calculés pour les empêcher de s'élever à une trop grande aisance : trop riches, ils seraient moins soumis ^ Les nobles n'atteignent que trop bien le but qu'ils se proposent. Il suffit de jeter les yeux sur les registres du Tribunal de la Chambre, dit M. Tchélakovsky, pour s'a-

1. Cp. Rieger, l'administration des cercles en Bohême, p. 186. — Notons cependant que la loi protège le journalier contre le patron qui retient son salaire.

2. Des ordonnances analogues sont fréquentes dans les villes.

3. Dans les villages il ne doit y avoir d'autres artisans que des forgerons, des tisserands et des ouvriers pour raccommoder les habits et les souliers ; s'il y en a d'autres, les corporations de la ville peuvent se plaindre. Défense de tenir dans les. villages des marchés ou des foires. Défense de fabriquer de la bière à moins d'une autorisation régulière. Dans les villages où on ne récolte pas de vin, le seigneur seul a le droit d'en vendre. Livre de Tovatchov, p. 107; archives bohèmes, IV, p. 436, 499, etc.

4. Les corvées restent relativement modérées. Elles ne paraissent guère avoir dépassé quinze jours par an et sont souvent beaucoup moindres. — Au xviir siècle, elles dépassent quelquefois cent cinquante jours. —Certains villages voisins de Tabor devaient, outre les redevances, de quatre à trentesix jours de corvées (Slavik, Le domaine de Tabor); mais c'est un maximum. Gindely pense que les corvées ne dépassent pas alors quatre ou cinq jours par an : « les paysans tchèques avant la guerre de trente ans payent en argent ou en denrées, non en travail;.» Die Finan^verltœltuisse, dans les Comptes-rendus de l'Acad. de Vienne, t. 59, p. 337; "^P- Gesch. des dreissigjœhr. K., I. p. 145. Le tableau que trace Gindely de la situation des paysans me parait en général trop favorable. — N'est-ce pas aussi une corvée indirecte que les travaux que le seigneur a le droit d'imposer à ses sujets moyennant un faible salaire?

5. Il est en général interdit aux paysans de posséder plusieurs df)maines; les règlements fixent le prix du bétail et réservent au seigneur le droit d'acheter en premier lieu et au prix qu'il tixe.

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percevoir que la situation générale est très peu favorable.

Sans recours, sans espérance, les paN'sans perdent avec la confiance dans l'avenir le goût du travail et de l'épargne, et une mélancolique torpeur s'empare de leurs âmes.

Tout travail honnête, remarque A'chehrd ', est entrepris en vue du gain et du salaire. Nous désirons tous notre profit; c'est lui qui nous sollicite k l'action. Si seulement nous savions reconnaître ce qui est utile! Les sages ont prouvé que rien de ce qui n'est pas bien ne saurait être utile, et rien ne peut être bien sans être utile. — Graves et profondes paroles que les nobles ne comprirent pas; aveuglés parla soif du gain, ils sacrifièrent l'avenir et la force du royaume à leur profit immédiat. Quand revinrent les jours d'épreuves, ils cherchèrent à réveiller cet enthousiasme qui avait fait la Bohême invincible à l'époque de Sigismond ; mais les serfs n'ont pas de patrie, et ils ne se levèrent pas pour défendre leurs oppresseurs. Malheureusement, les coupables ne furent pas les seuls punis. Ce royaume, écrivait tristement Vchehrd, contre lequel ont échoué tous les efforts des ennemis, contre lequel n'ont prévalu ni le fer ni la flamme, périra par l'injustice.

L'oppression des paysans était le dernier terme de la victoire de l'oligarchie et la conclusion de la révolution qui s'était accomplie sous le règne de ^^ladislas. Pendant ces années confuses et troublées, un changement profond s'était produit, et le règne du premier des Jagellons est à ce point de vue un des plus importants de l'histoire tchèque, un des plus désastreux aussi. Que restait-il désormais de l'ancienne Bohême, du royaume de Charles IV ou de la démocratie taborite? La royauté était impuissante et humiliée, les villes afTaiblies, le paysan asservi. Seule la noblesse

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demeurait debout, mais déjà elle subissait le châtiment de sa victoire, corrompue par ses usurpations, déchirée par les factions, livrée à toutes les tentations de la cupidité et de l'orgueil. En présence du désordre matériel et du désarroi moral, tous ceux dont l'esprit était capable de prévoyance et qui gardaient au cœur quelque générosité et quelque dévouement à la patrie, étaient saisis de sombres pressentiments que l'avenir devait encore dépasser.

Des fautes irréparables avaient été commises; mais, mêm^ alors cependant et malgré elles, si tout était compromis, rien n'était définitivement perdu. On a vu des gouvernements oligarchiques, fondés sur l'oppression des classes inférieures, assurer pendant longtemps à leur patrie l'ordre au-dedans et une place respectée dans le monde. Les villes d'ailleurs avaient conservé leur voix à la diète, elles représentaient dans une certaine mesure l'élément démocratique et pouvaient essa\'er d'adoucir la condition des serfs. L'autorité était passée du roi à la nation, et, quelque étroite que fût cette nation légale, Les principes de liberté sont si féconds et l'action qu'elle exerce sur les âmes si salutaire qu'il était encore possible d'espérer l'établissement d'un gouvernement régulier et réparateur. Quelques symptômes heureux se manifestaient : l'habitude et la responsabilité., des affaires semblaient commencer à exercer une favorable inHuence sur la moralité de quelques seigneurs : beaucoup déjà s'elfrayaient de l'anarchie, s'indignaient des dilapidations et formaient comme le noyau d'un parti national qui imposerait à tous le respect des intérêts supérieurs de la patrie; les assemblées provinciales et la coutume qui tendait à s'introduire dans la petite noblesse de se faire représenter aux diètes par des délégués élus paraissaient devoir augmenter l'autorité des Etats, en rendant leur politique à la fois plus fixe et plus modérée. A défaut de désintéressement, la clairvoyance avertirait-elle les nobles qu'ils ne réconcilieraient la nation à leur autorité qu'en ne pas poussant leurs principes à l'extrême, et que, pour mettre leurs propres privilèges à l'abri de toute réaction, leur premier

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soin devait être de respecter ceux que conservaient encore les autres classes? Comprendraient-ils qu'un gouvernement ne se légitime que par les services qu'il rend? Sentiraientils au moins quels étaient les fondements véritables et les garanties des libertés publiques, et quelles institutions ils avaient avant tout à défendre et à développer? Leur fortune était dans leurs mains.

Malgré tous les souvenirs d'un passé récent autorisaient les plus sérieuses inquiétudes, et les événements ne les justifièrent que trop. L'imprévoyance des seigneurs abandonna sans combat les positions décisives et leur intolérance sacrifia tous leurs alliés; le jour vint bientôt ainsi où il ne resta plus en présence de la royauté, appuyée sur de redoutables forces extérieures, qu'une poignée de seigneurs discrédités et où les institutions, comme démantelées, furent à la merci d'un coup de main. Dans les luttes qui remplissent le règne de Louis Jagellon et des premiers Habsbourgs, la victoire appartient tour à tour à la royauté et à l'oligarchie; mais, quelle qu'en soit l'issue apparente, chaque épisode rend plus inévitable la ruine de la constitution et la chute de l'indépendance nationale.

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