‹ Georges de PodiébradChapitre 140 sur 183 · CREATION D UN SACERDOCE INDEPENDANT · texte numérisé non relu

CREATION D UN SACERDOCE INDEPENDANT

ils pas aussi, avant d'être reconnus par les Frères, recevoir une nouvelle consécration? Les plus ardents l'affirmaient. De plus, les prêtres qui s'étaient joints à eux, étaient peu nombreux, assez âgés; s'ils mouraient ou étaient victimes de la persécution, que deviendrait la communauté, sans guides, sans pasteurs? Comment assurer l'avenir? Beaucoup reculaient toujours devant une solution radicale, éprouvaient une insupportable amertume à la pensée de briser de leurs propres mains les liens qui les rattachaient encore à leur ancienne Église, à son chef surtout, Rokytsana. Avaient-ils même perdu toute espérance de le ramener à eux? Sa tristesse, sa réserve n'annonçaient-elles pas une âme encore ouverte à la grâce? Ils cherchèrent un moyen terme, voulurent, avant de se mettre hors du monde catholique, épuiser tous les expédients. Ils eurent l'idée de s'affilier à quelque autre Eglise constituée; ils s'aperçurent bientôt que ni chez les Russes ni chez les Grecs, les Indiens, les Arméniens ou les Valaques, ils ne trouveraient ce qu'ils cherchaient, le culte fidèle de l'Évangile, l'imitation du Sauveur. Ils avaient entretenu, presque depuis l'origine, des relations assez intimes avec les Vaudois; ils eurent l'idée de se réunira eux. Mais les Vaudois persistaient en général à ne passe séparer extérieurement de l'Église romaine, prenaient part à ses cérémonies, recevaient les sacrements des mains de ses prêtres. Il semble au contraire que chez les Frères les derniers événements avaient provoqué un certain enthousiasme mystique qui se iraduisait par le désir toujours plus ardent de rompre avec l'Antéchrist. Une importante réunion se tint à Lhota, sur le territoire de Rychnov (1467) : soixante membres, les plus respectés de l'Unité, y assistèrent. Parmi les Vaudois, une fraction radicale protestait depuis longtemps contre les timidités des modérés : elle se joignit aux Frères. L'assemblée, encouragée par divers signes dans lesquels elle vit une manifestntion de la volonté divine, résolut de se donner un clergé indépendant : elle élut neuf de ses membres; une sorte de jugement de Dieu désigna ensuite trois d'entre eux qui furent

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acceptes pour pasteurs. Pour ne pas provoquer de scandale, un vieux prêtre vaudois donna une apparence de consécration officielle aux élus de Dieu et de l'assemblée. Cela ne parut pas encore suffisant aux timorés, aux yeux desquels les évéques seuls avaient le droit de transmettrv! les pouvoirs sacerdotaux. Afin de calmer leurs scrupules, sans doute aussi dans la crainte de compromettre les destinées de l'Unité par un vice originel, les Frères, avec leur esprit ordinaire de modération et de réserve, sollicitèrent l'intervention d'un évêque vaudois, Etienne. Sa consécration fut traTismise par Michel de lamberk à un des élus, Mathias de Kounvald, le premier évêque de l'Unité '.

Par l'élection des prêtres se trouvait terminée l'œuvre de constitution de l'Église nouvelle. Audace remarquable et qui devait passer pour une déclaration de guerre à l'Utraquisme. La réponse fut prompte; Rokytsana lança contre les Picards un mandement très violent. Ses protestations véhémentes contre le sens que ses anciens auditeurs avaient prêté sans raison à ses paroles, ne dégageaient pas très nettement sa responsabilité. Il le sentait et en éprouvait une sourde colère. Sa polémique en garde un peu trop d'acrimonie. Il accuse les Frères de ne pas se prosterner devant le Saint-Sacrement, « devaJit lequel, suivant l'ordre donné par Dieu même, doit fléchir tout genou sur la terre, dans les cieux et dans les enfers -. » Mais son véritable grief

1. Cette question de Félection des premiers prêtres est des plus obscures. Les documents sont contradictoires, ce qui s'explique parce que la plupart sont des œuvres de polémique ou des apologies. J'ai accepté l'opinion à laquelle s'est arrêté M. GoU et qu'il a rendue très probable. ( Quellen, l,pas,sim et particulièrement, p. 34.)

2. Les Frères, à ce moment, s'abstiennent de toute interprétation dogmatique de l'Eucharistie. Leur doctrine est en quelque sorte purement négative, ils rejettent d'une part la transsubstantiation, de l'autre les opinions picardes, qui nient la présence réelle. Il ne pouvait guère à ce point de vue s'élever de différence réelle entre eux et Rokytsana, parce que celui-ci approuvait cette réserve et blâmait ceux qui voulaient tout expliquer; d'autre part, il semble que, comme la plupart des docteurs utraquistes, il n'admettait pas la transsubstantiation , mais partageait l'opinion de Wiclif. La discussion portait sur le rite, non sur la foi. — Il n'est pas impossible qu'il se soit produit dès lors dans l'Unité quelques divergences ou quelques .variations. « Les croyants, lisons-nous dans un texte de 1470, mangent par la foi le corps du Sauveur », ce qui parait se rapprocher de la doctrine picarde.

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