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perfection que ce n'était certainement pas le coup d'essai des ouvriers bohèmes. Les imprimeries se multiplièrent très vite, mais tel était le besoin de lumière et d'instruction qui s'était emparé des âmes qu'elles ne suffirent pas ii éditer le nombre de livres nécessaires et que beaucoup d'ouvrages tchèques durent être publiée en Allemagne ou en Italie. C'est qu'aucun autre peuple de l'Europe peut-être, à ce moment, n'est pris d'une pareille soif de lecture et de savoir; nulle part la vie intellectuelle et morale n'est aussi intense, les écoles aussi nombreuses et aussi bien organisées. Le goût de la discussion et de l'étude pénètre les diverses classes de la population, la noblesse comme le peuple; le nombre des lecteurs est considérable, et dans les plus illustres familles le culte des lettres et la coutume de la spéculation religieuse entretiennent de génération en génération des habitudes graves, sérieuses et dignes. La Bohème tout entière en reçoit peu à peu une physionomie • particulière; le caractère et comme l'allure de la nation la distinguent en traits plus nets des nations voisines; elle se marque de l'empreinte hussite, si profondément différenciée que toutes les tentatives de fusion avec d'autres peuples échoueront misérablement.
A mesure que leur personnalité morale s'accentue ainsi, les Tchèques, injuriés au dehors, persécutés, se replient sur eux-mêmes et s'attachent d'un amour plus vif à la patrie menacée. C'est sans doute le moment du plus sérieux effort qui ait jamais été tenté par les Slaves de Bohême pour reprendre aux étrangers le terrain perdu jadis et assurer aux nationaux la domination politique exclusive, celui aussi où la prépondérance de l'élément indigène a été le plus clairement évidente. Un des griefs principaux contre Sigismond et Albert avait éjé leur origine germanique : on avait l'instinct du péril auquel les luttes religieuses exposaient la nationalité tchèque et de la nécessité d'une vigilance toujours active. Plusieurs ouvrages sont publiés pour raviver la haine contre l'Allemagne, — le vieux Dalimildont la chronique est un pamphlet nationaliste, un prétendu privilège d'Alcxandix',
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« commencement et origine du royaume grec, fils du grand Dieu Jupiter et seigneur des états qui se trouvent sous le soleil et la lune, vainqueur des Perses et des habitants du royaume mède, maître du monde de l'occident à l'orient et du septentrion au midi. » — Cornme les Slaves ont toujours servi fidèlement Alexandre et ont vaillamment combattu , librement et pour toujours il leur donne tous les pays depuis le nord jusqu'aux frontières de l'Italie et au midi; personne autre ne peut y habiter qu'en acceptant la domination des Slaves. La pièce a tous les aspects d'un document ofiiciel, avec la date, le nom des témoins, et elle fut certainement tenue pour authentique par une grande partie des lecteurs. — Sous l'action de cette propagande, le patriotisme s'exalte et il est certainement plus vif alors en Bohême qu'en Allemagne ou en Hongrie. Après la mort de Ladislas, les Praguois crient qu'ils ne veulent pas d'autre prince qu'un Tchèque, et lorsque Georges est élu, beaucoup éclatent en sanglots, remercient Dieu de les avoir délivrés des monarques étrangers.
Un des traits les plus marqués de la race slave, une de ses faiblesses, c'est sa faculté d'oubli, son impuissance des longues rancunes; quelques années de paix suffirent pour apaiser ces haines, et les Tchèques n'eurent plus d'aversion pour l'Allemagne, dès qu'elle ne les menaça plus. Ils n'entendaient pas pourtant perdre le terrain qu'ils avaient lentement conquis, ou plutôt le mouvement slave avait été si profond que, même après que la tempête s'est apaisée, il se prolonge, enlevant peu ii peu les dernières digues, brisant les dernières résistances, sans poussée violente, presque sans effort. Non seulement les lois sanctionnent le triomphe politique et administratif des Tchèques, mais surtout leurs progrès sociaux sont décisifs; déjà un certain nombre de seigneurs ne connaissent plus guère que le slave; Jost de Rosenberg ne parle l'allemand qu'assez mal; le gouverneur de la Moravie, un juriste éminent,Tsibor de Tsimbourg, ne sait pas le latin; Georges de Podiébrad ne sait ni le latin ni l'allemand. La part du tchèque dans les documents ofli-