‹ Georges de PodiébradChapitre 145 sur 183 · Neuhaus · texte numérisé non relu

Neuhaus

LOIKACH DE PRAGUE 3^3

lixtines l'avait un moment réduit à quitter la ville (1480). Il se destinait au clergé, mais il était tourmenté par des terreurs et des doutes que ses méditations et ses lectures ne dissipaient jamais entièrement '. Un de ses collègues lui remit les traités des Frères : la simplicité de leur foi, l'austérité de leur morale séduisirent cette àme passionnée et inquiète; ce théologien, plus logique que constant, inflexible au milieu des variations de sa doctrine, fait pour le commandement et la lutte, subit le charme de la modération tolérante et de la douceur résignée des premiers maîtres de l'Unité. Il entraîna dans sa conversion son frère aîné Jean Tcherny, célèbre plus tard comme médecin, et un jeune bachelier, Laurent Krasonitsky. Bientôt cependant ses habitudes scientifiques et son goût naturel de logique lui'rendirent insupportable la timidité des Frères. « Appliqué, fidèle, puissant par l'action » ^Blahoslavl, il annonçait l'apparition d'une génération nouvelle; aux enthousiastes de la première heure succédaient les organisateurs; aux prophètes, les théologiens. L'Unité reçut de lui ses institutions régulières et son credo. Aussi l'aimait-il comme son œuvre, veillant avec un soin jaloux à ce qu'elle n'échappât pas à son influence et ne se perdît pas dans quelque Eglise étrangère; si elle résista à l'attraction de Luther et ne devint pas une des sectes du protestantisme allemand, lui seul en est responsable. Blahoslav le compare à une « épée aiguisée introduite dans l'Unité. » Il a en effet du conquérant et du

I. D'aprùs le récit de Loukach lui-même son développement moral rappelle celui de l'Unité. Il avait connu les combats intérieurs et les angoisses des compagnons de Grégoire. Il y t'ait probablement allusion dans un traité sur l'Antéchrist dont M. GoU a publié des fragments {Tclias. i883, p. 367), et où il parle de ceux à qui il est donné de chercher et de trouver la vérité dans la crainte et le doute. Rien.de plus naturel que ces tristesses et ces inquiétudes avec les opinioitç qu'il professait alors. «Tu as écrit, lui répond lui jour Procope, que s'il manque une seule vérité, tout périra comme la barque à laquelle il manque une planche. » {Id p. 363). L'état d'esprit dans lequel il se trouvait n'est pas sans analogie avec celui de Luther dans sa jeunesse, et il y a d'ailleurs entre eux plus d'un trait de ressemblance. Il subit rintluence d'un Calixtin ardent qui fut pour lui ce qu'avait été Rokytsana pour les amis de Grégoire : il s'agit saris doute ici de Michel le Polonais. Un de ses amis lui communiqua les ouvrages des Frères, et il entra dans l'Unité aprùs 1 4N i .

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maître; il fait penser à ces usurpateurs, d'autant plus jaloux de la gloire et de l'indépendance de leur pays que celui-ci, privé de toutes ses libertés, se confond davantage avec eux '. Qu'aurait pensé Grégoire de son successeur? Auraitil reconnu son œuvre dans l'Unité transformée par lui? N'eût-il pas mieux valu d'autre part, pour la Bohême, que tous les dissidents se ralliassent à la Réforme germanique? Au début du moins, à combattre les rigoristes, Loukach représentait l'avenir et défendait la cause de la raison et du bon sens ^.

La jeunesse de ce néophyte, plus passionné que prudent, le reléguait pour quelque temps au second rang. Dans la lutte qui s'engagea entre les novateurs et le parti d'Amos, le premier rôle appartient à Klénovsky et à Procope. Très spirituel, fort bien en cour jadis auprès de Georges de Podiébrad qui goûtait fort sa bonne humeur et sa verve, Klénovsky, dont le surnom, Paletchek, est encore populaire en Bohême -^ avait eu l'occasion de rendre aux Frères de très réels services. Assez instruit, bien qu'il n'eût pas reçu les ordres, habile à manier les hommes sans se mettre en avant, il préparait le vote; Procope le décidait. C'était là pour le moment le véritable chef des modérés. Bachelier de l'Université de Prague, grand lecteur des Docteurs et des Pères de l'Église, parmi lesquels Jérôme et Cyprien étaient ses auteurs favoris, Procope était un orateur écouté et un écrivain persuasif. Tout ce qu'il a laissé, dit Blahoslav, mérite d'être lu pour la langue et pour quelque chose

1. Nicolas, qui fut 'brûlé à Prague en i526, interrogé sur Loukach, répond que c'est un homme de bien et que Dieu lui a fait la grâce de lui révéler sa loi; « ce qui ne me plaît pas en lui, c'est qu'il ne pense pas bien des autres gens; je ne le juge pas, que Dieu le juge ! » Rezek, Académie des sciences de Prague, 1881.

2. Loukach est le seul véritable théologien qu'ait produit l'Unité : après lui, elle subit complètement les influences étrangères. Augusta se rapproche volontairement de Luther, et si Blahoslav cherche à enrayer le mouvement, sa pensée n'est ni assez claire ni assez ferme pour s'arrêter à une doctrine réellement indépendante.

3. Tous les historiens n'admettent pas l'identité de Klénovsky et de Paletchek.

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