I.A SII.KSIE
relations avec l'Knipire expliquent, et, dans une cei'taine mesure, justitient les angoisses des populations d'origine germanique soumises à la coui'onne tchèque : les conditions imposées par la diète à Sigismond et à ses successeurs avaient sanctionné le triomphe de la nationalité ennemie ; la ro\"auté bohème était désormais incontestablement une royauté slave '. La Silésie, où la lutte entre les éléments slaves et germaniques avait toujours été très ardente, où r(euvre de germanisation était loin d'être assez avancée pour défier toute réaction, était une des provinces où le sentiment national allemand était le plus vif : surpris d'un revirement aussi imprévu, les Silésiens en furent plus encore indignés et se révoltèrent contre l'injustice du sort qui les menaçait de nouveau de la domination abhorrée des Slaves. Ils reportèrent la haine que leur inspiraient les Tchèques sur les croxances qu'ils professaient, et leur ai'deur catholique fut une des formes de leur patriotisme germanique. Les habitants de Breslau par exemple, qui furent les adversaires les plus acharnés des Hussites, auraient mis sans doute moins d'àpreté à combattre Georges, s'ils n'avaient détesté en lui le Slave autant que l'hérétique.
La perte d'une province aussi riche et peuplée que la Si- Jésie eût cependant très sérieusement alfaibli la puissance de la Bohème; la réduire par la force étai- une entreprise hasardeuse, et dans les circonstances actuelles, il n'y avait pas a \' songei". Il fallait pourtant à tout prix mettre fin a une situation qui, en se prolongeant, devait rendre impossible toute nouvelle réunion. L'arrivée au trône de Ladislas était un coup de partie qui enlevait aux Silésiens leurs prétextes les plus spécieux. L'habileté de Geoi'ges fit le reste : il eut soin de ne pas les pousser à bout, ménagea les transitions, leur accorda tous les délais et toutes les facilités qu'ils désirèrent. Il avait moins d'amour-propre que d'orgueil : il ne tenait pas à remporter un succès personnel,
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l8 PROSPKUITF DE LA BOHÈME
mais il continuer dans toute l'étendue du ro3-aume l'œuvre de restauration, si heureusement commencée en Bohême ; il fallait avant tout sauver le principe, renouveler les traditions d'union, et laisser le temps la cimenter. Il n'était pas jusqu'aux possessions les plus lointaines, aux provinces de luxe en quelque sorte, le Luxembourg par exemple, auxquelles il ne songeât; mais ce qui lui tenait d'abord au cœur, c'étaient ces châteaux et ces villes du nord de la Bohème que Sigismond, par une imprudence coupable, avait engagés au duc de Saxe : l'administrateur en poursuivait le retour à la couronne avec une persévérance que ne lassaient ni les tergiversations du duc ni même l'indifférence du jeune roi.
En même temps qu'il reconstituait ainsi la puissance tchèque, le travail de réorganisation intérieure avançait rapidement. La justice avait repris son cours, les guerres privées étaient interdites, la liberté des routes garantie, les pillards et les voleurs sévèrement punis. On courait au plus pressé, et, dans la hâte avec laquelle on procéda, on ne calcula pas toujours très exactement la portée lointaine d'une ordonnance. Un règlement de sûreté générale déclare ainsi que tous les journaliers et domestiques seront tenus d'avoir un maître déterminé ; ceux qui ne pourront pas prouver qu'ils vivent honorablement de leur travail et qu'ils exercent un métier, seront considérés comme vagabonds (1453). Un autre article interdit de débaucher les serviteurs et les sujets taillables et corvéables d'un seigneur, à moins qu'ils n'aient reçu leur congé régulier ou qu'ils ne se soient acquittés comme ils le doivent de leurs obligations envers leur maître '. Décrets fâcheux que les nécessités du temps expliquent, mais n'excusent pas complètement ; ils constituaient une concession excessive aux seigneurs, menaçaient' gravement la liberté personnelle des paysans et préparaient l'établissement du servage.
Pour le moment on ne s'inquiétait guère de ces contre-