I.A DIPLOMATIK DE PODlÉBRAD
tentatives, il ne s'est jamais engagé à fond, il n'a jamais eu la pensée de pousser jusqu'à la guerre pour réaliser ces lointaines conceptions. Elles n'ont jamais été pour lui que des moyens secondaires et accessoires, qu'il eiàt été après tout imprudent de dédaigner, qui amusaient son activité, mais auxquelles il n'accordait que l'importance qu'elles méritaient : son attention réelle, véritable, ne s'est pas détournée une heure pour cela des intérêts essentiels de son royaume.
Et d'ailleurs était-il libre de s'abstraire des événements qui se passaient au dehors, et ses projets étaient-ils à la fois aussi vains et égoïstes qu'on l'affirme? Qu'est-ce que la politique sinon la prévoyance, et serait-ce un véritable souverain que celui qui bornerait son horizon aux limites de ses domaines? Un grand pays ne saurait rester indifférent aux destinées des États voisins. Il était non seulement naturel, mais nécessaire, qu'après avoir relevé la Bohême, il lui rendît en Allemagne l'influence qu'elle avait exercée sous les Luxembourgs et que justifiait sa puissance. La faute eût commencé s'il eijt oublié pour ces questions subordonnées les besoins immédiats de son peuple et s'il se fût lancé à corps perdu dans les querelles des princes germaniques. Or, si l'on va au fond des griefs que l'on entasse contre lui, on s'aperçoit bien vite que ce qu'on lui reproche, c'est précisément de s'être souvenu que la Bohême n'est pas une province de l'Allemagne, mais qu'elle constitue un royaume absolument indépendant et autonome, ce qui était non seulement son droit, mais son devoir. Même quand il était candidat il l'Empire, il était avant tout roi de Bohême. "• Non pas sans doute qu'il n'eiJt pour l'Allemagne des sentiments de sincère bienveillance et le plus réel désir de réformer les abus dont elle souffrait. Il n'éprouvait, il est vrai, aucun embarras à trafiquer de certains fiefs, sur lesquels la suzeraineté germanique était bien peu sérieuse, le duché de Milan par exemple, et il est incontestable qu'il ne partageait pas les ambiti'ons et les intransigeances des pangermanistes modernes, mais.il eût été très heureux de réta-
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blir de l'autre côté des montagnes l'ordre et la paix. Sa conduite le prouve, et surtout son intérêt l'y engageait ' : l'anarchie allemande était en eflet pour la Bohême une menace perpétuelle, le pape nourrissait toujours l'espoir de trouver dans quelqu'un de ces princes besogneux et avides, toujours en armes les uns contre les autres, un chef contre l'hérésie. Si Podiébrad ne réussit pas à se faire élire, ce fut précisément parce qu'on soupçonna qu'il prendrait son rôle au sérieux. Les Électeurs parlaient beaucoup de restaurer l'Empire, mais il leur suffisait d'en parler. Georges n'était certes pas insensible aux avantages personnels que lui aurait assurés le titre de roi des Romains et à la force nouvelle qu'il en aurait tirée, mais son intérêt se confondait ici avec l'intérêt de l'Allemagne; il ne menaçait que les princes qui péchaient en eau trouble.
Podiébrad fut bientôt obligé de s'avouer qu'il n'avait aucune chance sérieuse de se faire nommer roi des Romains 1461) -. C'était un échec, puisqu'il n'avait pu réussira obtenir la haute situation politique qui l'aurait mis à l'abri de toute attaque. Mais sa position n'en fut pas sérieusement affaiblie. Il est au lendemain de sa tentative ce qu'il était la veille; son projet ne lui a pas suscité des haines irréconciliables; ceux qui se sont opposés à sa nomination ne lui tiennent pas longtemps rigueur, lui demeureront jusqu'à la tin plutôt favorables. Lui-même, sans être, un moment abattu ou déconcerté, essaie aussitôt d'autres combinaisons. — On s'en scandalise, on parle de légèreté, d'inconsistance. C'est qu'on s'obstine à voir en lui un chef de secte, l'apôtre
1. Voir la lettre si curieuse de Georges à Pic 11, 11 deccnibre i4(')i. dans les Script, ver. Silesiac, VIII, 68-G(). Il n'y a absolument aucune raison de douter de la sincérité du roi.
2. Les négociations relatives à l'élection de Georges- à l'Empire remplissent à peu près deux ans, depuis le mois d'avril 1439 jusqu'au mois de mars 14G1. Cp. sur cette période, Bachmann, Bœlimcn itnd seine Saclibavlœnder ; Bachmann,Z)e!<fi't7i(? Reichsgeschichte. llarrive à des conclusions absolument opposées aux miennes, mais il me semble qu'il est trop dominé par son antipathie pour Georges. Voir le récit de Tomek, VII, p. 1-20. Le projet d'élection fut repris au moment de la lutte la plus ardente avec le Saint-Siège, mais naturellement sans aucune chance de succès.