‹ Georges de PodiébradChapitre 78 sur 183 · DESARROI DE L OPINION · texte numérisé non relu

DESARROI DE L OPINION

but, livrés aux suggestions de la cupidité et de l'ambition et comme condamnés à épuiser dans des luttes impies leur fièvre d'activité et leur turbulente vaillance ? • — En Bohême, en l'absence du roi, chacun des chefs ne songea plus qu'à étendre son influence, des partis se formèrent et se combattirent; les intérêts personnels primèrent toutes les autres considérations ; au milieu de cette course furieuse vers le pouvoir, non plus en vue des devoirs qu'il impose, mais des satisfactions matérielles qu'il promet, les plus nobles caractères perdirent peu à peu de leur droiture, les médiocres devinrent pervers et les mauvais dégénérèrent en bandits. Le pire effet de la ruine de la monarchie fut peutêtre la décadence morale de la noblesse qui y travailla.

Les querelles n'éclatèrent entre les nobles que lorsque l'ennemi commun, le prince, fut, en quelque sorte, hors de combat. L'attaque contre la royauté fut menée avec autant de précision et d'habileté que de vigueur.

Dans les pays où la monarchie s'est développée sous les influences latines et ecclésiastiques, elle nous apparaît, dès l'origine, comme à la fois féodale et supérieure à la féodalité. Le roi est le premier seigneur du pays, et, à ce titre, il a des vassaux sur lesquels il exerce les pouvoirs limités que lui reconnaissent les coutumes contemporaines; mais, en même temps, il rappelle et prépare un ordre social différent : ses prérogatives de souverain ne sont pas épuisées par ses fonctions de suzerain; il est plus que le premier des nobles, il est le chef de l'État.

En Bohême, cette conception de la royauté avait été représentée avec un grand éclat par Charles de Luxembourg, mais elle n'avait pas survécu aux guerres hussites. Le pouvoir exercé par Podiébrad et par les Jagellons était presque exclusivement féodal. L'autorité du prince, »comme

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