‹ Georges de PodiébradChapitre 89 sur 183 · Id., id · texte numérisé non relu

Id., id

CONKLITS JUDICIAIRES

Cette fois cependant, les villes se cabrèrent, refusèrent d'accepter la décision royale, s'engagèrent à expulser ceux. de leurs habitants qui se soumettraient à une citation illégale. Elles répondirent aux menaces par des prises d'armes et aux violences par des exécutions. Les nobles refusaient de reconnaître dans aucun cas les juridictions municipales et prétendaient que le tribunal suprême était seul compétent pour examiner les accusations portées contre l'un d'entre eux : à diverses reprises, les bourgeois arrêtèrent les coupables, les déférèrent aux tribunaux municipaux et les exécutèrent sur le champ. Les amis des victimes les vengèrent en ravageant les territoires des villes, de petites guerres éclatèrent çà et là; mais, derrière leurs murailles, les cités bravaient leurs ennemis, et, cette fois, le cas touchait de trop près leurs intérêts les plus sacrés, elles préféraient une insurrection à une soumission qui les déshonorait.

Les nobles trouvèrent un biais : puisque les bourgeois refusaient d'admettre la compéience de leurs tribunaux, ils prétendirent s'assurer une influence prépondérante sur les justices municipales. Ils se défendaient de toute pensée d'usurpation, ne faisaient que revenir aux traditions : à l'origine, le juge de la ville n'était-il pas nommé par le roi? Il est vrai que, depuis longtemps, les attributions du juge royal étaient passées à des conseillers choisis parmi les bourgeois ; il est vrai surtout que, si les bourgeois avaient à l'origine accepté l'autorité d'un officier royal, il était inique, même dans les idées du temps, de leur imposer l'autorité d'un juge délégué par les Seigneurs. Pourquoi non, répondaient ceux-ci, si le roi y consent? Il leur transmettait ses pouvoirs; les villes n'avaient qu'à s'incliner. — Le sous-chambellan prétendit exiger de leurs conseillers qu'ils lui prêtassent serment de fidélité et qu'ils suivissent ses instructions en matière judiciaire. Mais les bourgeois étaient sur leurs gardes, et les nobles, en face de la résistance désespérée qui se préparait, jugèrent plus prudent d'ajourner leurs projets.

Ils prirent leur revanche sur le terrain économique. La richesse des villes faisait leur puissance : ruinées, elles n'étaient plus redoutables; sans doute, on appauvrissait ainsi

Page 1