‹ Georges de PodiébradChapitre 157 sur 183 · I. Palatsky, Hist. de Boli., v. 2, p · texte numérisé non relu

I. Palatsky, Hist. de Boli., v. 2, p

.■>(i2 NfMVFI.I.K rn^RSIXITION

\cnt que ceux qui a\aicnt placé leur contiancc en lui, l'a- \ aient bien iui^e ; il ju^tilia par ses scrx'ices la fermeté un peu hautaine de son autorite. Il sortit gi^anUi de l'épreuve, et ceux qui TaNaient \ u au danger ne pensèrent plus à discute!" ses décrets. La persécution ne se ralentit qu'en i3i4, et l.oukach laillit en être une des dernières victimes.

Les elleis de l'oppression commençaient à être sensibles; les faibles abandonnaient TL-nité, les liens des diverses églises se relâchaient; l'éveque voulut profiter de la première éclaircie pour entrcpi^endre une tournée pastorale. Il fut traîtreusement arrêté avec ses deux compagnoiTs par le seigneur de Lmo\itse, Pierre Souda. Ce Pierre, <> le maître et le prince des voleurs », dont la vie n'est qu'une suite inintei'rompue de violences et de crimes, jusqu'au moment ou les \illes exaspéi'ées lui infligèrent un châtiment exemplaire, espérait sans doute extorquer quelque argent aux Frères. Il traita fort durement ses prisonniers; Loukach,.qui souffrait de la pieri'e, tomba malade, et bientôt l'on craignit pour sa vie. Il resta calme en face de la niort ; sa fermeté troubla Souda, auprès duquel étaient intervenus aussitôt les aniis du prisonnier; il se décida â le reniettre en liberté, à condition qu'il se présenterait devant le Consistoire utraquistc pour répondre des erreurs qu'on lui reprochait. Avant que le moment ùxé fût arrivé, \'ladislas était mort imars 1 5 1(3'.

Avec la mort de ^'ladislas commence pour les Frères une nouvelle période de sécurité et de progrès. Le nouveau roi, Louis, n'avait que neuf ans. Enervée déjà par la faiblesse de ^'ladislas, l'autoi-ité centrale disparaît presque complètement sous son successeur, et, au milieu de l'anaichie uriiverselle et complète, rien. ne s'oppose plus a la propagande des Frères.

Ce fut l'heure des vastes espérances. L'Ljnité vo\-ait sans cesse ses églises se multiplier, son influence s'étendre; les villes étaient déjà sérieusement entamées; la fraction la plus intelligente, la meilleure et la plus puissante de la noblesse était convertie ou favorable. Où s'arrêteraient ces conque-

KSPÉRANCES DES FRERES 363

tes? Les succès passés ne répondaient-ils pas de l'avenir? Combien la marche avait été rapide, en un demi-siècle, depuis le moment où quelques pieux pèlerins quittaient Prague à la suite de Grégoire ! Les Frères étaient encore dans toute la force et dans tout l'enthousiasme de la jeunesse; ils redoublaient d'efforts et d'activité, multipliaient les apologies et les professions de foi '. Depuis 1 5oo, ils avaient une imprimerie à Mlada-Boleslav; ils en fondèrent une autre à Litomychl et une troisième à Biéla. Ils avaient une vague conscience que l'heure était décisive, et ils ne voulaient pas manquer à la fortune -. De quels côtés seraient venues les difficultés? De l'autorité temporelle? Elle est anéantie ou gagnée. Du Catholicisme? Il est en pleine décadence; le clergé, sans direction, perd courage; les populations s'écartent d'une Eglise qui n'apparaît plus que comme la ruine lamentable d'un grand passé disparu. La succession est ouverte :- qu'il se présente seulement quelqu'un assez hardi pour la réclamer, assez fort pour la supporter! — Quel serat-il, ce successeur attendu? Ce ne sera certes pas l'Utraquisme, stationnaire, vieilli, plus usé déjà que le Catholicisme, maintenu seulement par un reste de superstition ou par la protection des lois. Et ce sont ces fantômes qui arrêteraient l'Unité, pleine de vie et de foi, visiblement protégée par Jésus, fortifiée par la persécution, instruite et élargie par l'expérience! Il lui appartient de faire ce qu'a vainement essayé le Hussitisme; elle réconciliera dans l'Ecriture les divers partis tchèques, elle assurera le triomphe de TEvangile et le repos de la nation, enfin sortie d'une trop longue période de troubles et de guerres intestines 3.

1. C'est à cette époque que paraissent le premier catéchisme et le premier recueil de cantiques des Frères. Sur soixante ouvrages connus, publiés en Bohême de i5oo à i5io, cinquante sont publiés par l'Unité.

2. Les succès des Frères furent surtout rapides dans l'Est de la^-BfrtTSM^ ils y avaient i5o églises importantes. Mlada-Boleslav, Litomyc.M'^lJP.amou-/^/^'/ bitse étaient les trois points où les adhérents de l'Unité étaiiîQt'^e;frlu&,>5èîv>^v^'(^.^^.N

ses. A Mlada-Bole-'~" '" ' i^--:-i- > -■- j -i -■- -^l.X„.

de Dominicains;

du Conseil y habi

pelait le Mont des Oliviers. [-:j j >• '^ j.^ V ... - - ■'

3. Vers i520, l'Unité comptait en Bohème et en Moravî^lus d§>^3d"'é^-^>. - ^'' ses et au moins i5o,ooo tidèles. \'*im ^"^'>-^ '' '

304 ÉCHEC DÉFINITIF DE l'uNITÉ

Ces rêves furent brusquement interrompus par deux événements imprévus. A la mort de Louis (i 526), les Tchèques élurent pour son successeur le frère de Charles-Quint, Ferdinand d'Autriche; à la même époque, Luther avait déjà donné le signal de la Réforme allemande.

Le nouveau roi savait ce qu'il voulait et il le voulait bien-. Catholique, il haïssait les Frères, dans lesquels, avec un sens très fin, il apercevait les véritables ennemis de l'Église romaine; politique avisé, espérant amener les Utraquistes à se soumettre à Rome, dont il obtint les concessions qu'elle avait refusées à tous ses prédécesseurs, il détestait ces dissidents qui étaient un obstacle à ses projets. Très jaloux de ses droits, il redoutait ces sectaires, nés de l'anarchie, grandis au milieu du désordre, et dont l'existence était la négation même du principe social; leur alliance avec les nobles lui était suspecte et leur influence dans les villes, désagréable. Hostilité d'autant plus redoutable que les Frères n'étaient couverts par aucune loi, mais qu'ils étaient toujours sous le coup de décrets très rigoureux qu'on pouvait à toute heure invoquer contre eux!

En dépit cependant de toutes les phrases convenues sur l'impuissance de la force contre les idées, il n'y a pas d'exemple qu'une nation se soit convertie à un culte nouveau malgré la volonté persistante de ses chefs. Les successeurs de Ferdinand n'héritèrent pas tous de son dévouement au Catholicisme, ils n'eurent surtout pas une intelligence aussi claire de la situation et une volonté aussi ferme ; en somme pourtant, ils demeurèrent fidèles à Rome et retinrent au moins une large part de l'autorité reconquise par le fondateur de lad3'nastie ; on ne revit plus en Bohème de période d'anarchie analogue à celle du commencement du xvi»^ siècle. Les Habsbourgs refusèrent toujours de relever l'Unité de la mise hors la loi prononcée contre elle, et ils disposaient de forces telles que, devant leur volonté bien arrêtée, toutes les tentatives de pression échouèrent. Cette attitude de la royauté eut pour résultat, sinon d'arrêter complètement, du moins de rendre beaucoup plus difficiles et lents les progrès des Frères. Leur propagande ne s'exerça plus que

ÉCHEC DÉFINITIF DE l'UNITÉ 365

sur des individus, d'une manière sporadique en quelque sorte. Il y avait là pour eux plus qu'un arrêt : les religions voisines de leur berceau ont une force d'attraction qui s'épuise vite. L'Unité en Bohême tendit h devenir quelque chose de semblable à ce qu'est le protestantisme en France, une communion respectée, disposant d'une très réelle influence, attirant à elle de temps en temps des hommes distingués, mais qui n'espère guère et ne désire pas même beaucoup rallier à elle le gros de la nation.

D'autant plus qu'elle avait à compter désormais, non plus avec les Utraquistes, mais avec les Luthériens. — Il ne saurait être question ici d'une comparaison régulière entre la doctrine des Frères et celle de Luther: il semble bien que la plus voisine de l'Écriture n'était pas celle de Luther; mais cela même lui assurait un sérieux avantage, La Réforme luthérienne ne présentait pas ce caractère si nettement marqué d'évangélisme démocratique qui, chez les disciples de Kheltchitsky, effrayait ou choquait bien des gens. Que les convictions religieuses s'expliquent plus ou moins par des préoccupations matérielles, c'est ce qui est sans doute regrettable, mais ce qui est aussi général que naturel. L'élite des seigneurs s'était convertie à l'Unité; la majorité accepta le Protestantisme, et comme, presque toujours, les nobles entraînaient leurs sujets et leurs serfs, que d'ailleurs ils disposaient d'une influence prépondérante dans la diète, leur conversion livra à l'Église luthérienne tout le royaume, toute la partie du royaume au moins qui n'était pas catholique. Les progrès de la foi nouvelle auraient pu être arrêtés par les haines nationales, mais l'Empire affaibli n'inspirait, plus de très vives inquiétudes; désormais maîtres chez eux, protégés par des lois précises, les Tchèques étaient tout disposés à oublier leurs griefs contre des voisins dont ils espéraient avoir arrêté les envahissements. Dès que l'origine germanique de la Réforme n'était pas un motif d'exclusion, elle était une recommandation puissante. Malgré les progrès des Slaves, il y avait en Bohême beaucoup d'Allemands, dans les villes surtout, et ils étaient attirés vers

Page 1