‹ Georges de PodiébradChapitre 174 sur 183 · L INDEPENDANCE DE LA BOHÈME MENACEE 42 I · texte numérisé non relu

L INDEPENDANCE DE LA BOHÈME MENACEE 42 I

phétic allait se réaliser; en dépit de leurs intentions, les Tchèques, par leurs imprudences, ouvraient la porte à l'invasion étrangère; après la prospérité et la puissance du royaume, ils livraient son indépendance. Traîtres par omission, ils sacrifiaient la sécurité du pa^^s à la satisfaction immédiate de leurs appétits. Leurs paroles étaient pompeuses, leurs manifestes, superbes; en réalité, leurunique désir était la libre exploitation du pouvoir.

Juste et cruel retour des choses : les institutions, à la poursuite desquelles ils s'hypnotisaient, n'étaient pas même solidement établies; elles étaient à la merci d'un coup d'état. On s'en aperçut sous le règne même de Louis Jagellon. Heureuse la Bohême si les événements avaient ramené les seigneurs à un jugement plus juste de la réalité et si, éclairés par la fragilité des prérogatives dont ils étaient si fiers, ils étaient revenus à une politique moins exclusive et plus sensée.

Vers 1 520, la confusion était devenue telle que beaucoup de gens ne savaient même plus à quel parti ils se rattachaient : parmi les nobles, la tyrannie tracassière et hypocrite de Lev exaspérait beaucoup de ses anciens partisans; à Prague, des rivalités sourdes minaient l'union des deux villes, et l'attitude de Pachek de Vrat lui aliénait tous ceux qui avaient conservé quelque souci de l'unité nationale et ne cro3^aient pas que le seul progrès possible consistât à substituer l'anarchie communale à l'anarchie féodale. Les discordesreligieuses un moment apaisées avaient repris une acuité nouvelle, depuis qu'étaient arrivés en Bohême les premiers apôtres luthériens. Dans la détresse générale, tous les yeux de ceux qui souffraient se tournaient vers le roi : c'était de lui qu'on attendait le salut, vers lui que montaient toujours plus ardentes les prières et les larmes de la nation. Dépossédé de tous ses privilèges, abandonné un à un de tous ses partisans, embarrassé dans une situation presque inextricable, entouré de conseillers suspects, mal disposés ou igno-

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