‹ Georges de PodiébradChapitre 165 sur 183 · I.r.S Hl'MANISTI'S TCIIKOIKS 38f · texte numérisé non relu

I.r.S Hl'MANISTI'S TCIIKOIKS 38f

siasnic a la vue de ce mouvement et ait déclaré qu'à aucune époque le royaume tchèque n'a compté autant d'hommes instruits et formés à l'étude de l'antiquité. — Il n'est pas douteux que, sous Tin iiuence de la culture antique, les idées d'humanité, de générosité, de clémence, ne gagnent alors d'assez nombreux prosélytes. Ce que fut pour quelques seigneurs l'enseignement de l'Unité des Frères, les lettres anciennes le furent pour d'autres. L'idéal de justice et de douceur qu'ils proposent à leurs enfants dans leurs instructions, c'est chez les écrivains grecs qu'ils l'ont trouvé; ils ont appris chez eux la tolérance, le respect de la dignité humaine, la générosité du cœuv et l'élévation de l'âme '.

La tentation est grande de tirer de ces exemples particuliers assez nombreux une conclusion générale, et le patriotisme des écrivains slaves n'}' a pas toujours résisté. Et cependant, si nous observons non plus certains cas isolés, inais l'ensemble de la nation, quels progrès pouvons-nous constater? Les mœurs sont-elles plus douces? les sentiments plus nobles? Ou du moins, puisque les progrès de la moralité publique ne répondent pas toujours au développement des lumières, les idées sont-elles plus larges, les intelligences plus aiVranchies et plus ouvertes? — Hélas! aucune illusion, aucune hésitation n'est possible : les nobles, protecteurs des lettres, n'ont pas plus d'action sur la masse de l'opinion publique que les humanistes catholiques. Nous soinmes en plein mo}'cn âge, ce sont les anciennes méthodes qui dominent, les vieilles idées que l'on ressasse, les formules usées que l'on répète. Pendant le règne de Podiébrad, malgré la médiocrité des œuvres, il v avait du moins un certain bouillonnement de pensée, il était permis de croire il une aurore : depuis, par suite de la fatigue, des désordres, de lisolement, la pensée bohème parait s'être aiïais-

I. Le type de ces seigneurs éclaires me paraît être ce chevalier Jean Hasistein de Lobkovits dont j'ai dé)à cite les Instructions à son tils. Catholique sans fanatisme, il avait servi Podiébrad et Vladislas contre Mathias; il avait voyai^é, visité X'enisc, les îles Ioniennes, la Terre Sainte et a laissé un récit pittorestjue de son voyage. Ses Instructions à son fils furent très souvent reproduites et imitées.

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sec sur cllc-incmc, et ce qui domine, c'est la vulgarité et .la platitude.

Presque toute Tactivité intellectuelle continue à s'absorber dans les luttes scolastiqucs, mais les épigones des réformateurs n'aperçoivent même plus le sens des problèmes qu'ils agitent. La discussion se rapetisse par les objets suilesquels elle porte comme par la valeur des hommes qui la soutiennent : les œuvres de polémique ne sont plus que la reproduction diffuse des anciens traités, moins ce qui faisait encore l'intérêt de ces œuvres anciennes, la flamme et la conviction. Les partis ramassent les vieilles accusations, se renvoient les mêmes reproches. Quels successeurs de Rokytsana que Jacques de Mies ou Paul de Zatets, qui sont alors les flambeaux de l'Utraquisme et dont la réputation et la longue autorité illustrent d'une triste lumière la misère du parti! Les minorités aussi, chez lesquelles les nécessités de l'existence maintiennent, d'ordinaire plus d'indépendance et de verdeur, s'endorment, gagnées par la torpeur générale. Les Catholiques ne comptent pour reprendre le pouvoir que sur le hasard des intrigues ou d'un coup d'Etat; les administrateurs de l'archevêché de Prague n'ont d'autre souci que de conserver la paisible possession des maigres domaines qu'ont oubliés les confiscations. Les chefs de l'Eglise ont pris leur parti de leur défaite : c'est par acquit de conscience qu'Alexandre VI se décide à envoyer en Moravie, en 1499, le grand inquisiteur d'Allemagne, le dominicain Henricus Listitoris: il n'apporteà sa tache ni zèle ni conviction, ne connaît pas la situation, n'étudie pas la doctrine de ses adversaires; ses livres, vagués et plats, ne peuvent ni déterminer une conversion ni même arrêter les désertions; après deux ou trois ans de polémique sans éclat, il renonce à des efforts sur le résultat desquels il ne s'est jamais fait illusion et quitte la Moravie. Les évêques qui entourent Vladislas, « parlent plus souvent des trésors terrestres que des biens célestes, ont plus souvent à la bouche les noms des belles filles que ceux des saints » ; les meilleurs sont ceux qui, « oubliant

DÉCADENCK ET STÉRILITÉ SqI

dans le culte des lettres païennes les devoirs de leur ministère, s'occupent de Plaute et de Virgile plus que des Évangiles et s'intéressent davantage aux écrits d'Épicure qu'aux bulles pontificales '. » Il s'écoulera près d'un siècle avant que les Catholiques recommencent sérieusement la polémique contre l'hérésie, et il faudra que l'Église ait été secouée par la Réforme et ait trouvé dans les Jésuites de nouveaux défenseurs. Chez les Frères même, bien que la production soit plus active et la conscience religieuse plus éveillée, la décadence est visible. Quels noms chez eux méritent à ce moment d'être cités à côté de Kheltchitsky ou des écrivains postérieurs, tels qu'Augusta, Blahoslas et Coménius, qui porteront à un si haut degré de perfection la langue tchèque? Loukach est sans doute un écrivain fécond et érudit et un théologien vigoureux; mais ses œuvres sont le plus souvent d'une langue incertaine et obscure, et ne révèlent pas un sérieux talent littéraire. Bien que les Docteurs aient déjà fait invasion dans l'Unité et l'aient transformée, les Frères se recrutent encore d'ailleurs et se recruteront toujours en grande partie dans le peuple, par- •mi les paysans et les ouvriers ; ils conservent pendant longtemps comme une vague terreur de la haute culture intellectuelle; des efforts presque séculaires et l'exemple des Réformateurs étrangers diminueront cette timidité, ne la vaincront jamais complètement. Ils resteront la secte « des simples de cœur », reculeront toujours devant les plus hautes et les plus difficiles questions, ne comprendront jamais qu'une doctrine ne saurait obtenir de succès durable si elle n'aborde pas de front les redoutables problèmes de la destinée humaine.

C'est là d'ailleurs un mal dont souffre la Bohême tout entière à cette époque : par une contradiction singulière, dans un pays où les discussions théologiques sont incessantes, on s'écarte des hautes spéculations. L'abus de la scolastique détourne de la métaphysique; l'attention se perd dans

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