LA GUERRE
sans garantie, sur une promesse vague. « Je n'ai jamais vu un homme aimer davantage la paix, » écrivait à cette occasion Grégoire Heimbourg ', et cette générosité naïve, coupable presque à force de magnanimité, explique bien des actes de sa vie. Les négociations qui suivirent n'eurent naturellement aucun résultat, mais elles avaient beaucoup inquiété les rebelles tchèques. Mathias profita de leur anxiété pour exiger un plus haut prix de son alliance, et ils consentirent à l'élire roi de Bohême (mai 1469.)
Georges fut bien obligé de s'avouer que toute espérance de paix devait être ajournée, et il ne songea plus qu'a prouver la supériorité des armées tchèques. La Bohême qui avait eu quelque peine, peut-être retenue par son roi, à se remettre à la guerre, retrouva toute sa puissance de résistance et tout son enthousiasme patriotique et religieux. Pendant les deux années qui suivent, la fortune, qui déjà auparavant semblait pencher vers Georges, se prononce de plus en plus en sa faveur. Peu s'en faut qu'une nouvelle invasion hongroise ne se termine par un désastre : Mathias n'échappe à une défaite honteuse qu'en se repliant à la hâte et avec de grandes pertes. A plusieurs reprises, les colonnes tchèques victorieuses parcourent la Silésie et y répandent l'épouvante et l'incendie. Les catholiques terrifiés voient revenir les jours sinistres où les bandes taborites de Procope promenaient la désolation et le calice dans toutes les contrées limitrophes de la Bohême. Leur courage et leur patience ne sont plus soutenus par un fanatisme bien vif; malgré les efforts de l'Église, le temps avait fait son œuvre, ils s'étaient peu à peu habitués au voisinage de l'hérésie; leur foi attiédie se fût contentée d'une condamnation platonique et jugeait excessifs les travaux que leur imposait leur dévouement au pape; surtout ils n'avaient jamais eu de griefs sérieux contre Georges. Dans toute la Silésie, ce n'était qu'un cri contre les démagogues de Breslau, sur qui retombait la plus lourde responsabilité. Le légat pontifical,